HT
qu'il aimerait assez habiter l'Angleterre, mais qu'on y trouvait trop d'Anglais !
Le même reproche ne pourra pas être adressé à l'Allemagne dans un quart de siècle, si l'esprit d’émigration qui s’est manifesté dans cette contrée depuis quelques années continue encore à régner avec la même force, car alors on trouvera dans ce pays un peu de tous les peuples, excepté des Allemands.
Jadis les seuls indigènes de Nuremberg se mettaient en voy age pour la France, afin d'y importer leurs jouets d'enfant, et encore se hâtaient-ils de reprendre le chemin de leur patrie dès qu'ils avaient réalisé leur pacctille. Nous passons sous silence les marchandes de petits balais qui se vantaient d’être originaires de la forêt Noire, quand en réalité ces dames avaient vu le jour aux environs de Strasbourg ou de Colmar. Mais tel est l'esprit national dans notre belle patrie, que personne n'aurait consenti à donner deux sous pour un de ces petits balais s’il avait été annoncé
comme français.
Maintenant l’émigration en Allemagne ne procède plus par individus isolés, où même par familles, car, surtout dans la Bavière, ce sont des villages entiers qui se mettent en route, avec leur curé en tête, pour aller peupler les déserts d'Amérique sur la foi de prospectus qui leur pro-
mettent ce que promettent. tous les prospectus du monde, — c’est-à-dire des choses magnifiques.
En attendant que tous ces pauvres diables fassent fortune sur les bords de l'Ohio, ils commencent par se ruiner complétement sur les bords du Rhin, en vendant à vil prix les terres et les fermes qu’ils tenaient de leurs pères.
Lorsqu’au printemps ou en automne on voyage sur la route de Paris à Strasbourg, on ne peut s'empêcher de ressentir un douloureux serrement de cœur en voyant ces longues files de chariots d'émigrants que l’on rencontre, pour ainsi dire, à chaque lieue. Dans ces tristes voitures, trainées par de maigres petits chevaux qui portent l'oreille basse et qui, eux. auront tout au plus la force d’arriver jusqu’au Havre, on voit entassées les misérables caisses qui contiennent les misérables effets de tous ces paysans, et ces caisses en bois blanc sont surchargées elles-mêmes des lemmes, des vieillards, des enfants, et de tous ceux que la fatigue de la marche à déjà rendus infirmes. On croirait voir un convoi de blessés qu'on dirige vers la patrie après une guerre sanglante, si l’on n'apercevait, sous la toile grise qui a la prétention de couvrir ces équipages, une foule de petites têtes blondes d'enfants rieurs et insouciants, qui, eux, prennent
väiement le chemin du pays lointain destiné à leur servir désormais de patrie !
Mais je quitte mes émigrants de la Bavière, car si je les suivais, cela me mènerait trop loin, puisque je dois simplement vous entretenir pour l'instant de l'Allemand à Paris. En appelant votre attention sur cette frénésie de pérégrination qui s’est emparée de presque tous les habitants de l’autre côté du Rhin, je voulais seulement vous prouver que dans peu d'années Méry aurait parfaitement le droit de dire : « J'aimerais assez habiter l’Allemagne, si on y trouvait plus d'Allemands ! »
Jadis l'Allemagne nous expédia le magnétisme, le somnambulisme et la eraniologie, importations qui firent un certain bruit en France, grâce à Mesmer et au docteur Gall, qui furent à une certaine époque les lions des salons parisiens, si nous restituons à ce mot de lion sa véritable acception britannique.
De nos jours, les inventions allemandes qui ont eu le plus de succès à Paris sont les allumettes chimiques et les petits pains viennots.
Les allumettes germaniques ont eu de nombreuses contrefaçons toutes plus fulminantes les unes que les autres ; mais il faut rendre cette justice aux petits pains viennois, qu'ils sont restés inimitables jusqu’à présent.
L'importation du pain viennois en France a eu deux résultats : le premier à été de satisfaire le palais des connaisseurs les plus difficiles, et le second de détruire un préjagé enraciné, depuis une foule d'années, chez tous les Français qui n'avaient jamais voyagé de l’autre côté du Rhin. On s'imaginait très-généralement que Allemagne était un pays EXCESSIVEment arriéré sous le rapport des jouissances gastronomiques, et vous n’auriez jamais pu faire croire à un Parisien pur sang qu'on mangeait à Vienne ou à Berlin autre chose que de la choucroute et du pain de seigle.
