‹ Les étrangleurs du Bengale [microforme]Chapitre 16 sur 18 · FENETRE ES · texte numérisé non relu

FENETRE ES

HIMTEERS:

En même temps, il posait sur ses lèvres la lan de son couteau et faisait entendre un siffleme violent, étrangement modulé.

Quelques minutes après vêtus d’un langouti cras geaient quelques signe finalement tombaient

Ce qui fit faire à M Peu saugrenue :

“IL paraît que notre ami Bé conséquente dans ce pays-ci. ”’

Bérar très noblément les fit re adressa en langue hindoue tions qu'ils écoutè de recueillement.

Cela fait, ils poussè

; deux hommes à peir seUX aCcouraient, échai S mystérieux avec Bérar C à genoux devant lui.

arius cette réflexion quelqu

rar est une légum

lever, puis leu:

de longues observa rent gravement avec une sorts

rent quelques cris qui firent accourir leurs femmes et leur marmaille onfuies derrière les buissons à l’arrivée de la caravane.

Avec un empressement qui n’était point exempt d’une sorte de terreur, on apporta de l’eau bien fraîche dans des gargoulettes, de l’eau-de-vie de riz, des galettes de froment, des fruits, du miel et pour l'éléphant des brassées d’épis de maïs.

A la disette succédait en un clin d’œil une abondance à laquelle ces Pauvres affamés n’osaient Pas, ne pouvaient pas croire.

Pendant qu’ils faisaient honneur à ces mets «si simples et qu’ils trouvaient délic'eux, les deux ir Sonnus prenaient chacun un bâ

iton, quelques menues provisions et se Préparaient à Partir.

Ils venaient sa

luer jusqu’à terre Bérar, puis s'agenouillaient, s’aplatissaient avec un respect qui confinait absolument le fétichisme,

De sa main aux doigts secs et noueux, le fakir leur fit un signe et ils s’élancèrent à travers la jun-

gle où ils disparurent, en un clin d'œil, comme des ombres.

es la lame sifflement

s à peine

nt, échan- Bérar et

ui,

1 quelque

1e légume

uis leur observaine sorte

qui firent e onfuies vane.

; exempt eau bien le-vie de \ miel et, Ïs.

ie abon- ’osaient,

nets «i eux ir ues me-

uis s'a- 2Ct qui

e fakir la junme des

‘Et maintenant, ajoura Bérar, ces maisons sont à nous.

‘“ Tout ce qu’elles renferment est à nous... les gens eux-mêmes sont nos esclaves dévoués jusqu'à la mort !

‘“ Buvez ! mangez ! dormez !... vivez tranquilles et sans le moindre souci... Vous êtes ici plus en sûreté que si vous étiez gardés par un régiment... ”?

Johnny, Marius et Patrick, écoutaient, stupéfaits et ravis.

Sans-le-Sou, lui, hochait gravement la tête et, regardant fixement Bérar, lui dit :

‘* Peux-tu me dire, fakir, quels sont ces hommes ?

—Le Sahib s'en doute certainement...Qu’il veuille bien m'accompagner un peu à l'écart, je lui dirai tout. ””

Ils firent quelques centaines de pas et arrivèrent en présence de ruines imposantes, cachés derrière des arbres géants pavoisés de lianes et qui formaient d'impénétrables pans de verdure.

‘“ Voici, ajouta simplement Bérar, un des temples de Kali, la déesse de la Mort, dont je suis un des prêtres.

*‘ Ces deux hommes sont les gardiens de ces ruines. des thugs..… des étrangleurs.. mes humbles, mes incorruptibles esclaves... les exécuteurs de mes volontés...

‘* Ils sont, dans la province du Bengale, plus de dix mille sous mes ordres.”

Malgré sa vaillance, le capitaine écoutait, avec un petit frisson à fleur de peau, cette confidence faite par Bérar comme la chose la plus naturelle du monde.

‘Où vont-ils ? demanda Sans-le-Sou.

— Ils partent, avec l’ordre formel de recruter

ühe vingtaine de thugs, nos frères, puis de rech cher et de Protéger l'épouse du Sahib et la jeu: Anglaise,

” Jamais le Sahib ne Pourra trouver de limie plus habiles et de gardiens plus vaillants.

— Protégé par Jes Etrangleurs du Bengale, vo là qui certes n'est point banal, songea le capita ne, et ma chère Claudia sera enchantée d'appren dre qu'elle a reçu les bons offices de ces terrible sectaires,

— Dès qu'ils auront la piste, continua Bérar, il. reviendront ici nous prévenir, pendant que les au tres veilleront dans l'ombre,

— Merci, Bérar ! Je ne Compte plus mes obliga. tions envers toi et je ne sais vraiment pas comment te témoigner ma reconnaïissaice.

— Maître, vous ne me devez rien !

“Je suis ici le Roi des Ténèbres et je commande à une armée de fanatiques...

“ Mais il Y à au-dessus de moi les illuminés, les pundits, les Rois de la Lumière, dont je suis à Mon tour l’esclave et qui sont vos amis. [ls ordonnent et J'obéis !

— Alors, fit le Capitaine, ce seraient, selon toi les brahmanes qui seraient les maîtres de ces farouches adorateurs de la déesse Kali..

— Comme ils sont les maîtres de tout, ici...

— Explique-toi, ami fakir...

— Maître, Je secret m'est imposé... mais vous n'êtes pas Anglais, je parlerai,

‘* Sachez d'abord que ce lieu où nous offrons à la déesse les SaCiifices humains inspire une telle terreur, que nul profane, pas même un blanc, n'oserait en approcher, Ici, Ja terre, voyez-vous. maître, sue le cadavre !

