FINIR
ciment, de façon à ce que leur masse, plutôt que l’enduit, les fit adhérer entre elles.
Rama enleva une seconde brique voisine de la première, puis aussitôt une troisième juxtaposée aux deux autres.
Tout heureux de Son succès, l'éléphant fit entendre de petit grouïnement de plaisir.
Et comme en bas, dans le sous-sol, retentissaient, quelques coups sourds, il se mit à Piétiner sur place, à souffler, à frétiller de la queue, bref à témoi- &ner une hâte pleinement justifiée par réalité.
Maintenant, il saisissait à pleine trompe une brique, l’arrachait d'un mouvement sec, la lançait brusquement à dix pas et récommençait avec une vivacité toujours croissante.
L'ouverture s'élargissait à vue d'œil et les Coups résonnaient de plus en plus violents, de plus en plus précipités.
En bas, comme on dit vulgairement, cela n’allait pas tout seul, et les quatre emmurés, en dé- Pit; de leur énergie, Commençaient à défaillir.
Que l'on veuille bien se rappeller qu’ils n’avaient rien pris depuis la veille au soir, ni une bouchée de riz ni une gorgée d'eau ; qu’ils avaient subi les plus terribles violences, et qu’enfin ils avaient éprouvé les plus cruelles émotions.
Patrick, le Premier, eut une brusque défaiHance causée par le besoin et surtout par le manque d’air.
11 poussa un faible cri et, murmura :
‘* J’étouffe !.… oh !.… je meurs... ”
Il fléchit et s’allongea sur le coffre où il demeura sans mouvement,
Le capitaine voulut le frictionner, tâcher de rétablir la circulation, de faire pénétrer un peu d’air à travers ses mâchoires qui venaient de se contracter.
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Lui-même se sentait mal. Ses orcilles tintuient, ses yeux, à Ja lueur des phosphorescences, voyaient de troublantes visions ; par moments, il lui semblait que son cœur cessait de battre, et que la Tour du Silence pesait de tout son poids sur sa poitrine.
Un bruit sourd, un, souffle rauque le firent retourner.
Marius, pris à son tour par l’asphyxie, venait de s’affaler sur le sable.
“Eh! “by God,” s'écria Johnny, qu'est-ce que c’est ?.. un vieux requin comme toi ?.. ”’
Mais c'est en vain qu’il essaya de secourir son camarade agonisant.
Brusquement, le souffle lui manqua, et c'est à peine s’il eut la force de murmurer :
‘ Capitaine... j'ai bien peur... que Rama n'arrive trop tard... ”?
Mais non ! Au moment où le timonier s’abat inanimé sur le corps du maître d'équipage, un pan tout entier de la muraille s’écroule !
Une .averse de débris dégringole bruyamment dans le puisard envahi soudain par des flots d’air et de lumière.
Par l'ouverture béante, un appendice mobile se glisse avec un froissement très doux, et un souffle comme celui qui s’échapperait de la tuyèré d’un soufflet de forge.
Puis le coup de trombone bien connu :
“ Huinck !.. ”
C'était le bon Rama qui, après avoir jeté à bas cinq ou six mètres cubes de maçonnerie, passait sa trompe dans 4e conduit mis à jour et manifestait son allégresse par sa note la plus vibrante.
En même temps retentissaient des aboiements de chien et une voix humaine criait par l’ouverture :
h, ps è
‘ Maître
‘“* Délivré par le pundit Krishna, Pour vous retrouver... Bob a
voici !.., ”’
Les Afridis et leurs allié tiemment les moyens fense autour du camp
Ils croyaient tenir glaises que la faim e peu à leur entière discrétion.
Repousser toute agression tant plus facile
leur double
glais.
Et pourtant, malgré les pr montagnards qui Pourvus d’ailleurs d'armes moder complètement battus !
Dans le premier moment, ils ne
cevoir eette défaite,
leur amour-p final de la ca
Ils en étaient quittes pour r milles dans leur
veau coup.
Mais il y avait un fait
une partie de leur assur réserve dont ils é
Ce fait le voici :
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. Vous êtes sauvé...
‘C’est moi, Bérar !
suivi
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j'ai pris Bob Rama et nous
S avaient accumulé pad'attaque et surtout de
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ct bien tenir les troupes anevaient mettre sous
semblait d'auqu'ils avaient la défe ligne était pr naturels formidable fois supérieur.
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otégée par des obstacles S, et que, enfin, ils étaient dix S en nombre aux contingents an-
odiges de valeur, ces
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pouvaient conplus sensible peut-être pour
ropre, que dangereuse pour le succès
mpagne.
eculer de quelques S montagnes et préparer un nou-
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La charge à la baïonnette exécutée par le régiment écossais avait été , ‘ Ssistible.
Mais elle n'aurait certr ‘nement pu être poussée à fond si le feu n'avait été cent fois plus meurtrier que de coutume.
Les feux de salve avaient produit un effet épouvantable et couché sur le sol des rangs entiers qui ne s'étaient pas relevés,
Tout homme touché était un homme mort, ou du moins hors de combat, car il n'y avait pas de ces blessures légères permettant à un soldat de continuer la lutte.
C’est que, pour la première fois, on avait employé un projectile nouveau qui se révélait comme doué de propriétés réellement effravantes.
Les contingents angiais. armés de l'excellent fusil Lee-Metford — si toutefois un instrument servant à tuer peut être excellent — tiraient la cartouche réglementaire avec balle à enveloppe de nickel.
