ART AT ES
TE à
tte
On sait qu’il possède cette curieuse Particula de gonfler quand il est, irrité, son col, de faço:
€ qui lui donne une physionomie plus étrar et plus repoussante encore.
On sait enfin que les psylles ou ch font obéir, les domptent, les apprivc tirent à eux et s’en font rité réellement, Stupéfiante.
. Tel Bérar qui, à ses talents de Magnétiseur d’étrangleur, joint celui de charmeur, et. qui est à des plus habiles et des plus réputés de tout le Be gale.
Sa musiquette est, devenue grinçante.
es serpents, d’abord à demi engourdis, son Peu à peu devenus furieux. J}s sifflent, se tordent balancent leur cou dilaté, s’élancent en avan comme des flèches, Comme s'ils cherchaient, un proie où enfoncer leurs crocs au venin
Devant le meneur de tigres se dresse
armeurs s$ isent, les :
suivre avec une famili
aiguë, précipité
Maintenant
Le tigre est Je roi incontesté des solitndes hindoues. Tout fuit devant, lui, même le buffle vage, même Je rhinocéros, même l'éléphant,
Mais, lui-même recule devant le na ja.
moins de vingt pas du groupe humain figé sur place par l’épouvante et l'horreur, un tigre vient de bondir avec ce rugissement, tout bref du fauve qui s’abat sur sa proie,
11 tombe au milieu d’un fourmillement de renti- » furieux sans Savoir Pourquoi
sau-
En un clin d'œil il est Entouré d'anneaux mobiles qui se collent à ses membres, et happé par des rocs recourbés d’où jaillit le venin mortel.
Son cri de convoitise se fond en un hurlement ‘épouvante et d’agonie. :
Il veut reculer, s’enfuir, se frotter aux branches pour se débarrasser de ces étreintes glacéos,
Inutiles efforts !
Le poison, injecté en vingt endroits, fait rapidement son œuvre. Le tigre chancelle, pousse un ouveau cri, tombe, s’agite faiblement et. meurt. Et toujours l’infernale petite musique s'élève dans la nuit, fait entendre ses notes aiguës, précipitées, lancinantes, qui portent à son paroxys-
articularité de façon à
lus étrange
meurs s’en ent, les atne familia-
étiseur et, qui est un
ut le Ben- me la fureur des najas..
Un second tigre s’élance à travers les branches récipité et retombe lourdement, de tout son oids, avec précipitée,
son rugissement de bête avide de carnage. Puis en même temps un autre, et encore un autre.
Et cette réflexion traverse comme un éclair le
rdis, sont tordent,
en avant. cerveau des trois hommes et de l'enfant, qui n’ont ent une plus qu’une instinctive pensée de conservation : lroyant! “Y aura:t-il assez de serpents, pour combattre intenant, et anéantir cette armée de tigres ? ”
Ils conservent toujours cette immobilité qui est les hin- leur salut ; mais, Je premier moment d’horreur fle sau- passé, un peu de lucidité leur est, revenue, et ils t. peuvent entrevoir vaguement, à la lueur des étoi-
les, ce drame qui s’accomplit dans l’ombre.
figé sur Les.tigres qui arrivent ainsi de tous côtés tom- 6 vient bent invariablement sur une véritable litière de u fauve serpents.
Oui, les fugitifs peuvent se rassurer. Il y en aue renti- ra assez.
urquoi L'élan des tigres se trouve brisé tout net et le
même cri de douleur et d’effroi remplace le hurlemobi- ment de convoitise précédant le Carnage assuré. jar des Puis il y a sur place un piétinement saccadé, une
tentative de fuite éperdue, et un écroulement subit du monstre bientôt foudroyé..
Il en arrive encore, maïs ces clameurs d’épou: te, ces râles d’agonie, cette odeur musquée pe culière aux serpents, tout cela trouble les r Veaux arrivants et arrête ce bond formidable félin qui se rue sur sa proie.
Devenus plus circonspects, ils se content
‘errer circulairement avec des grondements fureur et de crainte.
Ils sentent Je serpent ct n’osent. plus approch Comprenant, Comment sont, morts ceux des le:
dont les cadavres jonchent le sol. En vain Bil nel multiplie ses Vociférations et, tente de les ran ner au carnage.
€ meneur de tigres est battu par le meneur serpents,
Lui-même s'approche Sournoisement pour 20 naître la cause de cette retraite d'animaux qui ce pendant ne pèchent pas Par excès de timidité.
