ET MEMORIAL
[D{iis) M{anibus)] et memoriae Valer[i{i)] Sec[un]di Ruteni d[é\functi ann [Of^m), . . . Secundinu[s] fil{ius) p{onendum) c{uravit).
Stèle dont la base a disparu et qui n'a plus que 0°" 49 de haut; elle est surmontée d'un fronton triangulaire.
Le mot Rutenus venant après le surnom du défunt, il faut y reconnaître non un second surnom, mais Pethnique désignant Tancien peuple des Ruteni^ ou tout au moins un habitant de Segodunum devenu Cioitas Rutenorum.
Les Rutènes possédaient des mines d'argent (1) ; ils étaient renommés pour la fabrication des toiles à voiles.
(1) Strabon. Géogr, liv. IV, ch. 2; édit. Didot, 1. 1, p. 158.
Ijemo^^iees.
[D{us) M{anibus)] et memoriae,. Inv e civ{is)
Lem{ovicis) def{uncfae) an(norum) XXIIIIMartinu[s] marit{us) p{osuit).
Pierre mesurant un mètre de haut et 0"6l de large. L'inscription occupe une fausse niche ; elle est tracée en caractères assez irréguliers et profondément creusés. Tout le monument est dégradé. Les deux lettres D. M. qui figuraient au fronton ont disparu.
Les noms de la femme commençaient àla deuxième ligne et se terminaient à la troisième où Ton ne voit plus qu7ny....^, peut-être Inventae. Les surnoms Inventus et Inventa sont, en effet, connus (1). La quatrième ligne commence par le mot civis^ exprimé comme à l'ordinaire par les trois premières lettres civ; vient ensuite Tethnique aussi abrégé en trois lettres, dont la première est un L et la dernière un m. L'amorce supérieure de la haste verticale encore visible de la seconde lettre semble appartenir à un e, semblable à celui qui termine la ligne, ce qui donne lem abréviation de l'ethnique Lemovices, Toutefois, je crois devoir ajouter que des épigraphistes, se rappelant qu'il y avait de très fréquentes relations de commerce entre l'Espagne et la Gaule, ont proposé lvm au lieu de lem; dans cette hypothèse, qui me paraît moins probable, il faudrait lire Lumberitani, et y reconnaître un peuple de TEdétanie mentionné par Pline (2).
(1) Cf. Wilmanns, Exempta, inscript., 1501, 1943, 1945, et Mommsen, Jnscr, regni neap., n^ 1818, 2266.
(2) Nat. Hist. L. m. c. 4, 8.
Merc[u]rio Viduco cives Lemovic[us) v[otum)
s{olvit) l{ibens) m{erito).
Ce petit bas-relief se trouve dans la belle collection de M. Dubois; il a perdu non seulement sa partie supérieure mais aussi sa base et n'a plus que 0°'66 de haut; sa largeur est de 0"*48. Il représente Mercure nu, debout, la chlamyde jetée sur l'épaule gauche.
L'inscription étant partagée en deux, il semblerait naturelque la première partie se rapportâfau dieu, et la seconde au dédicant. On serait alors porté à considérer Vidureus comme une épithète de Mercure et à supposer que le nom du dédicant était placé au-dessus même de son ethnique. L'état de la pierre ne permet pas malheureusement de lire les mots qui devaient précéder cives. Il est vrai que le mot Viducus, qui termine la partie gauche de Tins-
cription, est un nom d'homme connu (1); mais d'autre part son dérivé Vidiccius (2) se retrouve sous la forme Visucius comme épithète de Mercure dans de nombreuses inscriptions votives de l'Est des Gaules et dans un texte de Bordeaux que nous rapporterons plus loin. L'équivalence phonique de Viducius et de Visucius est justifiée par la parenté qui existait en Gaule entre le d et le s (3). J'ai eu l'occasion de signaler (4) la confusion des deux lettres dans un grand nombre de noms, où le plus souvent le d était barré mais quelquefois aussi, conservait sa forme ordinaire (5).
(1) Cf. Corpus inscr. lat„ t. VII : vidvcvs 1336, (1 177, 1179); vidvcos 1336(1178).
(2) Brambach, n« 1567.
(3) Le même phénomène se remarque aussi en dehors des Gaules ; en Afiique le d est quelquefois remplacé par un z ; par ex. : Zies pour Dies, Ziomedes pour Diomedes. R. Cagnat, Explorations épigraphiqties en Tunisie, 1*' fascicule 1883. — Cf. aussi Corssen, Aussprache der lateinischen, Sprache, 2* édition, t. I, p. 215-216.
(4) Epigraphie de la Moselle, 1'^ fascicule, 1873, p. 12.
(5) Par exemple les monnaies du chef Arverne que César nomme Epasnactus, portent en légende epad.
NARBONNAISE Yiennenses.
