AQUITANIA
Bitnrlses ¥lirlsel.
Les hommes qui se qualifiaient de Bituriges Vivisci ne sauraient être considérés comme ayant été à proprement parler des étrangers à Burdigala, qui était du temps de Strabon Ve^nporium de ce peuple et qui en fut plus tard la capitale. Il est probable cependant qu^ils n'étaient pas nés dans la ville même, car leur épitaphe n'aurait sans doute pas eu à mentionner leur origine. Les inscriptions suivantes pouvaient donc à la rigueur prendre place ici.
D{iis) M{anibus) Castrici{a)e nationis Bitur{igis) V{i)v{iscae) def[unctae) an{norum) Y, Castrensis pat{er) p{osuit).
Cippe ayant environ 0™60 de haut ; il a été découvert en 1840 dans les ruines du fort du Hâ. L'inscription en a été reproduite plusieurs fois, mais avec de légères erreurs (1). Le nom du père et celui de l'enfant sont dérivés l'un et l'autre du mot castrum. Les lettres sont d'assez mauvais style; f, dans le mot DEp(unctae), a la forme d'un e. Cette particularité se rencontre également, à Bordeaux, dans l'épitaphe d'une gauloise nommée Publicia Garasava.
IVL • LVPVS • C BITVRIX • VB DE • AN • XXXV FIL • EIVS • P • C •
Iul{ius) Lupus c{ivis) Biturix V{i)b{iscus) de[functus) an- [norum) XXXV; fil{ius)eiusp{onendum) c{uravit).
Monument publié en 1575 par Elie Vinet (2), qui rapporte qu'un « scélérat tailleur de pierres » l'avait brisé au moment de sa découverte, mais qu'un architecte avait eu le temps de prendre une copie de l'inscription. Cette copie portait à la fin de ïa seconde ligne vr, que Vinet corrigea en viB (3). Gruter (4), qui connaissait l'épitaphe de Lupus par Scaliger, se borna à changer vr en vb, ce qui donne une abréviation analogue à celle du n* 1 .
Le nom de Ibl gens lulia^ k laquelle appartenait César,
(l) Jouannet, Actes de V Académie de Bordeaux, 1840, t. II, p. 309. — Sansas, Notes sur diverses sépultures, p. 25. — Dictionnaire archéolo^ gique de la Gaule, art. Bituriges Vivisci, p. 185.
{2) Commentaire sur Ausone, éd. de Bordeaux, 1575,
(3) Cf. Venuti, Dissertation sur les anciens monuments de Bordeaux ^ 1754, in^o, p. 34.
(4) Première éd., p. dccxxxi, n^ 3.
fut pris; ainsi que le constatent les monnaies, par plusieurs chefs gaulois contemporains du dictateur ou d'Auguste. Il se retrouve, porté par des hommes de différentes conditions, dans toutes les parties de l'empire. Les textes que j'ai à étudier le mentionnent plusieurs fois.
Lupus est un cognomen fort répandu, servant quelquefois à designer des esclaves.
L'inscription n° 2, que j'ai cru devoir reproduire d'après Gruter, n'a rien qui puisse faire suspecter son origine. Si cependant l'endroit de Bordeaux où elle aurait été trouvée était justement, comme le dit cet auteur, un vicus Lupi, il y aurait là une coïncidence permettant de supposer qu'il s'agit d'un texte fait à plaisir.
Les deux textes précédents, où on ne lit que vv et vb, ne fixent pas l'ethnique du peuple gaulois que les auteurs anciens ont indistinctement nommé 'OV(T)coi(l),Oùip^(jxoi (2), Ubisci (3), ou Vivisci (4). Le monument suivant, bien connu, et dont les caractères indiquent le preinier siècle, (5), prouve que Ptolémée et Ausone nous ont exactement
(1) Strabon, Géographie^ liv. IV, ch. 2.
(2) Ptolémée, liv. II, chap. 7, § 8.
(3) Pline, Hist. nat., Hv. IV, ch. 33, § 1.
(4) Ausone, MoselL v. 438.
(5) Elie Vinet paraît être le premier auteur qui se soit occupé de ce cippe ; il déclare ne savoir quel avait pu en être Tusage ; Venuti, dans un article rempli d'érudition, n*hésite pas à y reconnaître un autel, et rectifie l'opinion de ses iievanciers qui considéraient le monument comme élevé par les Bituriges Vivisques à Tempereur et au Génie de Rome, la cité par excellence. Il rapporte cette dédicace à Auguste lui-même qui, dit-il, avait beaucoup fait pour les Bituriges Vivisci.
transmis la forme officielle qu'avait ce nom dès les premiers temps de Tempire.
Augusto sacrum et Genio civitatis Bit[urigum) Vw{isco)^m).
Ce monument, trouvé au xvi° siècle dans les ruines du temple connu sous le nom de piliers de Tutelle (1), fut
(1) Cf. p. Charles Robert, Mém, de la Société archéologique de Bor* deaux, t. IV, 1877, p. 193.
transporté au château Trompette, d'où il passa plus tard dans la cour de la maison de ville de Bordeaux; il est
aujourd'hui au musée. Il a plus d'un mètre de haut; il se compose d'un dé quadrangulaire avec base et chapiteau ;
deux volutes imbriquées, terminées par des mascarons, surmontent Tentablement ; la face opposée à celle qui
porte la dédicacé est ornée d^une épaisse courohne de feuilles de chêne dont les lemnisques frangés retombent
élégamment; la face latérale droite montre un urceus, la gauche un médaillon circulaire dont le sujet, très fruste, paraît être un Génie ailé.
La présence de Tethnique des Bituriges Vivisci sur des monuments trouvés à Burdigala donne lieu aux observations suivantes.
