‹ Les étrangers à ParisChapitre 13 sur 67 · VALAQUE · texte numérisé non relu

VALAQUE

disait dernièrement encore un ancien {sprawnick de Tergowitz, qu'il nous faudrait toujours, quand nous sommes dans un lieu publie, comme vous dites d'ordinaire, tourner sept fois notre langue dans notre bouche avant de prononcer un mot.

— Pourquoi cela?

— Vous allez le savoir. Un matin, il faisait à peine jour, j'étais dans mon lit, dormant du sommeil du juste, et rêvant comme un bienheureux. Tout à coup Je suis réveillé par le bruit que fait une porte en s’ouvrant.

— Qui est là? dis-je sans me retourner.

« — Domnoulé, sénatos ? me répondit une voix douce.

« Je pris une pièce de cinq franes dans ma bourse, et, tout entier sous l'effet de mon rêve, je la jetai au solliciteur, qui se retira aussitôt.

« Peu d’instants après, je me levai. Voulant savoir l'heure qu'il pouvait être, je cherchai ma montre, elle avait disparu ; mon pantalon, mon habit, mon chapeau, je ne trouvai plus rien. On m'avait volé jusqu'à mes bottes !.. Je me rappelai alors que, la veille, causant avec une personne dans le passage de l'Opéra, j'avais dit assez haut sans doute pour être entendu de l’un des oisifs, que tous les matins, à Boucarest, à cette époque de l’année où l’on redoutait d’être envahi par la peste, un homme, attaché au bureau sanitaire de la ville, entrait dans les cases et disait au maitre du logis : « Domnoulé, sénatos ? — Monsieur, êtes-vous en bonne santé? » S'il y avait quelqu'un de maladé, on prenait immédiatement des mesures pour que la maladie ne se propageñt pas. Mais il était rare que la police eût à exercer son office ; ar, sachant les formalités auxquelles elle vous astrelgnait en pareil cas, chacun cherchait à s’y soustraire en répondant au visiteur : « Da! oui! » et en lui jetant une pièce de monnale.

L’ex-isprawnick avait été victime de l’un de ces adroits filous connus sous le nom de bonjourien. Ce qui l’exaspérait le plus, ce n’était pas tant d'avoir été volé que d’avoir payé le voleur, comme pour le remercier de son action.

Ne terminons pas cette incomplète revue sans relever encore les Moldo- Valaques d’une incalpation sinon des plus graves, du moins des plus fausses et des plus injustes. On à dit d’eux, qu'après un séjour à Paris de plusieurs semaines, de plusieurs mois, voire de plusieurs années, ils ne rentraient dans leur pays qu'avec des habits bien faits.

Si le reproche était exact, que prouverait-11? D'abord que Paris possède d'excellents tailleurs, et qu’entin les Moldo-Valaques tiennent à faire

valoir la taille svelte et bien prise qui les distingue du commun des mortels. Mais, nous nous complaisons à le répéter, car nos sympathies leur sont sincèrement acquises, ce fait est complétement controuvé. Ne pas le désavouer, serait s’exposer à ce que les Moldo-Valaques pussent dire de nous ce que nous avons dit d'eux plus haut : qu’ils jugent par exception. De ce qu’ils comptent quelques beaux-fils, il ne faut pas en induire que tous ceux qui viennent à Paris méritent cette qualification. Non, beaucoup y accourent pour s’amuser, comme Mikalaki, et ils s’en donnent à cœur Joie; beaucoup d’autres pour travailler, et ils ne négligent aucune occasion de s’instruire. Tous font leur devoir. Un jour viendra, et peut être n’est-1l pas éloigné, où ils prouveront à l'Europe qu'ils ne sont pas descendus dans la capitale du monde civilisé seulement pour étudier le Journal des Modes.

STANISLAS BELLANGER

Si jamais vous remarquez entre midi et cinq heures, de la rue

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