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monta, déguisé en Plutus, ‘sur
un char, parcourut Paris en tout sens, et dispersa sur sa route pour trente mille francs de pièces de dix sols. Enfin, chacun s'en souvient, dans la matinée du mercredi des Cendres , il fit remettre à tous les bureaux de bienfaisance des sommes importantes, des vêtements et du linge. La démence et la générosité.
Tout le monde connait l’histoire de ce Dalmate, le comte Bujowich, qui se laissa enfermer par un tailleur de la rue du Helder pour la misérable somme de cing mille francs; passa résolûment ses cinq ans à Sainte-Pélagie; ne sortit pas une seule fois de sa cellule ; de même que Siméon Stylite sur sa colonne, se tint constamment debout derrière l’une des vitres de sa fenêtre, portant des bottes vernies, un habit étroit, un gilet de velours et une cravate blanche, comme s’il eût dû à chaque instant partir pour le bal; ne reçut d’autre visite que celles de son coiffeur, qui venait régulièrement le bichonner tous les jours; vécut enfin fort modestement de la pitance ordinaire des détenus, — c’est-à-dire, non, obtint de son obligeant créancier un subside mensuel de cinquante francs. Le jour même où expirait le temps de détention de son illustre captüif, l’incomparable tailleur vint lui-même lever son écrou et déposer humblement à ses pieds une cargaison de vêtements du dernier goût dans la poche desquels se trouvaient mille écus, somme destinée à donner au noble étranger la possibilité de se décarémer, — ce fut son mot, — pendant une quinzaine de jours. Ce laps de temps écoulé, il retourna le voir, lui remit de nouveau mille écus, lui fit signer, par-devant notaire, une obligation de vingt et une mille livres, chiffre auquel s’élevaient ses débours et ses fournitures; puis, le poussant dans une chaise de poste des mieux suspendues, il le renvoya gracieusement dans sa patrie, d’où on n’entendit jamais plus parler de lui que des engagements qu'il avait contractés à Paris.
Cette histoire est celle du comte Pylk. Blasé sur les plaisirs du grand monde, il alla demander aux prisons de nouvelles distractions ; mais, comme le comte Pylk ne pouvait pas faire les choses en homme ordinaire, il se fit enfermer pour cing cent mille francs. Seulement, plus loyal que son confrère le Dalmate, au bout de cinq ans, qu'il avait intégralement subis sans exprimer une seule fois le désir d’y mettre fin, il acquitta scrupuleusement toutes ses dettes, et, avec la bénédiction de ses créanciers, il emporta cette consolante conviction que tous les détenus pour dettes ne sont pas des martyrs, quand ils ont de l'argent. |
Le comte Pvik eût été le digne héritier de PAugsbourgeois Fugger,
qui, pour témoigner à Charles-Quint combien il se trouvait honoré de ce qu'il eût daigné descendre chez lui, jeta dans la cheminée un fagot de cannelle, et y mit le feu avec 4,000,000 de billets dont le grand empereur lui était redevable. Le jour où il sortit de Sainte-Pélagie, Pylk rassembla, dit la chronique, ses compagnons de captivité les plus malheureux et leur fit servir un diner splendide. Chaque convive — ils étaient huit — trouva sous sa serviette, bien et dûment acquittées, les pièces relatives à sa détention. Le dessert venu, notre Hongrois, à qui ce festin d’Apicius et ses accessoires ne coûtaient pas moins déjà de trente mille écus, demanda un bol de punch et y mit le feu avec un billet de 1,000 fr. Au lieu d’être d’honnêtes marchands, si les convives du comte Pylk eussent été autant de Charles-Quint, de quelle manière s’y fût-il pris pour les mieux traiter ?
Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable. 1 Î
En voici un exemple : Petits ou grands, riches où pauvres, les Hongrois sont joueurs. La suppression du 113 à Paris, des maisons de jeu de Frascati, de la place des Victoires et de la rue Saint-Marc, porta un coup sensible à leur passion favorite. Peut-être se souvient-on de ce qui arriva à ce vieil hetman des Cosaques qui, après avoir perdu tout ce
qu’il possédait, tout, même sa voiture et ses chevaux, à Saint-Pétersbourg, sortit du club le désespoir dans le cœur ? « Mais, monseigneur, lui fit observer son mougik, il vous reste en-
core le harnais.