Bientôt les sons de la petite frappent son oreille.
l reconnaît un des airs familiers aux chasseur de profession et murmure en crinçant des dents
“Oh ! le démon ta soulevé une véritabl, S, et pour la troisième fois Je sui:
flûte en rosea
“Il me faut fuir !.. encore fuir !
“Oh! malheur sur Jui !.. malheur sur eux!
Incapable d'en dire davantage, CXaspéré, n’en Pouvant plus, Courbaturé par cet. effort d’une violence inouïe, Bikancl se laissa tomber au pied d’un
Les tigres, n'étant plus excités Par ces clameur« furibondes, se taisaient peu à peu ct retournaient lentement, comme à regret, vers leurs repaires,
Bérar, insensil;lement, ralentissait le rythme de
Sa musique. Les cobras, de leur Cô. , cessaient de
s d’épouvan- Squée partile les noumidable du
biffler, de s’agiter, d’enrouler et de dérouler conulsivement leurs anneaux.
L’apaisement se faisait du côté des reptiles que bientôt la reprise de la douce et traînante mélopée calmait graduellement. Ils regagnaient lentement les trous familiers où ils passaient de Jongues heures, lovés sur le sol frais et humide, à digérer en paix.
La petite flûte en roscau exhala encore quelques sons à peine perceptibles, puis le silence se fit. La voix gutturale de Bérar s'éleva dans la nuit.
‘ Les najas sont tous partis... il n’y a plus aucun danger. ”
Alors il sembla aux trois hommes et à l'enfant que, pour la première fois seulement, ils pouvaient respirer.
Un long soupir dégonfla leur poitrine et un léger cri leur échappa.
Leur angoisse mortelle avait duré un quart d'heure au plus. 11 leur semblait que l’affreux cauchemar avait pesé sur eux des semaines entières.
Tout péril était désormais écarté, ils s’endormirent d’un bon sommeil réparateur. Epuisé de fativue, Bikanel s'était, lui aussi, endormi.
Il s'éveilla longtemps après, secoua ses membres mouillés de rosée, puis se mit en devoir de rallier Son campement,
Il était, comme on peut le penser, d’exécrable humeur et combinait, sans tarder, le plan d’une éclatante revanche.
Contentent, idements de |
approcher, x des leurs vain Bika.
e les rame-
neneur de
Jour 2on- UX qui ceidité.
en roseau
chasseurs es dents:
véritable is je suis
eux!
ré, n'en une vioied d’un
lameur PES ; ; . ; inaicnt Déjà le crépuscule si court de la région tropicale He tmpourpre les plus hautes cimes. Puis, brusquehme de ment, le soleil rougeoie à l’horizon.
UE Le brui FE : , Re ient de rult saccadé produit par des foulées de che
Vaux frappe l'oreille du bandit. En même temps,
un cortège imposant lui apparaît aux rou
lueurs de, l’astre qui répand à torrents des spl
deurs d’apothéose.
Deux femmes vêtues de blanc, s’avancent à c val, escortées d’une centaine d'hommes couve seulement du langouti et dont les torses de brui ont des reflets de métal. Ce cortège s’avance v les ruines du temple de Kali.
Une exclamation de fureur échappe au miséral en reconnaissant les deux prisonnières : . M] Claudia et Mary !…
“* Libres !… elles sont libres, s’écrie-t-il attem:
‘“ Mais alors !… ”?
Il s'élance dans la direction de l'endroit où il laissé, la veille au soir, les deux troupes. Un spe tacle réellement épouvantable s'offre à ses r gards,
Tous ceux qui composent le premier groupe so: allongés sur le sol, avec la face unïiformémer tournée vers le ciel.
Ils portent tous enroulés autour du cou le sini tre foulard noir des thugs.
Plus de doute ! ils ont été étranglés pendant | nuit par les implacables adorateurs de Kali.
Bikanel se met à la recherche du deuxième groi pe, commandé par le Roi de l’Argent, un blanc espérant que les étrangleurs n’auront pas osé por ter la main sur lui.
Le prmicr cadavre qui s'offre à sa vue est posi tivement celui du géant américain, Mr. Jim Silver, milliardaire de son état, et qui s'intitule mo leste ment le Roi de l’Argent.
Il est, comme les camardes, étalé très prosaïquement sur le dos, la cravate noire serrée au coi, et faisant d’ailleurs une très laide grimace de pendu.
IL est mort et bien mort, Car déjà de répugnants
sent à chees couverts s de brunze vance vers
1 misérable res : . Mrs.
-il atterré.
oit où il a . Un sperà ses re-
"oupe sont ormément,
u le sinis-
endant, la Cali.