Lorsque Auguste constitua les Trois-Gaules, au concile de Narbonne, il assigna des centres politiques et administratifs aux civitates, c'est-à-dire aux territoires des divers peuples. L'Aquitaine, la Celtique et la Belgique eurent dès lors une organisation analogue à celle que possédait, depuis longtemps la province romaine. Parmi les villes, les bourgs ou les oppida, qui j ouirent désormais du rang de cheflieu, tant dans la Narbonnaise que dans les Trois-GauleSj ou qui furent élevés à ce rang pendant la durée de l'empire, les uns gardèrent leur nom et finirent même par le donner au peuple, tandis que les autres, à certaines époques, perdirent le leur pour prendre celui du peuple.
Le nom du chef-lieu persista dans la Narbonnaise où les villes étaient déjà puissantes pour la plupart au temps même d'Auguste, et s'il se conserva aussi dans les Trois-Guules, ce ne fut que rarement et surtout là où le centre avait obtenu dès le début, ou obtint plus tard le rang de colonie ou de municipe. L'exception fut moins rare dans les confins germaniques qu'occupaient les légions et où résidait un légat impérial, que dans le reste des conquêtes de César.
Voici trois exemples de ce qui se passa dans la Narbonnaise : la colonie de Vienne ne s'appela jamais civitas AUobroguniy mais demeura Vienna pendant presque toute la durée de l'Empire d'Occident (1). Dans la seconde moitié ou vers la fin du iv' siècle, elle fut officiellement désignée par les noms de civitas Viennensium ou de
(1) Caes. BeîL Gall. VII, 9; Tacit. Hist., I, 65, 66,77; Plin. Hist. nat. Il, 46, 4 ; Sueton. Vitell.y 9 ; Amm. Marcel!. XV, II ; Euseb. Hist. eCcles., V,l.
metropoUs civitas Viennensium (1). Plus tard, à Tépoque mérovingienne, Vienne était encore : Vienna civitas (2). Le chef-lieu des Volcae Tectosages, nommé Tolosa (3), Tolosa Tectosagum (4) ou Tolosa colonia (5), devint la civitas Tolosatium (6); le chef-lieu des Volcae Arecomici^ désigné, au commencement de Tempire, sous les noms de Néjxauffoç jxeTpdiroXiç Tôv 'Ap7|xo[x^<Txa)v (7), de colofiia Ncmausensis (8) ou simplement Nemausus (9), était encore à la fin du iv** siècle, au temps où parut la Notice des provinces, la civitas Nemausensium, On peut remarquer en passant que le nom de la ville de Nîmes avait déjà figuré comme ethnique au génitif pluriel sur de très anciennes monnaies de cette ville, bien antérieures à César, et portant en légende NAMASAT [ûN] ; il en fut de même d'autres villes du midi, telles que Massilia et Glanum, qui figurent dans les légendes monétaires sous la forme de MASSAAIHTÛN et de TAANlKûN (10). Lorsqu'au iv" siècle on appela Nîmes et Marseille civitas Nemausensium et civitas Massiliensium, on ne faisait que revenir à une forme grecque et peut-être gauloise.
Examinons maintenant ce qui se passa dans les Trois- Gaules. Sur le Rhône, en dehors de la province romaine.
(1) Notifia promnciarum et civitatum Galliae y dans Guérard, Divisions territoriales de la Gaule, p. 24.
(2) A. de Barthélémy, Noms de lieux inscrits sur les monnaies méro* vingiennes, p. 23.
(3) Caes. BelL Gall. I, 13; III, 20; Amm. Marcell. XV, 11; Itin, d*Antonin, 438 ; Sidoine, Panegyr, Avit •
(4) Mêla, II, 5.
(5) ToXcoffa xoXwv^a. Ptolémée 1. 11, c. 10, § 9.
(6) Guérard, Divisions territoriales de la Gaule ^ p. 30.
(7) Strabon, 1. IV, c. 1,§12.
(8) Cf. inscription dans Herzog, Gallia Narbonensis, Appendios,^,35,
(9) Pline, III, 2, 5.
(10) Cf. Oh. Robert, Numismatique de la province de Languedoc^ l'* partie, p. 41 •
Lugdûnum^ qui n'était sans doute qu^un oppidum du temps, de l'indépendance, mais qui,43 ans avantPère chrétienne, devint Colonia Copia Claudia Augusta Lugudunensis et fut ensuite capitale des Gaules, est encore au iv*' siècle et au temps de Grégoire de Tours, la metropolis civitas Lugdunensium. Chez les Belges, Camaracum créa la civitas Camaracensium ; Verodunum (1), la civitas Verodunensium, et sur le Rhin, chez les Ubii Tantique colonia A grippinensis (2) garde son nom et devient civitas Agrippinensium{3).
Les ports de mer et les estuaires des grands fleuves, qui ont toujours obtenu sous l'administration romaine des faveurs particulières, eurent aussi le privilège de devenir des chefs-lieux, et, aux basses époques de l'empire d'Occident, de donner leur nom aux populations de territoires plus ou moins considérables. Si Narbo était la plus ancienne colonie romaine dans le sud des Gaules, si Arelate et Forum lulii avaient reçu des colonies de vétérans fournies par les légions de César, et si Burdigala, qui était un emporium célèbre, fut, comme je l'ai établi ailleurs, comblé d'avantages municipaux (4) dès les débuts de l'empire. Antipolis (5), le Portus Namnetum et Rotomagus, ne paraissent pas avoir eu grande importance au moment de la conquête, et cependant on eut plus tard la civitas Antipolitana, la civitas Namnetum (6) et la civitas Rotomagensmm, tout comme on eut les civitates Narbonensium^Arelatensium, Foroiuliensium et la metropolis civitas Burdi-
(1) Le mot Verodunum par sa composition ne peut avoir été primitivement qu'un nom de lieu.
(2) Tacit., EisU, 1. IV, 69.
(3) Notitia prov. et civ, Galliae, Guérard, p. 20.
(4) Cf. P. Charles Robert. Mém. de la Soc, arch, de Bordeaux, t. IV, p. 210 et suiv.
(5) Tacite, Hist. II, 15.
