‹ Les étrangères. Poésies, traduites de diverses liteèraturesChapitre 69 sur 73 · LA NUIT · texte numérisé non relu

LA NUIT

Aux champs, silence. En la cité, passants, rumeurs, tapages : Lanterne au flanc, roue à l'essor, volent les équipages; Les hommes las du poids du jour, le marchand, l'ouvrier, En calculant perte et profit regagnent leur foyer. Du marché vide au magasin, pour la nuit sont rentrées, Comme les fruits, comme les fleurs, et graines et denrées. Mais d'un jardin enclos de murs, montent les sons du cor; Quelque amoureux, par un concert fête sa belle, ou bien encor Un bon vieillard à son printemps sourit. Et les fontaines Laissent tomber leur frais murmure aux vasques toujours pleines. Dans l'air bruni, le vieux clocher sonne paisible et doux ;

Le guet nommant l'heure qui passe a répété les coups.

Le vent fraîchit, on voit frémir les cimes du feuillage.

L'astre des soirs monte et reprend son éternel voyage.

Et dans les cieux, la nuit rêveuse erre. Le monde obscur

Baise les crêpes étoiles de sa robe d'azur;

Mais la déesse, indifférente aux tendresses humaines,

D'un regard triste et beau pourtant, effleure et monts et plaines.

De l'allemand Hœlderlin.

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