“Il y en a des milliers et des milliers enfouis de

de recher-

: la jeune

de limiers

ga le, voie Capitaid'appren-

terribles

Bérar, ils le les au-

S obliga- S commmande inés, les e suis à

Ils or-

nm toi ces fa-

Vous

ons à e telle C, n'o- -VOUS,

uis de

tous côtés, depuis le moment où ce temple, aujourd’hui en ruines, fut élevé à Dourgha, celle que nous appelons Kali, l'épouse du dieu Siva.

— Mais alors, le thugisme, ce qui constitue cette redoutable société des Etrangleurs, serait une secte ?

— Oui, maître, une secte religieuse.

— Je croyais cependant que les thugs tuaient soit par esprit de vengeance, soit simplement pour voler. ”

Le fakir eut un fin sourire et ajouta :

‘ Quel que soit le motif qui pousse le thug à donner la mort, la victime n’en est pas moins offerte en holocauste à la déesse de la Mort.

‘ Les initiés du troisième degré, les illusionnés, les pundits désignent ces victimes aux initiés du deuxième degré qui, comme moi, commandent aux Etrangleurs.

‘ Et ces derniers agissent d’après les ordres que nous transmettons !… Il arrive parfois que l’exécuteur s'empare des biens de sa victime... Que voulèz-vous ! l’homme n'est pas parfait. Mais la plupart, croyez-moi, agissent poussés par l'esprit exclusivement religieux.

‘© — C’est étrange !

“ — Mais, c’est également naturel.

‘* Dans l'univers, il y a toujours, en tout et partout, le principe de la destruction opposé à celui de la création. Si par opposition à la vie il n'y avait pas la mort, il y aurait sur terre un excédent incompatible avec l'équilibre de la nature. C'est Kali, notre déesse, qui représente ce principe régulateur de la surabondance de vie... C’est elle qui ordonne que l’on détruise l’excédent.…

‘Et voilà pourquoi la secte des thugs, avec ses mystères, ses prêtres et ses rites est d’origine divine.

—Comme s'il n'y avait pas es accidents, et en fin de interrompit Sans-le-Sou.….

Le fakir riposta d'une voix brève, avec un }

Ur au front et une flamme dans les yeux, en vr. fanatique :

‘Les brahmanes qui sont les maîtres de nos es istences, do nos pensées, de nos intelligences, l'er seignent et le veulent ainsi !

‘* Les initiés remplissent donc crée !

“Aussi, n'est Pas initié qui veut. pe et pénible noviciat.….. il] faut être esprit, Posséder l'adresse physique, l'endurance à la fatigue, à la douleur et renoncer à tout, avant

de Proférer, aux Pieds de la déesse, le serment du sang !

— Le serment du sang !

“* C’est la seconde fois que tu m'en parles.

En ma qualité de Voyageur qui veut voir et s’instruire, je voudrais que tu puisses m'en ner la formule. ”

A cette demande, Je fakir eut un brusque souresaut et témoi éri

assez des maladi Compte de la vieillesse

une fonction sa

il y un long sain de corps et

HAE ET EME à HP 0

HEEX

don-

» Sahib, répondit-il » je suis prêt à verser pour 8... Mais ne cherchez Pas à connaître cette chose terrible que nous n'osons même

nous-mêmes quand nous l’a-

— Je n’insiste pas, fit Sans-le-Sou.

“ Mais du moins POurrais-tu me dire comment, le 8Ouvernement, anglais vous tolère et vous laisse vivre.

— Parce qu’il ne saurait pas fai ‘* Dans maintes OCCasions,

LHMEVERATEN

re autrement, il a tenté de nous

* maladies, vieillesse,”

ec un pli IX, en vrai

de nos exnces, l'en-

tion sa-

; un long Corps et, ndurance it, avant uent du

Voir et, n don-

e sou-

ondit-il r pour à conmême us l’a-

iment, laisse

it.

nous

anéantir. Mais, ainsi qu'il arrive toujours en pareil cas, les persécutions, les tortures et finalement la mort ont réchauffé le zèle des initiés et redonné une nouvelle force à notre secte.

‘Alors il y a eu d'épouvantables représailles exercées par nous, parmi les membres du gouvernement et on a fini par comprendre qu'il valait mieux nous laisser étrangler bon an mal an quelques milliers de ‘‘ natives ‘ plutôt que de mettre en danger la vie d'un seul blanc.

“Car, tant que les blancs nous laissent en repos, nous ne les attaquons jamais !

‘ Que vous dirais-je de plus, maître : le soin avec lequel sont recrutés nos adeptes, l'instruction que nous leur donnons, notre organisation nous rendent invincibles.

‘* Agilité, finesse, bravoure, patience, nos étranvleurs possèdent à un degré stupéfiant ces qualités…

‘“ Is guetteront des jours, des semaines, des mois, la victime désignée, mais ils arriveront fa-talement à lui passer au cou le tissu de soie noire qui est notre seule arme, car il nous est défendu de verser le sang.

‘* Enfin, sachez-le, nous avons partout des compiices.

“* Vous entendez : partout ! aussi bien dans l'armée que dans l'administration, dans les cités populeuses que dans la jungle.

“Aussi, la puissance de nos maîtres est-elle sans limite !

‘“ Du reste, vous en verrez avant peu un exemple, (ar, ou je me trompe fort, ou d'ici peu votre noble épouse et la ;sune Angiaise seront libres !

