‹ Les étrangers à Bordeaux: étude d'inscriptions de la période romaine portantChapitre 9 sur 13 · HER • EX TES · texte numérisé non relu

HER • EX TES

D{iis) M[anihus) L{ucio) Hostilio Saturnino Hispan{o) Cumoniensi L{ucius) Hostilius Liberalis lib(ertus) et heries)^ ex tes[t]{amento) f{aciendum) c{uravit).

Inscription découverte en 1594. On en doit la connaissance à Delurbe. Gruter, et après lui Venuti (5) l'ont donnée avec des coupures différentes ; le texte ci-dessus reproduit la transcription de ce dernier auteur.

(1) Corp. inscr. laU, t. III, 5136.

(2) Mommsen, Inscript, regni Neap, n^ 1687.

(3) Corp. inscr, lat, t. IV, 1093.

(4) Pline 11, 37, 55.

(5) Notes sur diverses sépultures ant, de Bordeaux^ p. 51.

Il s'agit d'un monument élevé à un Espagnol par son affranchi qui était en même temps son héritier.

Hostilius^ nom de l'antique ^^^ns qui prétendait descendre du troisième roi de Rome, fut comme le surnom SatuminuSj très commun en Espagne. L'adjectif iiô^raZfs se rencontre fréquemment comme nom servile ; si, comme on peut le croire, il était pris ici dans son sens originaire, il formait, appliqué à un esclave, une sorte d'antiphrase analogue à celles qui abondent aujourd'hui dans notre langue populaire, et qu'on retrouve jusque dans l'Orient (1). ^

Tout l'intérêt de cette inscription consiste dans l'indication de la patrie du défunt ; il était Hispanus et appartenait à Cumonium (2), ville de la Tarraconaise, aujourd'hui Estella, à 27 kilomètres S.-Ô. du Pampelune. Gurnonium n'est mentionné, à ma connaissance, dans aucune inscription d'Espagne (3).

Les épitâphes des étrangers morts à Bordeaux ne rappellent d'ordinaire que leur nation ou leur ville ; celle-ci, plus explicite, donne la nation et la ville, ce qui n'est pas pas sans exemple en épigraphie (4). Des textes plus rares mentionnent à la fois la nation, la province et le lieu de naissance du défunt (5).

Venuti pensait que Saturninus remplissait en Espagne une curatelle qualifiée de Noniensis.

Turlassonenses.

Autel quadrangulaire ayant 0"51 de largeur,0"39 d'épaisseur et O'^Sô de hauteur; le fût présente sur chacune de ses

(1) Gaidoz, Bulletin de la Société de Linguistique de Paris, n^ 12,

p. CLXXIV.

(2) Ptolémée, II, 6. 67.

(3) Cf. Corp, inscript, lat. vol. II.

(4) Cf. Wilmanns, t. II, p. 410.

(5) Surus ex regione Dolica, vico Arfuaris (Corp, inscript, lat, vol. III, n®

3490) — natione Afer Bizadnus o municipio Septimia libéra (A. de

Villefosse, Bulletin des antiq. afric. 1882, p. 23.)

faces nne niche à personnage, encadrée par deux pilastres. L'entablement est lourd. Le bandeau supérieur et la frise portaient les inscriptions. Deux volutes montrent leurs fleurons sur les deux faces principales du monument ; une patella forme le centre du couronnement. La base de Tautel, qui devait être en rapport avec le haut, a complètement disparu ; l'entablement a été abattu sur deux côtés pour former des plans de joint; les figures sont très dégradées et à peine reconnaissables.

Ce curieux monument a été publié par M. Sansas qui n'en lisait pas bien les inscriptions, ainsi que Ta fait remarquer M. Reinhold Dezeimeris dans son intéressant travail consacré aux Origines de Sulpice Sévère (1).

(1) Société archéol, de Bordeaux, t. VI, 1879, p. 113 à 158.

Première face.

