‹ Les étrangers à Bordeaux: étude d'inscriptions de la période romaine portantChapitre 6 sur 13 · L S OU MA RIO · texte numérisé non relu

L S OU MA RIO

SECUNDINO

ClVITREVERo

NEG BRITAMll

jD(ws) M(anibus) L[ucio) Solimario \Secundino civi Trevero neg{otiatori) britan{niciano).

CippedeO""?! sur 0.55 exhumé dans les travaux de la rue d'Alsace-Lorraine.

Solimarius est connu, mais moins fréquent que SoKmarus que des textes donnent à Bordeaux (1), dans le Gard (2), et dans les confins germaniques non loin du

(1) Cf. p. Charles Robert, Quelques noms gaulois, dans la Rev. épigr. de la Gaule, 1881, p. 151.

(2) Herzog, Gall. narb., n» 264.

territoire des Treveri (1). Solimarius se retrouve, comme l'a signalé M. G. Paris (2), dans le titre d'un roman du xn* siècle.

Ces dénominations Solimarius et Solimarus rappellent tout naturellement les légendes abrégées Solim ou Solima qui se trouvent non seulement sur des statères d'or gaulois, antérieurs à César, mais sur des monnaies d^argent moins anciennes, trahissant déjà l'influence romaine. Le même nom au féminin, Solimara^ désignait pendant l'époque romaine une déesse qui a laissé des souvenirs à Avaricum (3) et que divers mythologues considèrent comme une parèdre d'un dieu gaulois correspondant à Apollon, dieu de la lumière. Il a servi aussi à nommer une localité des Leuci^ Solimariaca^ sur la voie de Langres à Toul (4). Solimariaca veut dire, suivant la règle posée par J. Quicherat (5) pour les noms terminés en acus, aca, acum, non seulement sanctuaire de Solimara, mais possession de Solimarus ou de Solimarius; c'est ainsi que la maison de campagne d'Avitus se nommait Avitacum{Q)j celle de Latinus^ Latiniacus (7), et. que M. R. Dezeimeris a proposé, comme on le verra plus loin, d'attribuer à un Primulus mort à Bordeaux, la fondation de PrimuliaCj maison de campagne de Sulpice Sévère.

Je viens de parler des monnaies gauloises sur lesquelles on lit Solim ou Solima. Les premières, celles d'or, paraissant appartenir au centre, on a voulu y voir le nom de la

(1) Brambach, Inscript, rhen., nos 1380 et 1439.

(2) Comptes-rendus des Séances de T Académie des Inscrip. et Belles- Lettres, 1871, p. 141.

(3) Orelli, n© 2050, d'après Muratori, n*» 144.

(4) Solimariaca, Itin. d'Antonin, éd. Parthey et Pinder, p. 185, n® 3859. Vicani Solimariac(enses), inscription trouvée chez les Leuci (Jollois, Ant. remarquables des Vosges, pi. 19).

(5) De la formation française des anciens noms de lieu, 1867, p. 34.

(6) Sid. ApoU.

(7) Légende de S. Domitien.

déesse Solimara honorée à Avaricum, Les autres, celles d'argent, étant fréquentes chez les Leuci, on a proposé d'y reconnaître le nom de lieu Solimariaca. Mais les noms de divinités sont peut-être introuvables sur les monnaies gauloises; quant aux ethniques ils ne s'y montrent que rarement, sauf dans la province romaine, et c'est à peine si Ton en connaît dans les Trois Gaules quelques exemples fournis par des monnaies de bronze frappées vers la fin de Tautonomie ou sous Auguste; d'autre part, on sait que les mots dans les inscriptions monétaires sont abrégés et souvent d'une manière arbitraire, en raison du peu d'espace dont disposaient les graveurs. Je pense donc qu^il n'est pas téméraire de reconnaître simplement, dans les monnaies gauloises en question, la signature de chefs qui se seraient nommés Solimarus ou Solimarius comme le citoyen de Trêves qui était venu mourir à Bordeaux.

Quelques celtistes donnent le sens de lumière, œil ou soleil, au premier élément de ce composé ; c'est une question qui ne me paraît pas complètement élucidée, mais il est incontestable que marus veut diregrand(l). Quel quesoit le sens de Solimarius, il était bon de signaler la présence d'un mot qui se lit sur des monuments ne remontant pas moins qu'à la période de l'indépendance gauloise et qui était encore employé au moyen âge.

J'ai développé Britan en Britannicianus et non en Britannus comme on l'a fait généralement (2), en m'appuyant sur une inscription de Zélande (3) qui montre un négociator cretarius (c'est-à-dire artis cretariae) qualifié de Britannicianus. On àisBxi Britannicianus, Gallicanus, Hispanensis pour désigner les étrangers qui faisaient habituellement le commerce dans la Bretagne, la Gaule ou

(1) Cf. La liste de noms communiquée par M. d'Arbois de Jubainville, le 4 mars 1881, à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

(2) Rev, épigr. du midi de la Gaule, 1881, n^ 12, p. 180,

(3) Cf. Brambacb, I. R. n© 43.

l'Espagne. Le Trévire Secundinus était donc fixé en Bretagne par son commerce et n'était sans doute venu à Burdigala que pour affaires momentanées.

HlCîAgfL,,

COSJPViDol

MîTÎAECiVl TREVE RAE ( DEF'VI^FEBi

Première face.

[Diis) M{anibus)] et memor{iae) Domitiae civis Treveriaé) d[e)f[unctaé) an(norum) XX. Léo coniugi kariss{imae) posuit.

Deuxième face.

