SIT
[D{iis) M{anibus)] et memo[riaé],. . . cives Aulercus, . . co{n)iux eiius po[ni ius]sit.
Une feuille cordiforme occupe le milieu de la ligne qui se termine par sit.
Ce fragment qui a, je crois, disparu depuis, a été découvert en 1828, derrière le vieux Lycée ; il a été décrit par M. Jouannet, qui s'exprime ainsi dans une communication à l'Académie de Bordeaux ( 1 ) : <i Cette inscription est entourée d'un cadre de feuillages enroulés, elle porte un nom gaulois, celui d'Aulerc. » M. Sansas a reproduit la leçon de Jouannet à l'article Aulercus dans sa liste de noms d'hommes (2). Le mot civesj pour civis, ne permet pas de faire d' Aulercus un nom propre. L'ethnique Auler-
(1) Actes de VAcad, des sciences^ belles-lettres et arts , 1829, p. 182 et pi. no 54.
(2) Sansas, A^ofe^ sur diverses sépultures antiques de Bordeaux^ 1863, p. 20.
cics se rencontre rarement seul ; les Aulerci ^e partageaient, en effet, en Eburovices, Genomani, Diablintes et Brannovices. On trouve sur une monnaie de bronze avlirgos EBVROV (1). César mentionne les quatre peuples; Pline ne parle que des Aulerci Eburovices et des Aulerci Genomani ; Ptolémée cite les Aulerci Eburovices, les Aulerci Genomani et les Aulerci Diablintes; ces trois peuples figurent en outre au iv* siècle dans la Notice des provinces; leurs chefs-lieux, Evreux, le Mans et Jublains (2) avaient encore dans ce document le rang de cité. Quant aux Brannovices, simples clients des Eduens, ils ne figurent plus dans les documents de l'époque impériale. L'homme mort
à Bordeaux étant qualifié du titre de civis Aulercus ,
ne pouvait appartenir qu'à l'un des trois premiers peuples ; Pétat du texte ne permet pas d'en savoir davantage.
(1) En dehors de la Province romaine les noms d'homme occupèrent longtemps seuls les légendes des monnaies gauloises ; dans les derniers temps, c'est-à-dire au moment où le monnayage romain allait remplacer le monnayage autonome, quelques ethniques firent leur apparition sur les espèces de cuivre dans les Trois-Gaules.
(2) Cf. au sujet du chef-lieu des Diablintes, le Dict, topogr, de la Gaule, au mot Diablintes.
Cnrlosollteë.
[D{ns) M{anibus) é]t mem[or]iae Donatae 'd{e)f{wiC' tae) an{norum) LI Reginianus mar{itus) pon{endum) curiavit) c{ivis) Coriosolis.
Cippe de 1 mètre de haut sur 0°'54 de large, dont les arêtes antérieures ont été abattues ; découvert en 1868 dans la démolition d'un mur romain sur remplacement de
— sala maison Beauvallon, il a été publié par M. Sansas (l).Les lettres d m et une partie de la formule et memoriae ont disparu. Reginianus et Donata sont des surnoms latins qui ne donnent lieu à aucune observation. Tout l'intérêt de l'inscription consiste dans la présence du mot CoriosoliSj qui désigne un homme appartenant à la cité dont Corseul était le centre (2). C'est à tort que M. Sansas a traduit « citoyen de Cornouaille. » Si les Cornaviiy anciens habitants de la Gornouaille anglaise, étaient connus dès le temps des Romains, ce n'est que vers le v* siècle qu'une émigration partielle les a conduits en Armorique dont une partie prit seulement alors le nom de Gornouaille; il n'y a rien de commun entre le nom des Coriosolites et celui des Cornaviiy habitants de la Gornouaille, et ces derniers n'ont occupé qu'en partie le territoire des premiers. Il est à remarquer que l'ethnique des Coriosolites ne s'est rencontré jusqu'ici qu'à l'état de fragment, dans un texte de Corseul (3), chef-lieu qui avait pris le nom du peuple. Les Coriosolites ont été mentionnés sous diverses formes : César (4) donne CuriosoHtes, Pline (5) Cariosvelites^ Eginhard Curiosolitae (6). Les manuscrits de la Notice des Provinces écrivent cet ethnique de plusieurs façons ; l'un d'eux, qui estduXV* siècle (7), donne la forme Coriosolites identique à celle de notre inscription (8).
Les Guriosolites ou Coriosolites, peuple armoricain, c'est-
(1) Notes archéologiques posthumes publiées par la Société archéol, de Bordeauœ, t. VU, p. 214.