(6) Notitia prov, et civ, Galliae^ p. 15.
galensium; enfin Gessoriacum appelé plus tard Bononia, qui n'était encore qu'un oppidum du temps d'Eumène (1), devint à son tour un chef-lieu sous le nom de civitas Bononiensium (2).
Mais, sauf ces exceptions et quelques autres, le phénomène inverse se produisit dans les Trois-Gaules où les capitales (je ne parle pas des autres villes) prirent à la longue le nom du peuple.
Le document appelé Itinéraire d'Antonin et la Notice des provinces et des cités de la Gaule, qui remontent au iv* siècle (3), des passages d'Ammien Marcellin, des rescrits de Valentinien et plus tard des textes écrits et des monnaies mérovingiennes, nous apprennent que les noms de ville s'étaient perdus et avaient été remplacés par l'ethnique du peuple au génitif pluriel, précédé du mot civitas, ou employé seul à divers cas du pluriel. Ainsi, dans l'Aquitaine, au lieu de Avaricum, Augustonemetunij Segodunum et Limofium, on eut la metropolis civitas Biturigum et les civitates Arvernorum, Rutenorum et Pictavorum ; dans les Lyonnaises, au lieu de Caesarodunum, Subdinmn et luliomagus, la metropolis civitas
(1) Panegyr, ad Constantin,^ 6.
(2) Noticia prov. et civ, Galliae^ p. 19.
(3) D'Avezac, Ethicus Ister et les ouvrages cosmographiques intitulés de ce nom, in-4o, 1852, p. 60, attribue à ce géographe la composition de ritinéraire d^Antonin. Il est beaucoup plus probable que ce document n*est pas une œuvi'e personnelle ; analogue à nos livres de poste ou à ce qu'on appelle « livret de<j étapes militaires », il a dû exister dès les premiers temps de Tempire et être tenu à jour ou refait successivement par les soins de Tadministration romaine. La rédaction venue jusqu'à nous pai-att antérieure à Théodose (379-395) ; elle porte des indications qui accusent le temps de Constantin (306 à 337). La Notice paraît être du temps de Valentinien I©' (364-375). On peut consulter au sujet des documents de cette nature ce que M. E. Desjardins en a dit de la table de Peutinger {Géographie de la Gaule d'après la table de Peutinger y éà, in-8*, 1869; introduction, p. LXXXVIIIet;)a^*tm).
Turonum la civitas Cenomanorum et la civitas Andicavorum; dans les Belgiques, au lieu de Durocortorum, Lutetiay Nemetacum, Caesaromagus et Aduatuca, la metropolis civitas Remorum, les civitates Parisiorum, Atrabatum, Bellovacorum^ Tungrorum, etc. (1). Ces capitales se désignaient encore de la manière suivante sous les Mérovingiens: Betoregas ci.^Arvernus civis, Arverno,Rutene cive., Peciavis cive., Turonus civi., Cenomannis^ Andegavis civL ou AndecaviSy Remus civet., AtrebetiSj etc. (2).
Ce double fait de la conservation du nom ou de son changement n'est pas complètement expliqué. Voici toutefois ce qu*en ont dit les hommes les plus compétents.
L'abbé Belley (3) remarquant que le dernier phénomène s'est abondamment produit dans les régions conquises par César, tandis qu'il est sans exemple dans les anciennes possessions de la République au nord des Alpes, et s'appuyant sur des textes où il est question des conditions favorables faites à quelques peuples du Nord (4), considère la persistance des ethniques comme la preuve d'un état politique qui aurait été supérieur dans les Trois Gaules à celui de la province romaine. Cette assertion est peu acceptable.
M. Félix Bourquelot, dans un long article publié par la Société des Antiquaires de France (5) sous le titre de Transformation des noms de plusieurs villes gauloises pendant la domination romaine^ a étudié la question sous
(1) Notifia provinciarum et cimtatum Galliae (Guérard, 1832, p. 12 et suiv.)
(2) A. de Barthélémy, Liste des noms de lieux inscrits sur les monnaies mérovingiennes,
(3) Mémoires de V Académie Royale des Inscriptions et Belles^Lettres,
t. XIX, p. 495 et suivantes.
(4) Caes. Bell. Gall. livre VIII, chap. 49. — Tacite, Hist. livre IV, chap. 74.
(5) T. XXIII, 1857, p. 387 à 436.
toutes ses faces et réuni de nombreux éléments de discussion, mais il ne conclut pas d'une manière probante. Suivant lui, c'est le souvenir de leur indépendance qui, dans les provinces correspondant à la Celtique et à la Belgique de César, aurait poussé peu à peu les habitants des villes à prendre des dénominations ethnographiques ; mais la persistance que le peuple de Paris mit à conserver le nom Lutetia quand l'administration romaine appelait déjà cette ville Civitas Parhlorum {\) infirme cette assertion. Plus loin, reprenant la thèse de de Tabbé Belley, l'auteur dit, page 419, que la condition des Gaulois conquis par César n'étant pas la même que celle des provinciaux, « un autre système devait produire d'autres résultats. » En somme, il n'a pas fait avancer la question. Dans son livre si instructif sur la Géographie de la Gaule, M. Ernest Desjardins, fait, au sujet de la Table de Peulinger (2), une remarque importante qu'on peut appliquer en partie à Tllinéraire d'Antonin ; c'est que les anciens noms de lieu gaulois, romains ou de formation hybride, étant d'un sens plus précis que les noms formés de l'ethnique du peuple, ont dû persister sur des documents où il s'agissait de déterminer une croisée de routes, ou ce qu'on appellerait aujourd'hui un lieu d'étape. Il constate d'ailleurs que dans Ammien Marcellin, qui a composé son livre de l'an 383 à Pan 390, mais sur des documents quelque peu antérieurs, les chefs-lieux de cités, en dehors de l'ancienne province romaine, n'ont pas encore les noms mêmes des anciens peuples gaulois. La transformation n'est bien accusée que dans la Notice des provinces^ document officiel de la fin du quatrième siècle, où la
(1) Julien (in Misop.) nous apprend que de son temps les habitants de la Civitas Parisiorum donnaient encore entre eux à cette ville le nom do Lutetia,
(2) Géogr.de la Gaule d'après la table de P^u<m^^r,in-8,1869,Introd. p. LV et suiv.
