‹ Les étrangers à ParisChapitre 9 sur 67 · EE LAON ESS · texte numérisé non relu

EE LAON ESS

Bien différente fut à Paris l'attitude de Hamouda, l'ancien hakem de Constantine, qui, exilé de cette ville pour nombre de méfaits qu'il serait Lop long dénoncer, sembla avoir pris à tâche de prouver parmi nous, par la rigidité de sa conduite, que ses accusateurs l'avaient calomnié. Loin de se mêler, comme Hamdou, au tourbillon des fêtes et des voluptés parisiennes, il passait son temps dans la retraite et l’abstinence, et affi-

chait une orthodoxie indomptable en matière d'hygiène et de mœurs. A Constantine, on l’accusait de s'être pris de passion pour les produits de ” nos vignobles; à Paris, il ne but que de l’eau. Un soir, passant sur le boulevard, il laissa éclater une bouillante et assez comique indignation à la vue de certains détails de coins de rue, dont sa vertu sauvage se refusait presque à admettre l’existence, ou même la possibilité. Il consignait, au reste, et avec grand soin, ses remarques et impressions de voyage à travers le monde civilisé sur un journal qui peut-être nous dotera un jour d’une suite aux Lettres persanes.

Un frère puiné de Hamouda, le jeune Malek, avait fait avant lui le voyage de Paris, et y avait porté, au degré le plus extraordinaire, une morgue aristocratique dont l’ex-hakem de Constantine, fier de sa noble extraction, n’est point lui-même dépourvu. Envoyé ici avec quatre autres jeunes Arabes pour y être élevés aux frais du gouvernement français, l’orgueilleux enfant ne songeait, au milieu de nos rues populeuses et des distractions sans nombre que semblaient devoir lui apporter tant de spectacles nouveaux pour lui, qu'à maintenir scrupuleusement la préséance qu'il croyait avoir le droit de s’attribuer sur ses jeunes compatriotes moins élevés que lai en naissance. C’est ainsi que, durant leurs promenades communes, il refusait de marcher sur la même ligue qu'eux, affectant le se tenir toujours, soit en avant, soit en arrière, de peur de paraitre souscrire, s’il se montrait à leurs côtés, à un principe d'égalité contre lequel se révoltaient ses préjugés nobiliaires. Par suite du même instinct, il lui fut impossible de soumettre son humeur altière à la règle de la maison où on avait voulu le placer. À peine y eut-il passé deux fois vingt-quatre heures, qu'alléguant je ne sais quel prétexte, il sortit de l'institution avec la ferme résolution de n’y jamais remettre les pieds, résolution dont rien au monde ne put le faire revenir.

Cette institution est celle de M. Demoyencourt, où de jeunes Algériens, moins hautains et plus disciplinables que M. Malek, reçoivent, pour la plupart aux frais de notre gouvernement, une excellente éducation toute française et toute libérale. Doués généralement d'une intelligence fort vive, ils profitent à merveille des enseignements qui leur sont donnés, et de retour en Algérie étonnent leurs familles par l'étendue et la variété des connaissances qu'ils ont acquises chez les chrétiens. Le nombre de ces élèves augmente chaque jour, et c'est avec grande joie qu'ils viennent participer chez nous aux bienfaits de l'instruction. On le voit, pères et enfants commencent à prendre volontiers le chemin denotre capitale, et peut-être, la paix aidant, le jour n’estAl pas éloigné (nous l’appelons de

tous nos vœux), où nous aurons dans Paris un douar, un faubourg, un campement arabe, de même qu'il y a de temps immémorial une ville franque à Constantinople.

Fézix Morxann.

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