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nant une écharpe de cachemire qu’on se chargea de faire offrir par Mou-
rad-Efendi. Dmitri assista à l’entrevue comme interprète, et l’amoureux
habitant de la ville des khalifes ne se douta pas le moins du monde de
LE TURC. 455 la substitution. On lui promit un autre rendez-vous plus secret et plus mystérieux, et, qui plus est, on le lui donna, ainsi que je vais le dire.
Mourad avait fait jusque-là de grands pas dans la civilisation ; on lui en ménageait un autre plus concluant. La lettre qui l’invitait au rendezvous tant espéré disait au post-scriptum : « Je te demande, à Mourad, un « léger sacrifice que tu feras sans doute à mon honneur, à ma sûreté. « Tu ne peux venir chez moi avec un bonnet rouge qui atürerait trop les « regards. Prends un chapeau ! »
Ces trois derniers mots faillirent arracher des mains du touriste musulman la bouteille de vin de Champagne qu'il achevait de vider.
« Un chapeau? s'écria-t-1l; à moi, un chapeau !
— Mais, Efendi, c’est nécessaire, hasarda Dmitri.
— Un chapeau! tu veux donc que je me damne, que je sois un chien comme toi, un impur, un ghiaour, en un mot? Non, c'est impossible, je ne puis pas mettre un chapeau.
— En ce cas, Efendi, point de rendez-vous !
— Point de rendez-vous, Dmitri, mais tu veux donc que je meure !
— En ce cas, Efendi, le chapeau.
— Mais si cela vient à se savoir, Dmitri, je suis déshonoré, perdu parmi les fidèles. Ne sais-tu pas que, d’après nos saints commentateurs, ce fait équivaut à une apostasie, et qu’il nécessiterait de ma part une nouvelle profession de foi?
— Eh bien, Efendi, vous la ferez. D'ailleurs, hors vous et moi, qui saura cette équipée? Personne ! »
Mourad hocha la tête et fit sauter le bouchon d’une seconde bouteille de champagne.
« 0 destinée! murmura-t-il avec un soupir caverneux, en remplissant du liquide prohibé un grand verre à pied qu’il vida tout d’un trait. Il faut donc que je te cède, basilic acharné à la perdition de mon âme?
— Eh bien?
— Eh bien! écris que ce soir je viendrai.
— En chapeau?
— En chapeau! »
C’était l’heure où le gaz s’allume, où s'ouvre à tous venants la gueule béante des restaurants et des théâtres, où le Messager et la Gazette de France, munis de petites lanternes, apprennent à l’Europe les belles choses débitées au palais Bourbon par ceux qui y siégent à cet effet ; — enfin le soir était venu. Le passage des Panoramas voyait s’agiter dans le moindre de ses compartiments une foule murmurante d’oisifs qui re-
gardaient, en poussant devant eux la fumée de leurs cigares, les devantures des boutiques splendidement éclairées.
Tout ce qu'il ÿ avait alors de musulmans à Paris avait reçu rendezvous pour la même heure au passage des Panoramas sous différents prétextes. Dmitri accourut tout essoufflé, et, retenant un éclat de rire prêt à se faire passage, il murmura ce peu de mots à l'oreille de celui qui avait improvisé cet intermède :
« Notre homme est sur mes pas. Il vient de descendre de voiture à la porte du passage. »
À peu de distance, en effet, on voyait distinctement marcher, en se balançant sur ses hanches et les mains dans ses poches, un gros homme court, vêtu d’une belle redingote blanche à la propriétaire, et la tête ombragée d’un chapeau de soie tout neuf, à larges bords. Cet homme portait la barbe et la moustache. Malgré sa tournure massive et un peu empruntée, il semblait s’acheminer vers un triomphe, portant haut la tête, el Pœil tant soit peu animé par quelque libation supplémentaire. Il allait tourner le coin du petit passage qui débouche dans la rue Montmartre, lorsqu'une main tomba sur son épaule en même temps qu’une voix de stentor lui criait : « Mourad-Efendi, où donc allez-vous dans ce costume ? »
La foudre qui éclate aux pieds d'un homme ne lé terrifie pas davantage. Mourad bondit sur lui-même, et se retourne pour tomber dans les bras d’un de ses compatriotes qui lutte vainement avec lui pour le retenir. II s'échappe comme une flèche; mais quelques pas plus loin il est encore arrêté par un Turc de son intime connaissance qui le salue, en riant, par son nom. Arrivé à la rue Neuve-Saint-Marc, il croit se réfugier dans sa voiture ; mais, par un malentendu calculé, sa voiture l’attendait à l’autre bout du passage. Là il est de nouveau circonvenu de bonnets rouges qui le félicitent sur sa nouvelle coiffure. Il s'échappe derechef, s’élance en furieux à travers les rues, et, excédé de fatigue et de honte, il parvient enfin avec son malencontreux chapeau à regagner son hôtel.