Cette balle, de très petit calibre, produisait des blessures sérieuses, naturellement, mais moins graves cependant qu’on pourrait le supposer.
Quand elle ne frappait pas un os, elle faisait, à travers les chairs, un simple petit trou régulier, sans arrêter le combattant ennemi qui, en sa double qualité de musulman et de fanatique, n’en continuait pas moins à e battre intrépidement.
Déjà les Italiens, en Abyssinie, avaient ronstaté cette impuissance du projectile de petit cahbre qui, en dépit d’une pénétration considérable, n’arrètait, pas sur place un adversaire vigoureux et résolu.
En gens pratiques, les Anglais eurent vite fait de trouver un correctif à cette innocuité relative.
Ce correctif se présenta sous la forme ct l’appellation d’un projectile nouveau modèle qui s’illustra d’emblée sous le nom de balle Doum-Doum.
Doum-Doum, on s'en souvient, est, cette petit ville située à six kilomètres de Calcutta, près di Camp de la Misère, et où se fabrique la cartouch en question,
Ce projectile est une petite merveille d’ingénio: sité et de férocité homicides.
Dans l’ancienne balle, l'enveloppe en nickel empêchait seule l'expansion du plomb dans la blessure ct comprimait ces terribles bavures qui lacèrent les tissus et font des plaies affreuses.
Le ‘* remède ” consista simplement, à enlever cette enveloppe à la pointe de la balle, et à la fendre sur les côtés, De telle façon que le plomb, sui- "ant l'expression anglaise, se montre seul au ‘° nez ”’ du projectile.
D'où le nom de balles à nez mou (soft nosed ) que leur donnent aussi les Philanthropes d’outre- Manche.
Soîft-Nosed ou Doum-Doum, la chose est en vérité terrible.
La balle pénètre dans les chairs, mais tandis que la partie périphérique est arrêtée, la portion centrale en plomb, grâce à sa masse, continue d’avancer. Le plomb sort du nickel, s'étale en disque irrégulier, en champignon à bords déchiquetés qui met tout en bouillie sur son passage.
Les tissus sont anéantis ; les artères, les veines et les nerfs sont broyés à distance, Par arrachement ; les os sont pulvérisés,.
Bref, les désordres organiques sont tels que, par opposition au trou d'entrée du diamètre d’un Crayon, le trou de sortie mesure dix centimètres et plus !
Dans ces conditions, réduction de fractures, ligatures de vaisseaux, Päñsements même, tout devient impossible.
tte petite près du :artouche
l’ingénio-
kel emla blesqui lacè-
ever ceta fendre b, suiseul au
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dis que n cenl’avanque àr- S qui
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e, par d’un res et
ligait de-
Aussi, pour la majeure partie des cas, tout homme atteint est irrévocablement perdu.
On juge maintenant si une pareille blessure est suffisante non seulement pour arrêter, mais encore pour achever un fanatique !
Déjà, cependant, les balles Doum-Doum étaient connus aux Indes.
Quelques contingents sicks et gourkas, l'élite de l’armée indigène, s’en étaient servis dans quelques rencontres de moindre importance.
Mais.le nouveau projectile, qui avait fait merveille aux mains de ces montagnards, n’avait pas encore été mis en usage parmi les troupes européennes.
Pour dégager le camp de Chakcara investi par une véritable armée de musulmans, le général en chef n’avait pas hésité à faire distribuer à ses hommes ces engins formidables.
L'effet répondit, et au-delà, à ses espérance
Mais il suscita chez l’ennemi une fureur que l’on concevra sans peine.
Ces populations belliqueuses, qui ont une passion invétérée pour la bataille, s'étaient fait une habitude de ces bonnes petites balles à chemise de nickel, qui se conduisaient d’honnûte facon, détérioraient à peine les vrais croyants et leur faisaient croire à une demi-invulnérabilité.
Et tout à coup, sans préambule, sans sommation, voilà des membres broyvés, des torses ravagés, des têtes pulvérisées, des blessés mutilés, une effroyable boucherie humaine, et, en fin de compte, une véritable panique s’emparant des plus résolus, des plus enragés.
Le Mollah-Fou, le vieux Mokrani dont les prédications furibondes fanatisaient tous ces sectaires, était dans une rage indicible.
Il avait promis la victoire !.…. une victoire écl. tante !… l’anéantissement du corps d'armée a
Le prestige du vieil énergumène aurait dû rec voir une atteinte irréparable, si jamais les prophi tes pouvaient avoir tort.
fit tant et si bien, $e démena de telle façon tortura si impudemment, les textes sacrés, qu'il su: Prouver aux Afridis que toute la faute en revenai! aux deux officiers Prisonniers,
Transformer en boucs émissaires le major,et Je lieutenant, leur faire endosser la responsabilité du revers, C'était l'enfance de l’art pour le mollah.
Et il y réussit d'autant mieux qu’un vaincu est toujours heureux de pouvoir attribuer sa défaite à une cause étrangère,
Aussi, le péril couru Par les deux officiers étaitil devenu d'autant plus terrible qu'ils se trouvaient absolument seuls, au milieu de fanatiques réputés pour les tortures cffroyables qu'ils imposent à leurs captifs.
On allait done inventer Pour eux quelques-uns de ces supplices baroques et sauvages auxquels se complaît l'imagination des Asiatiques, ces tortionnaires de génie !