(2) Dictionnaire topographique de la Gaule, au mot Curiosolites.
(3) Dictionnaire topographique de la Gaule, au mot Corseul,
(4) De Bello Gallico II, xxxiv; III, vn, xi; VII, Lxxv.
(5) Hist. Nat. 1. IV, chap. xxxii.
(6) Ann., ad ann. 786.
(7) CataL des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, n^ 4909.
(8) Guérard (Essai sur le système des divisions territoriales de la Gaule, in-8o, 1832, p. 15) avait adopté Corisopiti ; mais ce nom, d'après le dictionnaire topographique de la Gaule, désigne un autre peuple.
à-dire maritime, étaient naturellement en relation avec le grand port de commerce situé à l'embouchure de la Garonne.
Sali?
" ANNOR^XXV
D{iis)M{anibus) et memoriae Iuliae Europ{a)e Saiiae d[e)f{unctaé) annor{um) XXV t{itulum) p{onendum) d{e) s{ua) p{ecunia) c{uravU).
Plaque de O'^SB de haut sur 0*70 de large, mise au jour par les fouilles de la voie du Peugue et transportée au
musée lapidaire ; les lignes sont séparées par des traits tracés à la pointe.
Les femmes n^ayant eu généralement qu'un surnom, le mot Saiia me paraît être un ethnique, d'autant mieux que la pierre a été trouvée avec d'autres monuments mentionnant des étrangers. Europa appartenait sans doute à un peuple de Sait.
On trouve dans Strabon des Sàioi qui habitaient la Thrace ; mais il est plus probable qu'il s'agit ici des Saii, peuple dont la capitale était la ville actuelle de Séez, nommée civitas Saiorum et Sagiorum dans les manuscrits de la Notice des Provinces, document de la fin du IV' siècle. La forme Saii, ainsi que l'ont déjà constaté Adrien de Valois et d'Anville, paraît la plus ancienne et la meilleure. M. Allmer (1) croit que l'inscription porte saliae et non sahab; il s'agirait, selon lui, d'une femme du pays Salique. L'examen de l'estampage me porte à croire qu'il y a bien deux i dans l'ethnique; les deux hastes sont, en effet, trop rapprochées pour que la première appartienne à un l. Il y a, it est vrai, entre les deux hastes, un trait incliné, légèrement marqué ; mais I'l ainsi obtenu n'aurait ressemblé en aucune façon à celui du mot ivliae; Testampage montre, d'ailleurs, d'autres petits traits inclinés çà et là dans le champ de l'inscription. En somme, je crois qu'il vaut mieux lire saiiae que saliae.
C'est par suite d'une erreur que Pa, qui commence la cinquième ligne, n'est pas barré dans mon dessin.
(1) Revue épigraphique du Midi de la France, 1881, n© 12, p. 180.
Seqaanl.
D{iis) M{ambus) L{ucu) Iul{ii) Mutaci Seqifmni) Q{uintus) Ignius Sextus frater.
Epitaphe surmontée d'une niche avec un buste de ronde bosse représentant le défunt; la hauteur totale de la pierre est de 0"*89 et sa largeur de 0"45.
Ce petit monument a déjà été publié par M. Sansas dans le journal la Gironde^ en mai 1871 ; mais il était bon d'en donner la figure.
L'ethnique Sequanus se rencontre dans les inscriptions, tantôt abrégé en Seq^ Sequ (1), ou Sequan (2), tantôt écrit en entier (3).
Le peuple des Séquanes a fourni des cohortes auxiliaires à l'armée romaine, ainsi que le constatent des inscriptions de l'époque impériale et un document du iv* siècle, la Notice des Dignités (4). Les inscriptions montrent des Séquanes dans diverses parties de l'empire. Au iv* siècle, les Séquanes avaient donné leur nom à toute une province, dont la principale ville était \B.Metropolis civitas Vesontiensium.
Le surnom Mutacus se retrouve à Lan grès (5). Il se rapproche beaucoup de MOTOGVS qui se lit dans une inscription découverte chez les Treveri (6). Au sujet du suffixe gaulois acosj qui se trouve dans MutacuSj on peut consulter une savante étude de M. d'Arbois de Jubainville (7). Le nom latin Ignius^ dérivé d'ignis^ comme l'adjectif igneus^ est assez rare; on ne l'a, si je ne me trompe, rencontré qu'à Lambaese^ porté par des légionnaires de la IIP Augusta (8).