ème grouun blanc, s osé por-
est posim Silver, mo leste-
rosaïque- Lu col, ei le pendu.
pugnants
essaims de mouches vertes se sont, abattus sur lui et ont déposé leurs larves sur sa face.
Les chevaux, les armes, les provisions, les effets de campement, tout a disparu.
Les thugs, très dévôts à leur déesse, ne négligent pas les petits profits du culte et ne laissent. rien perdre.
Bérar à tenu parole, ct les terribles sectaires ont délivré les deux captives.
Et pendant que Bikanel vaincu, écrasé, s’enfonce en hurlant de rage dans les jungles, le cortège arrive aux ruines où se dresse imposante, dans sa formidable difformité, la statue de Kali.
Le capitaine, fou de joie, n’osant pas croire à son bonheur, aperçoit sa femme qui saute de cheval et s'élance vers lui en lui tendant les bras.
Deux cris retentissent à demi étouffés par une étreinte passionnée :
‘* Georges !..… mon cher Georges !
— Claudia !.. ma chère Claudia [RS
‘Enfin libre !.. ”’
Mary se laissait en même temps glisser de sa monture et se jetait en sanglotant de joie au cou de son frère.
Et pendant que Bérar contemplait ce bonheur, qui était son œuvre, Marius s’approchait de lui et, tout ému, lui serrait les mains à les briser, en disant : CRE A NE
“Tu fais un drôle de métier, ami fakir, mais bagasse mon bon ! tu es un bien brave homme! ”’
Après cette délivrance miraculeuse, le capitain Pennyless n’en était Pas moins un homme hors 1, loi.
L’accusation idiote et abominable portée contr lui par le défunt Roi de l’Argent et son âme dum née Bikanel subsistait toujours, aussi périlleus. que jamais pour sa sécurité, son honneur et sa li berté.
Cette accusation, l’on s'en souvient, consistai! à faire de lui un agent russe envoyé pour soulever les riots de Calcutta, chargés de prêcher la guerre sainte au Bengale, pendant que les populations du Nord-Ouest tombaient en masse sur les Anglais.
Et cette histoire monstrueuse obtenait d'autant plus de créance vis-à-vis des autorités, qu'il y avait eu dans tout le Bengale des révoltes importantes dont l'explosion concordait avec le rapide Passage de Sans-le-Sou.
n conséquence, il lui fallait fuir, se cacher, éviter à tout prix les autorités anglaises et jusqu'aux plus infimes policiers indigènes qui, tous, devaient, avoir son signalement, avec ordre de l'arrêter et de le livrer, mort ou vif.
En toute autre circonstance, gagner la côte et fuir cette ! vre inhospitalière eût été pour lui un jeu d’enfanc.
Mais, depuis la rencontre de Mary etde Patrick. il se considérait Comme ayant charge d’âmes.
Maloré la découverte du trésor qui était pour eux plutôt une gêne et même un danger, la situation des pauvres enfants était toujours aussi pré- Caire.
Or, Sans-le-Sou avait promis de les rendre à
capitaine ic hors la
£e contre ème dumpérilleuse "et sa li-
onsistait soulever la guerre tions du nglais.
d'autant qu'il y S impore rapide
her, évisqu’aux devaient, rêter et
côte et lui un
Patrick, Les.
t pour à situassi pré-
ndre à
leur père, et il voulait, quoiqu'il pût arriver, teni: sa parole.
On juge, par ce qui précède, combien cette entreprise était difficile et périlleuse.
Pour le moment, l'essentiel était de connaître exactement le lieu où se trouvait le major Lennox.
Patrick et Mary savaient simplement qu’il était commandant au régiment écossais de Gordon, qu'il faisait campagne contre les Afridis et que sn dernière lettre était datée du camp de Chakdara.
C'étaient là des renseignements bien vagues, et qu'il importait de compléter. Mais comment ?.…
Bérar, d'un mot, les tira d'embarras. É * Décidément, cet étrangleur était de plus en plus pour eux une véritable Providence.
Le sommeil magnétique ! Puisque Mary était un sujet hors ligne, il n'y avait qu’à l’endormir et à l’interroger.
Ce qui fut fait séence tenante.
Et, chose merveilleuse, à peine le fakir eut-il provoqué ce sommeil étrange, que la jeune fille vit distinctement le camp des Afridis, qu’elle décrivit en quelqu’s mots, et son père, oui, son père que l’on venait d'enfermer avec le lieutenant l'aylor dans la maisonnette isolée.
Son délicieux visage, qui s'était épanoui à l’aspect de ce père qu'elle chérissait, manifesta l’expression d'une cruelle douleur, quand elle prononça ce mot terrible :
‘* Prisonnier !.…
— Prisonnier des rebelles !.… gémit Patrick.