Ils savaient que rien ne pouvait les Sauver, et bravement, en hommes conscients des risques d’une pareille £ucrre, s'attendaient à tout !
Ils avaient du moins la consolation d’avoir vu se rompre le cercle de fer qui entourait le camp et la pensée de la victoire gagnée faisait Courir dans leurs veines une sorte de fièvre qui les exaltait.
Désormais sans inquiétude sur le sort de leurs COMpagnons d'armes, ils Pouvaient penser à leurs Propres douleurs qui venuient, s'ajouter aux angoisses de la captivité,
toire écla- } rmée an-
dû reces prophè-
lle façon, | qu'il sut revenait
| or,et !] bilité & nollah.
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-uns de uels se »S tor-
ver, et es d’u-
ir vu mp et r dans ait.
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Le cœur déchiré, ils opposaient un front serein aux énergumènes qui les insultaient et les menaçaient et gardaient une fièvre contenance qui, jusqu’à présent, inspirait le respect à la horde exas-
pérée.
Pourtant, un même besoin de solitude les étreignait.
Ils auraient voulu être soustraits à cette exhibition et au besoin être jetés dans un cachot pour pouvoir pleurer leurs chers morts.
Le Mollah-Kou se faisait remarquer par sa véhémence et sa loquacité.
Couvert de loques sordides, jambes et bras nus, la face maigre, aux yeux luisants, à la barbe hérissée, il venait invectiver les deux Anglais, leur mettait le poing sous le nez, les couvrait d’injures et tâchait même de les griffer de ses ongles noirs et recourhbés comme des serres d'oiseau de proie.
EL toujours au milieu de mots incompréhensibles pour eux revenait celui de Doum-Doum que le forcéné leur jetait à la face avec des hurlements insensés.
Malgré son calme surprenant chez un jeune homme, le lieutenant Taylor sentit la colère l’envahir.
Tout à coup, le major le vit croiser ses deux poings sur sa poitrine.
Puis, aussitôt, l’un deux se détendit comme un ressort d'acier qui alla frapper, avec un bruit sourd le braillard.
11 y eut en même temps un craquement sec d’os brisés, et le vieux drôle, assommé, s’abattit comme une masse, la mâchoire inférieure fracassée.
“ Et ce coup de poing-là, est-il Doum-Doum ? td demanda froidement le lieutenant après cet exploit que n’eût pas désavoué le champion du Royaume-Uni.
D ie ur
Dent TE TI
ryxsr De
HARIEER
plus !,
Le charme était rompu.
Le fanatique désormais mouvement, de profé blement, en; poussant taient de sa cume.
“ Bravo, Taylor ! fit le major avec un sourire £ L A4 ] triste,
incapable de faire un rer une parole, s’agitait fai-
des gémissements qui sorgorge avec du sang, mêlé à de l’é-
“Voilà un drôle qui, je l'espère, ne prêchera,
plus la guerre sainte contre nous. ”’ | Les deux officiers s’attendaient à être massacrés
du coup, après cette cruelle mutilation d’un hom-!
me vénéré comme un saint.
Il n’en fut rien.
Soit que le prestige du personnage ait reçu une serieuse atteinte, soit que plutôt on les réservât, pour un supplice ultérieur, les deux officiers furent enfermés, dans une sorte de maisonnette, bâtie en pierres sèches, devant laquelle se tint en Permanence une troupe de bandits armés jusqu'aux dents.
Alors seulement ils Purent échanger quelques mots, épancher leur cœur, et songer aux terribles nouvelles reçues au moment où commençait Je feu.
Le major le premier quelques minutes dar étaient confinés.
“Ah! Taylor, murmura-t-i je suis bien malheureux.
Et ma femme, l’adoré est morte... assassinée.
‘ La double vue ne m'avait
‘Mes pauvres enfants sont la vie... sans soutien...
rompit le silence qui régna is le lugubre réduit où ils
| d’une voix brisée, € Compagne de ma vie, Pas trompé !
seuls désormais dans car moi, je ne compte
st Sourire t
rêchera.
issacrés |
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Çu une éservât rs fute, bânt en qu'aux
elques
rribles it le
régna, )ù ils
risée,
— Et moi, Milord !.… c’est mon père que j'ai perdu !.. assassiné, lui aussi EE
‘* Mon père !.. mon premier, mon unique ami.
‘Ah! milord !… laissez-moi pleurer à plein cœur... Comme un enfant torturé par le mal...
“ C’est atroce, voyez-vous, ce que je sens dans la poitrine, à la pensée que je ne reverrai plus ce père qui fut si bon... que je n’entendrai plus ces mots sortir de sa bouche “ mon petit Edouard..….”, car j étais toujours tout, petit pour lui.
‘Ah ! mon père !.. mon père !.. ”
Le major oavrit ses bras, et le jeune homme navré s’y précipita en sanglotant.
Pendant quelques moments, ces deux intrépides officiers, qui avait affronté, sans la moindre émo- Uon, la mort sur les champs de bataille, donnèrent un libre cours à la douleur qui les suppliciait Leurs larmes coulèrent, abondantes et cruelles ; de ces larmes qui creusent dans le cœur une blessure que rien ne peut cicatriser.
* Pensez donc, Taylor, fit le major d’une voix qu'il essayait vainement d'affermir, que Mary n’a que quinze ans et que Patrick n’en a pas quatorze.
‘* Leur mère disparue, leur petit nid ravagé, que sont-ils devenus ?...
