‹ Les étrangères. Poésies, traduites de diverses liteèraturesChapitre 66 sur 73 · LE CID VIEUX · texte numérisé non relu

LE CID VIEUX

« Chimène, si les combats aujourd'hui m'étaient funestes, « Au cloître de Cardena, je veux qu'on porte mes restes. « Faites creuser, s'il se peut, ma fosse près de l'autel « De saint Jacque. 11 m'a toujours protégé du haut du ciel.

« Nul gémissement public : ne voyant plus mon épée « Nos paysans pourraient fuir, car leur âme est mal trempée. «< Cachez, aux Maures surtout, vos larmes : ils sont méchants « Vous diriez le Requiem, eux ravageraient nos champs.

« Que ma Tizona, jamais, compagne d'exploits insignes, « Honneur du Campéador, ne tombe en des mains indignes.

« Et si Dieu permet qu'un soir, Babiéça mon cheval, « Seul revienne, et qu'à ta porte il hennisse. A l'animal « Ouvre, et de ta blanche main le flattant, donne-lui vite v Double avoine : serviteur qui fit bien, guerdon mérite.

« Ensuite, arme le défunt : brassard, jambard, corselet, « Epaulière, casque, lance, écu, faulcre et gantelet... « Mais voici l'aube du jour. J'entends les clairons du Maure. « Bénis ton époux, Chimène; il te bénit et t'honore. »

Et Bivar, le glaive au poing, sort de Valence et des murs.

Au vaillant Bukar que suit le flot de vingt rois obscurs,

Il descend livrer bataille. — Ah ! que Dieu le garde encore !

De l'espagnol. Romancero du Cid.

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