Toutefois la cuisine allemande serait peut-être moins goûtée en France que la pâtisserie viennoise, et nous croyons qu'il serait probablement 1mprudent de fonder à Paris un restaurant viennois : NON pas que les mets mangés de préférence par les Allemands soient d’une cuisine (rop primitive; au contraire, on pourrait leur reprocher d’être d'une civilisation trop avancée ; car les gastronomes de l’autre côté du Rhin, à force de chercher des jouissances inédites, en sont venus à mêler la gelée de groseille et le veau froid, les pruneaux et les tranches de gigot ! Enfin ce sont des idées qui bouleversent tous les ouvrages classiques français écrits par Carême :
c'est du romantisme culinaire poussé à ses dernières limites. Et puis, ce qu'un restaurateur allemand ne pourrait pas importer à Paris,
du moins pour les livrer aux consommateurs au prix où on les trouve sur les bords du Rhin, ce sont des carpes fabuleuses vendues presque au tarif des simples goujons de la Seine, des chevreuils qui coûtent moins cher à Munich que des moutons en France: bref, dans ce pays de cocagne les bœufs sont achetés à un bon marché inouï, et les veaux se donnent pour rien, Avec de pareils éléments, vous conviendrez que si on ne se nourrit pas hien, c'est qu’on y met de la mauvaise volonté !
Depuis très-longtemps, les Aïlemands ont à Paris, pour ainsi dire, le monopole de certains genres d'industries ; les bottiers et les tailleurs de cette nation sont surtout tellement nombreux, qu'on pourrait croire que les Allemands seuls ont la vocation de ces professions, de même que tous les Auvergnats naissent commissionnaires ou charbonniers. Le nombre des bottiers ou ouvriers bottiers allemands s'élève bien à deux mille, et celui des tailleurs ou compagnons tailleurs à quatre mille. Presque tous ces ouvriers sont garçons, et vivent, pour ainsi dire, en communauté dans certains hôtels où on parle allemand du rez-de-chaussée aux mansardes. Le dimanche soir, tous ces compatriotes reviennent des barrières en formant des groupes de douze à quinze individus, et en chantant des {yroliennes qui ne plaisent pas toujours aux habitants de la rue de V augirard où du faubourg du Temple, attendu que passé minuit la musique est peu goûtée par les bons bourgeois de Paris.
Une chose singulière, c'est la nuance profonde qui sépare les caractères des bottiers et des tailleurs ; ces deux classes d’industriels ont beau avoir une commune patrie, hormis le goût pour les tyroliennes, ils diffèrent complétement du reste.
Autant le tailleur est éminemment poli, autant le bottier est prodigieusement incivil; de plus, le tailleur montre une confiance illimitée à quiconque se recommande seulement d'une personne qu'il connait vaguement, tandis que le bottier ne fait crédit d'une paire d’escarpins qu’à un propriétaire qui possède au moins trois maisons libres d'hypothèques. Enlin le tailleur, pour peu que vous ayez une mine honnête, est toujours disposé à vous couvrir de ses bienfaits, et, à l’instar de la Providence, aux petits des humains il donne le paletot ; tandis que le bottier laisserait aller pieds nus son meilleur ami, il lui payera même à diner cinquante fois avant de pouvoir se décider à lui donner une paire de bottes !
C’est même dans cette avarice touchant leur cuir qu'on doit chercher l'explication du motif qui engage tous les bottiers, depuis un temps immémorial, à n'apporter jamais à leurs clients que des chaussures qui les
blessent horriblement le premier jour : de la sorte ces fournisseurs sont certains que leur débiteur ne pourra pas facilement lever le pied.
Non-seulement les tailleurs allemands sont en très-grand nombre à aris, mais encore il est à remarquer que tous les plus célèbres dans les annales de la mode nous sont arrivés d’outre-Rhin, et le bon goût français, si renommé en Europe, doit une immense partie de ses progrès à ces Allemands qui passent tout justement pour très-mauvais juges en fait d'élégance et d’ajustements.
Les tailleurs français reconnaissent si bien eux-mêmes la suprématie et la vogue obtenue par leurs émules d’origine étrangère, qu'ils cherchent très-souvent à se faire passer pour être d’origine transrhénane. Ainsi, par exemple, un tailleur qui arrivera de Champagne pour former un établissement à Paris se gardera bien d'inscrire sur son enseigne son nom véritable; s'il s'appelle Lenoir, il en fera Lenoirmann, Jacobmann, Paulmann, Picrremann, etc.
Sous le rapport artistique, et surtout sous le rapport musical, l’Alle-
magne est représentée magnifiquement à Paris ; il suffirait de nommer l’auteur de Robert le Diable et des Huguenots pour prouver que cette contrée, que l’on est convenu, depuis un temps immémorial, de nommer toujours la froide, la nuageuse, la blonde Allemagne, pourrait être, à bon droit, qualifiée de mélodieuse Allemagne. Un pays qui a donné le jour à Beethoven, à Mozart, à Haydn, à Weber et à Meyerbeer peut le disputer en gloire à l'Italie elle-même.
Meyerbeer est un Allemand essentiellement Parisien, car il tient à ce que ses productions fassent leur première apparition au théâtre de la rue Lepelletier; et quoique les différents princes d'Allemagne l'accablent d'honneurs, de rubans et de tabatières, il ne se laisse pas aller à l’idée de donner sa fameuse partition du Prophète à aucun autre Opéra qu'à celui de Paris.
