‹ Les étrangers à ParisChapitre 14 sur 67 · ANNE LL M LA · texte numérisé non relu

ANNE LL M LA

Urange-Batelière à la rue du Mont-Blanc, cet alpha et cet omga des jolies femmes, des désæuvrés et des tire-laines modernes de Paris, un homme de trente à trente-deux ans, à la taille svelte et bien prise, à la démarche martiale, à la physionomie caractéristique, aux longues moustaches noires, au regard fier, portant haut la tête et faisant manœuvrer sa canne Comme un dragon son bancal, vous pouvez dire à coup sûr : C’est un Hongrois.

Nous ne parlerons point de son pays comme nous l'avons fait de la Moldo-Valachie. Qui ne sait où est située Ja patrie des vaillants enfants d’Arpad et de Mathias Corwin? Qui ne connaît son étendue? Qui n’a oui vanter sa fertilité, son aspect patriarcal , ses troupeaux, ses bergers, et surtout l’irrésistible entrainement de ce sexe enchanteur dont, en Hongrie, là philanthropie égale la beauté? Qui n’a, en un mot, goûté de son tokai? La Hongrie ne nous est-elle pas aujourd’hui presque aussi familière que si nous lavions tous visitée en détail ? Il y a entre les peuples un lien sympathique qui les rapproche, les unit, les confond et leur fait voir avec les yeux de l’âme ce qu’ils ne peuvent voir avec les yeux de la tête. «Si nous étions aussi bien ce que nous ne sommes pas, nous disait un officier hongrois dont nous avons conservé le plus affectueux souvenir : si la Hongrie occupait la place de la Suisse ou de la Confédération germanique, il y à longtemps que nous serions Français. »

Le Hongrois nait soldat et brave, comme le Titien est né peintre, comme Joseph Haydn est né musicien, comme Michel-Ange sculpteur. À voir la merveilleuse habileté avec laquelle il manie une arme, on serait tenté de

croire que, de même que Minerve, il est sorti non du cerveau, ce qui serail un peu trop mythologique, mais, ce qui est beaucoup plus réel, du sein de sa mère, armé-de pied en cap. A trois ans Mozart touchait du piano; à trois ans un Hongrois tire le mur. Aucun peuple ne pouvait donc être mieux en état d'apprécier le peuple français, « peuple guerrier,

peuple de braves, » à dit un poëte dont nous déplorons la fin prématurée, que le Hongrois. Suivant lui, il n'y a dans l’histoire que trois grands hommes : Charles-Quint, Soliman et Napoléon, grands entre les plus grands, parce que tous trois ils avaient rêvé une monarchie universelle, projet dont l'exécution n’a été entravée que par suite d'événements qu'il n'était pas donné à l’espèce humaine de prévoir.

Allez, un jour de beau soleil, aux Champs-Elysées : prenez la contreallée de droite, — peu importe l’heure, pourvu qu’il y ait encore des promeneurs; — arrêtez-vous devant les deux premières chaises qui s’offriront à vos Yeux, et regardez les deux bons vieillards, Fan complétement

chauve, l’autre blane comme la neige, qui les occupent. Celui-ci à aujourd’hui soixante-quatorze ans, l'âge qu’aurait l'empereur ; celui-là n’en à que soixante-neuf. Tous deux sont décorés, le plus jeune d’une croix de la Légion d'honneur; le plus vieux d’une large et profonde balafre au visage. N’étaient la grande houppelande quelque peu fanée du premier, et la polonaise de l’autre, vous les prendriez pour deux invalides. Il n’en est rien, ou plutôt ce sont bien des invalides, mais ils ne font point partie de ce pieux asile ouvert par Louis XIV aux nobles défenseurs de la France. Le légionnaire est, comme on l’a dit énergiquement, « un vieux de fa vieille ; » le balafré, son compagnon, un Hongrois. A la bataille de Wagram, un artilleur français, Sibot, voyant fondre un hussard kinserlich sur Pintrépide général Colbert, se jette précipitamment à sa rencontre, lui coupe le visage d’un coup de sabre et le fait prisonnier. « I n’y avait qu'un Français qui pût me traiter si bravement, » s’écria le hussard lorsqu'il eut étanché le sang de sa blessure: et depuis lors une étroite amitié le lia à son heureux vainqueur. Le hussard était Hongrois. Il réalisa la peüte fortune patrimoniale qu’il possédait aux environs de Raab, et vint se fixer à Paris auprès du grognard, qui ne se doutait assurément pas qu’en donnant un coup de sabre il s’acquerrait à la fois un ami sincère et des rentes pour ses vieux jours. Depuis trente-cinq ans que leur amitié dure, elle ne s’est pas un seul instant démentie. « Nous n’avons plus qu'un désir, disent-ils tous les deux, c’est qu’au moment où il aura jugé que nous avons assez vécu, le bon Dieu veuille bien signer en même temps notre feuille de route pour le grand voyage. »