plupart des villes capitales dans l'Aquitaine, la Celtique et de la Belgique sont désignées par l'ethnique de l'ancien peuple. M. Desjardins ajoute que des colonies romaines acceptèrent ce nouveau mode de dénomination par l'ethnique ; ainsi Aitgustodunum, bien que colonie romaine, reprit Pancien ethnique et figure dans la Notice des Provinces sous le nom de Civitas Aeduorum. En somme, ce savant établit la manière dont les transformations onteu lieu, mais ne cherche pas, comme ses devanciers, à trouver un motif plus ou moins hypothétique à des lois dont il se borne à suivre l'application.
M. Maximin Deloche (1), dans un intéressant article de numismatique mérovingienne, reprend incidemment la question et lui consacre deux pages très substantielles. Il constate que les villes dont le nom était emprunté à César; à Auguste ou à une circonstance locale durent joindre l'ethnique à cette dénomination qui ne les particularisait plus ; c'est ainsi qu'on rencontre, pour ne parler que des capitales ou chefs-lieux (2), luliomagus se transformant dans la Notice en civitas Andicavorum et le Noviodunum de César (3) figurant dans les inscriptions et dans Ptolémée sous le nom à'Augusta Suessionum et devenant dans la Notice des provinces civitas Suessionum. Augustobona s'appela dans la Notice, civitas Tricassium,
M. Allmer en 1875 a traité la question qui nous occupe, en ce qui concerne Vienne. Un légat de l'armée de la Germanie Supérieure, sousVespasien, ayant, d'après une inscription trouvée au pied du mont Blanc et restituée par M. Léon Renier, tracé une limite entre le territoire
(1) Iiex>. archéol. 1878, t. 2, pp. 247 et 248.
(2) Les oppida et les villes autres que les chefs-lieux de cités, n'ont pas été soumis^ quant à la dénomination, aux mêmes transformations que ceux-ci.
(3) Bell Gall., H, 12.
des Ceutrones et celui des Viennenses (1), M. Allmer en a conclu que, dès le premier siècle, les anciens Allobroges étaient devenus des Viennenses. Il croit même pouvoir préciser Tépoque du changement, et, après avoir parlé de l'élévation de Vienne au rang de cité de droit romain, qui coïncida avec Torganisation de la Gaule par Auguste, il ajoute : « C'est au plus tard alors que le nom de Viennois remplace dans toute la cité celui
A' Allobroges (2). »
Burdigala n'avait pas l'importance d'une ville qui donna au m' siècle son nom à toute une province, mais ainsi que je l'ai dit plus haut, elle avait comme port de mer et emporium considérable, possédé, dès les premiers temps delà conquête,des magistrats municipaux pourvus du titre envié de préteur; on pourrait donc supposer, dans le système de M. Allmer, qu'elle avait imposé son nom pendant l'empire à tout le peuple des Bituriges Vivisci, devenus des Burdigalenses. On ne rencontre au contraire que des Bituriges Vivisci dans les inscriptions retrouvées jusqu'à ce jour; mais au reste la règle posée par le savant rédacteur de la Revue épigraphique du midi de la Fra7ice, lors même qu'elle se serait officiellement appliquée dès le premier siècle au territoire de Vienne jusqu'aux confins des Ceutrones, n'y fut point régulièrement suivie en pratique ; car on trouve encore, sous l'empire, des pierres mentionnant des Allobroges (3), De son côté, M. Deloche a publié (4) un sou d'or de Dagobert qui porte à la fois le nom que Ptolé-
(1) Le mot dont M. Renier fait Viennenses (inter Viennenses et Ceutro^ nas terminavit) n'est pas certain; MM. yiomm^Qn {Journal de Générée du 3i décembre 1853) et Henzen {Supplément à Orelli, n® 5256) avaient dubitativement proposé Vallenses,
(2) Inucript. de Vienne, t. 1, addition, p. 17.
(3) Pompeia Lucilla Allobrog, r. s, L m,; dans Allmer qui ajoute, t. IV, p. 466, que le terme propre à employer par l'ouvrier eût été Viennensis,
(4) Rev>. arch, 1878, t. 2, p. 250.
méc donnait encore à la ville do Limoges et le nom plus moderne emprunté à Tethnique du peuple (1). Enfin \jne liste de peuples et de villes de la Gaule, en notes tironiennes(2) attribuée à un archevêque de Sens, qui vivait au commencement du ix* siècle, donne encore pour quelques villes le nom ancien à côté du nom nouveau.
En résumé, il est permis de dire que la double transformation des noms de ville chef-lieu ne s'est pas accomplie partout à la même époque et qu'il y a eu bien des anomalies.
Par conséquent, si Ton rencontrait des inscriptions mentionnant des Burdigalenses{3)^ il faudrait y reconnaître simplement des habitants de la ville même de Bordeaux, à moins qu'elles ne fussent de la fin du iv® siècle, époque pour laquelle elles sont fort rares. Parla même ra|son j'admettrai dans le cours de ce mémoire qu'un adjectif dérivé du nom d'une ville indique, non qu'on appartenait au peuple dont elle était la capitale, mais bien qu'on était né dans celle ville même ou qu'on y avait reçu le droit de cité.
(1) On lit en effet sur cette pièce, d'un côté, outre les dénominations royales, IN civi FIT, et de l'autre lemmovix agystoredo, avec le nom du monétaire.
(2) La list« publiée par Bourquelot, Annuaire de la Société des Antiquaires de France pour 1851, p. 279 et suivantes.
