LES NUAGES
Oiseau, sans fin je planerais Au ciel, dans les^nuages;
Peintre, sans fin j'ébaucherais Leurs flottantes images.
Je les aime d'un fol amour, Qu'ils s'ouvrent ou se joignent;
S'ils viennent je leur dis : Bonjour ! Au revoir! s'ils s'éloignent.
Aussi leur peuple aérien
De tendresse me paye; Il me cherche et comprend fort bien
Ce que mon cœur bégaye.
Cent fois je les ai contemplés, Au couchant comme à l'aube,
Tels que de beaux enfants, roulés Dans leur changeante robe.
Et je les ai surpris souvent
Irrités, en querelle, Comme des rivaux, dans le vent
Se bourrant de leur aile.
Et j'ai vu leur cortège errant
Bondir en cavalcade, Puis en bons frères, entourant
La lune, sœur malade.
Avec tendresse, avec émoi
Je les suis, je les aime; Dans toutes leurs formes, sur moi
Leur empire est le même.