Chaque hiver, l'illustre compositeur viént passer deux ou trois mois à l'Hôtel des Princes, rue de Richelieu, et c’est dans ce lieu qu'ont pris naissance bien des mélodies qui vont ensuite charmer l'Allemagne et l’Europe entière.
Meyerbeer, qui, en sa qualité de grand artiste, peut se passer toutes ses fantaisies, en à une qui n’est pas ruineuse, car il a l’idée fixe de loger dans un grenier le piano sur lequel il compose toutes ses partitions, et il n’est jamais plus inspiré que lorsque, par un temps effroyable, il entend siffler le vent à travers la fenêtre et bondir la grêle sur les ardoises: si par hasard les cheminées sont culbutées, et si les tuiles dégringolent avec fracas, son extase est au comble, et il produit alors une mélodie qui est un chef-d'œuvre, — je veux dire qui est encore plus chef-d'œuvre que toutes les autres compositions du même auteur.
Je vous prie de croire que Meyerbeer loge seulement son piano dans un grenier; quant à lui, il se réserve un appartement beaucoup plus confortable, que lui rend d’ailleurs nécessaire l'état assez mauvais de sa santé.
Si l'on savait plus généralement dans le publie que le piano de Meyerbeer se trouve ainsi dans les combles de l'Hôtel des Princes, les mansardes qui avoisinent ce grenier seraient louées à un prix fou pendant les semaines où le célèbre maestro habite Paris. Qui ne payerait volontiers deux ou trois cents francs pour entendre les mélodies inédites du fameux Prophète?
Puisque nous en sommes aux fantaisies bizarres de l’illustre auteur du Prophète, nous ne devons point passer sous silence son antipathie pour les chats. Autant Meyerbeer adore les orages, autant il déteste les chats:
el si la métempsycose était dans nos croyances, nous serions tenté de nous imaginer que Meyerbeer a été souris avant d’être compositeur.
IL est impossible de s’imaginer la répugnance inspirée par la vue seule de cet animal à notre célèbre artiste. Il pousse sa chatophobie si loin, qu'un jour ayant fait douze lieues pour aller passer une journée au chàteau de Montalais, chez M. Scribe, Meyerbeer, ayant aperçu deux chats dans l’antichambre, referma immédiatement la porte, remonta en voiture et reprit la route de Paris!
Pour arriver à faire représenter son Robert le Diable à l'Opéra, Mevyerbeer n’a pas hésité à avancer au directeur tous les frais de la mise en scène de cet ouvrage; et si la pièce n’eût pas réussi, la perte était pour lui de près de cent mille francs. Tout le monde sait cela; mais ce qu'on ignore plus généralement, c’est que Meyerbeer n’a pas seulement avancé les frais de mise en scène de Robert, il poussa encore plus loin les sacrifices pécuniaires faits en vue de sa gloire future.
Avant appris que dans Zampa, pièce que l’on montait alors à l'Opéra- Comique, on se proposait d'introduire un morceau avec accompagnement d'orgue, à l'instar de celui qui se trouvait dans Robert le Diable également en répétition à l’Opéra, Meverbeer courut chez les trois ou quatre facteurs d'orgue de Paris, leur acheta immédiatementles instruments qu’ils avaient en magasin et, de plus, leur fit des commandes pour six mois.
Dès ce moment, Robert le Diable était sauvé de la crainte de toute concurrence, et Zampa ne pouvait plus se procurer qu’un accompagnement d'orgue de Barbarie.
Du reste, dans cette affaire, Meyerbeer, qui courait le danger de se voir une vingtaine d’orgues lui rester sur les bras, eut le bonheur de les placer avantageusement; et on assure qu’il gagna quelques milliers de francs par suite de cet accaparement singulier.
Ainsi, pour faire jouer Robert le Diable, Meyerbeer risqua la somme de cent cinquante mille francs! Il est peu de grands prix du Conservatoire qui puissent, à leur retour de Rome, se donner l'agrément de faire jouer leur premier ouvrage en y mettant une pareille somme.
Parmi les autres musiciens allemands qui ont établi d’une manière plus ou moins stable leur domicile à Paris, nous citerons en première ligne l'illustre Franz Liszt, qui, à vrai dire, en sa qualité de pianiste humanitaire, n’est pas plus Allemand que Français ou Italien ; il est citoyen du monde, et c'est le monde entier qu'il prétend moraliser à l’aide de ses sonates divisées en trois parties comme un sermon de Massillon.
Puis vient T'halberg, qui, pour avoir des prétentions moins vastes que
son rival Franz Liszt, n’en produit pas moins beaucoup d'effet sur ses auditeurs, et il parvient à les convaincre tous. qu'il est un excellent pianiste.