‘Oh ! mon Dieu !.. protégez-le !
— Et condamné à mourir de faim... avec son compagnon... sanglota la malheureuse enfaut dont la voix blanche d’hypnotisée sembla se briser.
— Et quand, cela ? demanda Bérar,
—Îllya quelques heures.
— Nous savons Présentement ce qu'il importe de connaître, interrompit Sans-le-Sou,
te Eveille-la, fakir, et Combinons vite un plan.
‘‘ Les minutes valent des heures...
“ Dis-moi, quelle est la distance d'ici à Peschaver ?
— Environ douze cents milles.
— Dix-sept cents kilomètres ! c'est effrayant !
” Quelle est la ville la plus rapprochée de nous ?
— Maître, c’est Gaya.
— YŸ a-til un chemin de fer ?
— Oui, maître. ”
Patrick et Mary, pendant ce, rapide colloque, sanglotaient, appuyés l’un sur l’autre et de leurs Yeux noyés de larmes semblaient implorer le capitaine.
‘A quelle distance Sommes-nous de Gaya ?
— Quarante milles.
— En combien de temps Rama peut-il nous y conduire ?
— En trois bonnes heures.
— C’est bien.
3 Maintenant, mes chers enfants, Courage ! es. poir !... nous allons tenter l'impossible pour sau. ver votre père,
“Il nous faut Pour cela de l'argent. beaucoup d'argent. et comme je suis présentement Sans-le- Sou, le bien nommé, je vous prie de vouloir bien être mes banquiers.
— Monsieur, dit avec dignité Patrick, en essu yant ses larmes, Je plus noble usage que nous puissions faire du trésor de notre famille est de l’em-
porte de | plan.
Pescha-
ayant !
nous ?
loque, leurs e Capi-
ous y
! es:
sau:
coup ns-lebien
SU ÿpuis- ’em- Nu-
‘“ Nous vous serons infiniment reconnaissants, ma sœur et moi, d'en disposer comme il vous f:lui-
Comme, en pareil moment, les actes valnient mieux que les paroles, Sans-le-Sou fit uvrir scance tenante le vieux coffre.
Alors, ce fut un véritable éblouissement,
Mary ne s'était pas trompée duns l'évaluation qu’elle avait faite du trésor, lorsque, endormi: par Bikanel, elle en énuméra le chiffre fantastique.
11 y avait là une fortune énorme, estimée, quarante ans auparavant, vingt-cinq millions de francs et dont la valeur avait presque doublé, tant les pierreries étaient splendides.
Sans-le-Sou lut rapidement l'inventaire signé du parsi et contresigné de l’aïeul des enfants, puis fit retirer environ trois mille livres sterling, c’est-àdire soixante-quinze mille francs en or.
Cela fait, le coffre, dont on avait dû briser les serrures, fut fermé avec des liens en rotin et de nouveau assujetti sur le dos de Rama.
Sans plus tarder, chacun reprit sa place dans le houdah, Bérar prit un thug comme conducteur, et l'éléphant partit à fond de train dans la direction de Gaya.
Au bout de trois heures, le bon lama, le flanc houleux, hors d’haleine, s’arrêtait aux premières maisons de ce chef-lieu de district qui ne compte pas moins de 70,000 habitants.
Pour le moment, il leur importait peu d’apprendre de la bouche du fakir que Gaya st une ville sainte, un lieu de pèlerinage aussi vénéré que ceux de Benarès, d’Allahabad, ou de Djaggernauth, que c'était déjà une cité importante, ayant des universités et des écoles renommées, quand Cakya-
Mouni vint y prêcher sa doctrine six cents :
avant l’êre chrétienne, et qu'on y trouve aujo d’hui les plus curieux Monuments de l'Inde pri
Une seule chose l’intéressait : le chemin de fer
On leur indiqua la Sare centrale et ils ÿ cour rent sans désemparer.
Gaya, tête de la ligne qui se raccorde à la gra
e voie qui, de l'Est à l'Ouest, traverse l’empi: indo-britannique, est pourvue d'un matériel non breux et varié,
On le fit Passer avec sa femme, Patrick et Mar; ans le bureau de ce personnage, pendant que Bé
€ Capitaine, résolu à jouer le tout Pour le tout, ances, paya
près ce salut froid et Compassé de tout, Anglais
en présence d’un inconnu, Sans-le-Sou, Prenant par la main Jes deux enfants, dit au fonctionnaire:
“ J'ai l'honneur de vous présenter les enfants de l’infortunée duchesse de Richmond dont vous devez connaître la mort tragique survenue le mois
ernier, ”’
Puis il ajouta, modestement, Prenant le ton et, les allures d’un subalterne :
“ Quant à moi, je suis leur tuteur, et madame
À ce nom aristocratique, un des plus illustres de l'Angleterre, le chef de gare dégela Subitement et témoigna d’une Prévenance de bon augure,
“En quoi Puis-je vous être utile ? demandat-i]
X cents ans 1ve aujour- Inde primi-
in de fer !
