‹ Les étrangleurs du Bengale [microforme]Chapitre 14 sur 18 · E [3 FE · texte numérisé non relu

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bilité, comme dans un de ces cauchemars qui torturent le sommeil, une clameur vibrante, sauvage, retentit en dehors de l'enceinte et fait dresser la tête aux vautours.

Sans-le-Sou, rappelé soudain à la réalité, reconnaît cette tonalité cuivreuse, comme un froissement de cymbales, et que pique une note de trombone :

‘“ Huinck !…

— Rama !… c’est Rama !

pouvant croire ses oreilles.

11 lance un nouveau cri, et à pleine voix :

‘Rama !.. Rama !.. au secours !.. au secours !…

— Huinck !.. huinck !... fait de nouveau la voix de l’intelligent animal qui, entre temps, se met à souffler bruyamment.

— Rama !.… au secours !.. ma bonne bête...

Au son vibrant et angoissé de cette voix qu’il connait si douce et si caressante, l’éléphant comprend que son ami est en grand péril.

Et comme ces vocahjes manquent absolument de variété, il répond :

‘ Huinck !.. huinck !… huinck !... ”

Comme s’il avait voulu dire :

‘“ J'ai compris !… attends un peu !… ”

Quelques secondes s’écoulent et un coup d’une violence inouïe éclate et vibre sur la porte de fer.

En même temps les grands vautours fauves, arrachés à leur torpeur, déploient leurs ailes immenses, et prennent l'essor avec des glapissements aigus.

Le choc, hélas ! produit plus de bruit que de be sogne, car le maudit panneau blindé n’a pas flé chi.

L’éléphant a dû ramasser, avec sa trompe, une

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seconde roche plus lourde et plus résistante que la première, car Sans-le-Sou l’entend geindre et haleter.

‘ Boum !

Un second coup éclate, et la roche, fracassée par cette poussée terrible, s’éparpille en menus morceaux.

‘11 faudrait du canon,’ murmure Sans-le-Sou tout dépité.

L'éléphant, de son côté, voyant, cet insuccès, ne s’entête pas.

11 laisse échapper un ronflement de colère, et Sans-le-Sou l'entend galoper, comme un cheval de cirque, autour de cette circonférence dont il cherche sans doute à reconnaître le fort et le faible.

A ce moment, quelques coups sourds, frappés dans le conduit souterrain, se font entendre.

Les compagnons du capitaine, inquiets de ne pas le voir revenir, l'appellent en frappant du talon le coffre dont le bois sec résonne bruyamment.

L’éléphant, qui de son côté a entendu à travers la terre, s’arrête et se met à souffler.

Sans-le-Sou redescend près de ses camarades qui frappent toujours et leur annonce la bonne nouvelle.

Maintenant on respire au fond du puisard et, sans les tourments de la faim et de la soif, on n’y serait pas trop mal.

‘* Ah ! pécaiïré, capitaine, s'écrie Marius, nous commencions à perdre le Nord.

‘* Pas vrai, Johnny !

— Yes ! grande inquiétude.

— Oh! oui, ajouta Patrick, nous craignions qu'il ne vous fût arrivé quelque chose...

— Eh ! oui. il m'est arrivé... un éléphant.

** Rien que ça !… un éléphant, ce bon Rama qui

fait à lui seul un vacarme d’enfer et va certainement nous délivrer, n’en doutez pas.

— Té ! si nous pouvions seulement l’aider.

— Le mieux que nous puissions faire est de nous tenir tranquilles.

‘A défaut de provisions, nous sommes ici au frais, tandis que là-haut, il y a une température à faire éclater des rochers. ”

C'était en effet le parti le plus raisonnable, et tous quatre s’assirent sur le coffre en attendant, les événements.

Ils gardaient maintenant le silence, et percevaient de vagues bruits au-dessus de leur tête.

C’étaient de lourdes allées et venues, des froissements brusques, alternant avec des grignotements de souris qui, à travers les couches de sable, parvenaient à leurs oreilles avec une singulière netteté.

De temps en temps, Sans-le-Sou donnait quelques légers coups de talon au coffre dont les flancs résonnaient,

‘Sans vous commander, capitaine, pourriezvous me dire pourquoi vous cognez le coffre ? demanda eufin Marius.

— C’est une manière de communication téléphonique que j’établis entre nous et Rama.

‘Il travaille là-haut, le bon animal, et je lui dis de se presser. ”?

Marius regardait alors à la dérobée son chef dont la figure, à la lueur des phosphorescences, lui semblait quelque peu extraordinaire.

Et il se disait, à part lui, doutant d’une chose qui, non sans raison, lui paraissait étrange :

‘* Est-ce que la cervelle du patron ne serait pas dérangée ?