— Je l’espère comme toi, fakir, et cest pourquoi je me résous à la chose la plus incompatible avec mon tempérament : l’attente. ”’

Mais Bérar, dont la sauvage prévoyance n’0 bliait rien, ne Songcait pas que Bikanel, anci adepte du troisième degré, ancien illuminé, poss dait les secrets des thugs, et qu'il était homme prendre une terrible revanche,

Certes, jamais Mrs. Claudia, la vaillante épous du capitaine Pennyless ot Mary, sa jeune compa gne, n'avaient couru de danger bien sérieux de puis Jeur enlèvement, Une vieille rivalit existait entre le Capitaine Pennyless devenu le Ro du Pétrole, et Jim Silver, l’opulent milliardair américain, le Roi de l’Argent, Tous deux aspi raient à la main de Mrs, Claudia qui, comme de juste, préféra l'homme de cœur qui était égaiement un homme d'esprit, beau d’ailleurs comme un demi-dieu, au rustre yankee dont l’unique mérite était d'être farci de millions.

Ce dernier en ressentit une haine féroce contre l’époux de la jeune femme et ne lui pardonna jamais son bonheur.

D'autre part, il aima toujours passionnément, Mrs. Claudia et Contre toute probabilité se jura qu'il l'épouserait tôt Où tard. II Jui fallait pour cela faire disparaître Sans-le-Sou, rester en apparence étranger à cette disparition, et quand le moment serait venu, se présenter à la jeune veuve et offrir, à titre de consolation, sa main et la royauté de l’Argent. Raisonnement qui d’ailleurs pouvait être réduit à néant par les événements.

Car, enfin, en admettant que Sans-le-Sou fût homme à se laisser Supprimer du nombre des vi- Vants, rien ne prouvait que Mrs. Claudia ne de.

gs te

VE RAELE 1

nce n’ou- i meurût pas fidèle à son souvenir, et qu'elle vounel, ancien | Jüt être consolée, iné, possé- Mais ce butor de Yankee raisonnait les affaires | homme à de sentiment comme les affaires d'argent, et comme tout lui réussissait en y mettant le prix, il ne doutait pas d'enlever cette situation contre toute vraisemblance et contre toute possibilité, On a vu avec quelle ruse, alliée à une complète absence de sens moral, il sut procéder et comment te épouse il faillit périr dans la premitre partie de son

1e compa- criminel dessein : faire périr son rival !

rieux de- De très bonne foi il croyait Sans-le-Sou dévoré rivalité par les vautours fauves de la Tour du Silence et

nu le Roi hi criomphait froidement, avec cette allégresse con-

Iliardaire tenue des gros manieurs d'argent,

cux aspi- Maintenant, il cherchait un procédé correct pour

rame de s'approcher de la jeune femme. Il convint avec

it égaie- Bikanel de jouer le rôle de libérateur.

s comme À un moment donné, il surviendrait à l'impro-

que mé- viste, avec des hommes recrutés en route, simule-

rait une attaque de la troupe du chef de la police e contre indigène, la mettrait en déroute et délivrerait les

nna ja- deux prisonnières. Cela vous avait même un petit k côté héros de roman qui séduisait ce loup-cervier nnément de finance.

se jura Dans ces conditions la jeune femme serait tenue At pour à une reconnaissance proportionnée à la grandeur n appa- du service,

1 le mo- Mais un incident singulier vint démolir ce beau -uve et projet et causer des péripéties aussi émouvantes royau- qu'inattendues,

rs pou- Cruel et rusé autant qu'il est possible de l'être, : Pikanel voulut à la fois satisfaire sa haine et s’asou fût Surer que sa vengeance était bien complète.

les vi- \près avoir mis en lieu sûr ses prisonnières, ne de- étroitement gardées d'ailleurs par ses complices, il

LE

UREUE NE

revint, dès le lendemain matin, à la Tour du | lence.

A l'aspect de la brèche communiquant avec l’: térieur de l'ossuaire, son visage se décomposa d’abominables expressions de fureur jaillirent ses lèvres blémies. Il s’introduisit dans l’ouvert re, pénétra jusqu’au puits intérieur, ne trouva a cun débris humain encore sanglant et soupçonn la vérité. I] Sortit, inspecta les alentours de 1] brèche, vit les énormes foulées de l'éléphant, le empreintes du chien et les traces des Pieds nus di fakir. Alors ;] Comprit tout et vit qu'il étai joué,

I revint dans un état de rage indescriptible s demandant Comment il pourrait, Jamais atteindre

Puis une idée bizarre, incohérente, surgit brusduement dans son cerveau si fécond en expédients, L'hypnotisme !.… le sommeil magnétique ! In vi. sion à distance de Personnes ou d'objets Particu-

On sait que les brahmanes et les simples fakirs Connaissent depuis des siècles ces Phénomènes réel. lement Surprenants, que nos savants officiels ignorent ou dédaignent de parti Pris, et que seuls d’opiniâtres chercheurs étudient et approfondissent. La Pratique séculaire de ces phénomènes leur permet d'obtenir des résultats absolument stupéiants, et c’est, une bonne fortune Pour l’Européen quand ils Consentent à soulever, devant lui, un coin de ce voile que, d'ordinaire, ils tiennent obstinément baissé, Toute cette science mystérieuse était familière à Bikanel, adepte du Premier degré, pour lequel provoquer d’emblée, chez un sujet quelconque, la lucidité n'était qu’un jeu d’enfant,

Pensa que Mary Pouvait être le sujet et, sans

our du Si- : tarder, il lui ordonna de dermir. Contre son at-

tente, il éprouva. ds la par: de la jeune fille, une

vive résistance qui : cxaspéra.