. . . onae M{arcus) Sulpicius Primulus Turiassone{n)sis sévir al{is) d{é)s{ica) p{ecunia) f{aciendum) c{uravit)

Le bas-relief, très mutilé, semble représenter le buste d'une femme tenant une haste de la main gauche ; M. Sansas a proposé d'y reconnaître [Sir]ona, déjà mentionnée sur un monument de Bordeaux; c'est une simple hypothèse que j'ai examinée ailleurs (1) : il existe bien

(1) Rev. celt. 1880, p. 265 et suiv.

d'autres divinités dont le nom se termine en ona; je citerai entre autres Epona et Bellona. Epona semble être hors de cause car elle est représentée d'ordinaire à cheval, ou avec un cheval auprès d^elle ; quant à Bellona, pour qui incline M. Reinhold Dezeimeris, en raison de l'attribut figuré, il est à remarquer que le culte de cette déesse n'a guère laissé de traces qu^à Rome. Je ne parle pas des génies féminins comme Nemetona et Rittona qui n'ont été pour la plupart rencontrés qu'une seule fois et dont le culte ne sortait guère de son pays d'origine. Parmi ces conceptions topiques de rang secondaire, se trouvait Divona chantée par Ausone ; bien que cette fontaine sacrée n'ait été rappelée, jusqu'à ce jour, par aucun des monuments retrouvés, il ne serfidt pas impossible, si le type s'y prêtait, que son nom figurât dans la dédicace qui nous occupe.

On voit qu'il est bien difficile de dire quel est le nom dont le commencement a été enlevé et dont il ne reste que les dernières lettres onae.

L'auteur du vœu, le sévirai Sulpicius Primulus, était de Turiasso, aujourd'hui Tarazona, à 72 kilomètres N.-O. de Caesaraugusta. Turiasso était un municipe; Pline et Martial vantent la qualité de l'acier qui se fabriquait dans celte ville ainsi qu'à Bilbilis (1) sa voisine ; il est donc possible que Primulus ait tenu un comptoir des produits de son pays dans le grand emporium de Bordeaux.

(1) Voir plus haut page 90 note 2,

Deuxième face, à droite.

Sulpicia Phoebe f{ecit)

La figure représente un torse viril très développé ; une lourde haste se voit à sa gauche.

L'état de détérioration deTensemble du bas-relief ne permet aucune conjecture sérieuse sur la figure qu'il représentait. Le bandeau qui surmonte la corniche existe sur cette face et peut-être portait-il, comme celui de la première face, un nom de divinité, mais la photographie qu'a bien voulu me communiquer M. Dezeimeris, bien que très nette, ne laisse voir aucune trace de caractères.

J'ai cru reconnaître à la fin de la ligne la lettre p qui se trouve également à la fin de la troisième inscription et de la quatrième, et j*ai traduit uniformément ces sigles parPECiT; il me semble en effet que les trois membres de la famille de Primulus avaient chacun honoré comme loi une divinité spéciale et que cette divinité était représentée dans la niche placée sous leur nom. M. Reinhold Dezeimeris, d'accord avec M. AUmer, traduit Tp final de la troisième face et de la quatrième par phjvs et piua, et voit sur la deuxième face, au lieu d'un p, un l dont il fait L(iberta). Phœbe, suivant lui, serait une affranchie de Primulus. Phœbe est, il est vrai, un nom grec qui conviendrait à une esclave, mais le personnage principal appartenait luimême, ainsi que je le montrerai tout à l'heure, à la classe des affranchis ; l'origine du surnom de Sulpicia n'est donc pas un argument suffisant pour trouver L(iberta) dans le caractère douteux dont le dessin ci-dessus, a, je le reconnais, fait trop nettement un p.

Troisième face.

Sulpicia Censorina f{ecit)

Au-dessous de Pinscription, un homme en buste, peut-être Hercule, tenant une massue ; sa main, presque aussi grosse que sa tête, m'avait paru au premier abord appartenir à un second personnage. Toutes les saillies de l'entablement ayant été abattues, la première ligne de l'inscription a naturellement disparue.

Quatrième face.

Sulpicius Sacuro f{ecU)

Bien que les reliefs de la figure aient été abattus, on doit reconnaître avec M. R. Dezeimeris, Mercure caractérisé par les restes du caducée qu'il porte de la main gauche et par la trace des ailes de son pétase.