Cette aventure acheva de civiliser Mourad-Efendi, qui, ne pouvant faire autrement, rit lui-même de la plaisanterie, et désormais renonça pour toujours à l'hypocrisie de son fanatisme. Grèce à la nouvelle méthode qu'il venait d’adopter et qu’il continua de pratiquer, il apprit en très-peu de temps le français; et aujourd’hui, de retour dans sa patrie, il donne sans doute des leçons de grâce et de bonnes manières aux jeunes lions de la Mésopotamie.
ALbnonse Royer.
Quoi! dans cette galerie des phy- PR . . , \ .
Æ sionomies étrangères qui
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viennent animer et diversifier le tableau mobile et inconstant de nos figures parisiennes, nous oublierions l'enfant de cette terre enchantée, couronnée de fruits si doux, qui voit fleurir deux fois l’année les orangers et à vu naître le Camoëns? Faut-il rappeler que nous devons au Portugal les premiers navigateurs qui s’élancèrent autour de l'Afrique et pénétrèrent jusqu’au fond de l'Asie? Heureux siècle où les dames de Lisbonne ne prenaient pour époux que les marins qui avaient fait leurs preuves vers les plages africaines et portaient des ancres et des mâts au cou et à la ceinture! Ce temps-là est bien éloigné de nous, il faut l’avouer, et de même que le Portugal occupe peu de place sur la carte, il a depuis longtemps cessé de jouer un rôle dans le monde. En vain au commencement du siècle a-t-il vaillamment résisté aux armes de Napoléon, ces jours d'éclat n'ont guère laissé de traces, et on s’est insensiblement habitué à ne plus le considérer que comme un vague et frêle rejeton de cette tige battue par tant d'orages, mais néanmoins loujours vivace, que l’on appelle la Péninsule hispanique.
Mais ce n’est qu’en nous approchant de notre tâche que nous avons pu reconnaître tous les périls et les difficultés d’une semblable peinture : le Portugais à Paris. — Malheur aux derniers venus ! pouvions-nous dire, nous qui, trouvant tous les coins de ce monde cosmopolite occupés, tous les royaumes dignement envahis par d’autres plumes si vives et si élégantes, avons été obligé de nous réfugier dans cette hande de terre à demi noyée dans l'Océan, et qu’il semble qu'un observateur de nos jours puisse franchir en trois pas. Ce n’est pas que le Portugal n’ait, comme tous les autres pays de l’Europe, ses exils, ses migrations, ses bandes de touristes qui viennent, dans certaines saisons, voltiger et se jouer dans les brillants horizons de notre existence parisienne ; mais comment les reconnaître? À quel trait, à quel signe particulier distingue-t-on l’hirondelle portugaise de l’hirondelle anglaise ou italienne? Qu'est-ce enfin que les représentants d’un petit peuple perdus dans cette immense population des étrangers à Paris dont le chiffre égale presque celui de la population de Lisbonne ?