é avec l’in-

mposa et On se souvient que Mary avait été antérieure- Ilirent de ment soumise, par le fakir, au sommeil artificiel, l’ouvertu- et que Bérar lui avait formellement interdit, penrouva au- dant ce sommeil, de se laisser endormir par qui oupçonna que ce soit, sauf Mrs. Claudia.

rs de Ja A l'insu de la jeune fille, cette défense formelle, hant, les subsistait toujours et la rendait réfractaire à touls nus du te suggestion étrangère.

Devant cette résistance inexpliquée, le brahmane déchu poussa un cri guttural, étranglé comme un rauquement de tigre. Son œil flamboyant, sa bouche se plissa en un rictus qui découvrit ses dents blanches, aiguës de fauve.

qu’il était

Ptible se atteindre

zit brus- Mary, épouvantée, recula en laissant échapper bédients, un gémissement plaintif.

! la vi- Ce regard lui produisait au cerveau la sensation Particu- d’une brûlure et lui causait une souffrance intolérable.

S fakirs La comtesse de Solignac s’approcha, voulut innes réel- tervenir et lui dit :

ls igno- ‘Ne torturez pas cet enfant ! ” uls d’o- Il lui cria, d’une voix brutale qui vibra comme dissent. un froissement de cymbales :

ur per- ‘* Silence, femme ! ” stupé- En même temps il darda sur elle, pour un moropéen ment son regard de flamme, l’enveloppa d’un gesii, un te circulaire et fit entendre un sifflement strident. it ob- La jeune femme exhala une plainte étouffée, recuérieuse la, battit l’air de ses mains et tomba, plutôt r de- qu’elle ne s’assit sur l’herbe.

| sujet Incapable de mouvement, de parole, de volonté nfant, il lui semblait qu’elle venait d’être frappée de pasans ralysie, tant cet anéantissement avait été rapide.

Un brouillard s’étendait, devant ses veux.

membres avaient, la lourdeur et la rigidité du à tal. Néanmoins elle voyait et entendait, m Comme dans un cauchemar,

Bikanel se rapprocha de Mary et Jui dit d’u Voix terrible :

LE ”, L'enfant se tordit sur elle même, secouée par : Spasme d’une violence inouie et balbutia :

‘Je ne PEUX pas !.. je ne peux pas !..

— Dormez !. VOUS iÉE Te A IDNTe faut... Do mez !..,”

Elle râla d'une voix Mourante :

“Vous me tuez !.… par pitié me épargnez-moi!.

— Dormez !..

— Grâce !… je meurs !..

Une écume rosée moussait à ses lèvres, ses yeux dilatés par l'épouvante et la Souffrance demeu. raient, fixes, une Sueur d'angoisse ruisselait sur sa face devenue d’une Pâleur de cire ; et ses articulations avaient d’affreux craqements.

ans pitié pour ces tortures, pour cette agonie, le misérable eut de la main, rapidement Passée devant les yeux de Mary, un geste coupant, puis il Poussa ce sifflement strident, qui avait foudroyé Mrs. Claudia.

Il gronda une dernière fois avec un irrésistible. accent de Commandement :

“* Dormez ! Où je vous tue,

Les Paupières de Mary battirent, un flot de sans lui monta brusquement au visage, elle eut un rau que soupir, serra ses mâchoires à les briser et s’a battit Comme foudroyée.

“TI n’y a qu'à vouloir ! »’ fit en aparté le mistrable avec un rire sardonique,

Puis il ajouta :

Yeux. Ses * “ Pourquoi ne dormiez-vous pas ?

dité du mé. { —I1 me l’avait défendu, répondit d'une voix ndait, mais A blanche, à peine intelligible, Mary demeurée inerte comme une morte.

ü dit d’une — Qui ?

Ï — Le fakir celui qui m'avait endormie. dans la pagode.

tée par un — Bien !

‘ Maintenant, voyez et répondez-moi..

‘ Où sont le capitaine Sans-le-Sou, votre frère Patrick et les deux matelots ?

La jeune fille hésita un moment, puis s'écria frappée d’effroi :

‘Ils sont dans les ruines. avec des gens terribles.

—Quels sont ces gens ?

—Ceux que l’on appelle les Thugs.. les Etrangleurs…

aut.… Dor-

ez-moi!.….

ses yeux > demeu-

it sur sa ‘Il y a sous terre des squelettes partout. aux

articula- alentours des ruines... des tigres vont et viennent... cherchant ïieur proie. ces tigres sont des man-

agonie, geurs d'hommes...

issée de- — Bien !.. très bien, cela !…

, Puis il ‘ Qui les a délivrés !.… qui les a fait sortir de

la Tour du Silence ?.. qui a enlevé leurs liens ?.…

oudro yé — Attendez !… attendez que je voie...

sistible — Voyez !. mais hâtez-vous.

— C’est Johnny, qui les a débarrassés de leurs

liens !…

le sans ‘Oh ! le bon Johnny !… Ils sont encore au miin rau lieu d’ossements... avec de grands vautours qui et s’a veulent les dévorer. :

“Mais ils se défendent. puis ils creusent le > misé- trou... sous cet affreux monument... alors ils trou-

vent le coffre.

— Quel coffre ? demayda Bikanel intrigué.

LAN à QUE

pre me re

— Celvi qui est enfoui. so L ferme la fortune de notre famille, répond Mar) Sa voix blanche et Sans la moindre émotion.

— Coinment SAVez-vous qu'il Y à un trésor qu’il vous appartient ? demanda le policier, plus en plus stupéfait,

— Parce qu’il Y a sur le armoiries des ducs de Richmond...

“Et parce que je vois Je trésor...

— Pouvez-vous m ‘en dire à peu pres la valeur D Oui-peut-être … si vous m'’aidez..….