Puisque nous en sommes au piano, nous ne devons point passer sous silence Dreischock, Rosenhain, Wolff, autres brillants exécutants qui nous ont été cédés par la Germanie. — Du reste, si nous voulions donner une liste exacte de tous les musiciens qui ont quitté Vienne ou Berlin pour venir culuver le violon, le piano, le cor à piston où même l’accordéon à Paris, il nous faudrait dresser une liste qui commencerait par la lettre A et finirait par la lettre Z.
Si les compositeurs et les instrumentistes allemands sont heureux à Paris et y obtiennent en général de brillants succès, le même bonheur ne Suit pas les chanteurs ; car, à l'exception de mademoiselle Sontag, il est peu d'artistes lyriques ayant obtenu une véritable célébrité à Paris.
Plusieurs fois des directeurs arrivés de Vienne ou de Berlin sont venus en France avec une troupe sur laquelle ils fondaient les espérances les plus dorées, et toujours la faillite et ses inséparables acolytes, les huissiers, sont venus fermer les portes du T'héätre-Allemand de Paris.
Nous ne savons expliquer ce non-succès ; car Don Juan, le Freyschütz, la Flûte enchantée, et tant d’autres admirables partitions des grands maitres allemands, devraient piquer la euriosité des dilettanti parisiens au moins autant que le répertoire du Théâtre-ltalien, qui n’a pas varié depuis dix ans. — A cela vous me direz que des interprètes tels que Lablache, Mario et Grisi font trouver toutes les partitions éternellement jeunes ; mais il est des artistes allemands qui ont aussi un grand talent : et si ce théâtre étranger ne réussit pas à Paris, c’est que la mode ne l’a pas encore pris sous sa protection.
Attendons encore dix ans, et peut-être alors ne sera-t-il du bon ton à Paris que d'aller passer ses soirées au Théâtre-Allemand.
En attendant que les douze ou quinze mille Allemands domiciliés à Paris puissent passer leurs soirées dans un théâtre national, ils se consolent en allant rire aux charges d’Arnal et d’Alcide Tousez. — Par suite de l'heureuse nature du peuple d’outre-Rhin, ces hommes, que l’on est convenu de faire passer pour de prétendus buveurs de bière, qui ne se complaisent qu'à fumer gravement leur pipe sans adresser un seul mot à leurs voisins, ces hommes, disons-nous, sont, au contraire, pour la grande généralité, d'excellents bons vivants qui aiment à rire autant que les Français eux-mêmes.
. “duo) 7e oduiovTt *dAr
FHIVLSNI
Ru
Le nombre des vieilles légendes comiques est incaleulable en Allemagne ; et pendant que les Françaises ne savent raconter à leurs enfants que l'éternel Petit Chaperon rouge, les nourrices de l’autre côté du Rhin ont dans leur mémoire toute une bibliothèque d'aventures merveilleuses et réellement plaisantes arrivées au baron de Münchhausen ou à Eulen- Spregel, etc.
Du reste, l'Allemand, le flegmatique Allemand, comme on dit dans tous les traités de géographie, aime tant la gaieté, qu’il y a dans chaque régiment un soldat qui est l’'Odry, l’Arnal de la caserne ; dès qu’il paraît le matin, toute la compagnie se met à rire , et s’il ouvre la bouche seulement pour demander si la soupe est prête, — le bataillon entier se tord les côtes.
Ce personnage indispensable à tout rassemblement de troupe en Allemagne se nomme le Lustig { prononcez Loustick), et ne pourrait pas plus être supprimé que le porteur de guitare dans un bataillon de troupes espagnoles.
L'Allemand aime tant à rire, que, lorsqu'il va au théâtre des Variétés ou du Palais-Royal, il se dilate joyeusement la rate rien qu’en voyant rire toute la salle. — Vingt fois déjà sans doute il a dû vous arriver de vous trouver, Comme moi, au spectacle à côté d’un bon gros habitant de Vienne ou de Berlin qui est venu faire son voyage d'agrément à Paris.
Toutes les fois qu'Alcide Tousez débite un calembour, les spectateurs se mettent à rire, et notre Allemand rit plus fort à lui seul que toute la salle. — Quand notre homme a repris haleine, il se penche vers vous et vous demande poliment : — Qu'est-ce que avre dit l’agdeur ?..... je avre pas gombris…
Alors, si vous êtes complaisant, vous expliquerez à votre voisin pourquoi il a ri. ce qui le fait rerire de plus belle ; et comme cette fois ce n’est plus de confiance, il s’en donne à cœur joie.
Pour compléter la liste des artistes célèbres allemands qui résident à Paris, nous devons citer les frères Scheffer, dont les tableaux obtiennent un si grand et si légitime succès. Du reste, les frères Scheffer, par le choix mélancolique et rêveur de leurs sujets, semblent donner un démenti à notre assertion que les Allemands sont naturellement disposés à la gaieté; mais une exception ne prouve que mieux la règle générale.
La littérature allemande à depuis douze ans un représentant à Paris : — c'est Henri Heine, le célèbre poëte et romancier, qui, par suite de
ses opinions politiques, aime beaucoup mieux habiter la France que sa patrie.
