‹ Les étrangers à Bordeaux: étude d'inscriptions de la période romaine portantChapitre 11 sur 13 · GRÈCE · texte numérisé non relu

GRÈCE

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[D{iis) M{anibus)] et memoriae Heupli d{e)f{uncti) an[norum) XXX nat{ione) Grae{ci), C. P, G, C, G,

(1) Fouilles exécutées de 1863 à 1876, notes posthumes reproduites dans les mémoires de la Société archéologique, t. 111, 1876, p. lyO.

Pierre de petites dimensions, ayant perdu sa base et son entablement; elle a été découverte en 1831, entre le Lycée et l'Intendance, sous les premières assises d^une muraille antique ; décrite par M. Sansas (1).

Quatre e et un f de cette inscription sont barrés en manière de t; Te de def est remplacé par un point, ce qui se voit quelquefois à Bordeaux. La première ligne a disparu ^ elle renfermait certainement les sigles habituels d. m. Le Grec défunt s'appelait Eiiplus^ forme latine de EutcXouç littéralement « heureux navigateur ». Le quadratarius de Bordeaux avait écrit Euplus avec un h; cette aspiration initiale s'ajoute assez souvent à des mots grecs dans les transcriptions latines : ainsi Eu(yé6ioç se trouve écrit Heusebius{2).

Les cinq lettres suivies chacune d'un point, qui occupent la dernière ligne, sont fort difficiles à expliquer, et donnent lieu à plusieurs combinaisons de mots plus ou moins plausibles. On peut, par exemple, supposer qu'il s'agit d'un collège d'ouvriers grecs dont le nom de profession, comme purpurarius, commençait par la lettre p. On aurait ainsi Collegium purpurariorum Graecorum^ de même qu'on connaît à Naples un Collegium fidicinum Romanorum (3). Les deux dernières lettres sont plus embarrassantes encore. Peut-être faut-il les développer en Civi Gratissimo, expression qui se trouve dans une inscription d'Espagne où le monument est élevé par deux collèges (4). M. Jouannet pensait que le c qui commence la dernière ligne appartenait au mot précédent, ce qui est possible ; mais il avait eu, en même temps, la singulière idée de faire entrer dans le sens de cette ligne deux traits qui se voient au-dessous des premières lettres, et d'en faire

(1) Notes sur diverses sépultures antiques de Bordeaux, p. 37.

(2) Corp. inscr, lat., vol. III, no 2315.

(3) Mommsen, Inscr, regni Neap,, n® 6845.

(4) Corp. inscr* lat.y vol. II, n^ 4468.

le mot diU) ; il lisait donc : posuerunt duo Graeci cum gemitu.

SCRAE(VS

D(iis) M{anibus) M{arcus) P(ublicius ?) Diopantus (?) dvis Gf^aecus d[é)f[unctus) anno{rum) LI. P{ublicia) Primitiva c{onjugi) p{iissimo).

Cippe ayant près de 1 mètre de haut sur 0"'41 de large ; les lettres grêles etirrégulières, paraissent dénoterunebasse époque. VA scia est figurée sur la face gauche. Cette pierre a été trouvée rue des Trois-Canards, dans les fondements d'une tour antique (1).

On peut faire de la première lettre de la seconde ligne le mot Memoriae^ ou y trouver le prénom Marcus. La dernière hypothèse me paraît préférable en raison de la position de la lettre, et parce que les inscriptions de Bordeaux ont généralement le mot et avant Memoriae. La seconde lettre estun p qui appartient nécessairement au gentilicium. On sait qu'en principe le nomen ne s'abrégeait, pas surtout par une seule lettre ; le fait n'est pourtant pas sans exemple. C'est ainsi qu'on rencontre à Pompéi des lettres isolées, et entre autres un P, remplaçant des noms (2). M. Mommsen, dans les inscriptions du Norique et de la Gaule cisalpine, cite des textes où le gentilidum est abrégé comme le praenomen, tandis que le cognomen est seul écrit en toutes lettres ; par exemple m- p- GRYSER0(3) et p- p. DiONYSius (4); p représente donc le nomen du défunt. Il est difficile de dire quel était ce nomen ; peutêtre pourrait-on accepter Publicius, en se rappelant que Tancien gentilidum de la gens plébéienne Poblicia était attribué, sous l'empire, aux affranchis publics; M. Hûbner a traduit p par Publicius sur une terre cuite d^Espagne (5). Mais tout cela n'est qu'hypothétique.