(3) Je ne crois pas qu'on ait publié, jusqu'à ce jour, aucune inscription mentionnant un Burdigalensis, L'inscription suivante, conservée aujourd'hui à Tebessa, rappelle, par le simple emploi du nom de la ville, un enfant de Bordeaux qui servait dans la III® légion Augusta : d* seivs* d- f* qvir |
IVVENIS- BVRDIGALA | MIL LEG- III- AVG 7. NEPOTIS | VIX- AN- XXXXVI- MIL AN- XXIII H- S E I GISATIA* SEIANA- MAR' BENE* DE | SB MERITO FECIT- (Cf.,
pour les mots douteux de ce texte, Léon Renier, Inscr. rom, de VA Igérie, no 3187, et Corp. inscr. lat.\ t. VIII, 1881, n^ 2103.
Bolatea»
D{iis) M{anibus) Saturnini Privatif Initia) ima
itxor locucum donavit civis Boias an{norum) XXXVIII.
Gippe rectangulaire dont la hauteur totale avec la base
et le chapiteau est de 0"*907 ; une patella le surmonte. Quelques parties de rinscription sont frustes. M. Sansas (1) y lisait : dm | sAT^aim | ni.... at. | ivl..... vxor | locvGVM I DONAviT | civis BoiAS | AN. XXXVII, et TauteuF de l'article Boiates dans le Dictionnaire archéologique de la Gaule : d-m | satvrni | ni privati | ivlia ma | sma vxor |
LOGVGVM I DONAVIT | CIVES BOIAS | AN XXXVII. CcS dcUX 1q-
çons ne sont pas satisfaisantes. On pourrait, à première vue, admettre qu'il y avait Epomima, déformation du surnom gaulois Eponina ou du grec Eponima; en effet, aux basses époques, m est souvent employé pour n, on trouve, par exemple, umquam pour unquam. Il est à remarquer, toutefois, que la lecture Eponima a l'inconvénient de remplir par une seule lettre l'espace assez considérable qui règne après le p; en outre, il n'est pas certain que la dernière lettre de la quatrième ligne soit un m. J'ai consulté sur ce petit problème, M. A. Allmer, si compétent en ce qui concerne les textes du midi de la Gaule ; il serait disposé à lire iroph | ima, en admettant que les deux derniers jambages de la quatrième ligne, qui ne se rejoignent pas exactement, sont un h mal fait, mais la seconde lettre du surnom, assez nette sur l'estampage, est un p plutôt qu'un R. En somme, le nom de la femme me paraît devoir demeurer incertain.
Le redoublement de syllabe dans locucum n'est pas sans exemple
Il y a sur le bandeau plusieurs lettres frustes dans lesquelles on croit reconnaître un o, un f et un i.
(1) Notes sur diverses sépultures antiques, Bordeaux, 1863, p. 51.
AGIf'EX'TEST
PON'ÏVSSÎTMÎV
GENVS^TMTV
TO^F'CVRAVERi
'ii
I{ovi) 0{ptimo) M{aximo) Boi[ati) Tertius Unagi f{ilius) ex test{amento) pon{i) iussit. Matugenus et Matuto f[aciendum) curaver{unt) .
Cippe rectangulaire avec corniche, sur la face gauche un urceus; trouvé rue du Peugue.
Je me suis déjà occupé de cette inscription (1) qui avait
(1) Cf. mon article sur le Jupiter des Bofi, dans les Mém, de la Soa, arch, de Bordeaux, t. IV, décembre 1877.
été publiée avec la lecture Tetrus au lieu de Tertius à la seconde ligne (1). Les mots Matugenus et Unagus sont considérés comme gaulois; Matuto rappelle Matuta, déesse latine du matin. Matugenus (2) est assez commun ; il est composé du terme geno-s « fils », qui se retrouve dans beaucoup de noms gaulois. Matuto et Unagus ne sont connus jusqu'à présent que par le texte de Bordeaux. Le premier élément de ce dernier mot paraît se trouver dans le nom des Unelli; quant au suffixe ago-s^ il se rencontre dans Arviragus, chez Juvénal (3).
L'abréviation boi, qui se rencontre fréquemment dans les inscriptions (4), peut correspondre kBoio ou à Boiati, mais l'inscription n* 1 qui précède, permet d'incliner pour la seconde leçon.
Les Boiates mentionnés dans les inscriptions que nous venons de voir sont évidemment les habitants de la civitas Boatium^ qui figure à la fin du iv* siècle dans la Notice des provinces parmi les douze cités aquitaniques de la Novempopulanie (5), et dont la métropole était Elusa, aujourd'hui Eauze. La station Boios^ Bosos ou Bolas, suivant les manuscrits, placée dans V Itinéraire d'Antonin (6) avant
(1) Dictionnaire archéologique de la Gaule, p. 173.
(2) Matugenus se rencontre sur une monnaie des Leuci (Description raisonnée de la coll. des monnaies gauloises de M, P. Charles Robert^ in-8®, 1880, p. 72) et dans diverses inscriptions de File de Bretagne {Corp, inscr. laL, t. VII, 1334, Îî4et 683).
(3) Cf. d'Arbois de Jubainville, Etudes grammaticales sur les langues celtiques, 1881, pages 76 et 106.
(4) Cf. Corp, inscr. lat., t. III, n© 4594, et n^ 5417 (Norique) et t. V, no579 (Cisalpine).
(5) Civita^ Boatium, Boasium, Boiusin, Bohatium, Boaccensium, etc. Cf. Notitia provinciarum et civitatum galliae, dans VEssai sur les divisions territoriales de la Gaule^ par Guérard, Paris 1832, in-8<>, p. 28.
(6) Boios mpm VII — Burdigalam mpm XVI. Edit, G. Parthey et M. Pinder, p. 218,
le mot Burdigalam sur une route venant des Pyrénées, marque probablement Teudroit où se trouvait le cheflieu qui, selon Tusage indiqué plus haut, aurait pris aux basses époques le nom du peuple.
Ces BoiateSj Boates ou Boii, il faut se demander maintenant ce qu'ils étaient.
