‹ Les étrangers à Bordeaux: étude d'inscriptions de la période romaine portantChapitre 12 sur 13 · ORIENT · texte numérisé non relu

ORIENT

Nleomedel.

fe

.... Natione Nicomedeus defu{n)c{tus) ann{orum) XXXX Valeria Secundina uxorp{onendum)c{uravit),

Cippe de O^ÔO de haut sur 0,37 de large, trouvé dans les travaux du cours d'Alsace-Lorraine.

Le nom du défunt a disparu avec le haut de la pierre. Le nom de la femme, Valeria^ est écrit avec des ligatures; son surnom, Secundina, renferme aussi une ligature de trois lettres dans laquelle devait se trouver un i que l'estampage ne fait pas ressortir. Le nom Valerius ou Valeria est très commun.

Il est intéressant de voir à Bordeaux un étranger venu de la ville lointaine léguée au peuple romain avec la Bithynie par le roi Nicomède et qualifiée dans les inscriptions de civitas splendidissima{l). Cette ville avait un commerce

(1) Ck)rp. II,no4114.

très étendu ; on y forgeait des armes et des cuirasses (1) ; on a déjà vu que Burdigala était en rapport avec deux autres villes, Bilbilis et Turiasso, célèbres par la trempe de leur acier.

On rencontre, en général, dans les auteurs et les inscriptions, Tethnique Nicomedensis ; mais il existe à Lyon une inscription dans laquelle on lit natione Graeca Nicomedea (2). MM. Henzen (3) et Wilmanns (4) avaient pensé que Nicomedea était là pour Nicomedia^noxxi de la ville à Tablatif; Pinscription de Bordeaux prouve que ce mot est bien l'adjectif ethnique au féminin. La forme Nicomedeus^ Nicomedea^ répond d'ailleurs à l'adjectif grec

NixofXT^Seioç, Nixo(xi^8eia (5).

Syrl?

MEMORIAE QLSELSYRI . . EANLXXX CONIVX- P

M. Sansas m'avait signalé, dans une lettre qu'il m'écrivait le 16 juin 1872 (6), un cippe à oreilles portant une ins-

(1) Notitia dignitatum^ édition E. Bôcking, t. l,p. 38.

(2) De Boissière, Inscriptions de Lyon, p. 329.

(3) Orelli-Henzen ; supp. v. III, no 7383.

(4) Eœempla Inscript, latinarum^ Indices, p. 444.

(5) Cf. Corp. inscr. gr., n* 3771.

(6) M. Sansas m'engageait en même temps à examiner le texte suivant dans lequel il reconnaissait également un ethnique : D. M, Cl(audio) Polliano Ehurio m[ed\ico defuncto ann[orum] XXXVI Yaleria con[inai\ ponendum curavit. Mais aucun nom de ville connu ne peut donner Eburius. Ebora de Lusitanie fait Eho'^ensis dans les inscriptions, et Ebura de Bétique faisait évidemment Eburensis, Reste '^E^oupov que Ptolémée (L. II, c. 11. § 29) place au delà du Rhin ; mais Eburum donnerait Eburensis comme Pisaurum, Pisaunensis. Je pense qu'Eburius est simplement ici un

cription dans laquelle il retrouvait l'ethnique Syrus. De son côté, M. Allmer ayant mentionné, d'après le même monument, le mot Syrus comme ancien ethnique devenu surnom (1), je lui ai demandé et il a bien voulu m'adresser le texte reproduit ci-dessus. M. Allmer pense que la seconde ligne présente une inversion, et propose dubitativement de lire SBLu, Quinti Libertin syri. Dans ce cas, Syrus pourrait être un ethnique. Mais, encore bien que Selius se trouve écrit avec un seul L dans Gicéron, la lecture de ce texte et Tinversion supposée sont douteuses. Au reste, la présence de Syriens a été constatée pendant Tempire dans toutes les parties du monde romain ; au V® siècle et au VI% leur nom était même devenu un terme générique désignant tous les Orientaux (2). On peut donc admettre que la mention d'un Syrien se rencontre à Bordeaux dans un texte de l'époque impériale ; mais il faut remarquer d'autre part que ce mot Syrus, ainsi que d'autres anciens ethniques, était fréquemment employé comme surnom. Au temps de Térence, Syrus servait à désigner les esclaves. Syrus, peut donc n'être qu'un surnom dans le texte dont il reste si peu de chose, puisqu'il n'est ni précédé de natione ou de civis, ni suivi de déterminatifs comme dans une inscription de la Pannonie inférieure où un personnage est qualifié de Surus ex regione Dolica, vicoArfu^ris{^).l\îdL\xi constater néanmoins que l'usage de faire précéder ou suivre l'ethnique d'un déterminatif a souffert des exceptions ailleurs qu'à Bordeaux (4).

second surnom dans la composition duquel entre l'élément Ebur ou Ebor, si commun en Gaule. On rencontre, en effet, employé comme cognomen dans les inscriptions, non" seulement Eburus,mais Eburius (Mommsen , Corp, inscript, lat. Vol. V. Cisalpine, n» 6573).

(1) Rex>. épigr, du midi de la France, n° 12, p. 180.

(2) Ed. Le Blant, Inscript, chrét, de la Gaule. Préf. p. CXLIV.

(3) Corp. inscr, lat., vol. III. 3490.

(4) Wilmanns, t. II, p. 409. Cf. Mommsen, Inscriptiones regni neapo'

En résumé s'il est difficile de reconnaître si le mot syrus est employé ici comme surnom ou s'il indique que le défaut était un syrien venu en Gaule.

M. Allmer (1), comme preuve des relations de Bordeaux avec rOrient, cite non seulement les ethniques que renferment les deux inscriptions précédentes, mais le mot MysuSy qui lui paraît désigner un Mysien dans le texte suivant dont il m'a donné communication :

D . M . I MELAVSI • | DP • AN • XXXV | MYS . D • | P . G .

Mais si l'on devait admettre que Mys. soit là comme ethnique, le défunt serait venu de Mésie plutôt que de Mysie. Strabon nous dit il est vrai que, si les habitants des bords du Danube et ceux du nord-ouest de l'Asie mineure s'étaient appelés primitivement, les uns et les autres, VLxxsoi, on avait appliqué, plus tard, la forme Moi<xo^ au peuple d'Europe, pour le distinguer des Mu<xo^ orientaux (2). Mais en pratique, l'ancienne forme s^est représentée, sous l'empire, pour désigner les habitants de la Mésie : les inscriptions grecques et latines en font foi (3). Or, il est à remarquer que les Mésiens ont joué un rôle plus considérable sous l'empire que les Mysiens, et qu'ils lui ont fourni divers corps de troupes. Il est donc naturel de les rencontrer plus fréquemment que les Mysiens dans les documents épigraphiques. Au reste Mys ou Mys{tis) (4) peut désigner le dédicant, et être ainsi le sujet de d{e suo) p{onendmn) c{uravit).

litani latinae^ n® 1454. — Corp. inscr. lat. v. III, t. 2, p. 848, et v. V, no 1679, table, p. 1193.

(1) Rev. épigr. du midi de la France^ n« 12, p. 180.

(2) Géogr., 1. VII, c. III ; édit. Didot, t. I, p. 245.

(3) Corp. inscr. gr., ix^ 143, 3188, 3751 et 5977; Corp. inscr, laU^ i. n. n»» 484, 4126; t. V, n» 7160.

(4) C. Forcellini, 3« édit., soua ces mots.

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