Reste le cognomen dioianivs, dont le commencement Dio est le premier composant de plusieurs noms grecs. Quant à ianivs, pour en faire quelque chose il faut suppo-

(1) Sansas, Notes posthumes, Soc, archéol, de Bordeaiuc, 1880, p,

(2) C. I. L, t. IV, no« 1048, 2993 h, etpassim,

(3) C. L L, t. III, n» 2452.

(5) C. I. L. t. II, n*' 4970, 455.

sep qu'un graveur malhabile, vivant à une basse époque, avait remplacé deux consonnes par de simples hastes verticales. On pourrait alors admettre diopantvs, qui s*est déjà rencontré dans les inscriptions latines (1) et qui est l'équivalent du grec AIO^ANTOS (2).

La femme, comme cela a lieu fréquemment chez les affranchis, a le même gentilicium que son mari. Son surnom primitiva est connu. Les deux dernières lettres peuvent être lues aussi Coniux Posuit.

Cette inscription et la précédente confirment ce que dit Ausone de la présence des Grecs à Burdigala.

Une inscription découverte en 1826 avait été lue ainsi par M. Sansas (3) : dm- | l-gosgonio | ivcvndo.con | ivgi-

DULGISSI I MO.DEPVNGT | ANNORVM XXXI | l'LIGINIA'GORTA [ TRA-CONIVX ( DVLGISSIMA | PONEDVM | GVRAVIT.

Mais, outre que le surnom Corta ne s'est jamais rencontré, il est difficile d'admettre qu'on ait écrit l'ethnique Thrax en y supprimant une seule lettre ; tout au plus pourrait-on croire que thra est l'abréviation de thraca ou thracia, mais l'adjectif thracus ou thracius, employé par quelques auteurs, n'a pas, à proprement parler, un sens ethnique, mais veut simplement dire « qui tient à la Thrace, qui a rapport à la Thrace ». 11 faut donc chercher ailleurs. Or, en examinant bien l'estampage des lignes 7 et 8, qui sont en partie oblitérées, on remarque que la quatrième lettre du motluGORTA est plutôt un i ou uue qu'un T, que la cinquième qui n^est pas barrée peut être le commencement d'un N plutôt que d'un a ; enfin que I'r du mot THRA peut bien être un i ; en sorte qu'on aurait gorin-

(1) DioPANT, Wamanns 2021 ; Diophantvs, C. /, L. t. ni,6150, 1, 19, ett. V, 1320.

(2) C. /. G. Indices, p. 84.

(3) Notes sur diverses sépultures antiques de Bordeaux, p. 31 aux mots Corta^Thrax et Conconius,

THiA OU CORENTHIA. L'inscription paraît devoir se lire ainsi :

D-M. I L-COSGONIO | IVGVNDO.GON | IVGI-DVLGISSI | MO.DEFVNGT I A^^ORVN XXXXI I LIGINIA.GORIN | THIA GONIVX ( DVLCIS- SIMA I PONEDVM | GVRAVIT.

Licinia Gorinthia était-elle une grecque venue à Bordeaux ou une femme ayant un surnom grec? La présence du monument non loin du point où était le cimetière des étrangers porterait à incliner pour la première hypothèse. Mais si le mot Corinthius est employé comme ethnique dans Térence (1) et dans d'autres auteurs, ce mot ne se rencontre, si je ne me trompe, dans les textes épigraphiques, que comme surnom en général servile. En outre, la nationalité s'indiquait généralement pour le défunt, et non pour le dédicant. Le mot Gorinthia ne saurait donc être que dubitativement admis ici comme ethnique (2).

(1) Heautontimorumenos^ 3, 3, 39

(2) Cf. Allmer, Revue épigr. du midi de la France, n« 12, p. 180.

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