‘ Sans ressources !. vous entendez : sans res- Sources... et avec cela, fiers comme des Ecossais!
‘* Car, je puis vous le confesser, mon cher Taylor, je suis pauvre Comme un cadet de famille.
Qu'importe la richesse, milord !
Vous êtes noble comme un Stuart, et brave “oMme tous ces braves qui forment l’héroïque résiment de Gordon !
— Et nous avions le bonheur !
‘* Ce bonheur complet, absolu, qui fait craindre Pour sa durée... ”
à Lo
11 y avait dans la cabane quelques sièges grossiers ct, par terre, quelques nattes en paille.
Le major se laissa tomber sur un de ces sièges, et le lieutenant s’assit près de lui, oubliant sa propre infortune pour compatir à celle de cet, époux, de ce père si rudement et si injustement frappe dans ses plus chères affections.
Obéissant à un de ces impérieux besoins de confidences qui, à certains moments, s'imposent par les circonstances, le major ajouta :
‘Notre famille, jadis opulente, avait été réduite à la plus complète pauvreté, lors du massacre de Cawnpour qui plongea dans le deuil notre chère patrie.
— Oui, interrompit le lieutenant, il n’est pas une famille dans tout le Royaume-Uni qui n’ait eu à pleurer la perte d’un de ses membres. ”’
Le major continua, nerveusement, parlant d’abondance évoquant ces douloureux souvenirs qui provoquaient ses larmes, mais du moins dégonflaient son cœur.
Il raconta comment son père confia toute sa fortune à un riche marchand parsi, et comment il trouva la mort dans cette abominable trahison qui sera une tache ineffacable sur la mémoire de Nana-Sahib.
11 dit encore comment lui-même, sauvé dans son berceau, désormais sans soutien, fut élevé aux frais de l’État, avec les enfants des autres victimes, connut les misères de la vie d’orphelin, de cadet indigvent, d'officier pauvre, jusqu’au jour où il put vivre avec la solde de son grade.
11 raconta son mariase, son honheur, ses espérances, l’accroissement de sa famille, et l’ignorance absolue du dépôt fait par son père entre les mains du parsi.
S gros- », sièges, iant sa de cet, stement
le connt par
réduite cre de > chère
JaS une t eu à
it d’ars qui dégon-
ite sa sent il
Puis il continua :
‘“* J’en arrive au moment qui fut, pour ainsi dire, le roman de ma vie.
‘* C'était quelques jours à peine, avant le début des hostilités. 11 y a donc environ trois mois. On sentait en l'air comme de vagues indices précurseurs de la tempête prûte à éclater.
‘“ Le gouverneur de Peïchaver, en prévision d'un soulèvement, m'avait chargé d'une rapide inspection des postes-frontières et m'avait adjoint, dans ce but, un demi-escadron de lanciers rouges.
‘“ Avec ces incomparables cavaliers, jefis, en rien de temps, un ‘‘ raid ”” magnifique à travers un pays inaccessible, et où notre arrivée produisit un effet réellement p: sdigieux.
‘“ Je terminai par la passe de Khaïber, et je m'avançai dans ce lit de torrent qui va se resserrant du fort Djamroud à Ali-Masdijid où il n’est plus qu’un couloir mesurant à peine quinze pas.
‘“ Je voyais, de loin, s'avancer en toute sécurité, une splendide caravane comptant de douze à quinze cents chameaux pesamment chargés, qui serpentait capricieusement au flanc des montagnes, et venait de notre côté.
‘* On était encore en pleine paix ; cette caravane qui représentait des millions, marchait sans escorte, et les chameliers étaient à peine armés.
‘Je me lis soudain cette réflexion, qu'une proie de valeur pourrait tenter la cupidité de ces pillards qui ne désarment guère et qui volontiers écument la région.
“Je ne croyais pas si bien penser !
‘“ Derrière l’étranglement d’Ali-Masdijid se trouvent cachés, au nombre d'environ quatre cents, des bandits que je distingue avec ma lorgnette comme si je les touchais.
“minable file qui Pt, pendant que les conducteurs, éperdus, s’enfuient ou se jettent à genoux, i des assaillants.
ruent sur cette proie trop faallots et égorgent sans Pitié ces lâches qui supplient au lieu de se défendre,
‘Mes lanciers, jusqu'alors invisibles, assistent indignés à cet acte de piraterie Commis d’ailleurs sur territoire anglais, et je n'ai pas besoin de vous dire que je Partage leur indignation.
ous sommes, en tout, soixante, massés à l’abri d’une sorte de Promontoire...
Je me mets en tête, j'ordonne de débotter les lances et je crie de charger ?
‘ Chose à peine incroyable, | me une trombe à traver lieu d’éboulis, d'obstacl “ J'aperçois un vieillard octogénair ché de sa Monture, est bousculé vont l’égorge. L’un le tient par a longue barbe blanche, l’autre lève sur lui son cineterre.. “D'un coup de revers j'abats Je Poienet brandit le sabre et d’un Coup de pointe je gorge de l’homme qui hale sur la barbe, ‘En même temps mes lanciers quent encore en plein tas, en ple ‘En moins de temps qu'il n’e il y a par terre deux cents trouée par la petite bless are ‘“ Les autres, croyant qu’il rière nous, s’enfuient éperd Comme ils peuvent,
NOUS arrivons cems ce lit de torrent,
au mies insurmontables.
e, qui, arra-
Par les bandits qui
qui troue la
Piquent et piinc masse de chair, n faut pour Je dire, bandits, la Doitrine qui ne pardonne pas.