Inscriptions doatenses.
ET • MEMOR — VAL • IVLLINAE CONIVGI • VAL CHARID • CRV VIENNENSI MVALECHARI DEMVSVIvS POSVIT
Inscription aujourd'hui perdue qui était conservée au dernier siècle, dans le jardin de M"' de Rabar, à Bordeaux ; la copie que je reproduis est empruntée à l^abbé Venuti (1). C^est une épitaphe consacrée à une femme nommée Valeria lullina^ par Marcus Valerius Charidemus, son époux. lullina^ comme lullinus^ est un surnom assez rare ; quant à Charidemus (Xap^$7|tjLoç gratiosus populo), c'était une de ces appellations grecques adoptées pour les esclaves, et qui devenaient leurs surnoms lorsqu'ils étaient affranchis.
(1) Dissertation sur les anciens monuments de la ville de Bordeaux^ 1754, in-40, p. 33.
No 2.
ET-MEMORIAE MVAL-CHARI DEMI • CR VVIENN IB (sic) SE • SIBI • VIVS
ET SVIS
POSVIT
Cippe que Marcus Valerius Charidemus avait fait préparer de sou vivaut pour lui et les siens ; il était, comme le précédent, conservé chez M"* de Rabar, où Venuti l'avait copié.
Les deux inscriptions qui précèdent présentent quelques irrégularités : Vale pour Valerius n'est pas une bonne abréviation ; les qualificatifs du' mari sont placés dans la première inscription, non après son nom au nominatif, sujet de la phrase, mais après son nom au génitif, complément de conjugi; en outre le tf ait horizontal tracé dans les deux textes au-dessus du second v de vivs n'était guère d'usage, avant l'époque chrétienne, que pour les indications numérales et certains sigles. On ne peut donc pas assurer que les monuments du jardin de M°** de Rabar n'aient pas été faits à plaisir ; on sait que les pastiches des inscriptions latines ou grecques étaient jadis fort à la mode.
Gruter a plusieurs fois reproduit la première de ces inscriptions dans son Corpus (1), avec des coupures différentes. Toutes ses leçons portent à la cinquième ligne, au lieu de GRV, GVR, dont il fait GVRator . Charidemus aurait donc
(1) CDLXXvii, 5 ; Dcxxjxxxvii, 8 ; docclxv, 4 ; dcocii, 4.
été le curateur d'habitants de Vienne, sans doute assez nombreux à Bordeaux pour y former une corporation. Viennenses me paraît devoir, en effet, représenter les habitants de Vienne, et non, comme on Ta dit (1), le peuple de la Viennoise, vaste province dont le curateur était un grand personnage. M. Allmer, qui s'est aussi occupé du premier de ces textes, pense qu'il a été mal transcrit ; on pourrait peut-être y lire, suivant lui : Diis Manibics I et memoriae Valemae JuUinae, \ conjugi, Valerio | Chari {?), decuHoni \ Vienn^M, ensi \ Valerius Chari | demusvivus | posuit (2). Cette interprétation, qui introduit dans le texte un troisième personnage, n'est pas entièrement satisfaisante.
On ne saurait douter que ces deux cippes aient porté grv. Venuti, qui avait vu les monuments, dit, en effet, après avoir nommé Gruter et de Lurbe : « L'un et l'autre ont lu, à » la cinquième ligne de la première inscription et à la qua- » trième de la seconde, gvr. viennensi, c'est-à-dire Curatori » Viennensi\ mais il est bien sûrqu'onylitCrut^fenn^nsî, et » qu'on a de la peine à se persuader que cela soit une faute » du sculpteur, d'autant plus que ce mot est dans les deux » inscriptions, et qu'il y avait de la place pour les bien » orlhografier » (3) . Venuti ne cherche pas à expliquer les lettres grv. On pourrait, à la rigueur, supposer qu'elles appartenaient à un second surnom du personnage, tel que Crucuro^ Crustidius{i); mais les abréviations aussi sommaires ne s'employaient d^habitude que pour des noms très connus. Quant à faire de grv un nom de profession, comme CRvstularius, CRYppellariuSj ou Curator Rationum Vinariorum, ou Curator Rvdiariorum, ce serait se livrera des suppositions qui demeurent complètement imaginaires.
(1) Voir plus haut, p. 25.
(2) Inscriptions de Vienne, t. II, p. 180.
(3) Op, laud,, ibid.
(4) Cf. Corpus, vol. I, 763 ; vol. IH, 6010 (76).
lorsqu'elles n'ont pas de précédent ; et cela d'autant plus qu'il existe à Bordeaux une autre inscription qui n'indique la profession qu'après l'ethnique.
Je crois donc préférable d'imiter la réserve de l'abbé Venuti. •
CELTIQUE Aulerel
.ET • MEMO ....
CIVESAVLERCVS
COIVXEIIVSPO