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nt, après avoir effleuré son front de ses lèvres. ‘“ Oh ! madame, quel bon sommeil !… quelle it exquise ! en vérité, je ne me reconnais plus ! ‘ Mon Dieu ! si cela pouvait durer ainsi.
— Oui, mon enfant, cela durera, je vous l’aïfirpe.
‘“ Et maintenant, faites, si bon vous semble, la rasse matinée ou, mieux encore, levez-vous et rofitez des heures fraîches pour accomplir notre rojet.”” Ce projet consistait à écrire au major Lennox et l'informer des cruels incidents survenus depuis u.
A peine si les deux enfants avaient eu le temps atériel d'accomplir ce devoir envers le père, ii se trouvait, avec son régiment, à la frontière glo-afghane.
D'autre part, Mary, en proie à la surexcitation rveuse, consécutive à la fièvre des jungles, était capable de commencer le récit de ces affreux évéments sans être saisie d’une crise cffrayante. Aujourd’hui, sa douleur était moins exaspérée, le-même se sentait infiniment plus culme; elle lait pouvoir, concurremment avec son frère, rire cette lettre.
Les deux enfants demeurés en tête à tête, s'ébnchèrent longuement, à plein cœur, n’omirent icun détail de la catastrophe, peignirent leur isère, racontèrent comment ils allaient infailliement succomber, sans le secours inespéré appori-par le comte de Solignac, sa femme et ses comagnons.
Ils versèrent bien des larmes en écrivant ces déils navrants : bien des fois le cœur leur manqua brque leur main traçait ces mots terribles qui ur faisaient revivre l’épouvantable passé.
Enfin, la lettre finie et sur le conseil du capitai ne, Patrick écrivit le post-scriptum suivant :
‘“ Naturellement nous avons raconté au comt de Solignac, et nous lui avons fait part de votr lettre relative au trésor de notre aïeul. Nous nou souvenons très bien, Mary et moi, que notre chèr maman avait enfermé votre lettre et le plan dan le coffre-fort de votre appartement.
‘Ce détail, nous dit M. le comte de Solignac est très important pour l’avenir, car il est à sup poser que le coffre-fort, étant incombustible, doi renfermer encore aujourd’hui ces documents pré cieux.
‘* Ce coffre étant demeuré enfoui sous les décombres de notre maison, notre bienfaiteur estime qu'il faut exécuter le plus tôt possible des fouilles afin de retrouver ces papiers, qui représentent une fortune énorme, et les mettre en lieu sûr.”
Cela fait, il s'agissait de trouver un messager fidèle pour porter la lettre au plus prochain bureau de poste.
Le fakir offrit le mahout de feu le pauvre Scindiah. C'était un Bengali intelligent, délié, rusé même, d’une résistance physique à toute épreuve, une honnêteté parfaite, et dont le fakir répondait, du reste, comme de lui-même.
On lui confia la lettre, avec mission de la porter à Shergotty, localité importante située non loin de la grande ville de Gaya.
11 n'était même pas besoin de l’affranchir, le gouvernement anglais donnant la franchise postale à ses troupes.
Le mahout, bien stylé, partit le lendemain matin, promettant de faire diligence et de remplir scrupuleusement sa mission.
Son absence devait durer environ dix jours.
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Alors seulement Patrick et Mary, les pauvres enfants, sentirent dans leur âme une sorte d’apaisement, à la pensée que leur père allait bientôt avoir de leurs nouvelles.
Ce fil si ténu, qui de loin les rattachait à ce père tant aimé, venait d'être enfin renoué !
Maintenant ils n’avaient plus qu’à prendre patience, à attendre le moment favorable pour rejoindre le corps expéditionnaire, ou du moins rallier Peschaver, le quartier général, dont le régiment écossais de Gordon ne devait pas être bien éloigné.
Huit jours s’écoulèrent ainsi, dans une paix profonde que nul bruit du dehors ne vint altérer, que nul incident survenu à l’intérieur ne troubla.
Mary avait reconquis son bon sommeil d'enfant et trouvait les nuits à peine assez longues pour regagner le temps perdu.
Sa guérison était done complète.
Mistress Claudia, Sans-le-Sou, Marius et Johnny, habitués aux vastes randonnées à travers le monde, commençaient à se sentir un peu à l’étroit, dans l’hospitalière pagode, et vaguement soupiraient après de nouvelles aventures.
Le fakir, toujours défiant, craignant les embûches du dehors, ne pouvait se résoudre à leur donner la clef des champs et les priait de prendre patience.
Ayant mis en campaune quelques émissaires dévoués chargés de le renseigner sur l’état de l'opinion, il attendait leur retour pour se décider à quelque chose.
C’est alors que survint un incident, banal en soi, et qui devait avoir à hrève échéance, des conséquences non moins terribles qu’inattendues.