— Eh bien, VOYeZz, par la pensée. comptez...che chez à bien approfondir...

— Oui c’est possible...

—Que voyez-vous 2,

— Des Pierreries.… des gemmes ébiouissantes.… Y er à des quantités énormes. .

C’est écrit sur

us la tour, et qui

coffre... le nom et

attendez un peu.

l'inventaire. un parchemin...s gné de mon aïeul.. il y en à pour plus d’un mi lion de livres. Sans compter l’or monnayé...

— Un million de livres !.. » s'écria Bikane ébloui par l'énormité de la somme.

Puis il se dit :

“IT faut que ce trésor Partiendra bientôt.

“ Alors, plus de oe !

m'appartienne ; il m’ap

contrainte !.… plus de serva- 3e *.… la vie libre avec l'opulence d’un rajah !.…

“Tout, ces gens-là, vont disparaître et je serai seul propriétaire incontesté de cette merveilleuse fortune. ”

Il reprit tout, haut, S’adressant à Mary :

“* Précisez-moi exactement la direction du lieu où se trouvent, les personnes dont nous avons parlé,

“Est-ce qu'il n’y a läS au milieu des ruines, une statue énorme, d'une difformité bizarre et re- Poussante ?

= ne enr eenenn snés =

et qui rennd Mary de Lotion,

1 trésor et, policier, de

nom et Jes

. valeur ?.;

Ptez...cher-

santes... il

hemin...sid’un milyé

| Bikanel

il m’aple serva- Me

je serai veilleuse

du lieu ns par-

ruines, e et re-

— 11 me semble apercevoir dans les ténèbres, un monstre de pierre...

‘“ C’est une femme noire avec quatre bras. Elle tient d’une main un sabre, d'une autre, elle soulève par les cheveux une tête... je ne vois pas bien les autres... Ses peudants d'orcilles sont des cadavres.. son collier se compose de têtes de morts...

‘Oh ! c’est horrible.

— Bien ! c'est le temple de Kali.

‘“ Je m'en doutais !

‘* Bérar s’est cru très fort en les cachant dans ce lieu défendu par la terreur qu'il inspire.

‘‘Ilne pouvait mieux faire pour me les livrer pieds et poings liés, et les mettre à mon absolue discrétion,

‘ Ah ! ce sera une belle revanche !

Voulant encore tirer de Mary quelques nouveaux renseiwnements, il lui demanda :

** Que fait le capitaine ?.….

— Î dort dit-elle faiblement, respirant à peine.

— Et les matelots ?

— Ils dorment également.

— Et Bérar ?

— Je ne sais pas. je vois mal... je ne puis plus.

‘Oh ! je souffre !.. par pitié...

Eh bien, deux mots encore : puis je vous éveillerai,

‘* Que fait Bérar ?.. Voyez !… je le veux !…

Elle poussa un gémissement à fendre l’âme et murmura d'une voix brisée :

‘Il attend le retour... des hommes...

Quels hommes ?.… … Je ne sais pas... je ne peux pas...

Vovez !… Oh !.. je souffre je vais mourir, fit-elle holetante,

— Voyez... il le faut. je le veux e — Les hommes Partis chercher sont les Thugs.. Jos étrangleurs…

— Où sont-ils ?. »

Elle eut un cri contre une vision cffroyable, montra les broussailos

Elle se dressa Par la catalepsie

du secours

terrible ct sembla se débat.

et de sa main cris} environnantes.

rigide, allongea

SON bras cris et râla d’une y

oix rauque, tou Ka Cassee :

LA SULar! ls sont là... les étrangleurs.…

“ Là !.. vous dis-je !

Bikanel d’un bond s’élança au milieu des haut. herbes et, des buissons, le revolver à la main, pré à faire Payer cher aux intrus cet esnionnage,

vit simplement Jes feuilles s'agiter ; il entendi un froissement imperceptible ct crut apercevoi deux formes agiles qui disparaissaient comme de: ombres.

Il revint en ronchonnant :

‘“ Bérar ne S’endort pas !

Ÿ ‘11 m'envoie déjà ses émissaires.

“* Mais nous les Connaissons, et ils ne sont guère redoutables pour ceux qui savent déjouer leurs ruses, ??

Avisant enfin M tractée, il lui dit ‘Oubliez tout ce qui vient de se Passer, et n’en Conservez nul Souvenir, même si quelque autre Personne vous endort, *’ T1 lui passa doucement les doigts sur les t

souffla légèrement sur ses yeux et, ajouta :

“ Eveillez-vous fier

Les paupières de Mary battirent, son regard atone reprit, Soudain toute son intelligence, et Îla Jeune fille se trouva debout, près de Mrs. Claudia

LE

ary, toujour

S affreusement conrudement :

HATVE RATE:

empes,

qui, de son côté, semblait sortir d'un cauchemar. Le roi de l’Argent se tenait toujours à l'écart, augréant contre ces incidents qui l'empêchaient de jouer la comédie de la délivrance. Il restait avec la moitié des sacripants composant la troupe le Bikanel, un ramassis de parfait gredins, aussi féroces que Tâches, ce qui n’est pas peu dire.

Laïissant les deux captives à la garde des siens, Bikanel vint l’informer en quelques mots, des événements qui venaient de se passer, en omettant toutefois ce qui concernait le trésor des ducs de Richmond.

Le Yankee l’écouta froidement et ajouta :

‘Je comprends que mon ennemi est sain et sauf.

ecours... ce

se débattre ain crispée |

bras crispé |; que, toute

les hautes nain, prêt, age,

l entendit,

; — Mais pas pour longtemps !

perce RÉ PLE 5 RCE — Ainsi soit-il :

mme des

— Car je me charge avant peu de faire une veuve de cette charmante comtesse de Solignac !