‘II a l’air diablement agité, et il nous raconte

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des histoires du gaillard d'avant qui ne me rassurent pas du tout. ”

Cependant, là-haut, le travail avançait grâce à l’adresse, à la vigueur, à l'intelligence de l’admirable auxiliaire arrivé si fort à propos.

Quelque merveilleuse qu'elle fût, la chose était pourtant bien simple.

Rama, qui errait toutes les nuits en pleine liberté, en bon noctambule aimant les endroits frais, le bain pris à deux heures du matin et les courses dans la rosée, n’était jamais attaché ni enfermé.

11 ne s’écartait pas, d'ailleurs, et se tenait toujours à portée de sifflet de son mahout,

On se souvient qu’il se trouva en présence de la troupe composée des gens qui avaient enlevé les fugitifs, et qu’il s’approcha ‘de façon à percevoir les émanations particulières de sor and ami le capitaine Pennyless.

Les gredins le chassèrent même à coups de pierre, estimant sans doute qu'il s’approchait trop.

Il s’éloigna tout triste et vivement préoccupé de ce traitement qu'il ne méritait pas et auquel d’ailleurs son ami ne l’-vait pas habitué.

Il réfléchit lons : - ent, posément, en honnûte et brave éléphant der l’esprit bien pondéré ne s'emballe pas à la légère.

Et quand il eut médité de longues heures, il prit soudain son parti.

Sans retourner à son écurie, sans revoir son mahout, en évitant de rencontrer qui que ce fût susceptible de l’arrêter et de lui imposer une corvée, il partit.

La trompe basse, reniflant sur la piste, il s’avança gravement, guidé par son infaillible odorat qui le conduisit jusqu’à la Tour du Silence.

Mais là, une grosse difficu'té surgit,

Ro #

La troupe au milieu de laquelle flottait et presque insaisissable, l'odeur ‘ sui generis ”” du capitaine, après avoir stationné devant le monument, était repartie au loin.

Le capitaine était-il avec elle ou n’y était-il pas?

L’éléphant suivit un moment la piste en agitant désespérément de tous côtés sa trompe afin de sai. sir au vol une bribe de ce funeste révélateur.

Il ne sentit rien et revint tout dépité à la tour empuantie par le cian des vautours fauves qui digéraient lourdement les charognes dévorées au loin.

R°va trottinait toujours autour de la lugubre

enceinte, et, déconcerté par l’abominable odeur des rapaces, ne trouvait rien.

De guerre lasse, il allait. se re d'angoisse jeté au hasard par son oreille.

Rama reconnut aussitôt la voix de son ami le capitaine Pennyless et lui répondit, joyeux, por un coup de trompette retentissant.

Alors s’établit entre eux ce curieusement dialogué l’éléphant, et qui abo extraordinaire.

L'intelligent animal essaya de nouveau d’enfoncer la porte à coups de pierre ; mais, voyant ses efforts restés stériles, il songea qu'il fallait agir autrement.

Il entendit très distinctement les chocs ré produits par les coups de coffre. 11 s’approcha

, subtile

tirer, quand le cri Sans-le-Sou frappa

tte communication si e, parfaitement comprise par utit à un travail réellement

pétés talon sur les parois du de l'endroit d’où le bruit semblait venir, écouta attentivement en relevant ses énormes oreilles, pencha de côté la tête comme Pour concentrer sur son tympan tous ces sons et enregistrer la direction.

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Cela fait et certain de ne se tromper, il frappa le sol de son pilon, comme pour dire :

‘“ C’est bien là ! ”

Puis il se mit incontinent à la besogne. D'abord il examina la paroi de brique, promena sur elle sa trompe et reconnut qu'elle ne présentait aucune solution de continuité. 1l n'en parut pas autrement contrarié, mais cela lui suggéra aussitôt une expédient aussi curieux que rationel.

11 ramassa une pierre de moyenne grosseur, l'enserra dans le bout de sa trompe et s’en servit pour frotter énergiquement les briques.

Celles-ci, infiniment moins dure que le caillou, commencèrent à s’user rapidement, sous l'effort de cette friction violente et continue.

Au bout de dix minutes, l’extrémité de l’une d'elles s’effrita légèrement.

Rama n'en demanda pas davantage. Il laissa tomber le caillou et promena doucement l’appendice de sa trompe au milieu des débris.

I les retira un à un, comme des esquilles, et constata qu’il y avait maintenant un petit trou.

Avec une adresse et une patience inouïes, Rama se mit à ébranler tout doucement, par petits coups imperceptibles, cette brique à demi rompue.

Il y parvint sans trop de peine et lança, en signe d’allégresse, un coup de trompette retentissant.

Cette première brique enlevée, le plus difficile était fait, et le reste n'était plus rien.

En effet, les parsis, en édifiant la Tour du Silence, n'avaient pas eu la prétention de bâtir une prison, mais un monument susceptible de résister aux seules intempéries.

Les briques étaient simplement jointes avec du

TE

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