S ÿY Couru-
à la grane l’empire ériel nom-
Parler au
€t Mary t que Béent avec
* lé tout, S, paya
Anglais Prenant nnaire:
ants de us de- > mois
ton et adame
res de nt et
la-t-il
— Nous venons d'apprendre que le père de miss Mary et de Mrs. Patrick, le major Lennox, duc de Richmond, est prisonnier des Afridis et que sa vie est en grand danger.
“Nous avons réuni toutes les ressources de cette infortunée famille, sur laquelle s’apesantit si cruellement la destinée, et nous partons négocier la rançon de ce père. de ce soldat ! ”’
Le chef de gare s'inclina de nouveau, sans répondre, ignorant où voulait en venir Sans-le-Sou.
Ce dernier continua :
“En comMien d'heures, au minimum, pouvonsespérer arriver à Peschaver ?
— Comptez sur cinquante heures.”’
Un gémissement douloureux échappa aux enfants.
Cinquante heures ! Sans compter le temps pour aller de Peschaver au camp des Afridis. Peut-être quarante heures !
On arriverait trop tard et leur père, leur seul soutien, leur seul amour, aurait succombé à l’horrible supplice de la faim et de la soif.
‘* C’est trop, beaucoup trop, reprit le capitaine.
‘* Pouvez-vous nous donner un train particulier?
‘Une machine, un fourgon, un wagon-salon.
— On peut toujours.
— Combien ?
— Cela vous coûtera cinq cents livres ( 12,580 francs) et ne vous fera guère gagner que dix heures.
— J'en offre mille (25,000 francs), avec une prime de cent livres aux chauffeurs et aux mécaniciens et cinq cents livres pour vous, si le trajet peut s'effectuer en trente heures et moins si c’est possible.
‘ Veuillez considérer qu’il s’agit d’un des noms
les plus illustres de l’armorial anglais, d’un de meilleurs officiers de l’armée, d’un des plus dé
“Il y a là un véritable cas de force majeure.
— C’est bien, gentleman, vous aurez un train Particulier, fit le chef de gare qui pensait aussi à la prime de douze mille cinq cents francs qu’on venait de lui promettre.
“11 me faut une heure pour Correspondre avec l'administration supérieure et Surtout pour modifier télégraphiquement les horaires de façon à assurer votre sécurité et, l’économie du temps.
— Ainsi, vous pensez qu’en trente heures...
— Le train arrivera à Peschaver : Sans accident, bien entendu.
— Je vous suis mille fois reconnaissant.
‘* Pendant les Préparatifs, je vais vous compter la somme, ”
… Une heure après, avec une Ponctualité de bon augure, le train, sortant du dépôt, stoppait devant la gare,
Le temps d’y entasser quelques Provisions achetées au buffet, et les six Voyageurs, y compris Bé. rar, prenaient place dans le Wagon-salon.
Bob y sautait agilement, pendant que le bon Rama, demeuré seul, prenait tristement, conduit Par le thug, Je chemin de la Pagode Sacrée,
Le chef de gare avait bien fait les choses. Au lieu d’un Wagon, il en avait fait atteler deux, ce qui procurait aux Voyageurs tout Je confort imaginable,
Enfin, le sifflet retentit, et le train démarra.
Les VoYageurs partaient, en toute; sécurité, heureux que nul n’ait SoUpÇonné que le “ tuteur ?’ fût cet étranger si odieusement calomnié par des bandits, et mis jusqu’à nouvel ordre en dehors de la
d’un des Malheureusement, ils ne pouvaient pas se douter
> plus dé- qu’un homme, accouru sur un cheval blanc d’écume, et lui-même souillé de poussière, de sueur et
jeure. de sang, arrivait au chemin de fer pendant la for-
un train mation du train.
; aussi à Cet homme avait dit quelque chose au chef de
ju’on ve- gare, et celui-ci l'avait autorisé à se glisser sournoisement dans le fourgon,
re avec Le convoi rapide qui emportait le suprème es-
ir modi- poir du major Lennox, emportait-il aussi un enne-
pn à as- mi acharné à la perte de ces vaillants qui lut-
S. taient contre l’impossible ?
mn En moins d'une heure et demie, les cent kilomè-
ccident, tres séparant Gaya de Patna sont franchis.