‘ Nous allons partir : vous me suivrez à dictanve raisonnable. et, vous ne quitterez, à aucun prix, le poste que je vous assignerai.

vi) 7. “ Well ! ”” mais faites vite, car.je trouve le : temps horriblement long. ”’ or ikanel revint à son groupe, fit monter à cheval Mrs. Claudia et Mary, les confia aux soins des Sos vens sur lesquels il pouvait absolument compter RP et donna le signal du départ. L'autre troupe suivit, et l’on partit, à toute vitesse, vers le temtempes ple de Kali. :

5 La course fut longue et rude, en dépit de l’incomparable célérité des hôtes et de l’endurance des regard LS . : : s .

. La nuit allait venir, quand on fut à un mille enor iron du temple de la terrible déesse.

Les deux tronpes, séparées par un faible inter-

CE

LNTEHRANEX

valle, campèrent, dans la jungle épaisse

rait les ruines et s’étendait au loin,

ce énorme.

Quand les ténèbres se furent épaissies région sinistre, quand commença troublante Symphonie, composée bruits de la vieille futaie primitive, tit, tout seul, intrépidement,

Après s'être dépouillé de tous ses vêtemen:

après s'être frotté la peau de substances mystéric ses répandant une violente odeur de fauve, il glissa silencieusement, à travers tous ces végétau petits ou grands, au contact desquels demeura insensible son épiderme de bronze,

Il allait ! il allait !…. Sans arme, faisant fu les chacals, effrayant les hyénes, et se dirigean d’instinct, à l’orcille, vers les points où commer Saient à s'élever quelques trondements de tigres On sait qu’une colonie très nombreuse de ce

terribles félins avait élu domicile dans cette par tie de la jungle circonscrivant les ruines.

Ayant goûté de la chair humaine, is venus ‘ mangeurs d'hommes, ”’

Non Pas, comme on l'a dit souvent, Parce que devenus vieux, ayant perdu leur vigueur et leur agilité, ils s’attaquaient à l'homme, Ja plus facilà des proies.

Non, c'était en raison d'une préférence toute particulière, d’une sensualité Sastronomique d’or dre spécial qui leur faisait aimer passionnément cette chair que les Thugs leur abandonnaient vo. lontiers.

Les sacrifices humains étaient très fréquents, et les tigres S'étaient habitués. depuis des temps im mémoriaux, à prélever ce tribut sur la plus épouvantable des Superstitions.

qui ent à une dist

sur ce

l'étrange des multip Bikanel p:

étaient de

e qui entouune distan-

S sur cette l'étrange et S multiples ikanel par-

vêtements, mystérieuuve, il £e végétaux, demeurait,

isant fuir dirigeant commende tigres.

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aient de-

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Donc, la chair hunsine avait pour eux un attrait d'autant plus irrésistible que l’atavisme en avait pour aini dire imprégné des générations successives,

Et cette proximité des tigres ne pouvait être que très agréable aux sinistres sacrificateurs, puisqu’elle augmentait encore la terreur inspirée par ce lieu redoutable, et continuait à en éloigner les profanes.

De temps en temps, Bikanel s’arrêtait, disposait en entonnoir ses deux mains autour de sa bouche et poussait un rugissement imité avec une perfection inouïe.

Ce rugissement qui, jaillissait dans la nuit, et se répercutait au loin, était le cri d'appel de la tigresse en fureur.

Jamais on n'eût pu soupçonner que d’un gosier humain pût sortir une clameur pareille et d'une tonalité aussi violente.

Les tigres, tapis sous bois, à l'affût, ou se glissant vers les sources, l'entendaient de proche en proche, se trompaient sur son origine, l’attribuaient à un animal de leur race ct y répondaient à pleine gorge.

Bientôt, la jungle entière fut en rumeur et le plus formidable concert, que l’on eût dit exécuté par une légion de démons, s'éleva autour du temple de Kali.

Les appels de tigresses retentissaient de plus en plus rauques, de plus en plus furieux.

Les cris des mâles répondaient, de plus en plus frénétiques.

Un cercle de voix félines, s’appelant à la curée humaine, circonscrivait maintenant les ruines.

L'abominable sensualité des mangeurs d’hommes, éveillée avec une habileté diabolique, :s at-

tirait invinciblement vers l'autel de

Mort !

Bikanel marchait toujours en rugissant, s’e tant au bruit de ses Propres clameurs, en vér ble illuminé, et de plus en plus rétrécissait le ce où vociféraient les tigres,

Qui s’a entendu Parler de ces êtres bizarres « jadis, terrifiaient nos Campagnes, de ces sorc que la superstition Populaire appelait des “ 1 neurs de loups. ”’

Ils avaient, et le fait est prouvé, l'é lège d’apprivoiser les loups, de Jes nuit, en imitant leurs hurlements, de s’en faire COMpa:ner pour les conduire au carnage,

Les plus Sournois, les plus cruels et les plus ! rouches leur faisaient amicalement cortège et n seulement ne leur Causaient aucun mal, mais € core folâtraient gaiement, familièrement, auto d'eux, au grand effroi de ceux que le hasard re dait témoins d’une Pareille scène.

Dans l'Inde où tout est étrange, né, colossal, l’adepte, l'illuminé, Carnait plusieurs siècles de trava tudes mystérieuses était, gres !

Les formidables félins accourus à Sa voix «dl fond de la jungle s’arrêtaient, interdits, la gueul sanglante, Jes prunelles en feu, à l’aspect d'u: homme.