I nous serait difficile de dire combien de Hongrois se trouvent à Paris. Ce que nous pouvons affirmer, c’est qu’ils y sont toujours fort nombreux. Beaucoup y viennent, comme en général les étrangers, attirés par l'immense renommée de cette grande ville; beaucoup d’autres entrainés par le puissant émpire qu’exercent sur eux les idées françaises. Parmi les premiers sont les nobles; parmi les seconds, ce que l’on appelait autrefois chez nous le tiers état. La révolution de 89 donna le branle; les guerres de l'empire suspendirent un moment le mouvement; 1830 raviva l'enthousiasme. L'un des plus ardents patriotes de la Hongrie, le comte Istwan de Széchényi, salua ce grand jour avec joie. Tout le monde Fa connu à Paris, et tout le monde a pu admirer sa bonne grâce, sa géné-

rosité sans emphase, sa mâle énergie, le dévouement qu'il portait aux siens, et surtout le profond respect avec lequel, tout en combattant les principes politiques du vénérable comte Dessewfvi, il rendait justice à ses lovales intentions.

On sait que la Hongrie est la terre classique de la féodalité. C’est là, c’est au milieu des vastes steppes de ce beau pays qu’elle s'est un jour réfugiée sous la sauvegarde des magnats. Est-ce un bien? est-ce un mal? Cette question est trop grave pour que nous nous permettions de la résoudre. Disons seulement que la féodalité produit en Hongrie ce qu’elle a produit en Autriche : l'accumulation des fortunes au sein de la noblesse. Aussi, certains de se voir confisquer leurs biens, s'ils s’éloignaient trop longtemps, les riches Hongrois qui visitent Paris n’y viennent-ils que temporairement, comme les Russes, avec le bon vouloir de l’empereur Metternich, autocrate de la même farine, sinon de la même importance que son frère de la Newa; tandis que ceux qui, comme Bias, n’ont rien à risquer, quittent leur pays sans dire mot, et n’y reviennent que lorsque cela leur convient.

Le noble hongrois, lorsqu'il arrive à Paris, n’éprouve tout d’abord d’autre sensation que celle d’un grand seigneur qui à fait une longue course dans une berline bien suspendue : il se met sur-le-champ au bain. Le Hongrois vilain est suffoqué d’émotion. Nous nous rappellerons tou- Jours cet avocat de Comorn qui, franchissant le pont de Kehl, sauta comme un fou au cou du premier douanier français qui s’offrit à lui et faillit l’étouffer fraternellement dans ses bras, en murmurant cet alexandrin :

A tous les cœurs bien nés, que la patrie est chère !

Au point de vue monumental, la moderne Capoue, — comme dit un cygne des bords de PArno, — n’éveille en rien la curiosité des Hongrois : le Suburbium de Bude, Pesth, l’imposante capitale de Marie- Thérèse, la splendide Munich du roi Louis, et enfin l’aristocratique ville de Carlsruhe, ont tour à tour émoussé leur exaltation. On les dirait imbus du Nil admirari d'Horace, tandis que ce sont, au contraire, les hommes les plus impétueux, les plus passionnés que nous sachions.