— C'est juste! » s’écria joyeusement lhetman. Et il rentra dans la salle.
Moins d’une heure après, il avait, gràce à cette faible ressource, regagné tout ce qu'il venait de perdre, ce qui le rendit si joyeux, qu'il libéra sur-le-champ le mougik.
Une aventure du même genre arriva à l’un des armalistes du comtat de Sohl, que nous nommerons Zsadany. C'était le joueur le plus effréné peut-être de la Hongrie. Il passait sa vie dans les tripots, buvant, fumant, tenant les cartes et songeant à peine à manger. Après avoir dissipé plusieurs fortunes dans différentes villes de son pays, Zsadany vint à Paris. Bientôt il fut ‘lancé, non dans les maisons de jeu connues de la police, mais dans celles qui, au contraire, cherchaient à se soustraire à l'impôt énorme que le gouvernement prélevait alors sur ces abominables lieux. Les joueurs ont promptement des amis : Zsadany s’en vit en peu de temps entouré. Ses premières tentatives furent heureuses , il gagna. Mais
ce succès ne dura pas: la fortune se déclara de nouveau contre lui. En moins d’une semaine il eut perdu non-seulement ce qu'il avait gagné, mais encore, où à peu près, Ce qu'il lui restait d'argent à son hôtel. Zsadany avait amené avec lui sa femme, l’une des plus charmantes personnes de Peterwardein. D'abord amoureux fou d'elle, il avait vu cette passion céder la place à une autre plus fougueuse encore, plus terrible, plus insatiable, le jeu! Tel était le despotisme de cette dernière, que l’armaliste, après quelques mois seulement de mariage, avait pris Sa jeune et belle compagne, sinon en aversion, du moins en une grande indifférence. C’était à peine s’il lui adressait la parole; à peine si, depuis un mois qu'ils étaient à Paris, il avait songé à lui faire faire la moindre promenade. Il se levait à neuf heures et ne rentrait qu'à minuit: souvent même il ne rentrait pas du tout.
Un jour, le lansquenet l'ayant encore plus maltraité que d'habitude, Zsadany, qui avait joué tout ce qu'il possédait, eut l’odieuse pensée d’offrir sa femme comme enjeu.
Terra malos homines nune educat.
Stimulé par la singularité de la proposition, son partner, qui savail d'ailleurs quelle était la valeur de objet qu’on lui présentait, n’hésita pas un instant. Les conditions arrêtées, la partie s’engagea : Zsadan) perdit !
I y a un proverbe espagnol qui dit: « T'ener su promessa, y morir. » Zsadany résolut de le mettre en application. Ferme, comme tous les Hongrois lorsqu'il s’agit de remplir un engagement quel qu’il soit, il se lève sans dire un seul mot, sans proférer le moindre murmure, rentre à son hôtel, écrit à la hâte quelques lignes, les remet achetées à sa femme, la fait monter dans un remise, et la prie de se rendre à l'adresse dont elle est porteur. Cet acte‘accompli (c'était vers le soir), il charge tranquillement un pistolet et se le pose sur le front. Tout à coup un écrin ouvert frappe ses regards ; cet écrin, c’est celui de sa femme ; d’ordinaire il contient un collier de perles fines. Pour le moment il est vide : serait-ce qu’elle le porterait à son cou? Et tout aussitôt, remettant à un autre jour l’exécution de son funeste projet, Zsadany se mit à griffonner à Ja hâte le eynique billet que voici :
« Monsieur ,
« Ma femme, oui: le collier qu'elle porte, non. Ce collier vaut
«2,000 écus. Si donc vous voulez bien m’accorder encore une revanche « pour la valeur de ce bijou, je suis à vos ordres.
« J'attends.
€ ZSADANY. »
Le malheureux ne se doutait pas qu’en signant ce fatal billet il signait son arrêt de mort. Sa requête ayant été acceptée, il se remit sur le-