Paris était aussi devenu le séjour d'adoption du fondateur de la doc- Wine homéopathique ; c’est à Paris que l’illustre Hahnemann est venu mourir tout récemment à l’âge de quatre-vingts ans passés, maladie contre laquelle tous les globules du monde sont impuissants. — Il y à Cinq ou six ans, le vieux docteur avait épousé une jeune et Jolie veuve, qui est une des plus ardentes sectatrices de la doctrine médicale de son second mari : elle à même poussé la passion pour l’art de guérir Jusqu'à se faire recevoir doctoresse par un jury de médecins homéopathes.
Ceci peut vous sembler étrange ; et suivant vos vieilles idées de médecine ancienne, si vous aviez la fièvre, vous ne songeriez pas à appeler à votre chevet une jolie femme dont la vue seule suffirait pour redoubler encore les battements de votre cœur ; mais en homéopathie cette recette est excellente, puisque tout justement on guérit de la fièvre par la fièvre.
Vous voyez done bien qu’une jolie femme peut fort avantageusement remplacer le quinquina.
En fait de princes allemands résidant à Paris ou y ayant résidé pendant assez longtemps, les deux plus connus de nos jours, par suite de leur originalité, sont le prince de Kaunitz et le prince de Brunswick.
Le prince de Kaunilz, ayant la tête constamment ornée d’une calotte grecque, est beau-frère de Metternich et vit à Paris depuis de longues années. Il est peu de personnages qui soient plus connus que lui à l'orchestre de l'Opéra et dans les meilleurs restaurants du boulevard Italien.
Le prince de Brunswick, qui a quitté Paris depuis peu, se faisait encore bien plus connaître par ses excentricités ; et pour n’en citer qu'une seule, il avait dans son riche hôtel des Champs-Élysées une chambre à coucher entièrement tendue de velours noir ; les ornements et les clous élaient en argent; de plus, les draperies étaient relevées dans l’alcôve à l’aide de têtes de mort en ivoire.
Les divertissements favoris du prince de Brunswick étaient en harmonie avec cet ameublement funèbre : il ne manquait pas une exécution capitale ; et les jours de grand spectacle en ce genre, il louait sa fenêtre 4 une maison du rond-point de la barrière Saint-Jacques avec le même empressement qu'un dilettante loue sa stalle aux Italiens le soir où il doit entendre Lablache et Grisi.
Jadis le gros margrave d’Anspach, ce célèbre type des princes alle-
mands du dix-huitième siècle, célébrait plus joyeusement la vie lorsqu'il passait son hiver à Paris, et la tradition de ses soupers est arrivée Jus-
qu'à nous; car il paraît qu'on s'amusait décidément mieux avant la révolution de 89 qu'après celle de 1850.
Aujourd’hui, passé minuit, on court risque de mourir de faim à le ris , si l'on n’a pas la précaution d’avoir à domicile au moins un pâté froid. — Les flineurs attardés et affamés qui se permettraient d'aller frapper bien discrètement à la porte du Café de Paris lui-même à minuit dix minutes, seraient considérés comme tapageurs nocturnes par la patrouille grise, qui les emmènerait coucher à la salle Saint-Martin. — M. le préfet de police l'a encore décrété tout récemment : passé minuit, les Parisiens ne doivent plus avoir faim.
Le margrave d’Anspach commençait régulièrement ses soupers à onze heures et ils duraient jusqu'à trois heures du matin, et les plus jolies actrices de Paris en faisaient les honneurs. — Heureux temps que celui-là ! — du moins pour les margraves et les actrices. |
À défaut de margraves, les danseuses de l'Opéra de nos jours ont encore la ressource des barons allemands, qui continuent à être estimés
grandement au foyer des rats. — Le milord anglais à beaucoup perdu de sa réputation de générosité; le duc espagnol ne paye qu'en bons des cortès, le plus triste des papiers-monnaie ; — mais le baron allemand est toujours une réalité constante et soldante.
Quelquelois, il est vrai, ces infortunées dames du corps des ballets tombent sur des barons de Wormspire. Mais cet événement fâcheux ne se renouvelle pas trop souvent, et l'antique bonne foi germanique est toujours digne, en général, de sa haute renommée.