Y à un régiment derus où ils peuvent et
engagés tentit ct
file qui conducgenoux,
‘Op faitié ces
ssistent ailleurs
Us qui barbe
> qui ue la
pihair.
dire, trine pas.
der- ; et
‘La caravane, valant plusieurs millions, est auvée !
‘ Elle appartient tout entière au vieillard que je viens d’arracher à la mort.
I] me témoigne avec exaltation sa reconnaissance, me demande mon nom ct manifeste une i quand je le lui apprends.
nd, dit-il de sa voix cassée - le fils du colonel qui per-
cherché bien longpôt sacré que me père...
ulez-vous dire ? deman-
“— La fortune des dues de Richmond... plus d'un million de livres LE
‘Mais vous aviez disparu dans la tourmente, et, bien qu’un secret instinct m'avertit que vous viviez, je ne pus, malgré des efforts acharnés, vous retrouver.
“Puis le malheur s’abattit sur moi. Je perdis ma fortune et, duand je voulus tenter de la rétablir, je fus fais Prisonnier et vendu comme esclave à l'émir de Caboul..
‘Après des années de captivité, je réussis à
‘enfuir et je gagnai les possessions russes, Repris et vendu de nouveau, je restai longtemps au service du khan de Boukara…
‘Je pus enfin trafiquer pour mon compte, suiant en cela le génie de notre race qui nous pousse invinciblement au négoce, nous autres parsis.
” Désormais opulent, je revenais dans mon pays, apportant cette fortune qu'envierait un radjah, lorsque vous, milord, Je fils de celui qui voulut, pbien m’honorer de son amitié !.…
Etudes
HE DR TAMEENR
MÉTU
HACE ES HATERS TE
Le major s'arrêta un moment, laissant le lieute nant stupéfait de ce qu’il venait d’entendre.
“N'est-ce pas, Taylor, que cette partie de m vie ressemble à un roman ?.….
‘Que vous dirai-je de plus. Je rentrai à Pei chaver et j'accompagnai jusque-là le vieux mar chand parsi qui avait été mêlé si intimement : l’histoire de ma famille.
‘* Doué d’une mémoire prodigieuse, il se rappe lait tout ce qui se rattachait au drame de Cawn pour.
“Il n'avait pas oublié le lieu où il avait cach le trésor de mon père. Ilme fit de mémoire w croquis détaillé de ce lieu, y joignit une descrip tion minutieuse et me remit ces documents si pré cieux en m’adjurant de les mettre en lieu sûr.
‘11 me promit en outre, aussitôt ses propres af faires terminées, de transformer, si je le permettai: le trésor en bonnes valeurs et d’en opérer, en mon nom, le dépôt dans les grands établissements fi. nanciers de l’Empire.
‘11 me jura de se hâter, car il était bien vieux et il n’aurait pas voulu mourir auparavant. lk mon côté je fis passer à ma femme ces document: en lui disant quelle importance ils ont pour nou et surtout pour nos enfants. Depuis ce temps, je suis demeuré sans nouvelles de mon vieux négo ciant parsi.
“Ma malheureuse femme a été assassinée quel ques heures aprés avoir reçu ma lettre... notre hu bitation mise au pillage a été ensuite incendite mes pauvres enfants m'annoncent que tout ex anéanti !
‘ Eux-mêmes, sans aucune ressource, confondus avec les mafheureux émigrants de la Misère, victimes d’un terrible accident de chemin de fer, n’ont
le lieutelre.
e de ma
ai à Peieux mar-
ement à
se rappe de Cawn-
ait cacht noire un : descrip ts si présûr.
‘opres afmettais , en moi aents fi
ien vieux ant.
ocuments our nous emps, je ux négo-
ée quel otre ha:
cendiée
tout ex
onfondus re, victi er, n’ont
dû la vie qu'à l'intervention d'un généreux étranger, le capitaine Pennyless.….
‘Mais ils sont fugitifs.. Sur eux pèse un danger mystérieux et terrible !.… ils sont forcés de se cacher, avec leur bienfaitcur, et ils se trouvaient, au moment où Mary m'écrivait cette lettre, dans une pagode inconnue, dont ils ignorent le nom, et qui ne doit pas être éloignée de Gaya dont le timbre postal est sur l'enveloppe.
— Cependant, milord, il faut espérer qu’ils vous seront bientôt rendus, fit le lieutenant.
‘ Voyez-vous, l’adversité ne peut frapper sans relâche les mêmes personnes...
‘Ne sommes-nous pas, en ce moment, la vivante preuve du contraire, en songeant aux catastrophes qui depuis quelque temps s'abattent sur nous.
— Je ne puis croire à la durée de notre captivité.
‘ Un incident va survenir. quelque chose d’inattendu, mais d'irrésistible, et nous serons hibres.
“ J'en ai l'absolu pressentiment !
.— Vous êtes jeune, mon ami, et la jeunesse est l'âge des plus folles espérances.
‘ Quant à moi, je ferais tout au monde pour revoir mes pauvres petits ; mais je n’ai guère l’espoir de les retrouver.
“ Quoi qu’il en soit, jurez-moi, si vous devenez libre, de vous mettre à leur recherche, de les protéger.. de les aimer... comme un frère aîné.
“ Je vous le demande comme au plus vaillant, au plus cher de mes compagnons d'armes. ”?