Q. Ignius Sextus était, sans doute, le frère utérin de Iulius Mutacus; on sait, d'un autre côté, que les affranchissements pouvaient introduire chez deux frères consanguins des dénominations différentes; il en était de même des adoptions, mais celles-ci n'avaient guère lieu que dans les grandes familles.
(J) Corp. inscript, lat.\ vol. V, 907 et vol. VIT, 69.
(2) WilmannsV^ojemp^ inscr,, b9 2867.
(3) A. de Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 429.
(4) Edit. Bôckiag, t. III, p. 161.
(5) Catal. du Musée de Langres^ par M. Henri Brocard, in-12, 1878, 11079.
(6) Brambach, n© 809.
Q) Etudes grammaticales sur les langues celtiques^ Paris, 1881, p. 15-27.
(8) L. Renier, Inscriptions romaines de VA,lgérie, 129 et 711.
BELGIQUE Ambiant.
LAMMi^SI^VIl CIVI ÂMBIÂl
SILVINA^ LEPIDI COGNATAAI CVREPALME'i ' LLWI FIL-TVT^
^/ :^;-j«/''y^^£;ij
- ^- iv /4'V
[D(us) ilf(am6ws)] Uucii) Amyni[i) Silvin[i] civi[s] Ambian[i] d{e)f[uncti) an{norum) XXXXV. Silvina Lepidi [fiilid)] cognata, adqu[e] Cure Palme Aeliani fil{ia) tutor[i] ?
Cippe découvert en 1867 dans la démolition d'une tour appartenant à la partie de Tenceinte gallo-romaine qui s'étendait de la Porte Basse à la place Rohan (1); il a 1»14 sur 0» 60.
L'Ambien L. Ammius Silvinus porte des dénominations qui n'ont rien de particulier : Ammius est un nom qui s'est déjà rencontré dans quelques inscriptions (2); Silvinus est un surnom fréquent. Viennent ensuite deux femmes ; la première, quiétait parente, cognata^ du défunt, et qui avait le même surnom que lui, est en outre désignée par le nom de son père, Lepidus ; il y a, en effet, place pour une lettre à la fin de la ligne et l'on sait que la filiation des femmes était généralement indiquée.
M. Sansas,dansun premier examen de cette inscription(3), avait fait de Silvina la belle-sœur de Lepidus et la fille ài'JSlius. Dans un second travail (4), l'ancien conservateur du Musée n'est pas éloigné de reconnaître dans Lepidus le célèbre triumvir ; il est à peine utile de dire que le texte ne peut remonter au temps du second triumvirat, c'est-à-dire à un demi-siècle avant l'ère chrétienne, et que Lepidus fut un surnom très fréquent pendant la durée de l'empire.
A la sixième ligne, après la conjonction adque, vient la seconde femme, fille d'-^lius, qui semble se nommer Cure Palme et qui se serait jointe à la première pour élever un monument à leur tuteur commun. On trouve quelquefois les mots de la première déclinaison comme Palmaj écrits au nominatif par un e (5) ; mais Cura, qui
(1) Cf. Notes archéoL posthumes publiées par la Soc, archéoL de Bor" deaux, t. VII, 1880, p. 169 et 171.
(2) Corpus inscript, lat. vol. III, no 1359 et vol. VII no 1334'.
(3) Société ai-chéologique de Bordeaux, t. V. 1878, p. 127.
(4) Notes archéoL posthumes publiées par la Soc, archéoL de Bor-^ deauœ, t. VII, 1880, p." 171 et 172.
(5) On peut, sans compter les noms d'origine grecque comme Trophima, citer les noms latins de femme dont le nominatif est écrit tantôt par un a,
pourrait être un surnom, ne saurait être un nom. Peut-être vaut-il mieux, rentrant dans Tordre d'idées de M. Sansas, voir dans cure le nom commun cura à l'ablatif, quoique aucune raison ne justifie cet e, et faire de Palme un génitif écrit comme on le faisait alors fréquemment par e aa lieu de o^; on serait alors en présence d'un monument que Silvina fille de Lepidics aurait fait élever seule à un parent et tuteur, L. Ammius Silvinus mort à Bordeaux à Tâge de 45 ans ; cette femme qui n'avait sans doute pas quitté la cité des Ambiant^ aurait confié à Palma^ fille d'Aeliamis^ les détails matériels de l'exécution.
En résumé, je reconnais que ce petit texte présente des difficultés de détail que je n'ai pas résolues.