L'Allemagne figure dignement dans les fêtes de l'hiver parisien. Nous avons à Paris plusieurs grandes maisons allemandes appartenant à la diplomatie et à la finance : — ces deux splendides sommités de l'échelle sociale. Au premier rang il faut placer l'ambassade d'Autriche : — à tout seigneur tout honneur. L'hôtel de la rue de Grenelle, que madame la princesse d'Eckmühl a cédé à M. le comte d’Appony, est devenu célèbre, dans le monde élégant, par ses bals du matin, piquante importation viennoise. La première fois que l’on vit circuler dans les salons aristocratiques des billets d'invitation ainsi conçus : « M. le comte et madame « la comtesse d'Appony prient M. "‘* de leur faire l'honneur d'assister au « bal qu’ils donneront jeudi matin. On se réunira à midi, » — cette nouveauté produisit beaucoup d’effet et parut du meilleur goût. On rechercha avec un vif empressement la faveur d’être admis à cette fête originale, où la lumière du jour devait remplacer les feux des lustres et des girandoles ; mais plus tard on s’aperçut que c'était là une épreuve dangereuse pour les attraits parisiens. Plus d’une femme, habituée à briller aux bals du soir, cCompromit quelque peu sa réputation de beauté dans cette rencontre matinale. Les héroïnes de M. de Balzac surtout, les femmes de trente ans, trouvèrent que ce n’était pas là pour elles une heure favorable. I fallait toute l’éclatante blancheur, toute l'inaltérable pureté du teint allemand pour affronter le péril qu’offrait le bal du matin : quelques dames de Vienne, de Berlin et de Francfort eurent les honneurs de cette fête : on ne les avait jamais remarquées aux bougies, on les admira au grand jour. Ce fut un trait de lumière pour les esprits mal faits, qui ne manquèrent pas de supposer que l’ambassadrice avait diplomatiquement choisi l'heure de son bal pour assurer le triomphe de ses compatriotes.
Cependant, malgré le désavantage qui en résultait pour elles, les Parisiennes se montrèrent résolûment aux fêtes matinales de l'ambassade d'Autriche. La malignité aurait interprété leur absence d’une manière fächeuse : il valait mieux faire honne contenance devant le danger et
attendre que le temps eût fait justice d’une innovation passagère. Toutes les ressources de la parure, toutes les ruses de la coquetterie furent mises en œuvre pour lutter contre l’indiserète lumière du jour, et, d’un autre côté. on travailla sourdement à démontrer que les bals du matin étaient un contre-sens, une anomalie dans nos mœurs, un dérangement dans nos usages, une fantaisie à laquelle on ne devait accorder qu'une courte durée.
Un des plus illustres avares de Paris, M. le marquis D’...., s'empara de l'idée de madame la comtesse d’Appony. Il s'était engagé à donner un bal, et il cherchait le moyen, sinon d’éluder sa promesse, du moins de la tenir au meilleur marché possible. Pouvait-il trouver mieux que le bal de jour? Le soleil économisait les frais de hougies : c'était un bénélice important. Notre marquis rendit mille actions de grâces à la mode allemande, et il donna son bal par une belle journée du mois de mars. Cet exemple trouva des imitateurs dans quelques hôtels du faubourg Saint-Honoré et chez plusieurs banquiers de la Chaussée-d’Antin. On vit même un notaire royal et un avoué de première instance faire danser chez eux à midi. Dès cet instant le bal du matin n’était plus admissible dans le monde élégant ; on l'avait adopté seulement à cause de sa singularité aristocratique ; mais du moment qu’il devenait vulgaire, on pouvait l’attaquer de front et y renoncer ouvertement. C’est ce qui fut fait. Madame d'Appony essaya de le ressusciter pendant l'été à sa maison d'Auteuil : ce fut une vaine tentative. Bien que les Allemands aient à Paris une proverbiale réputation d’opiniätreté, l'ambassade d'Autriche s’exécuta de bonne grâce, et ouvrit ses salons le soir, à la clarté des lustres.
Si les Allemandes triomphent au bal du matin, les Allemands brillent matin et soir. Il n’y a pas de fête complète sans eux; aucune nation n’est plus recherchée dans les salons du beau monde parisien. À la rigueur on peut se passer de Russes dans un bal; — les Anglais ne sont pas indispensables, bien qu'ils fassent assez bon effet quand ils sont en grand uniforme rouge et or ; — on supportera patiemment l'absence des Espagnols, des Italiens, des Américains, des Portugais et des sujets du prince de Monaco; mais un bal privé d’Allemands perd la moitié de ses charmes , car les Allemands seuls savent valser : — c’est là une des plus remarquables spécialités de ce grand peuple qui a inventé la toupie. Les Français sont trop frivoles, trop étourdis, trop ardents surtout, pour
exceller dans un art qui demande non-seulement de la légèreté, mais encore de la force, du sang-froid, du calcul, de l'adresse et du dévoue-
ment. Un bon valseur doit avoir un jarret d’acier, un pied de caoutchouc, un bras de fer, un coup d'œil d’aigle et un cœur de bronze: il doit être maitre de ses mouvements et de ses passions. Le précieux assemblage de tant de qualités diverses ne se trouve guère que chez ces organisaüons d'élite que fait éclore le ciel de la Germanie, — chez ces hommes fortement trempés qui naissent de l’autre côté du Rhin, sur les bords de l'Oder ou du Danube.