Nous cherchions cependant, nous poursuivions le Portugais dans Paris avec l’ardeur et la bonne foi des premiers navigateurs partis pour déconvrir les peuplades du cap Bojador. Mais, eussions-nous réussi, quel profit avions-nous à tirer de nos découvertes? Géographes de mœurs, Vasco de Gama de types et de caractères, pouvions-nous trouver à nous satisfaire avec la première physionomie venue que le hasard nous présenterait? — Voilà, nous disait-on dans un cercle ou à quelque raout d'ambassade,
LE PORTUGAIS. 457 un Portugais; et on nous indiquait un jeune homme à la peau blanche, aux cheveux châtains, emprisonné dans un frac de Blain, les yeux ensevelis sous un triple rempart de lorgnons. Nous voulions lui parler du
Tage, du port de Lisbonne, des montagnes d’Estrella; mais il nous re-
gardait d’un air étonné, affectait de ne rien comprendre à nos questions. Nous comprenions enfin que sa plus grande prétention était de ne point passer pour Portugais. — Et cette femme qui vient de s’élancer avec tant de grâce au milieu de cette danse nouvelle si heureusement imaginée pour réchauffer les froids et uniformes anneaux de nos quadrilles français? A voir sa peau cuivrée, ses dents si blanches, ses cheveux touffus, ses attitudes si pleines d'abandon et de vivacité, on ne peut se tromper sur son origine, elle est Espagnole, n’en doutons pas... — Point du tout. elle est Portugaise, son nom est Harfida; voyez ses pieds d’ailleurs : sont-ce là des pieds de Barcelone ou de Séville? — Aïnsi pour trouver une différence entre les deux peuples, c’est aux pieds qu'il faut nous attacher; et c’est, hélas! un portrait en buste que nous avons à représenter !
Mais après avoir vainement cherché le Portugais dans les hautes sphères, il fallait bien nous décider à porter nos regards dans des régions plus humbles, nous éloigner de ce monde brillant où s’épanouissent les fleurs de l'aristocratie étrangère, abandonner les sentiers des fêtes oflicielles, des réunions diplomatiques, des déjeuners d’ambassade. Croyezvous done, après tout, que l'étranger à Paris ne vive que sur les trottoirs du faubourg Saint-Honoré ou sous les splendides arcades du quartier Rivoli? Passez les ponts, et sous ces bérets blancs qui peuplent le quartier laüin et garnissent les bancs de nos écoles, combien de jeunes physionomies anglaises ou allemandes ne découvrez-vous pas, amenées dans le sein de notre Paris scientifique par la célébrité de l'Esculape français! Il nous a donc fallu pénétrer dans les détours de ce quarüer docte et paisible pour découvrir enfin notre Portugais prêt à poser devant nous librement et sans affectation. O Lisbonne, quand tu laissais mourir à l'hôpital l'auteur de la Lusiade, V'attendais-tu que l'on retrouverait un jour un des arrièreneveux du poëte à Paris, au sommet du quartier Saint-Jacques?