Les traits énergiques du jeune homme refiétèrent soudain une vive émotion, à ces paroles solennelles.
Là
ex
NEVEFRNT
DDR RENE TA HPLC
ie
Puis il secc
“ Milord, Veuillez ne Pas oublier que mon sort, est, lié indissolublement au vôtre... qu'il n’est pas Pour moi d'existence Possible si vous Périssez... de
’Us-même demeurez Captif.
i pourtant un fait indépendant de vo.
tre volonté VOUS faisait libre... si, nous évadant, tous deux, j'étai « Promettez-moi, Taylor.
— Je vous jure, milord, Que je ferai ce que vous me demandez.
” Oui, je vous le jure Par la mémoire
Ua doucement la tête, en disant :
mon père, L'entrée brutale d'un peloton d'Afri é par un homme d'aspect, sinistre l'entretien. L'homme legarda les d avec ‘
expression de haine ‘ Le tribunal] qui vient de
vénérée de
dis commaninterrompit, eux Anglais et leur dit:
Vous juger vous conamne à la peine de mort.
“* Vous périrez de faim et de soif, “Puis vos cadavres, découpés Par Quartiers, seront salés et, envoyé
au général en chef de l’armée “Et il en sera a que l'on fera usag
insi de tous ]
es Prisonniers, tar:
e des balles
Doum-Doum jo?
my VI ’ ompe de Rama
ratiquée par l'éléphant sous la du Silence, et e issant en mêm
descendre la tr dans Tour e temps la
voix de Bérar, ]
- c’est toi je est grand temps
sommes
Bérar dit quelques mots à l'éléphant qui retira sa trompe et s'enfuit au galop.
Quelques minutes après, il revenait, dardait de iouveau son appendice dans l'ouverture et souflait légèrement,
On entendit un gargouillement intense et une trombe d'eau s'abattit au milieu du groupe.
A l'asphyxie succédait une véritable noyade, mais une noyade bienfaisante qui ranima soudain les malheureux qui, littéralement, agonisaient,
Sous la douche, Marius revint à lui, s'ébroua et s'écria :
Eh ! bon Dieu !... me semble qu'il pleut !…
‘Johnny !.. mon bon... espère un peu pour VOIR
J'aimerais mieux... pour boire, rectifia le Yankec soudainement, rappelé à la vie par cette averse,
Mais, c'est Rama ! s'écria le Provençal ahuri, en reconnaissant, par l'ouverture, le profil grave de l'éléphant qui se découpait dans une bande lunineuse..….
C'est Ça qui s'appelle avoir du nez... ”’
Patrick, de son côté, ouvrait }es yeux et ne pouvait retenir un cri d’étonnement presque d’effroi devant l’imprévu d'une pareille scène.
“N'ayez pas peur, mon enfant, lui dit Sans-le- Sou,
“C'est la délivrance. un peu incohérente sans doute, mais complète.”
Et comme la trompe du bon Rama était loin d'atteindre la hauteur du groupe, Sans-le-Sou em- Poizna solidement le jeune garçon par les hanches, l'enleva au bout de ses bras et cria :
‘ Tiens bon ! Rama. ”
L'éléphant saisit à son tour Patrick, le retira
rte
MST PAS
#sut æ
doucement de l'excavation et le posa surles
Cela fut fait si délicatement, si gentiment,
Patrick prit à deux bras l'appendice mobile
l’embrassa, Rama, très sensible à cette cares:
trompetta sa note la plus tendre, et de nouve explora du nez les profondeurs du puisard,
11 ramena successivement Marius et Johnny, peu impatient du reste de ne Pas arracher son ar de ce trou béant où il devait être si mal.
Mais Sans-le-Sou avait son idée. Avant de hisser, il voulait enlever de là le coffre qui n’éta plus en sûreté.
Pour cela. il avait besoin de cordages solides.
1! cria, par l'ouverture :
‘“ Bérar ! Johnny ! Marius !.. il faudrait tout prix me procurer une aussière... quelque chos de résistant cherchez tous trois... trouvez-moi vit cela...
— Té, capitaine ! J'ai votre affaire, répondi Marius...
— 1 y a là un taillis de rotins qui nous donne ront des élingues à soulever un canon de vingt sept. ””
En moins de temps qu'il n’en faut pour l’écrire, l’Hindou à demi sauvage, et les deux marins, professionnellement, habitués à tirer Parti de tout, eurent assemblée quelques tiges de rotin, de ces ::ges tenaces, indestructibles, solides comme l’acier.
Sans-le-Sou, réellement infatigable, réussit à en Barrotter le coffre, puis, à son tour, se hissa jusqu’à la trompe de Rama.
L'éléphant, heureux de retrouver son ami, l’enleva doucement, le déposa sur Je sol et, littéralement fou de joie, se mit à sauter sur place et à faire une musique assourdissante.
Bob, de son côté, frétillait, cabriolait, haletait,
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courait de l’un à l’autre et témoignait, avec une exubérance non moins attendrissante, son allégresse de bête affectueuse et dévouée.
Il n’y avait plus qu'à arracher le coffre de la cachette originale où il était enfoui depuis si longtemps. Les efforts de dix hommes réunis n'eussent pu seulement le remuer.
Sans-le-Sou tordit en forme d'anse l'extrémité du rotin passé à la partie inférieure dans les boucles disposées en élingue, et présenta cette anse à l'éléphant.