Aussi les salons qui se piquent de bien recevoir leur monde s’empressent-ils de faire des traités d'alliance et de nouer d'étroites relations avec tous les États de l'Allemagne. L’empire d'Autriche, les royaumes de Prusse, de Bavière, de Saxe, de Hanovre: les grands-duchés de Mecklenbourg , de Hesse, de Bade et de Nassau, ne peuvent suffire aux demandes qui leur sont faites pendant l'hiver. Les billets d’invitaüon pleuvent dans les ambassades et dans les légations. Les secrétaires etles attachés sont accablés de sollicitations, de prévenances : ils ont dix bals tous les soirs ; on se les arrache, on les fait tourner depuis dix heures du soir jusqu’à cinq heures du matin. Pendant ce temps-là les protocoles souffrent, et, après Pâques, la diplomatie allemande est sur les dents, — au grand mécontentement de M. de Metternich, qui ne valse plus.
Grâce à leur talent national, les Allemands ont pris le pas sur tous les étrangers qui se donnent rendez-vous à Paris. La valse leur a ouvert le chemin des succès, et la littérature est venue, à diverses reprises, les mettre tout à fait à la mode. Jadis le roman de Werther avait enflammé les imaginations féminines, et les Parisiennes raffolaient de ce type sentimental dont l’Allemagne seule pouvait produire des copies satisfaisantes. Aujourd'hui c’est encore un Allemand qui est le héros du roman le plus célèbre de l’époque, et nos merveilleuses s’attachent à découvrir parmi les jeunes diplomates d'outre-Rhin quelques-uns des brillants avantages qui distinguent le grand-duc Rodolphe de Gérolstein.
La chronique citerait à ce sujet plus d’une aventure piquante, si les Allemands n'étaient pas d’une discrétion à toute épreuve, Cette qualité les recommande à la bienveillance du beau sexe, non moins que le solide mérite déployé par eux dans l'exercice de la valse. On pourra quelquefois leur reprocher une froideur apparente et une certaine pesanteur dans les allures; mais cette enveloppe cache presque toujours un cœur sentimental et un esprit aventureux. Souvent même ces bons Allemands, d’un extérieur si calme, d’une physionomie si flegmatique, sont capables de faire des prodiges: témoin le baron de S , qui émerveilla si fort le Jockey's-Club, 11 7 à deux ans, par une gageure extraordinaire qu'il
soulint courageusement, et qu’il gagna de la façon la plus brillante. Le sport, le vin de Champagne et l’amour faisaient le fond de cet étrange pari ; et le jeune baron allemand prouva, dans le court espace de deux heures, qu'il était à la fois excellent écuyer, intrépide buveur et vaillant amoureux.
Il en est de même des Allemandes : ne vous fiez pas à leur air indifférent et impassible ; au besoin elles savent lutter avec les Parisiennes ; aucune des ressources de la coquetterie ne leur est étrangère, et leur esprit ingénieux sait se prêter, pour plaire, aux ruses les plus imprévues. L'hiver dernier, dans un des grands bals donnés à l'hôtel de ville par
M. de Rambuteau, une jeune et belle Allemande, madame de W...….. -valsait avec un auditeur au conseil d’État. Tout à coup sa coiffure se détache. et ce fut un beau spectacle : de magnifiques cheveux blonds descendant à grands flots jusque sur le parquet! Un académicien, M. J.., qui se trouvait là, compara cette splendide chevelure à une cascade d’or. Ma-
dame de W..... joua l'embarras en rattachant ses admirables cheveux ; mais la médisance prétendit que l'accident avait été prémédité : — et ce
qui pourrait le faire croire, c'est qu’il se renouvela cinq ou six fois pendant l’hiver, aux fêtes les plus brillantes de la saison.
LS) QG
Parmi ces fêtes, les historiens du beau monde mettent au premier rang les bals charmants que donne M. le baron de D , Millionnaire allemand, qui reçoit toutes les semaines la fleur de la société parisienne dans son élégant hôtel, — une des plus riantes habitations du faubourg Saint-Honoré. Il est encore un autre salon, allemand d'origine, qui tient une place élevée dans le monde parisien : c’est le salon de M. de Rothschild. L'opulent financier n’a pas oublié que Francfort-sur-le-Mein fut son berceau, et l’on est toujours sûr de rencontrer bon nombre d'Allemands dans le palais de la rue Laffitte, — véritable demeure royale toute resplendissante des merveilles du luxe et des chefs-d’œuvre de l'art.
Les Allemands de Paris ont perdu dernièrement un de leurs hôtes les plus aimables, M. le baron Schickler, qui se plaisait à recevoir ses compatriotes dans son majestueux hôtel de la place Vendôme. et à les inviter aux grandes chasses qu'il donnait dans le pare de Rambouillet. Mais. du reste, ils n’ont pas à se plaindre, car les riches maisons allemandes sont assez Communes à Paris. Sans parler des nombreuses ambassades ou légations germaniques, nous avons une foule de banquiers, petits et grands, venus du pays des florins et des thalers, les uns pour faire l’escompte, les autres pour placer les billets de la fameuse loterie allemande fondée par M. Reinganum et imitée des contes fantastiques d’Hoffmann, — loterie où une foule d’heureux inconnus ont gagné depuis dix ans une infinité de châteaux en Espagne.