Dans une des rues étroites et sombres voisines de la Sorbonne, et qui ont remplacé la fameuse rae des Cordiers, vivait, il y a de cela quelques années, un jeune homme appelé Alvarez de Mena, qui ne sortait guère que vers la brune pour aller entendre chanter les rossignols du Luxembourg. Il était poëte: sa barbe inculte, ses yeux brillants, ses traits in spirés le disaient assez. Mais comment cet enfant de la province de Tras-
DS
os-Montès se trouvait-il transplanté à Paris, au dernier étage d’un hôtel garni d'étudiants? voilà ce que nous apprendra la lettre suivante qu’Alvarez avait reçue de Paris quelques jours après la première représentation d’Hernani :
« Se peut-il, mon cher Alvarez, qu'un homme tel que toi, doué d’une imagination si riche et pénétré du feu sacré de la poésie, consente à végéter dans une mansarde du faubourg d'Ajuda, obligé pour vivre de donner des leçons de français aux petites-maîtresses de Lisbonne qui se proposent de faire le voyage de Paris? C’est en France qu’il faut te rendre si tu veux trouver le digne emploi de tes talents, toi qui, sentant combien l’idiome portugais est insuffisant et rebelle, t'es habitué à penser et à rêver en français ; toi qui sais Racine par cœur, et as déjà envoyé plusieurs dithyrambes à l’Académie française. Figure-toi, mon cher Alvarez, qu'il n’est plus question maintenant le moins du monde en France de Racine, de Boileau, de Voltaire et de tous ces auteurs classiques que nous avons eu la folie d'étudier pendant de longues années à notre couvent de Saint-Vincent-de-Fora. On n'aime plus en France, on n’étudie plus, on n’imite plus que les auteurs étrangers. Si tu as lu les poésies françaises qui ont la vogue en ce moment, tu as dû remarquer qu'on n'y voit absolument que des métaphores orientales, des comparaisons, des figures dans le goût moresque. J'ai assisté hier à une soirée littéraire ; on n’a cessé, pendant trois ou quatre heures, de lire des fragments de nos meilleurs poëtes traduits en vers de toutes les mesures. Je te citerai Hernando de Acuna, Saa de Miranda, Jorge de Montemayor et beaucoup d’autres non moins célèbres. On n’appelle plus à Paris les pièces de théâtre qu’autos sacramentales ; on ne dit plus des actes, on dit des journées. Hier, dans la rue de l'École-de-Médecine, un jeune homme tout couvert de cheveux m'arrête, et, devinant à ma tournure que je devais être Portugais, me prie de lui traduire plusieurs pages du Cancionero, qu'il se propose de mettre en rimes et d'introduire dans un volume de Poésies polyglottes qu'il vient de mettre sous presse. D’après cela, mon cher Alvarez, tu dois comprendre quel succès obtiendrait en ce moment à Paris un homme tel que toi, qui pourrait transporter dans la littérature française non pas seulement un échantillon, quelques rejetons épars de notre poésie portugaise, mais la tige même de cette poésie en pleine fleur, qui saurait faire résonner la lyre de Lisbonne sur le mode parisien. Ne doute pas que tu ne deviennes bientôt ce messie littéraire que les Français cherchent à la fois en Angleterre, en Écosse, en Turquie, en Grèce, en Arabie et Jusque
« sous les feux des tropiques, et qui va venir les trouver chez eux pour « peu que tu consentes à venir t’établir à Paris avec ta muse et tes manu- « scrits, auxquels je promets d'avance plus d’hommages, de lauriers et « d’éditeurs qu’un poëte tel que toi n’est en droit d’en attendre ; etc... »
Cette lettre, que nous abrégeons, était d’un certain Juan de Gayoso, ami d'enfance d’Alvarez, et que plusieurs circonstances qu'il serait trop long d’énumérer ici avait jeté à Paris dans le quartier latin, où il étudiait en médecine. La lettre de Juan fut pour Alvarez une révélation soudaine : il pressentait, sans en bien connaitre les détails, ear il lisait peu de journaux, la révolution romantique dont Paris était en ce moment le théâtre. Il s’y associait de loin, et plutôt d'instinet que de fait ; il luttait, il combattait en pensée, comme le soldat qui, se trouvant éloigné du champ de bataille, suit du cœur la marche de l’armée dont il n'entend que le bruit et les fanfares. Il rêvait la France depuis longtemps; il se proposait de secouer tôt ou tard la chaine du pédagogue pour se transporter à Paris, la ville des poëtes, la seule ville du monde où l'imagination littéraire puisse trouver une clientèle et un auditoire : la lettre de son ami Juan le détermina. Il quitta un matin pour n°y plus rentrer le faubourg d’Ajuda, n'ayant pour tout bagage que trois malles remplies de vers de tous les genres et de beaucoup de pièces de théâtre qu'il avait écrites dans ses moments de loisir. Il s’envola de Lisbonne et prit son essor vers la France. Nous devons dire cependant que ses manuscrits ne faisaient pas sa seule ressource. Il avait eu le soin d’économiser sur le prix de ses leçons une somme d'argent qui devait donner à sa muse le temps de déployer ses ailes et de construire son nid.