Puis ils s’approchaient, cauteleusement, invinc: blement attirés Par ses gestes aperçus de leur YEUX nyctalopes, par ses hurlements et par les émanations des substances collées à sa peau,

Et ils venaient avec ces rauquements qui sont leurs ronrons de chats géants, $e frotter gentiment, on pourrait, dire amoureusement, contre cet, homme qui les fascinait.

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Maintenant, il les menait, par douzaines, à l'assaut du temple autour duquel se rétrécissait leur cercle, et où ils allaient infailliblement dévorer les fugitifs.

1] fallait en effet un miracle pour sauver le ca-

pitaine, Patrick, Marius, Johnny et Bérar, qui n'avaient certainement jamais couru un pareil danger.

Les fugitifs attendaient, dans cet asile jusqu'alors inviolable offert par les ruines du temple de Kali. ’

Pleins de confiance dans l'adresse, la bravoure et l’ingéniosité des Thugs envoyés par Bérar à la recherche de ceux qui avaient enlevé la comtesse, ils espéraient une heureuse et prompte solution,

Au moment où la nuit venait de tomber, l’un d'eux arriva sans bruit, se glissa au milieu du groupe et dit à Bérar :

‘ Me voici ! ”

Cette entrée silencieuse était tellement bizarre et, inattendue, que le capitaine laissa échapper une exclamation de surprise.

‘“ Quoi !… déjà !

— Qu’as-tu vu ? demanda froidement Btrar.

— Les deux blanches avec ceux qui les gardent.

— Et ton compagnon ?

— Parti à la recherche des frères.

— Bien !

‘‘ Avez-vous été aperçus ?

— Oui, je le crois, parce que la jeune blanche, endormie par le chef hindou, a révélé notre présence. — Que sont-ils tous devenus ?

— Ils me suivent à cheval, au galop... en d troupes,

— Nombreuses ?

— Oui ! chaque troupe se compose d'une qu zaine d'individus bien armés,

“* Ils sont campés à moins d'un mille d'ici,

— C'est étrange, murmura Bérar.

‘Ils devaient s'éloigner au plus vite, fuir ce } dont nul n’approche, et ils sont là comptaient déjà nous tenir, ”

Le fakir informa aussitôt le capitaine Pennyle de ces faits rapportés par le Thug et de leur gr vité.

En apprenant que sa femme se trouvait ] Sans-le-Sou se leva d'un bond et, malgré la tém rité d'une telle entreprise, voulut attaquer séan tenante, avec ses deux marins,

Bérar eut mille peines à lui démontrer la fol d'une pareille action qui compromettrait le résu tat final de tant d'efforts et les ferait massacre tous, sans la moindre chance de réussite.

Puis il termina en lui disant :

‘* Laissez passer la nuit ; attendez seulement i demain, et ces gens-là seront entourés, sans môêm s’en douter, par une véritable légion de Thugs qu n’en laisseront Pas échapper un seul.

Comprenant la sagesse de cet avis et ne pouvant faire mieux, le Capitaine se résigna en serrant les poings à cette attente si longue et si pénible, pour un homme comme lui.

Cependant, malgré les nouvelles apportées par son émissaire, Bérar était inquict.

Il ne pouvait Concevoir pourquoi Jeurs ennemi s’approchaient ainsi du temple de Kali.

Non pas qu’il crût à unc attaque de jeur part. Jamais un Hindou n'eût consenti à violer ce for-

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Alors, quoi ?

Et c'est ce doute irritant qui préoccupait le fakir.

il allait bientôt être édifié,

Quand les ténèbres furent devenues épaisses, l'éléphant, qui vaguait en liberté à la recherche de sa pâture, accourut inquiet, les oreilles en auvent, la trompe levée, en reniflant fortement,

De son côté, Bob fronça le muile, baissa la queue et s'en vint, le poil hérissé avec les signes de la plus vive terreur, se blottir contre les jambes

de son jeune maître.

Bientôt éclatait la formidable symphonie provoquée par Bikanel.

Les Européens écoutaient interdits, ne comprenant pas la cause de ce vacarme, et ressentaient une sorte de malaise, en dépit de leur vaillance éprouvée.

‘* Fichue musique ! grogna Johnny avec sa concision habituelle.

— Oui, renchérit Marius, c'est comme si qu'un train de marchandises, il passerait sur le viaduc de Bandol, mon pays, et qu'on écouterait dessous la voûte.

- Singe hurleur ? interrogea Johnny de plus en plus assourdi.

— Y a de ça, reprit le Provençal.

‘J'ai entendu la bébôête ainsi nommée en Guyane, à Saint-Laurent-du-Maroni, quand je faisais mon service à l'Etat sur le ‘“ Pourvoyeur. ”?

— C'est le tigre, n'est-ce pas, dit à son tour le capitaine.

— Le tigre ! oui, sahib, répondit d'une voix lente et grave le fahir.

Le A a £ | el

FA

du premier degré,

“Et je me demande ce terribles bêtes qui courent, s’agitent et rugis: Comme à l’approche de la curée humaine, ”’

Rama l'éléphant soufflait de plus en plus, il Tapprochnit des hommes et manifestait à la

qui peut ainsi affoler

malgré son intrépidité ordinaire était littéralement fou de terreur.

arius reprit :

ais, la musique, il se rapproche, heingne ‘“ Qu'en penses-tu, Johnny ?

— “By God ! ’ rien de bon,

vé brusquement et l'oreille | t, comme un limier, cherchait Scruter le mystère que cachaient les ténèbres. Maintenant les rugissements devenaient de pl en plus nombreux et intenses. Tous les tigres de beux, semblaient s'être

la région, et ils sont non donné rendez-vous là.