Cette vitesse est encourageante, d'autant plus
que dans l’Inde les chemins de fer s’avancent avec ompter “ne sage, mais énergique lenteur.
À Patna, le train prend la ligne du chemin de de bon fer du Nord-Ouest, dont Peschaver est le termiit de- nus.
Il ne s'arrête dorénavant que le temps strictes ache- ment nécessaire au changement de machine ou à ris Bé- l'approvisionnement d’eau et de combustible.
Chaque fois Sans-le-Sou descend pour stimuler, le bon sous forme monnayée, le zèle du chauffeur et du onduit mécanicien qui font tinter joyeusement les vieilles
livres sterling du trésor et impriment à la locos. Au motive une allure vertigineuse.
IX, ce Après Patna, où l’on cultive en grand le pavot > Ima- et que l'on pourrait appeler la ville de l’opium,
voici Bénarès, la métropole, autant dire la Rome a. du culte brahmanique, où se trouve la grande éco- ,heu- le de théologie hindoue qui conserve les doctrines
fût ct répand l’enseignement de la religion : voici en-
ban- core Allahabad, la Prayâga ou Ville Sainte, située‘ de la au splendide confluent du Gange et du Djemmah!
C’est maintenant Cawnpour, la ville au nom nistre, la cité du Massacre à jamais inoubliable
Puis un nom aperçu dans un flamboiement lumière électrique. Un nom de gare importante Agra ! l’ancienne Capitale de l'empire mogol, ] train passe comme un météore Pour stopper 1 moment à Delhi.
Encore une ville tristeraent célèbre par un épo vantable massacre d’Anglais.
On est à mi-chemin de Peschaver ct ce trajet été parcouru en quatorze heures.
Sans-le-Sou est pleñi d'espoir, Le chef de gar de Gaya a télégraphié au Commandant de place d Pescha ver Pour l'informer des événements relatif au major, et aussi Pour solliciter son concours,
Sans-le-Sou ne Juge pas que ce soit assez, En tours de route, il] rédige une longue dépêche, de marde en outre des chevaux et expédie le télé. gramme de Delhi.
€ train repart à toute vitesse en échevelant son panache de fumée. Puis il atteint, Lahore, une
paquebot.
La distance diminue rapidement.
Aux interminables plaines du Radjpoutana et du Pendjäb, succèdent bientôt des terrains accidentés. Des ourlets de plus en plus escarpés se dessinent et, font pressentir les contrefcrts du gigantesque Himalaya.
Puis une nouvelle plaine, ou Pour mieux dire un plateau dont l’altitude égale enviren Suaire cents
au nom siubliable.
oiement de Portante :
nogol. Le stopper un
° un épou- Ce trajet a
f de gare e place de s relatifs Cours,
sez. En che, dee le télé-
lant son re, une bitants, les aussi la plus ge avec : électridernier
a et du dentés.
nent et, jue Hi-
dire un 5 cents
mètres, et que circonscrit à l'horizon un chaos d’escarpements.
A l’Est du plateau, c’est Peschaver, l’importante cité de quatre-vingt mille habitants, à la muraille circulaire en pisé aux maisons en briques, la gardienne du défilé de Khaïbar.
‘* Peschaver !… c’est Peschaver ! ”’ s’écrient les voyageurs courbaturés par cette course folle et qui ne sentent plus leur fatigue devant ce résultat merveilleux.
Vingt-neuf heures seulement ont été employées à ce formidable parcours.
Le train évite la ville indigène et gagne directement son point terminus aux cantonnements, c'est-à-dire à la ville anglaise située à quatre kilomètres, à l’Ouest, sur une ligne de six kilomètres de longueur, sur trois de large.
C’est là que se trouvent les services civils, la résidence et les troupes, sous la protection de la citadelle, ce Bala-Hissar, aux énormes murailles de brique, qui commande tous les environs.
Cette arrivée, annoncée par les deux dépêches e: impatiemment attendue depuis de longues heures, produit une vive émotion aux cantonnements.
Le commandant de place et le résident sont venus en personne à la gare ; plusieurs amis du major Lennox et du lieutenant Taylor se sont joints à eux.
Patrick et Mary les reconnaissent à première vue et ne peuvent retenir leurs larmes, à la vue de ces fidèles amis des mauvais jours, dont la présence rappelle plus vivement encore le bonheur à jamais détruit.
11 y a des shakehands vigoureux, des bienvenues pleines d'émotion, des présentations rapides.