Leur première pensée, en arrivant à Paris, est consacrée à l’empereur ; leur première visite à chacun des lieux où l’on a buriné son nom. Demandez, au bout d’une semaine de séjour, à l’un d’eux ce qu’il a vu, ce qu’il à particulièrement remarqué, il vous répondra : « Les Invalides, la colonne Vendôme, l’are de l'Etoile, l’Institut, la Malmaison, Saint- Cloud, le petit hôtel de la rue de la Victoire. » Et n’ayez garde qu’aucun autre objet ait attiré ses regards : non ! l’astre avant tout, ses satellites ensuite, Si les circonstances le permettent. Le vieux magnat de Wranyi

arriva à Paris le jour même où les cendres de Napoléon débarquaient à Courbevoie, vint déposer une couronne sur son cercueil, et remonta dans sa chaise pour retourner siéger à l’une des diètes les plus importantes de

Presbourg. Ce fait causa d'autant plus de sensation, que le magnat portait son riche costume national, une pelisse verte aux brandebourgs d’or, doublée et bordée de martre zibeline; de longues bottes à la Suwarow en cuir de Russie, avec de larges éperons; enfin un bonnet tartare dont l’aigrette était plantée dans une grosse émeraude qu’entourait un cerele de rubis. La personne qui nous à obligeamment transmis ces détails remarqua que le noble étranger, suivant Phabitude de ceux de son pays, avait les mains couvertes de diamants.

Le Hongrois est un raffiné d’honneur. Nous avons parlé de son allure cavalière, et, en apparence, fanfaronne. Il ÿ a quelques années, on signalait particulièrement, sous ce rapport, un habitué de lun de nos plus célèbres estaminets. Cet habitué était jeune, ardent, spirituel, mais susceptible comme le sont, du reste, tous les étrangers. Plusieurs fois déjà sa démarche fière, son coup d'œil hardi et son imperturbable assurance lui avaient attiré des querelles. Il en était toujours sorti avec

avantage. Îl se servait de toutes les armes, et son adresse était merveilleuse. Un jour, un Nantais, l’émule de Gâtechair, passant près de lui, l’entendit appeler par son nom. Souvent il avait oui vanter ses prouesses, et comme elles avaient piqué son amour-propre, il s’arréta, pour s’assurer probablement si le héros répondait à ce que l’on disait de lui. Après lavoir toisé un instant, il s’éloigna en haussant l'épaule et en laissant échapper un sourire dédaigneux. Personne n’eût toléré une sem blable manière d'agir. Mais il n’eut pas fait dix pas que le Hongrois, qui s'était élancé à sa poursuite, le prenant à l'écart, lui disait avec une politesse affectée :

« Monsieur, je me nomme Kesroü Garap.

— Et moi Jacques Menou. Après?

— Je vous serais obligé de m'expliquer ce que signifie le sourire de pitié avec lequel vous m'avez regardé?

— Vous y tenez beaucoup ?

— Beaucoup.

— Eh bien, mon cher monsieur, il signifie que si pour aller d'ici là il n'y avait devant moi qu'une demi-douzaine de matamores comme vous. je les prendrais tous à la fois et n’en ferais qu’une bouchée.

— Je n’en dirai pas autant de vous; vous êtes trop gros et trop grand, je craindrais de m'’étrangler.

— Que me voulez-vous alors ?

— Vous couper les oreilles, si vous voulez bien le permettre.

—.Insol..

— N'achevez pas, de grâce! j’v ajouterais une autre partie de votre individu.

— Vous voulez une leçon ?

— Admettez que ce soit moi qui aie prononcé ce mot, dit avec sangfroid le Hongrois, et si vous n'avez rien qui vous arrête, rendons-nous a Vincennes, nous saurons bientôt à quoi nous en tenir. »

Jacques Menou était prévôt d'armes. Sa réputation avait franchi les limites du département de la Loire-Inférieure. Dans les assauts il faisait merveille, et ses succès lui avaient donné une morgue que rien n’égalait. Ne doutant pas qu'il n’eût facilement raison du Hongrois, et tout glorieux de faire ainsi parler de lui à Paris où il se proposait de s'établir, il n’hésita pas à accepter la proposition qui lui était faite. Jacques Menou ne se fût pas comniis avec le premier bretteur venu; il Jui fallait un homme du caractère et de la trempe de Kesroü.