Quatre membres d'une famille figurent, comme on le voit, dans l'inscription. Le gentilicium Sulpicius, Sulpicia, est fréquemment mentionné par les textes épigraphiques en

Italie et dans les provinces pendant la période impériale. Des Sulpicii de diverses conditions se rencontrent dans les inscriptions de l'Espagne en si grand nombre, que Ton peut considérer ce nom comme un de ceux qui y furent le plus usités. A Turiasso même, au temps de Tibère, un Iulius Sulpicius se qualifiait d'édile sur les monnaies (l), et si les Sulpicii ne se rencontrent pas dans les rares inscriptions de Turiasso, ils sont mentionnés dans d'autres textes de laTarraconaise. Les surnoms Primulus, Phœbe, Censorina sont aussi connus en Espagne. Quant à Sacuro, il ne s^est au contraire, si je ne me trompe, rencontré en épigraphie qu'à Bordeaux; mais M. Reinhold Dezeimeris (2) a retrouvé ce vocable dans un passage où Ausone (3) parle des grammairiens de Bordeaux; le poëte cite d'abord Macrinius son propre professeur, Goncordius, Anastasius, Phœbicius qui passait pour descendre des Druides et enfin Sucuro ou, suivant la lecture de Vinet, Sacuro, qui, simple fils d'affranchi, initiait l'enfance aux notions de la grammaire. M. R. Dezeimeris, dans son étude sur Sulpice Sévère, rattache par les liens de l'adoption ou de l'affranchissement M. Sulpicius Primulus à l'antique gens Sulpicia qui avait compté les plus grands personnages, par exemple, Q. Sulpicius Paterculus, consul plus de deux siècles avant l'ère chrétienne, et Pempereur Galba lui-même ; d'autre part, il considère ce même M. Sulpicius Primulus comme pouvant être l'ancêtre de Sulpice Sévère, auquel il aurait transmis une origine qui, bien que d'emprunt, n'en gardait pas moins son illustration. La première proposition de notre confrère est quelque peu hypothétique ; on a vu, en effet, dans le courant de cet article que lés noms des vieilles familles de Rome furent pris à l'envi sous l'empire. Dès le temps de César et

(1) Cf. H. Heiss, Monn, antiques de VEspagne, p. 194, pi. XXIII, n9 18.

(2) Soc. archéol. de Bordeaux, t. VI, 1879, p. 120.

(3) Prof essores, X, 81.

d'Auguste divers chefs gaulois portèrent, comme on Ta rappelé plus haut, le nom de luKus qui se répandit bientôt avec profusion dans les diverses parties du monde romain ; il en fut de même des noms les plus illustres qui furent également pris de tous côtés et souvent par des hommes de condition infime ; il est donc bien difficile de rétablir à travers les siècles des filiations directes ou par adoption et affranchissement. Quant aux liens de famille qui auraient rattaché Sulpice Sévère au sévirai mort à Bordeaux, ils sont ingénieusement présentés par M. R. Dezeimeris. Cet auteur a en effet remarqué que le domaine de Sulpice Sévère se nommait Primuliac ; or, ainsi que Ta démontré J. Quicherat (1), le suffixe gaulois acus^aca ou acum mis à la suite d'un nom d'homme, produit un mot voulant dire « domaine de ». Primuliac devait donc avoir appartenu primitivement à un homme surnommé Primulus comme Tauteur du monument qui nous occupe. Les sévirs étaient d'ordinaire d'anciens affranchis ou appartenaient à la petite bourgeoisie. On les prenait parmi les habitants de la ville ; mais il arrivait aussi, exceptionellement, qu'ils fussent étrangers, et le même personnage pouvait avoir été sévir dans plusieurs villes différentes (2). Que Sulpicius ait été sévir dans sa patrie où abondaient les Sulpicii ou qu'il le soit devenu à Bordeaux, il n'en est pas moins certain qu'il tenait à une classe de gens riches et pouvant posséder des domaines.

(1) Noms de lieu, p. 35.

(2) Herzog, 18.3 ; J. Schmidt, De seviris augustalibus^ Halis Saxonura, 1878, in-8, p. 68.

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