Dom Martin (1) veut que ces habitants du bassin d'Arcachon aient été Torigine du grand peuple qui domina si longtemps dans la Cisalpine. Cette opinion, qui s'appuie sur Tite-Live, n'est pas encore abandonnée par tout le monde. Les partisans de Tite-Live veulent, en effet, que les Gaulois, dans leur grande migration, soient directement venus d'Orient sans fonder aucun établissement sur leur route, aient franchi le Rhin et les Alpes, aient pénétré dans la belle contrée qui s'étend jusqu'à l'Océan, et s'y soient multipliés ; plus tard, un excès de population ou des besoins de conquête auraient produit dans cette puissante race un courant en sens contraire qui lui aurait fait jeter son trop plein ou ses armées sur une partie de l'Europe et jusqu'en Asie. Dans ce système, les Boii auraient grandi dans la Gaule de César avant de porter leurs armes en Italie, à l'est du Rhin et en Grèce. Mais il est plus logique d'admettre, et tel est aujourd'hui l'avis de divers savants, que les Boit, lorsqu'ils traversèrent la Germanie, y formèrent des établissements successifs avant d'aller plus loin ; c'est la marche naturelle des peuples émigrants, et, comme on le sait, les conquêtes durables ne se font que pas à pas.
On ne saurait donc douter que les Boii n'aient, dans leur grand mouvement J'Orient en Occident, semé des essaims sur leur route avant de prendre pied entre le Rhin, les Alpes et l'Océan. Tite-Live raconte que les Boii avaient possédé de puissants établissements sur les rives du Pô jusqu'en 191 avant J.-C, époque où les Romains, conduits par le consul
(1) Histoire des Gaules^ t. H, p. 36,
Scipion Nasica, les battirent après une lutte de 90 ans. Les partisans du grand historien veulent que ces Boit soient venus de notre Gaule, et comme les seuls Boit que César nous montre installés à Touest du Rhin et des Alpes n'y étaient venus que de son temps, on est tout naturellement amené à conclure que les Boii ou Boiates voisins des Bituriges Vivisci sont les restes du grand peuple qui avait fait tant de conquêtes dans le nord de l'Italie et qui ne fut détruit qu'en 191 avant notre ère. Mais on doit se demander comment une nation qui avait joué un si grand rôle dans l'histoire, était tellement oubliée, que César parlant des Boii qui avaient de son temps uni leurs forces à celles des Helvètes, n'ait pas dit un mot de ces autres Boii des bords de l'Océan qui auraient jadis conquis la Cisalpine. Pourquoi Strabon et Pline auraient-ils gardé le même silence ?
Mais je le répète, c'est à tort que Tite-Live fait venir de l'ouest des Alpes toutes les armées gauloises entrées en Italie. M. Alexandre Bertrand (1) et divers auteurs allemands ont clairement établi que le récit de l'historien est souvent erroné, notamment en ce qui concerne le point de départ et les dates des premières invasions gauloises en Italie. Ce qui prouve péremptoirement que tous les Gaulois qui entrèrent en Cisalpine et s'y établirent ne venaient pas de notre Gaule, c'est qu'on en cite qui étaient passés paries Alpes Juliennes.
Les Boii, battus en 191 et gagnant en fugitifs le Danube, auraient-ils pu fonder de grands Etats, tels que la Bohême et la Bavière qui ont conservé leur nom? On sait que ces Boii fugitifs furent attaqués dans leurs nouveaux établissements par de nombreux ennemis et qu'ils disparurent presque entièrement au temps d'Auguste sous les coups des Daces et des Gètes. Les jBow d'Italie, en se retirant sur le Danube,
(1) ArchéoL celtique et gauloise, 1876, m-S^, p. 422 et suiv.
ne faisaient que rallier d'anciens centres gaulois. Les Taurisques, chez lesquels leurs débris furent accueillis, étaient en effet, d'après Posidonius cité par Strabon (1), des hommes de race gauloise. On pense même aujourd'hui que les Boii qui, suivant Strabon, se trouvaient chez les Taurisques, ne venaient pas tousdltalie, mais que le plus grand nombre sortait directement du peuple établi jadis en Bohême et en Bavière.
Revenons à ce que dit Tite-Live du mouvement dès Boii sur ritalie. Suivant lui ce peuple et les Lingones étaient entrés en Italie par les Alpes Pennines, c'est-à-dire par le Grand Saint-Bernard. Une telle route ne s'expliquerait pas pour les Boii du bassin d'Arcachon ; une nation ou une armée venue du sud-ouest de la Gaule aurait pénétré dans la Péninsule par la Corniche ou les Alpes-Maritimes, sans remonter vers le nord ; au contraire, les Boii de la rive droite du Rhin se trouvaient voisins des Lingons et pouvaient facilement combiner leur mouvement avec celui de ce peuple. En effet, ils entraient en Suisse par Baie, suivaient tout naturellement les fertiles territoires qui s'étendent à Test du Jura; de leur côté les Lingons passant parla trouée de Belfort, ou bien, laissant à leur gauche le Jura, ce qui les conduisait également au Rhône, venaient rejoindre leurs alliés sur le Léman, et les deux armées remontant le fleuve arrivaient aux passages des Alpes Pennines qu'elles franchissaient ensemble ou successivement ; puis elles pénétraient dans la partie de l'Italie où on les retrouve plus tard.
Au surplus, dans l'antiquité, les documents écrits étaient rares et la tradition bien souvent incertaine; Polybe, qui est aujourd'hui considéré comme l'un des pères de l'histoire, nous déclare que, déjà de son temps, c'est-à-dire 200 ans avant Tite-Live, on ne savait rien de précis sur les
(1) Liv. VU, ch. 2 ; édit. Didot, t. I, p. 244.
Gaulois et leurs migrations et que ceux qui en parlaient débitaient des fables (1).