« Vos armes? lui dit-il.

— Celles que-vous voudrez.

— Ce sera done l'épée et le pistolet.

— Soit.

— Et maintenant, votre-heure.

— Midi.

— Le rendez-vous ?

— Rond-point de Saint-Maur.

— C'est fort bien. »

A l'heure dite, les deux adversaires se trouvèrent en présence.

Les conditions du combat réglées :

« Messieurs, dit Kesroü, avec quelles armes entamons-nôus la partie? Voiei des pistolets, voici des épées. :

— Echangeons d’abord deux balles . repartt le prévêt, nous verrons ensuite.

— Volontiers. Quelle distance ?

— Dix pas.

— C’est trop peu. Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, nous en mettrons trente.

— Auriez-vous peur? fit en ricanant le Nantais.

— De vous massacrer, c’est possible, répliqua le Hongrois avec calme ; je suis comme les bons chasseurs qui aiment à tirer le gibier d’un peu loin.

— Va donc pour trente, murmura Menou; nous en serons quittes pour recommencer. Mais vous me laisserez libre de me poser de face au lieu de quart ?

— Je n’ai rien à vous refuser. Seulement vous me permettrez de vous faire observer qu’en vous voyant choisir le pistolet au lieu de l'épée, j’avais résolu de modifier mes combinaisons.

— Ah!

— Oui. Je voulais non plus vous couper les oreilles, mais tout bonnement vous enlever lune des belles boucles de cheveux qui tombent sur vos épaules.

— Eh bien?

— Eh bien, ce que vous me demandez là, de vous poser de face, me fera revenir à mes premiers projets.

— Je suis, ma foi, curieux de voir comment vous les mettrez à exécution.

— Vraiment !

— Comme j'ai l'honneur de vous le dire.

— Nous allons done faire en sorte de ne pas vous faire trop at-

tendre. »

Les distances mesurées, le sort favorisa le prévôt. I prit un pistolet, se mit en ligne et tira.

« Vous aviez raison de trouver que la distance était un peu longue, » lui dit tranquillement Kesroù après avoir essuyé son feu sans dommage.

Puis, armant à son tour le pistolet qu'il tenait :

« A l'oreille droite ! » dit-il.

Le coup partit. Jacques Menou porta vivement la main à sa tête; son oreille avait disparu.

«Je ne vous ai pas demandé quelle était celle à laquelle vous tenez le moins, reprit l’impassible Hongrois; comme je me suis engagé à vous les couper toutes les deux, j'ai pensé que cela serait superflu. Maintenant, si vous le jugez à propos, nous allons procéder à l’enlèvement de l’autre ? |

— C'est inutile, murmura le prévôt, moins mauvaise tête au fond qu'il n’en avait l'air: je vous avais mal jugé. »

Et le pauvre diable faisait, en disant ces mots, une grimace affreuse que lui arrachait la douleur.

Cet aveu est sincère ?

— Très-sincère.

— Alors, votre main?

— La voicr. »

Et la paix fut faite. Mais Menou ne put se consoler de ce cruel échec. Il quitta le lendemain même Paris, et alla se fixer en Russie. Quant à Kesroû, il eut, peu de temps après. un autre duel à la suite duquel, heureux et, à Ja fois, malheureux, il tua son adversaire et fut obligé de prendre la fuite. Suivant la rumeur publique, il serait actuellement en Espagne. où il aurait pris du service.

On a beaucoup exalté l’excentricité des Anglais ; on a, pour la peindre, employé toutes les expressions. Il en faudrait done inventer de nouvelles pour donner une idée exacte de celle des magnats. Qui n'a entendu parler‘du riche comte Chandor faisant monter ses amis, fort peu rassurés sur ses intentions, dans une heïlwagen attelée de huit chevaux ardialiens, mélant avec intention les guides, les jetant au hasard sur le dos des coursiers:; puis, après les avoir bien excités du geste et de la voix, franchissant au triple galop, sans encombre, les dix-sept longues lieues qui séparent Presbourg de Vienne? Le comte Chandor gravissait à franc étrier et descendait de même les côtes les plus escarpées, les plus impraticables

at

À Typ. Lacrampe et Comp.