Plus que jamais, Sans-le-Sou juge prudent de
cacher sa véritable individualité, et de se conf
dans le modeste rôle de tuteur.
11 n’en est Pas moins bien accueilli pour cela, contraire, ainsi que Mrs. Claudia dont la dist. vion et l’éclatante beauté font sensation.
Quelle que soit leur hâte de partir pour le ca des Afridis, ils ne Peuvent se dispenser de pas par la Résidence. .
C’est là d’ailleurs que se tient, en permanen l’escorte qui doit les accompagner jusqu'a avant-postes ennemis.
Le résident a mis à leur disposition des cheva et des chameaux Pour porter, en cas de besoin, ler bagages et leurs effets de campement,
Il s'étonne cependant que Mrs. Claudia et Ma veuillent se joindre à l'expédition, et leur conseil formellement de rester à Peschaver.
En vain il leur représente les dangers morte d’une pareille entreprise. En vain il leur affirn que les Afridis sont, d’abominables brigands do: blés de fanatiques et que jamais certainement leu liberté, leur vie et leur honneur ne furent parcill ment menacés.
Mrs. Claudia répond simplement :
‘ Oh ! moi, j'accompagne mon mari partout surtout au danger.
— Et moi, ajoute Mary je veux être la premièr. à embrasser mon père s’il est libre, ou périr ave. lui s’il meurt.
— Qu'il soit donc fait comme vous le désirez, ” dit tristement le résident qui dès lors accéléra les derniers Préparatifs.
En deux heures, tout est fini et les cinq hommes — Patrick peut, Compter pour un homme ainsi que la Comtesse et la jeune miss partent à cheval, escortés Par un peloton de lanciers.
2 se confiner
our cela, au é la distincon.
ur le camp r de passer
*ermanence, Jusqu’aux
es chevaux >esoin,leurs
la et Mary ir conseille
S mortels ur affirme nds dou ement leur t Pareille
Partout,
première jérir ave:
désirez, ‘’ éléra les
nq homomme
artent à s.
Il est midi. On marche sans désemparer jusqu'à sept heures du soir, et par des chemins épouvantables.
La nuit vient. Il faut dresser les tentes, cam-
‘ per, se restaurer et attendre le lever du soleil.
On devine ce que doit être une telle nuit !
On repart au petit jour.
On presse la marche autant qu’il est possible et, en dépit d’efforts surhumains, on avance à peine.
La petite troupe atteint enfin le corps expéditionnaire anglais disséminé en une longue ligne qui fait face à une crête montagneuse au-dessus de laquelle flottent de claires fumées.
Le bivouac des Afridis !
On dépasse les tranchées anglaises, on franchit les dernières grand’gardes, les derniers postes avancés ; on laisse derrière soi les sentinelles perdues et on aborde ce terrain vague, cette zone meurtrière qui sépare les deux armées.
Les rebelles sont à douze cents mètres de là, dans une position formidablement retranchée.
L’escorte s'arrête. Il lui’est interdit d’aller plus loin.
Sans-le-Sou prie sa femme de lui donner son écharpe blanche.
Il la saisit, la déploie, l’agite au-dessus de sa tête, pique des deux et crie d’une voix retentissante : :
“En avant ! ”
À côté du capitaine Pennyless galope Bérar.
Tous deux sont suivis de Mrs. Claudia, de Mar, et de Patrick.
Johnny et Marius ferment la marche.
Bob, essouflé, tirant la langue, joue des patte: Pour ne pas rester en arrière.
Le peloton arrive au triple galop à la tranchée avancée, garnie de rares combattants qui se re plient vivement.
À la vue de l'emblème de paix agité par Sans-le- Sou, les hommes qui remplissent la seconde tranchée accourent et leur crient d'arrêter.
Comme ils ne voient pas d’uniformes, comme les nouveaux arrivants sont en petit nombre, l’attitude et le ton de ces Parfaits sacripants sont, tout d’abord assez pacifiques.
“Le chef ! où est le chef ? ” s’écrie d’une voix de tonnerre Bérar, qui sait qu'avec les Oricntaux il faut parler haut et ferme.
Un géant bronzé, aux traits superbes, s'avance, l’air dur, le sourcil froncé, en brandissant un fusil Lee-Metford sans doute ramassé sur le champ de bataille.
A l'aspect du fakir, il fait un mouvement de surprise aussitôt réprimé, puis ajoute :
‘* La paix soit avec toi, Bérar !
‘“ Je ne m'attendais pas à la joie de te rencontrer…
— Et avec toi la paix, Mahmoud !