C’était pendant une nuit d'orage qui tenait ob-
stinément éveillés les hôtes de la pagode, sauf bien entendu Mary, toujours sous l’empire de la suggestion.
11 leur semblait entendre, malgré l’éloignement, malgré l'épaisseur des murailles, malgré les rafales du vent et du tonnerre, les hurlements d’un chien.
11 n'y avait pas à s’y méprendre, ni à confondre avec les glapissements caractéristiques de l’hyène ou du chacal..
C'était hien un chien.
Patrick fit même cette réflexion :
“ Je ne me trompe pas... on dirait, en vérité, la voix de mon pauvre Bob que nous n’avons pas revu depuis la catastrophe du chemin de fer.”
Et pendant tout le reste de la nuit, le jeune garçon fut hanté par cette pensée :
‘“ Ce ne peut être que Bob ! ”
Aussi, n’y pouvant plus tenir, il fit part, dès l’aube, de sa supposition au capitaine qui, de son côté, avait entendu les abois.
Tous deux se mirent incontinent à la recherche du fakir, et Sans-le-Sou ajouta :
‘ Si c’est réellement votre Bob, nous allons lui ouvrir les portes, et lui faire la réception méritée par son courage, son intelligence et son attachement.”
Ils rencontrèrent bientôt le fakir et tous trois se rendirent sans retard vers l’unique entrée défendue comme l’on sait.
Les gardiens levèrent la herse et baissèrent le pont-levis.
On arriva derrière la porte de fer encastrée dans les blocs de granit.
Le fakir, toujours défiant, ouvrit le judas percé dans l’indestructible panneau et dit à Patrick :
‘ Que le jeune sahib regarde lui-même.”
Patrick obéit et mit les yeux à l'ouverture.
Un cri de joie lui échappa, en reconnaissant l'animal couché, moribond, devant la porte, et qui, à la voix de l’Hindou, s'était levé.
Près du chien, et agonisant comme lui, était étalé, sur le dos, un homme, un indigène, qui semblait incapable de faire un mouvement, .d’articuler une parole.
‘“ Bob ! s’écria Patrick, Bob ! mon bon chien... c’est donc toi ! ”
Au son de cette voix aimée, le brave animal se dressa le long de la porte et, à bout de souffle, eut un aboi tout rauque, tout cassé, qui voulait dire à la fois ses misères, ses tortures, sa joie de bête affectueuse et dévouée.
Au cri de l’animal succéda un gémissement de l'homme toujours vautré sur le sol. Un moribond, lui aussi, un de ces épouvantables squelettes, un de ces martyrs de la famine comme Patrick et sa sœur en avaient tant vu au Camp de la misère.
Et Patrick s’écria, douloureusement apitoyé :
“ C’est probablement un de ces malheureux qui nous accompagnaient, et qui a échappé au désastre. ”?
Pendant qu’on ouvrait la porte de fer qui lentement, comme à regret, roulait sur ses gonds, le jeune garçon ajoutait :
‘“ Bob nous a suivis à la piste, et lui a suivi Bob.”’
Par l’ouverture enfin praticable, le chien s’élançait vers son maître, usait ses dernières forces à sauter, à japper, à se rouler avec une sorte de frénésie qui émouvait profondément le capitaine.
Le jeune garçon avait pris à bras-le-corps Bob,
le serrait, contre sa poitrine, comme un être humain, et ne sachant plus quels mots lui dire, quelles caresses lui prodiguer, embrassa son museau noir comme une truffe.
Dès que le chien fut entré dans la forteresse, le fakir, sans plus s'occuper de l’homme, allait fermer la porte.
Ce dernier eut un nouveau gémissement, plus navrant, plus aagoissé encore s’il est possible.
Le fakir haussa les épaules et grogna :
‘“ La pagode n’est point un hôpital anglais !
‘“ C’est un lieu sacré où ne peuvent entrer les premiers venus...
— Mais, s’il meurt ! s’écria Sans-le-Sou dont l'âme généreuse s’indignait d’une telle dureté.
— C’est son affaire !
— Voyons, fakir, nous ne pouvons pas laisser périr devant nos yeux ce malheureux...
‘11 lui faudrait lui donner des soins...
— Tu es le sahib, cominande... moi je ne suis que le plus dévoué de tes serviteurs.
— Eh bien j’ordonne qu’on l’emporte dans la pagode, qu’on lui procure à manger, qu’on panse ses plaies, en un mot qu’on fasse pour lui tout ce que réclame son état et que commande l’humanité.
— C’est bien, sahib, tu vas être obéi sur l'heure!
‘ Mais puisses-tu jamais nete repentir de ta bonne action ! ”
Le. capitaine saisit le moribond sous le. aisselles et, sur son ordre formel, le fakir, avec une extréme répugnance, l’empoigna par les jambes. Tous deux l’emportèrent jusque dans la pagode, pen- “ant que Patrick, ravi d’avoir retrouvé son chien, fermait la marche.
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