Il caressa doucement l'animal qui aspira fortement, passa l’appendice de sa trompe sur le câble comme pour en reconnaître les dimensions et s'assurer qu'il n'y avait rien qui pût le blesser.
Puis Sans-le-Sou lui cria :
‘ Hisse-là !.. Rama... hisse-là, mon garçon
L'éléphant enroula sa trompe autour du ‘ble, puis lentement, progressivement, ave une vigueur irrésistible, mais calculée, tira. Le coffre monta en éraillant les parois sablonneuses et oscilla au milieu de l’excavation béante que hbordaient en talus les briques arrachées.
Il apparut, massif, pesant, indestructible, avec ses cercles de fer, ses rivets d'assemblage, ses panneaux robustes et sa plaque d’argent oxydé sur laquelle se voyaient si nettement le nom et les armoiries des ducs de Richmond.
En vérité, Rama vous enlevait ce fardeau comme s’il n’eût pas pesé dix livres !
Mais maintenant que les trois hommes et l’enfant n’avaient plus à lutter pour le salut immédiat de leur vie, maintenant qu’ils respiraient le grand air et qu'ils étaient soustraits à la claustration dans l’immonde charnier, une nouvelle défaillance les saisit.
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Le tourment de la faim et surtout celui de soif les reprit, les anéantit.
“* De l’eau !.. de l’eau !.. ”
Ils criaient : de l’eau ! avec cette rauque et ; navrante intonation des naufragés qui SUCCor bent à ce supplice le plus épouvantable de tous la soif.
Le remède heureusement n'était pas loin.
Bérar les conduisit, ou plutôt les traîna vers un
L'eau était tiède, fadasse, de Propreté douteuse. Ils s’y ruèrent avec ivresse, avec frénésie, avalant avec une gloutonnerie qui en disait long sur leurs souffrances !
Le fakir dut leur parler avec autorité, les rappeler à la prudence, leur dire enfin que le lieu n'était pas sûr. qu'il fallait fuir.
Fuir ! . c’est vrai... Bikanel et ses hommes pou- Vaient revenir ct, Massacrer les cinq fugitifs.
Ce retour était même probable, car le policier voudrait s’assurer que les grands vautours fauves accroupis sur le Parapet avaient fait leur immonde et funèbre besogne !
Grâce à l'intelligence et à l'adresse réellement, prodigieuses de Rama qui se prêta complaisamment à la manœuvre, on put arrimer sur sa robuste échine le coffre.
ET maintenant, fit Bérar, partons !.… fuyon.
au plus vite et Je plus loin possible, ”?
Patrick était absolument incapable de faire un pas.
Marius, rassemblant ses dernières forces, prit l'enfant sous les bras, le colla sur son dos et lui dit :
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| Bérar se mit à la tête du cortège ct, s’enfonçant dans l’épais taillis de rotangs, appela Rama.
L’éléphant suivit docilement et, s'avança derrière le fakir, en écartant sous sa masse les tiges menues et rigides qui eussent empêché la marche des Européens.
Ils pénétrèrent dans le sillage du pachyderme et, marchèrent ainsi près d’une heure.
Le taillis finissait là et la jungle commençait, plus praticable, mais encore plus dangereuse s’il est possible.
La nuit allait venir et il était désormais impossible aux malheureux fugitifs d'avancer.
La faim et la fatigue de nouveau les terrassaient.
A défaut d’aliments plus agréables et plus substantiels, Bérar put leur Procurer quelques mangues Sauvages à la pulpe fibreuse, exhalant une insupportable odeur de térébenthine, quelques baies âcres et coriaces de talipot qui, vaguement, assouvirent ou plutôt trompèrent cette faim dont les tortures devenaient intolérables.
Ils avancèrent encore à la suite du bon Rama, qui lui, du moins, se restaurait en pleine marche avec un paquet d'herbes odorantes, un bourgeon, une tige délicate ou un fruit. Sauvage arrachés au Passage avec la trompe ct dégustés avec cette sensualité réfléchie qui caractérise l'éléphant.
On stoppa enfin dans une clairière où chacun, arassé, comptait passer la nuit le ventre vide, Gand Bob sauva la situation.
Le chien, en quête de quelque proie de hasard, venait de disparaître dans les graminées, quanr! un cri d'oiseau accompagné d’un convulsif lattement d’ailes se fit entendre,
Instinctivement chacun se précipita, et Patri le premier, trouva son chien plumant à pleir dents un admirable paon sauvage qu’il venait d trangler.
Marius eut une exclamation de gourmandise d’admiration.
‘‘ Régal des yeux et de l'estomac !.… On dira un demi-pintadon !.…
“ Capitaine !… Je vais vous faire un rôti &« gné, pas moins !.….. ”
Pendant qu'il enlevait à l’oiseau palpitant : splendide parure, Bob, qui s'était remis en quêt faisait une autre capture.
Il venait de surprendre la femelle sur son nid. ct l’étrangler également.
Patrick lui retira cette deuxième victime, en I promettant une large part du festin, quand le rô serait à point.
Mais le nid renfermait une douzaine d'œufs cor vés, et Bob jugea à propos de se les adjuger con me apéritif.
Déjà pétillait la flamme claire d’un brasier alli mé par Bérar ; déjà les deux paons plumés tou chauds commençaient à rissoler sur une broche im provisée par Marius.