Hic iacet exanimen corpus Domitiae civ{is) Treverae def{unctaé) V k{alendas) feb{ruarias) Postumo

co{n)s{ule).

Cippe quadrangulaire plus large que profond, ayant encore 0°75 de hauteur bien qu'une partie du sommet ait

disparu ; il montre Temblème de Vascia sur le socle de la façade principale; il provient des fouilles opérées à remplacement de la maison Lesperon (1).

Les deux inscriptions sont gravées l'une sur la face antérieure du cippe et l'autre sur la face postérieure; elles ont été publiées par M. Sansas, en 1867, dans le journal te Pro^^rès et rééditées avec commentaire, en 1869, par M. L. Renier (2).

La présence des mots exanimen (pour exanimé) corpus avait porté M. Sansas à penser que l'inscription était chrétienne ; mais cette formule, se rencontre sur des monuments païens et dans les écrivains de la haute latinité.

La défunte était civis Trevera. Domitius ou Domitia est un nom qui a été porté dans toute Pétendue de l'empire par des hommes et des femmes de diverses conditions, et qui n'est pas nouveau dans les épitaphes des Trévires. La première face nous apprend que le monument avait été élevé à Domitia par son mari Léo. Ce dernier nom semble, du moins en Occident, trahir un homme appartenant à la classe des affranchis. La seconde inscription, la plus importante, indique que les restes de la défunte reposent sous le monument et qu'elle est morte le cinquième jour des calendes de février, pendant le consulat de Postume.

Quel était ce Postume? M. L. Renier n'hésite pas à en faire le fondateur de Pempire gaulois. En effet, il ne peut être ici question des deux personnages appelés Postume qui figurent dans les fastes consulaires : le premier, C. Vibius Postumus, fut consul suffectus avec G. Ateius Capito, Pan 5 de notre ère, époque à laquelle est loin de remonter notre inscription; le second, M. Egnatius Postumus, est aussi un consul suffectus mentionné avec M. Heremius Secundus en 183 (3). Cette date conviendrait mieux

(1) Soc. archéol. de Bordeaux, 1880, t. VII, p. 220.

(2) Comptes-rendus de TAcad. deslnscr.. et Belles-Lettres, 1869, p. 100.

(3) Cf. J. Klein, Fasti Consulares, Leipzig, 188L

au monument qui nous occupe ; mais on sait que dès la fin du premier siècle de notre ère on avait cessé de dater les monuments par les noms des consuls suffecti et qu'on le faisait exclusivement par ceux des consuls ordinaires. De plus, Borghesi a démontré (1) qu^on ne trouvait de monuments datés par le nom d'un seul consul, que : l"* si la mémoire du second consul avait été abolie, ce qui ne s'est produit ni pour C. Vibius, ni pour M. Egnatius ; 2^ si le consul mentionné est l'empereur lui-même.

Il faut donc reconnaître dans le consul indiqué ici M. Gassianus Latinius Postumus, qui, maître des Gaules, de TEspagne et de la Bretagne, avait dû se constituer un véritable empire comportant, à l'exemple de celui de Rome, un sénat et des consuls. Le monument portant simplement Postumo consule, il s'agit du premier consulat de Postume, rappelé également par des légendes monétaires et par une borne milliaire (2). Suivant M. L. Renier, le premier consulat de Postume est de 258; d'après M. A. de Villefosse (3), qui s'appuie sur le livre consacré par M. de Witte aux monnaies des empereurs gaulois, Postume aurait déjà porté à cette époque le titre de cos II.

Le monument funéraire élevé à Domitia par son mari Léo remonterait donc à Tan 257 ou 258 de notre ère.

(1) Œuvres, t. V. p. 75.

(2) Comptes-rendus déjà cités, p. 103.

(3) Rev, archéol., mai WQ, p. 264.

D{iis) M{anibus)m{emoriae)Vildigi{i)? c{ivis) Trev{eri) an{norum) XXXV D- Nas Bin,..

Pierre à peine dégrossie, ayant un mètre de hautet0™32 de large ; rencontrée, comme la précédente, à remplacement d'une tour antique sur lequel s'élevait la maison Lesperon ; les lettres sont profondément creusées et dénotent une basse époque. Les abréviations D et M, sont, comme à l'ordinaire, tracées sur le bandeau ; six lignes

occupent le fût. C'est d'abord la lettre M, en vedette, qui, bien qu'elle ne soit pas, comme à l'ordinaire, précédée de la conjonction et n'en doit pas moins être traduite par me^noriae.

Vient ensuite le nom du défunt, que M. Allmer (1) a lu Vildicus. M. Sansas, dans les Notes rééditées après sa mort (2), a aussi accepté Vildicus; niais je me souviens qu'il m'exprima des doutes sur cette lecture, dans une visite du Musée lapidaire qu'il voulut bien faire avec moi il y a quelques années. L'examen de l'estampage semble, en effet, donner à la sixième lettre la forme d'un G : il n'est donc pas impossible que le défunt se soit appelé Vildigius. Le mot defunctus qui précède d'ordinaire à Bordeaux le chiffre indiquant l'âge du défunt, n'existe pas dans ce texte.

Les deux dernières lignes me paraissent difficiles à interpréter. Peut-être faut-il y chercher le nom et le surnom du personnage qui avait élevé le monument; mais les abréviations ne s'employaient guère, pour les noms des particuliers, que si ces noms étaient bien connus. Je m'abstiens donc de toute hypothèse.

(1) Liste de noms Gaulois, dans la Revue épigraphiqiM du midi de la France, 1881, n» 12, p. 182.

(2) T. VII, 1880, p. 222, de la Société Archéologique de Bordeaux.

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