du Blocksberg, au sommet duquel se dresse le palais du prince palatin. Qui ne sait la fastueuse ostentation des Esthérazy, ces seigneurs les plus opulents peut-être de l’Europe? L'un d'eux marchandant un cheval de 50,000 franes et lui faisant sauter la cervelle, afin de prouver au baronnet sir Charles Steel, qui le lui contestait, qu’un Hongrois peut acheter le plus bel étalon du monde et le perdre sans sourciller? L'autre faisant ferrer ses chevaux en argent et couvrir d’or tous ses équipages ? Celui-ci portant un dolman de colonel brodé en diamants, et, à l’imitation de Buckingham, les détachant avec la lame d’un canif pour les laisser tomber derrière lui, dans. le seul but de se procurer le ruineux plaisir de les voir ramasser par les fières dames de la cour? Le prince Esthérazy avait organisé à ses frais un régiment de hussards composé de cinq cents hommes, tous choisis parmi les plus beaux de la Transylvanie et du bannat de Temeswar. Chacun de ces soldats, équipé, lui revenait à cinq mille florins, et les officiers à quinze mille ; de telle sorte que le régiment entier lui coûtait quelque chose comme trois millions de francs! Mais quelle sorte de fantaisie ne pouvait se passer un prince dont le Sun à dit: « Outre trois palais à Vienne et ses magnifiques terres de Bohème, il possède la treizième partie du sol de toute la Hongrie, c’est-à-dire trente-six domaines comprenant chacun de dix à vingt-quatre villages, et renfermant une population de trois cent soixante mille habitants? » Le prince Esthérazy n’a jamais rien su se refuser, pas plus qu'il ne sait refuser aux autres : aussi, malgré ses énormes revenus, a-t-il contracté, dit-on, quelques engagements, une bagatelle, 50 millions de francs.

Un jour, à Paris — il y a de cela plusieurs années — un artiste aussi pauvre et peu connu en ce temps-là qu’il est célèbre et riche aujourd’hui, vint le prier de vouloir bien lui prendre quelques billets d'un concert dont l'entrée avait été fixée à 10 franes. Le prince en prit un et remit à l'artiste un billet de banque de 1,000 francs. Surpris et au comble de la joie d’un aussi beau coup de fortune, celui-ci s’empresse de chercher dans sa poche quatre-vingt-dix-neuf autres billets.

—— Que faites-vous donc? lui dit le prince.

__ Votre Excellence ne m’a-t-elle pas remis 1,000 francs?

— Sans doute. Après?

— J'ai pensé que Votre Excellence désirait cent billets, et je me disposais à les lui compléter.

— Vous vous êtes trompé.

Quoi! Votre Excellence... dit le pauvre artiste désappointé, vous

n'auriez pas eu... ; C’est, ajouta-t-il, en tournant le billet entre ses doigts. c’est qu’il me serait pour le moment assez difficile de vous rendre.…:

— Pas plus qu'à moi de vous compter quatre-vingt-dix-neuf autres mille francs. Aujourd’hui je ne suis pas en fonds.

— Quatre-vingt-dix-neuf autres mille francs !

— Vous paraissez tout ému, reprit le prince en souriant : auriez-vous eu la prétention de me vendre plus cher vos billets? |

Tous ces traits, essentiellement caractéristiques, ne sont rien comparés à ceux du comte Pylk. Le comte Pylk possédait et possède encore une fortune qui, sans être aussi fabuleuse que celle des Esthérazy, n'en est pas moins colossale. Comme autrefois le marquis de Nicolaï, il disait: « J'ai autant de doubles ducats dans ma caisse que ma ca- «vale favorite a de poils sur le dos. » Un grand nom, de la Jeunesse, de l'esprit, de l'humour, relevaient encore chez lui les dons de la fortune. Personne n’était plus chevaleresque, plus aventureux, ni plus excentrique. Rien ne lui semblait impossible. Aucun obstacle, de quelque nature qu'il fût, ne pouvait jamais l’arrêter. En 1829 ou 25, il donna un bal à Paris qui lui coûta cent mille francs. Le lendemain, préludant

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