‘ Ce jour qui me permet de te voir est un jour béni.
— Que veux-tu de moi, Bérar, et que veulent ces étrangers ?
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— Je suis leur guide et leur ami.
‘“ Je viens avec eux traiter de la rançon des deux offficiers anglais que tu retiens prisonniers.””
Le front du géant, qui s'était éclairé à i'aspect du fakir, se rembrunit et reprend son pli dur.
‘“ Je ne veux rien entendre, fit-il rudement.
— La rançon sera énorme, et telle que de mémoire d'homme on n’en compta de pareille...
— Non ! te dis-je.
‘* Les deux officiers sont enfermés depuis près de cinquante heures et condamnés à mourir de faim.
— Tu refuses la fortune pour toi et ta tribu ?
— Je refuse !
— Pourquoi ?
— Parce que la vie de ces deux officiers est le prix du sang.
‘* Les Anglais nous font une guerre d'extermination. ils nous mutilent avec les balles Doum- Doum, et nous traitent de sauvages !
‘ Les sauvages, ce sont eux !
‘* Aussi, tous les prisonniers que nous leur ferons périront-ils ainsi.
— Réfléchis, Mahmoud !
— Non !… n’ajoute pas un mot de plus.
‘ C’est inutile, car rien ne pourra ni nous tenter ni nous fléchir.
‘ Retourne au camp anglais, emmène au plus vite ces étrangers dont la présence m'est odieuse et dont tu es la sauvegarde... car si tu n’étais pas leur ami, je les ferais vendre comme esclaves.”
Pendant ce rapide colloque échangé au milieu d’une véritable foule de bandits aux yeux luisants, aux bouches grimaçantes, aux loques épiques, à l'armement formidable, Mary, obéissant à une sorte d'influence, qu’elle ne saurait définir, regarde attentivement autour d’elle.
Sans être jamais venue dans ce lieu tragique, lui semble le reconnaître. Il y à même là qu
L'impression ressentie pendant le sommeil hy notique est d’autant plus vive qu’elle se rapport
ce père qu’elle chérit de toute son âme.
Oui, c’est bien là qu’elle l’a vu, jadis, avec u jeune homme, un officier de son régiment, prisor nier comme lui.
Alors elle s’écrie en désignant la sordide bico que :
“C’est là !… mais c’est là qu’ils ont enferm notre père. ”’
Et Patrick aussitôt, comme un écho docile, s’é crie à son tour :
‘* Père est là !.. Oh! courons le délivrer...”
Déjà excellent cavalier, l’adolescent fait volte
‘Ah ! murmure Sans-le-Sou, si j'avais seulement avec moi un cent de mes cow-boys de New- Oil-City, comme nous aurions vite fait de Passer sur le ventre à ces gredins-là ! ”’
Chez lui, l’homme d’action se réveille soudain, et il se dit : À
‘* Si nous essayions d'enlever les prisonniers.”
Il fait reculer son cheval le long de la porte et
se met à le chatouiller de l’éperon en serrant la bride.
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Le cheval essaie de pointer, puis, sentant un obstacle derrière lui, commence à ruer éperdument.
Les coups de sabots résonnent comme des coups de canon.
La porte craque, se désarticule et s'effondre.
Pâles, se soutenant à peine, épuisés par le jeûne atroce, les deux officiers se traînent jusqu’à la brèche, voient des cavaliers, aperçoivent deux amazones...
Le major reconnaît l’une d'elles et s’écrie éperdu, n’en pouvant croire ses yeux :
‘Mary. mon enfant bien-aimée... est-ce toi que je revois !
— Et moi, père !.… et moi !.…
— Patrick !. mon petit soldat ! bégaye le pauvre père les larmes aux yeux.
— Père ! reprend la jeune fille, vous voyez nos bienfaiteurs, nos sauveurs.…
— Milord, s’écrie Sans-le-Fou, nous venons vous délivrer ou périr avec vous.
“Tâchez de vous hisser sur le cheval de miss Mary. vous, lieutenant, montez sur celui de Patrick..
“Et puis, en avant !… à toute bride ! ”
Tout cela s’accomplit en vingt secondes !
Certes, dans le premier moment de stupeur, cet, audacieux coup de main aurait quatre ou c'aq chances sur cent de réussir.
Et c’est pourquoi il fallait le tenter.
Mais il y a là un démon qui veille. Un monstre de cupidité et de férocité.
Pendant que les Afridis perdent la tête, vocifèrent, se coudoient et se gênent mutuellement, il a réuni une vingtaine d'hommes résolus et les a see en un clin d’œil entre la bicoque et la tran- Chée.