Un peu de gaieté venait aux fugitifs qui, e vrais et endurcis coureurs d'aventures, eussen été parfaitement heureux, sans l'absence de Mr: Claudia et de Mary.
C'était là, on le conçoit sans peine, l’obsédante pensée qui hantait Je capitaine jusqu'à la sou. france et affectait douloureusement ses compagnons si fidèles et si dévonés.
En vain voulait-il se raisonner, se prouver à luimême que sa chère compagne ne courait aucun danger, que ce rapt audacieux devait être sans at-
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: — 305 — tre conséquence qu’une grosse rançon, qu’un chantage dont souffrirait seul l’opulent coffre-fort du Roi du Pétrole.
En vain évoquait-il par la pensée la vaillance et l'endurance de sa femme, son ingéniosité, sa décision et toutes ces qualités viriles que tant d’hommes lui eussent enviées.
1H s-tait au cœur une angoisse aigue, lancinante, qui de là s’irradiait dans tout son être et crispait son organisme jusqu'à lui arracher des cris que son énergie parvenait seule à étouffer.
Bérar, avec une branche feuillue, avait battu les herbes pour en écarter les reptiles et les insectes dangereux.
Patrick, bien restauré d’un copieux morceau de paon, s’était endormie à côté de Bob. Ce dernier avait ajouté à son omelette les reliefs du festin que les fugitifs avaient dévoré en véritables affamés.
Marius et Johnny avaient fait comme Patrick, pendant que le capitaine, plus inquiet que jamais, veillait dans la clairière où pétillait encore la flamme dont les lueurs se projetaient sur la masse énorme de l'éléphant.
Bérar, lui aussi, veillait et travaillait avec acharnement. 11 avait coupé une grande quantité de rotins minces et flexibles, et avec une dextérité incroyable il en formait une sorte de guérite légère, mais d’une solidité à toute épreuve.
Quant au milieu de la nuit cette besogne fut terminée, il façconna, toujours avec des rotins, une échelle flexible comme une échelle de cordes, qui ne pesait pas quatre livres, mais pouvait en supporter cinq cents,
Rama dormait, accoté à un arbre, et ayant toujours sur le dos le coffre retiré de la Tour du Si-
ni
LHARLUESRATEX
lence. Bérar s’approcha du bon animal qui de meura immobile, puis il lança l'échelle qui s’accro cha dans une des encoignures du coffre.
Cela fait, Bérar grimpa sur l'échelle et dit a: capitaine qu’il savait être éveillé :
‘“ Le Sahib voudrait-il honorer son esclave e« lui prêtant son aide ?
— Oui, Bérar ; que faut-il faire ?
— Que le Sahib daigne me passer ce clayonnag de rotin. ”
Le capitaine Jui tendit cette espèce de cage et Bérar, après un remerciement, hyperbolique, s’occupa vivement de l’assujettir sur le coffre.
Sans-le-Sou lui passait au fur et à mesure des liens que le fakir employait avec sa prodigieuse dextérité.
Au bout d’une demi-heure, le léger édifice se dressait inébranlable sur le dos de l'éléphant qui sommeillait toujours, l'œil mi-clos, les oreilles en auvent, sentinelle vigilante à laquelle aucun bruit, n’échappait.
A la clarté du brasier le capitaine contemplait, émerveillé ce travail réellement surprenant.
“Mais, lui dit-il enfin, c’est un houdah que tu viens de construire là.
— Oui, Maître, un houdah qui pourra vous contenir tous.
— Et toi ?
— Moi, je prendrai la place du Mahout sur le cou de mon ami Rama.
“Et maintenant, si vous m'en croyez, Sahib, vous tâchcrez de prendre un peu de repos, car la journée sera rude.
— Mais, je ne le puis... non, c’est impossible.
— Eh bien ! dormez !.. dormez, Sahib !… oui, dormez !.… car il le faut Pour recouvrer toute votre vigueur.
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‘ Oui, dormez là !… sous la garde de Rama...
Alors, chose prodigieuse, le capitaine s’assit \ doucement... ses paupières battirent, puis il s’al- ‘longea sur les herbes, et bientôt s’endormit d’un sommeil d’enfant.
Dès l’aube, le fakir les éveilla.
Aux premiers rayons du soleil il acheva sa tâche de la nuit. 11 coupa quelques belles feuilles de talipot, les attacha sur la cage en rotin, en fit une toiture imperméable au soleil comme à la pluie, et très fier des éloges que les fugitifs lui décernèrent avec enthousiasme répondit :
* ‘“ J'ai fait ce que j'ai pu; maintenant, par- CONS
Grâc: à l'échelle, chacun put facilement grimper sur le dos de Rama, y compris Bob qui fut hissé à bout de bras, et l’on s’installa dans le houdah, le ventre vide, malheureusement.
Rama prit son trot allongé et partit dans la direction indiquée par Bérar.
1 marcha ainsi près de six heures sans s'arrêter une minute.
De nouveau, les fugitifs enduraient les {ourments de la faim et de la soif, quand le fakir, apercevant un groupe de paillotes, dégringola vivement à terre;
Il examina la première de ces demeures primitives et constata que la porte avait, au coin gauche, un petit triangle noir, avec, au milieu, un cercle évalement noir.
Tout cela, d’ailleurs, pesque imperceptible, et qu'un homme non prévenu n'aurait jamais pa découvrir,
Alors, Bérar, tout heureux, s’écria :
‘ Que les Sahibs veuillent descendre !
“Nous sommes ici en sûreté. ”