La première personne qu’il aperçut en arrivant à Paris fut son ami Juan de Gayoso, qui le conduisit à l'hôtel des Quatre-Nations, où luimême résidait. Juan le fit monter, par un escalier aussi ténébreux qu'un tunnel, à un cinquième étage, où il lui avait retenu d'avance un cabinet garni d’un lit, d’une table et d’une cruche.
« Avoue, dit Juan à son compatriote, que tu seras ici logé comme un Dieu.
__ (est done ici que j'habiterai ! dit Alvarez en soupirant et en jetant un œil consterné sur la rue étroite et boueuse. ;
— Plains-toi donc, ajouta Juan, c’est la plus jolie chambre de hôtel qu’on t'a réservée! Comme tu es poëte, j'ai eu soin que tu pusses voir le ciel, car on dit que rien n’est plus inspirateur et ne retrempe mieux l'imagination que d’avoir la faculté de contempler les nuages. Mets-toi à la fenêtre, allonge la tête, penche le corps, et tu l'inspireras... »
Alvarez fit ce que Juan lui prescrivait, et aperçut en effet, au milieu d’une forêt de cheminées, un espace bleu qu'il supposa pouvoir être le ciel; mais il comprit en même temps que chaque fois qu'il entreprendrait de le contempler, il lui en coûterait un torticolis et des courbatures, ct résolut de s'inspirer le moins possible.
Pour le remettre un peu de l’impression triste qu'avait produite en lui l'intérieur de la mansarde qu'il allait habiter avec sa muse, Juan le conduisit le soir même de son arrivée au Luxembourg. On était alors au printemps ; les arbres étaient couverts de ce premier duvet de verdure si doux à contempler pour le cœur du poëte; les oiseaux gazouillaient au sein des marronniers ; des fleurs de pourpre et d’or couronnaient les corbeilles et remplissaient l’air de leurs suaves émanations. Alvarez se erut dans le paradis; il comprit qu’il y avait, même dans l’intérieur de ce Paris, si lugubre lorsqu'on y pénètre par la barrière d’Enfer, un asile pour les Muses, un coin de terre embaumé et silencieux où l’on peut promener ses rêveries et ses rimes.
Il se promit de se rendre tous les jours au Luxembourg ; et comme les allées de ce vaste et beau jardin étaient alors toutes remplies de poëtes dramatiques, intimes, mélancoliques, élégiaques, dont on voyait chaque jour éclore quelque espèce nouvelle, il ne tarda pas à connaître une
grande partie de la littérature contemporaine, et à être admis dans plusieurs sociétés où il ne s'agissait que de savoir manier l’hyperbole de l'admiration et le superlatif de la louange pour être accueilli à bras ouverts.
Alvarez loua beaucoup et fut beaucoup loué : on l’admit dans tous les cénacles comme une nouveauté brillante ; ses poésies, qui n’avaient rien de la froideur et de l’uniformité des vers traduits de l'étranger, parurent être la consécration solennelle de l'alliance conclue entre la muse française et la muse du Midi. Dans les clubs romantiques, on ne l’appelait Jamais autrement que le Portugais, et quand il commençait à réciter quelque essai poétique, le léger accent qu’il avait conservé enchantait tellement les auditeurs, qu’un murmure d'enthousiasme parcourait les rangs de l’assemblée même avant qu’il eût achevé la première strophe.
Cependant les esprits qui dirigeaient alors le mouvement romantique, et prononçaient en arbitres souverains sur le mérite des poëtes qu’il convenait de faire entrer dans la grande pléiade des hommes de génie, ne tardèrent pas à élever quelques objections sur les productions d’Alvarez. Ses vers leur semblaient encore trop unis, trop rapprochés des modèles classiques qui avaient été, comme nous l'avons vu. pendant plusieurs
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Typ. Lacrampe ct Cemp.