Pourquoi donc Tite-Live présente-t-il des renseignements si précis? c'est qu'il avait sous les yeux les Commentaires de César, qui de son temps étaient dans toutes les mains, et qui, en grandissant notre Gaule et en faisant connaître les peuples qui s'y trouvaient, attiraient l'attention sur eux et portaient le public à leur attribuer un rôle qui avait appartenu à d'autres peuples de race gauloise, déjà perdus dans la nuit des temps. Il est donc naturel, quand les Romains venaient de rencontrer une si longue résistance dans notre Gaule, que l'historien se soit plu à en faire sortir les armées qui jadis avaient fait trembler Rome.
On peut tirer de la numismatique un nouvel argument en faveur de l'origine transrhénane des Boii installés en Cisalpine. On rencontre en effet en Bohême, en Bavière, sur divers points de la Germanie et jusque dans le Luxembourg et l'est de la Belgique première, un très grand nombre de monnaies gauloises en or, connues sous le nom de Regenbogen-Schûsselchen et que Pon attribue à des Gaulois de Germanie et surtout aux Boii (2). Or une variété de ces monnaies se trouve en grande abondance dans les vallées du Tessin et du Pô, là même où les Boii étaient installés. Que ces pièces y aient été apportées par le commerce comme le veut M. D. Promis (3), ou que les Gaulois les y aient frappées sur place comme le pense M. J. Friedlaender (4), il ne s'ensuit pas moins d'une manière incontestable que c'est avec les Boii de Germanie et non avec ceux de notre Gaule que le nord de l'Italie était
(1) Histoires h III, ch. XXXVIII, LVIII et LIX.
(2) Cf. Description raisonnée de la collection des monnaies gauloises de M. P, •Charles Robert,, in-8^, Paris 1880, p. 83 et suiv.
(3) J2er. numism.^ 1868, p. 303.
(4) Rev, numism,^ 1868, p. 129 et suiv.
encore en relations pendant la période monétaire. En outre les bijoux d'art étrusque dont se servirent longtemps les Gaulois de la Cisalpine abondent en Germanie et dans les contrées rhénanes, mais ne se rencontrent jamais dans le centre ni dans l'ouest de la France, ainsi que Ta démontré M. Alexandre Bertrand; donc les Boii défaits par Scipion Nasica ne venaient pas de ce qui forma plus tard la Gaule de César.
Voyons maintenant ce que pouvait être ce peuple nommé dans des documents du quatrième siècle Boit ou Boates, et Boiates sur un monument épigraphique qui est plus ancien, sans être des beaux temps de Tempire, et qui a plus d'autorité que des manuscrits du Moyen-âge, souvent altérés.
Ces Boiates avaient eu une existence propre, cela résulte delà présence du mot civis; dans notre inscription; en effet, ce titre de civis dans les épitaphes d'étrangers à la Gaule n'est, sous le ciseau des quadratarii, qu'une simple indication d'origine ou de race, cette qualification, appliquée à un Gaulois, indique que le peuple auquel il appartenait était constitué en cité. Il y avait donc une cité des Boiates antérieurement à l'apparition de la Notice des provinces; mais cette cité n'existait pas encore, ou avait bien peu d'importance du temps des anciens auteurs, qui sans cela l'auraient mentionnée.
Le chef-lieu de celte cité avait peut-être dû son nom à quelques Boii installés dans l'Aquitaine ethnique pendant Tempire; car on sait que du temps de Strabon aucun peuple gaulois n'avait pénétré dans cette contrée plus bas que les Bituriges Vivisci (1). Ce chef-lieu aurait pris le nom de ces émigrants, et se serait nommé Boii^ tout comme on disait Parisii pour la ville des Parisii. Le nom primitif Boii aurait, au milieu des Aquitains, pris la ter-
(1) strabon, Géogr. L. IV, c 2, § 1.
minaison aies, qui se trouve chez presque tous les peuples de la Novempopulanie, et aurait fait Boiates (1).
Mais, malgré Tidentité du nom de la station citée dans ritinéraired'Antonin et de Tantique nom du peuple gaulois des jBoWjOn peut croire aussi, et peut-être avec plus de vraisemblance, que les habitants groupés autour de cette station étaient Aquitains. Je crois que Tétude des dialectes tendrait à prouver que les Boiates, quel que soit le point où on les place au sud de Bordeaux (2), appartenaient à l'Aquitaine ethnique plutôt qu'à la Celtique de César.
Il est à remarquer aussi que Tévêché des Boiates figure à la fin du iv* siècle, parmi ceux qui relevaient de la métropole aquitanique d'Eauze (3). Or, ces Boiates étaient bien voisins de Bordeaux, et si, à cette époque, leur constitution administrative et religieuse les rendait indépendants de leur puissante voisine, c'est qu'on respectait encore la nationalité aquitanique. Mais dès les premiers temps de la période mérovingienne, lorsque la métropole gauloise de Burdigala engloba une partie des évêchés aquitains, celui des Boiates ne tarda pas à être supprimé. Au reste, si les Boii ou Boiates avaient formé une cité au temps où on élevait un monument à un certain Saturninius Privatus, c'est-àdire vers le m** siècle, cette cité qui devait disparaître sous les Mérovingiens, avait bien peu d'importance. Cela résulte d'une lettre dans laquelle saint Paulin dit àAusone:
An tiU me, domine illustris, si scribere sit mens Qua regione haUtes^ pîaceat reticere nitentem Burdigaîam, et piceos rtialis describere Boios (4).
Quelques traducteurs avaieat rendu piceos par « qui
(1) C'est ainsi, par exemple, que, suivant la Grammatica Celtica (2«édit., pp. VII, 291), le nom de peuple germain Usipii est devenu Usipetes,
(2) M. Bladé et M. Braquehaye s'occupent, chacun de leur côté, de la détennination de ce point.
(3) Notitia prov. et civit, Galliae, dans Guérard, p. 28.
