‹ Les étrangers à ParisChapitre 26 sur 67 · CES · texte numérisé non relu

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avec cet air étonné d’une jeune femme innocente et curieuse, qui eûtensorcelé les plus rebelles. A la première vue, on se croyait amoureux d’elle ; on rentrait la tête brûlante, le cœur vous battant d'une émotion irrésistible… et l’on était tout étonné de s'endormir! C’est qu’en effet, après les premiers transports, le bon sens reparaissait tout de suite, qui disait : « Prends garde à toi, mon féal, tu vas faire une grande sottise! tu vas te briser contre un écueil! Tu vas te jeter aux pieds de cette femme qui te regardera d’un air hébété, et qui ne daignera pas même te tendre son petit doigt pour l'aider à te relever sans trop de honte! Prends garde ! elle n’est pas de celles qu’on aime et qui se laissent aimer à première vue. » Ainsi parlait la raison, la bonne et sage raison qui fait les hommes modestes ; la raison parlait si bien, que tout de suite vous gagniez à cette leçon-là une bonne nuit d’abord, et ensuite tout le calme nécessaire pour jouir sans trouble importun, et sans envie, de cette gràce ingénue, de cette fraiche beauté, de ce merveilleux artiste qui voulait bien plaire à tous, mais à condition qu'elle n’aura à subir l'amour de personne. Rare et piquante probité de cette femme ! elle fuyait les hommages, les déclarations, les soupirs, les billets doux, les faveurs, les regards louches à force d’être tendres; elle en avait peur, tant elle se sentait incapable d’en avoir pitié !

A coup sûr, elle aimait son mari; elle l'avait accepté, elle l'avait même un peu choisi entre plusieurs : il était jeune et bien tourné, un peu nonchalant, un peu silencieux, un peu rêveur, un peu dormeur, mais bon, loyal, désintéressé, très-dévoué à sa femme, et, par-dessus Île marché, assez fidèle ; il trouvait que les Anglaises étaient sans grâce, il se méfiait de la moquerie des femmes françaises ; il n’aimait que les femmes italiennes, et encore s’arrêtait-il sur les confins du royaume de Sardaigne : on Jui avait tant dit que Turin c’était Paris.

Toutefois la princesse Léonora eût été bien inexcusable, et qui sait? peut-être bien malheureuse, si elle n’avait pas eu à ses côtés, pour la suivre à la promenade, dans un salon pour la regarder d’un air tendre, dans son intimité pour la plaindre, au dehors de sa maison pour lui rendre toutes sortes de bons offices, un cavalier servant. C’est l’usage, c’est la loi, c'est l’ananke italien. À quoi bon servirait-il d’être le mari, s’il fallait encore être la dame d’atours de sa femme? Et à quoi bon être mariée, s’il fallait renoncer aux petits soins, aux contemplations muettes, aux légers services de toutes les heures? — Mon bouquet? Mon éventail? Mon cheval? Ma musique? Et suis-je belle aujourd’hui? Que vous en semble”? Mettrai-je ma robe blanche ou ma robe cerise? Vous m'aviez promis Île

Journal des modes, chevalier, et le dernier sonnet de l'abbé Gaddo ! — Fausse et innocente monnaie d’un amour autorisé, permis, reconnu, un amour avoué comme l'attachement que vous porteriez à un beau chien, à quelque joli oiseau. Cavalier servant, et trop heureux : il ne demande rien et ne désire pas davantage : entrer, sortir, revenir, servir enfin, et puis s aller coucher le soir en lisant un sonnet de Pétrarque, le cavalier servant de la belle Laure, et qui, j'en ai bien peur pour Laure et pour Pétrarque, n’a jamais été plus que cela! Tel était le chevalier de madame Léonora, et il était si peu digne d'envie, il ressemblait si fort à tous les cavaliers servants de l'Italie, qu’on savait à peine son nom ; lui-même il n'avait pas l'air d’être fier de sa servitude : c’est qu’en effet de ce doux servage Si franchement accepté, il n’avait à attendre rien de moins, et, ce qui est peut-être aussi triste, il n'avait à espérer rien de plus.

Telle était la belle et douce vie de la princesse de Catrini ; tel l’adorable far niente dans lequel elle était plongée : c'était à donner envie de rêver comme elle. Cette vie-là, c'était quelque chose comme un concert sans fin chanté par des voix invisibles; c'était comme une fête de la nuit et du jour, de ces fêtes ineffables à l’innocent délire, et composées avec

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