€ Quatre hommes et l’enfant eurent aussitôt ] pensée qu’ils étaient cernés, bloqués étroitemen par l’infernale meute à laquelle semblait commar der un démon.

Bérar, qui écoutait silencieusement, finit pa distinguer au milieu de ce VaCarme une voix don le timbre différait.

“Mais c’est uw comme malgré lui, et en manife

mière fois, une vive émotion.

— Impossible ! interrompit vivement Sans-le- Sou.

1e voix humaine ! s’écria-t-i

Stant, pour la pre-

“H n'ya Pas au monde un se tible d'évoluer au milieu de ces t être dévoré à la minute.

— Excepté quelques

ul homme susceperribles bêtes sans

Pundits, quelques adeptes reprit Bérar.

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et rugissent ne. ”’

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Sans-le-

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Oui, il existe des privilégiés qui réussissent à se faire obéir des rois de nos forêts !

— Alors cette hande de tigres, selon toi, fakir, serait menée contre nous ?

— Je puis vous l'affirmer, Sahib !

‘* Et le bandit, qui, trop lâche pour nous attaquer en face, nous jette ainsi en pâture à ces bêtes, est, n'en doutez pas, le même qui a voulu vous faire dévorer tout vifs par les vautours de la Tour du Silence. ”?

Lentement, mais rétrécissait.

Nul espoir de le franchir, même sur l'échine de Rama. L'éléphant serait happé au passage par vingt tigres, qui, des griffes et des crocs, le mettraient en lambeaux.

Aux alentours, pas d'arbres sur lesquels se hisser en attendant le jour. Partout des buissons nains ou des arbustes de faibles dimensions.

Pas le moindre pan de muraille suffisamment élevé : pas de trou, pas de souterrain, pas de grotte, rien ! \

Les trois Européens sentirent un frisson les secouer de la tête aux pieds et une sueur froide perler sur leurs membres.

L'enfant poussa un cri de terreur et vint se blottir le long du capitaine.

Seul, Bérar conservait une impassabilité sulière, et pas un de ses muscles ne tressaillait sous le bronze de sa peau.

‘* Allons, murmura-t-il, c’est fini !…

‘Je n'ai plus qu'un moyen. il est terrible.

presque désespéré.

“ Mais je dois l’employer... coûte que coûte.

— Voyons, jakir ! s'écria le capitaine, dont voix s’altéra, vas-tu nous laisser ainsi dévorer.

— Non, sahib.

le cercle se

implacablement,

sin-

la

‘“ Mais il me faut lutter contre un adepte...

brahmane, moi, simple fakir… et jecrains chouer...

&neront de vous.

— C’est bon !.. tu seras obéi….

“* N'est-ce Pas, matelots ?... n'est-ce pas, P trick ?...

— Oui, Capitaine, répondirent les deux mari et l’enfant,

— Eh bien ! reprit le fakir, domptez vos nerfs , faites appel à toute votre fermeté, car jamais vou n’en aurez eu un Pareil besoin. ”?

Comme il disait ces mots, il tirait de son caîfta une petite flûte en roseau, l’approchait de ses le vres et en tirait quelques sons très doux.

S lude auquel succéda un

C'était comme un pré sorte de mélopée lente et triste, avec quelque cho

se d’énervant.

En vérité, il Y avait une singulière ironie entre cette musiquette échappée d’un humble roseau, et

ce tonnerre de rugissements déchainé par le meneur de tigres.

Bérar continuait à siffloter avec son calme inouï.

Peu à peu, de vagues frémissements se font sentir de tous côtés. De dessous les feuillets, entre les graminées, dans les interstices des Dierres, il y a d’imperceptibles bruits de reptation, de légers froissements d'’écailles.

Puis des sifflements courts, brefs, rapides...

Puis tous ressentent le long des jambes le con-

tact d’une chair molle, froide et flasque de reptile.

Frissonnants jusqu'aux moelles, à bout de souffle, glacés d'horreur, ils emploient toute Icur énergie à conserver cette immobilité qui doit leur assurer le salut. Un râle étouffé s'échappe de la gorge de Patrick, qui balbutie d'une voix nourante :

“Des serpents !… partout !….

— Silence, enfant ! ”’ murmure Sans-le-Sou près de défaillir lui-même en dépit de l’intrépidité dont

adepte... un crains d’é-

ous sentiez, certain con- ; immobiles gres s’éloi-

pas, Pa- il a fourni tant de preuves.

Les rugissements des tigres se font entendre Ià 8 8 , X marins tout près !

Dans quelques moments, les terribles félins vont bondir sur cette proie tant convoitée dont les émanations frappent depuis longtemps leur odorat.

Ds nerfs et, mais vous

on caftan Mais en même t emps, Bérar accélère le rvthme de ses Jé- de sa musique.

Les serpents surgissent de partout, rampant sur ccéda une le sol, s’enroulent aux buissons, se dressent sur lque cho- les pierres, dardent leur langue fourchue et dila-

tent leur col.

aie entre Tous appartiennent à cette espèce redoutable seau, et dont la morsure est inévitablement mortelle, qui r le me- pullule aux Indes et que l’on désigne sous les noms de naja, de cobra capello, ou de serpent à nn calme lunettes.

Il n’est pas très grand, puisque les plus longs ont sen- atteignent à peine deux mètres, sur quatre centi- , entre mètres de diamètre. Mais il est d’une agilité prores, il y digieuse, d'une irritabilité incroyable et, comme il

légers vient d’être dit. son venin est toujours mortel.

C'est en somme le fléau de l’Inde : et il est par endroits tellement nombreux, que des districts en-

ÉCon tiers sont inhabités.

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