‹ Les étrangères. Poésies, traduites de diverses liteèraturesChapitre 70 sur 73 · LA BATAILLE DE KOSSOVO · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE KOSSOVO

De Jérusalem la Sainte, à grand vol, un blanc faucon

Vient, un oiseau dans la serre; ou bien est-ce un aigle? Non.

L'oiseau blanc c'est sairft Elie, et ce qu'il porte en la serre,

Ce n'est point un roitelet, mais c'est un message austère

Que du ciel envoie au tzar la sainte Mère de Dieu.

L'écrit tombe aux pieds du prince; il contient ces mots de feu

« Bon Lazare, illustre chef, tu dois opter ce jour même Entre le terrestre empire et le divin diadème.

Si tu choisis le premier, fais chausser les éperons,

Fais seller tous les chevaux, boucler tous les ceinturons,

Et fonds sur le camp des Turcs, Dieu te livre leurs phalanges.

Mais si ton âme fait choix du doux royaume des anges,

Dresse aux champs de Kossovo, tabernacle solennel,

Non de marbre, mais de pourpre, une église et son autel ;

Et que l'armée à genoux, communiant sous la tente,

Se sanctifie. Elle et toi, mourrez de mort éclatante. »

Dans les cieux est remonté le porteur du saint appel.

Le roi Lazare est pensif; il se recueille en silence :

« Seigneur Dieu ! comment choisir? où doit pencher ma balance:

Le règne du monde est court; sans fin le règne du ciel;

Laissons l'empire du temps pour le royaume éternel. »

Sur les champs de Kossovo, Lazare dresse avec joie Une église sans pareille : elle est de pourpre et de soie. Douze archevêques dorés, avec le Saint-Sacrement, Précédés du patriarche, arrivent. Pieusement, Lazare et toute l'armée, à genoux ont pris la Cène.

Et déjà, de Kossovo, les Turcs ont couvert la plaine.

Prompts et fiers, les dix faucons, le père avec ses neuf fils, Bogdan et les Yougowitch marchent sous le crucifix. Les neuf fils ont derrière eux, de guerriers chacun neuf mille ; Vingt mille suivent les pas de Bogdan, sombre et tranquille. La bataille avec les Turcs roule ses noirs tourbillons :

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