(4) Epist. III, ad Ausonium vers. 136 et seqq.
tient, qui a rapport à la résine ou à la poix. » Le Dictionnaire archéologique de la Gaule, au mot Boit, admettait ce sens comme une allusion au commerce de la résine qu'auraient fait déjà les habitants des landes de Gascogne. Mais tous les auteurs latins ont employé le mot piceus dans le sens de « brun ou couleur de poix » ; on disait piceus nimbus, piceae oves, et Ion connaît ce passage de Sidoine Apollinaire : Albus... picei lapillus Indi (1), où se trouve une antithèse entre la perle blanche et llndien au teint brun. Aussi pouvait-on être tenté de rendre piceos Boios par les Boiens au teint brun; ce qui, par parenthèse, conviendrait mieux à des Aquitains qu'à des hommes de race gauloise. Mais M. Reinhold Dezeimeris, qui possède mieux que personne la littérature du iv** siècle, a bien voulu mefaire remarquerque les traducteurs précédents n'avaient pas compris que les mots piceos Boios formant opposition avec les mots nitentem Burdigalam, il devait s'agir, non des Boii eux-mêmes, mais de leur ville, appelée à cette époque Boii, en vertu de la règle que j'ai exposée plus haut. Le chef-lieu des Boiates, opposé à Bordeaux, brillante et importante cité, devait être alors une modeste localité que l'écrivain pouvait, au propre ou au figuré, qualifier de noire ou d'obscure.
(1) Edit. Grégoire et Collombet, 1836, t. III, p. 214.
Aqaenses.
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"Ifmnr- mm-',Anrjé,
YAUVEUCIS
D{us) M{anibus) Val{erii) Felicis c{wis) Aq{itensis) defXuncti) ann[orum) XXXX Victorina coniunx f[onendum) c{uravU) et sub asc{ia) dedicavit.
Ce monument, découvert en 1801, près de Tancien palais de Lombrière, est de grandes dimensions; il est surmonté d'un fronton triangulaire à oreilles ; et montre, sur sa face gauche, l'emblème encore inexpliqué, mais tout gaulois, de Vascia.
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D{iis) \M{aiiibus)] et m[emoriaé) Val{eHaé) Victo-
rinae civ{is) Aqif{ensis) def{unctaé) ann(orum) LX fili{i) eius p{onendum) c{uraverunt) et sub ascia ded{icaverunt).
Le monument élevé à Valeria Victorina par ses fils, reproduit dans sa forme celui qu'elle avait elle-même consacré à la mémoire de son mari Valerius Félix.
M. Jouannet et M. Sansas ont publié les deux inscriptions précédentes sans se prononcer sur la patrie des défunts.
Millin (1) développait c. aq. en civis Aquitanus^CQ qui est inadmissible, l'Aquitaine étant une province et non une cité. Il faut lire civis Aqicensis. Les Aqicae étaient fréquentes en Gaule ; les auteurs ou les inscriptions mentionnent Aquae Alisinciae, Aqitae Borvonis, Aquae Calidae, Aquae Convenarnini, Aquae Helveticae^ Aquae Neriomagenses, Aquae Onesiorum, Aquae Se g este, Aquae Sextiae, Aquae Tarbellicae. Mais ce n'est qu'entre les deux dernières localités que le choix peut porter, car Aquae Sextiae (Aix en Provence) colonisée dès le début de Tempire et Aquae Tarbellicae (Dax), avaient seules le titre de Cité si Ton s'en rapporte à la Notice des Provinces. Un habitant de l'une ou l'autre de ces villes pouvait donc se qualifier de Civis. Dax étant près de Bordeaux on peut supposer que Félix en était originaire.
INTERLICIVS ANDVS C.A.Q HEREDES P C
Cette inscription, trouvée en 1564 à Bordeaux, n'a pas été rapportée de la même manière par les divers auteurs
(1) Magasin encyclopédique de Van X,
qui s'en sont occupés. Venuti donne la leçon qui précède (1); Gruter (2) et Jouannet (3) remplacent le dernière de la seconde ligne par ce; ils mettent au commencement de la troisième ligne le q qui termine la seconde et suppriment la lettre h dans Heredes. En outre Gruter change iNTERLicivs en iNTERCiLivs, qui rappellerait iNDERaLLVS, nom que présente une poterie d'Orléans (4) et qu'un Gaulois porte à Bordeaux même (5). Indercillus est gaulois, et dérivé du même radical qu'Inderca; c'est un composé dont le second terme se retrouve en Cisalpine dans le nom Derco (6). andvs est connu comme surnom; on le trouve ainsi employé dans un texte du musée de Toulouse (7). Lucain en faisait un ethnique (8), et M. A. Allmer le considère comme un ancien ethnique gaulois (9) devenu surnom et prouvant par sa présence à Bordeaux les relations qui existaient entre cette ville et les anciens Angevins. Mais les textes qui font autorité ne désignent pas ce peuple sous le nom d'Andi; César donne Andes, et Pline Andicavi (10). Je considère donc ici Andus comme un simple cognomen. Les noms du défunt devaient être suivis de son ethnique et cet ethnique ne pouvait être, en adoptant la lecture de Venuti, que C{ivis) Aq{uensis). Au reste, cette inscription, qui n'existe plus, ne présente que de médiocres garanties.
(1) Dissertations sur les anciens monuments de Bordeaux^ in-4o,1754, p. 42.
(2) P. DCOCLXXiii, no 12, € libello gallico antiqq. Burdegall. >
(3) Inscriptions découvertes à Bordeaux en 1564, Acad. des sciences belles-lettres et arts de Bordeaux, 1829, p. 171 et pi., fig. 2,
(4) Retue archéologique, 1863, p. 209.
(5) Inderca inder | cilli filu. Sansas, Notes sur diverses sépultures antiques de Bordeaux, p. 38.
(6) Corp, inscr, lat., vol. V, n*» 6371.
(7) No 159 du catalogue.
ls)Pharsale, 1,439.
(9) Rev, épigr. du midi de la France ^ n^ 12, p. 180.
(10) Ernest Desjardins, Géogr, de la Gaule romaine, t. II, p. 501 et 483,
Rnteni.