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D{us) M{anibus) ob memoriam Vestini Onatedon[is f\ilii)]c[ivis) Bel[l{ovaci) dé\f[uncti) an[n{orum)]XXXIIII
tantôt par un e; ainsi Mariana et Mariane ; Maura et Maure (Corp. inscr. lat. vol. II, n^ 22 et 3942).
Le monument a environ 0" 75 de haut et 0" 55 de large ; il présente deux pilastres reposant sur un soubassement rectangulaire et surmontés d'un fronton qui a en grande partie disparu. L'inscription se développe, entre les deux pilastres, sur un tableau quia 0'"44 de large et 0'"53 de haut. C'est l'épitaphe d'un homme ayant un surnom, Vestinus, qui se rencontre dans d^autres épitaphes et notamment dans une inscription de Bétique (1). Une partie des lettres est oblitérée. Néanmoins, malgré le mauvais état de l'inscription, on peut admettre que la fin de la quatrième ligne et le commencement de la cinquième donnent onate- DONis f; c'est du moins l'avis de M. A. Allmer (2). Onatedo est un nom de physionomie gauloise. Les premières lettres de la sixième ligne, qui suivent l'abréviation du mot CiviSj paraissent appartenir à une abréviation du mot Bellovaci.
M. Sansas, (3), considérait le défunt comme pouvant être fils d'un certain Natedon, Dans un autre travail (4) il revient sur l'ethnique et pense qu'il faut lire BELendij en sorte que Vestinus aurait appartenu à Belin, aujourd'hui chef-lieu de canton. Belin aurait gardé le nom d'un peuple mentionné par Pline, et aurait été jadis le centre du culte d'Apollon Belenus; mais Belenus n'est pas la même chose que Belindus.he titre de Civis^ qui avait un sens politique dans la Gaule romaine, s'applique mieux à un Bellovacus qu'à un Belindus ; rien en effet ne porte à croire que Belin ait jamais eu sous l'empire le rang de cité, tandis que la Notice des Provinces parle encore de la civitas Bellovacorum (5).
(1) Corp, inscript, lat, t. H, nP 1953.
(2) Liste de noms gaulois^ dans la Revue épigr. du midi de la Gaule^ 1881, no 12, p. 182.
(3) Société archéologique de Bordeaux^ t. IV, 1877, p. 186.
(4) Notes archéologiques posthumes publiées par la Société archéo^ logique de Bordeaux, t. VI, 1088, p. 106.
(5) Guérard, Divisions territoriales de la Gaule, p. 18.
Hedlomatrlel.
Ce monument provient, si je suis bien renseigné,des travaux de la voie du Peugue ; bien que privé du sommet de son fronton, il a encore l^ôS de haut ; il a été malheureusement brisé suivant sa longueur, de sorte que le fragment qui reste ne donne guère que la moitié du sujet représenté etqu'un peu plus du tiers de Pinscription qui se développait sur l'entablement, les deux pilastres extrêmes et Tarcature de la niche.
On voit dans la niche un homme debout, vêtu de la penulaj tenant d'une main un coffret, arcula? et de l'autre un objet arrondi dont la nature est difficile à reconnaître ;les doigts qui apparaissent sur l'épaule gauche du défunt, annoncent qu'il avait à sa droite un autre personnage, sans doute sa femme.
Les lettres de Tar-
cature, omatrigvs, nous apprennent qu'il s'agit d^un civis Mediomatricm ; la première ligne, celle qui est tracée sur le fronton, présentait suivant Tusage les siglesD. m.; la seconde, dont on ne voit plus que la fin, vor, nous donne sans doute une partie du surnom du défunt ; la troisième mentionnait son âge, trente ans, et la quatrième sa profession, indiquée par le mot faber, terme assez vague, du reste.
La console intérieure de laquelle part Parcature porte les traceà de deux caractères qui étaient sans doute les lettres finales ordinaires p c on dd.
Les Mediomatrici étaient un des peuples belges les plus importants ; leur nom figure sur une des dernières monnaies autonomes qui se frappèrent dans les Gaules. A la fin du iv" siècle, leur capitale figure avec le rang de cité dans la Notice des Provinces; aussi leur nom est-il généralement précédé du titre de civis dans les inscriptions , par exemple à Bath, à Sens, à Mayence, dans le Wurtemberg et à Milan; il ne se montre seul, à ma connaissance, qu'à Lyon dans la célèbre inscription d'un préfet du Prétoire, beaupère de Gordien III (l).On peut donc croire que le mot civis se lisait à Bordeaux sur la partie de Tarcature de la niche qui a disparu.
Menapll.