‹ Les étrangères. Poésies, traduites de diverses liteèraturesChapitre 54 sur 73 · PROFESSION DE FOI DE FAUST · texte numérisé non relu

PROFESSION DE FOI DE FAUST

Qui connaît l'Ineffable et qui peut oser dire En vérité : Je crois, ou, tandis qu'il respire, Quel aveugle insensé dira : Je ne crois pas? L'Etre qui contient tout, insondable problème, Ne soutient-il pas tout, l'univers et lui-même? Que faut-il plus? La terre est ferme sous nos pas; Sur nos têtes, le ciel étend sa paix profonde, Et, dans l'azur des nuits, pour saluer le monde, L'étoile, astre rêveur, monte éternellement.

Dans tes yeux pleins d'amour, quand mon regard de flamme Plonge, oh! ne sens-tu pas frémir en ton amant, Bruire en ton cerveau, bouillonner en mon âme L'impétueux courant du flot mystérieux, Source obscure de tout, des mondes et des dieux? Remplis, remplis ton cœur de l'ivresse sacrée Que le souffle infini, Marguerite, en nous crée, Puis nomme-le : Bonheur! Amour! Nature! Dieu! Du nom que tu voudras, le nom importe peu. Moi, je ne donne pas de nom à l'Indicible! Le sentir me suffit. Un nom n'est qu'un bruit vain, Et le meilleur des noms n'est qu'un brouillard visible Qui dérobe à nos yeux l'éclat du feu divin.

De l'allemand. Gœthe.

(Fragment du Premier Faust.)

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