Le restaurant allemand étant une chose complétement inconnue à Paris jusqu’à ce jour, les voyageurs qui nous arrivent de l’autre côté du Rhin n’ont pas, comme les Anglais et les Italiens, certains points de rallement, et nous ne connaissons guère, en fait de lieux publics, que le Café de la Porte-Montmartre et celui de Mulhouse où l’on rencontre assez communément une collection de visages germaniques : — encore en comptant comme Allemands un bon nombre d’Alsaciens qui Jouissent de l’accent que vous connaissez.
Du reste, dans un temps comme le nôtre, où tout le monde fume et boit de la bière, il est assez difficile de distinguer au premier coup d’œil, dans un estaminet, un Allemand d'avec un Français, surtout depuis que les Français eux-mêmes ont quitté feu le cigare à quatre Sous pour adopter la pipe, cette belle pipe culottée qui, au théâtre surtout, était l’apanage exclusif de Allemand pur sang.
Règle générale et sans exception, si vous voulez produire un grand effet sur le parterre en lui offrant un personnage dénommé Hermann, Petermann, où Choucroutmann, vous n'avez qu’à lui faire dire : Ja. monsir,
pour : « Oui, monsieur ; » et Che aime pogou la bédide Figtoire, pour : « J'aime beaucoup la petite Victoire; » et ne manquez pas surtout de faire prononcer ces mots à votre personnage entre deux bouffées de tabac aspirées d’une longue pipe en écume de mer.
Le plus grand attrait que présente le Café de la Porte-Montmartre aux Allemands qui se trouvent à Paris, c’est un exemplaire de la Gaxette d'Augsbourg, et autre Allgemeine-Zeitung !
En lisant ce papier publie, qui lui rappelle sa patrie lointaine, l'allemand pourrait se croire à Stuttgard où à Munich, si ce n'était le bruit incessant et monotone des dominos que l’on remue sur les tables de marbre. — Or, le domino est un divertissement éminemment français.
Du reste, depuis le commencement de la présente année 1844, les Allemands qui résident en France ont l’agrément de pouvoir recevoir un journal rédigé à leur intention à Paris même, et ayant pour titre : Le Vorwærts. — Cette feuille, sous la direction de M. Henri Bœrnstein, parait devoir devenir pour les Allemands à Paris ce qu’est depuis longtemps le Galignani pour les Anglais.
Une autre création encore plus importante pour les Allemands, et dont on vient de jeter les bases, c'est le Comité de secours organisé par les Allemands qui résident en France, pour venir en aide à ceux de leurs compatriotes qui sont dans la misère.
L'Association allemande, inspirée par l’idée de l'Association française de Londres, si philanthropiquement fondée par le comte d'Orsay, ne peut manquer de rendre les mêmes services à la cause de l'humanité. — Un comité composé de quinze membres, parmi lesquels nous avons remarqué les noms de MM. de Bornstedt, Boernstein, Avenarius, Steinitz, etc., et présidé par M. le baron de Kœænneritz, ministre de Saxe, et M. Weyland, envoyé de Saxe- Weimar, est chargé de la direction de cette œuvre utile. — Le succès de l'association allemande est d'autant moins douteux que, de nature même, l’Allemand est bon et charitable.
Nous venons de nous étendre assez longuement, trop longuement peutêtre, sur l'Allemand à Paris, tel qu’il nous est apparu en 1844; mais que l'éditeur se hâte de faire paraître cet article, car dans quelque temps, dans quelques mois peut-être, grace aux nombreux chemins de fer qui sillonnent toute l'Allemagne, et qui incessamment viendront aboutir aux
frontières de France, l'Allemand à Paris ne sera plus qu’un voyageur qui apportera pour tout bagage son bonnet de nuit, attendu qu'il viendra régulièrement chaque semaine ou au moins lous les quinze jours pour assister à une représentation de l'Opéra ou à un bal Musard; — et le len-
demain matin de bonne heure, il se remettra en route pour Berlin par le premier convoi, après avoir pris le temps tout au plus d'aller bourrer sa pipe au bureau de la Civette.
Mais — j'y songe! — le chemin de fer de Paris à Strasbourg est confié aux soins des ingénieurs de l’ Ét tt, el comme ces fonctionnaires suivent à la lettre le précepte du sage, et se hâtent lentement, ce chemin qui doit nous conduire à Berlin n’a encore vu se construire que onze lieues en deux ans. — Or, comme de Paris à Strasbourg on compte cent vingt lieues, je commence à me rassurer un peu, mon esquisse paraîtra encore en temps utile !
Louis Huarr
st. At nf de dd D SD nn nn 2
A première vue, il semblerait