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aître d'équipage.
à désigner et de bon euse, ou venir $se re.
perbe.
, portant tume de éclatante iple pei-
les veux it, l'air distinc-
PS veux Ori et ui don- 1 indéfius inat-
la bar-nts, un qu'aux S SoUre mélo-
galon métal les uti-
ge.
e semardeur e pur adres-
Bien que le soleil fût près de disparaître à l'hoizon, la chaleur était suffocante.
Le maître d'équipage en fit la réflexion d'une joix sonore, violemment parfumée d'ail, avec cet
‘assent” prodigieux, l’orgucil de notre belle Provence,
“Tél vé!. Johnny, mon compère, ‘l'amoshère"" il est caude comme une bouçe d'enfer !
“Ma parole ! on se croirait à Toulon... ”
Le timonier cracha par-dessus bord un long jet le salive jaunâtre, haussa les épaules et répondit lu nez, avec son accent vankec :
‘Ce moko est impayable !
“Toulon !.. mais il y gèle.. mais il y tombe de da neive...”?
L'autre riposta, indigné :
“Dis qu'il y a quelquefois de la rosée blance à ail les...
“Dis qu'on a vu de la neize au Gros 'erveau.…. Aoncore ou... mais c'était de la neize caude.…
“* La preuve, c'est qu'elle roussit les feuilles et qu'eile ne mouille pas... ?”
Le Yankee se mit à rire et chercha quelque plai- Ésantcrie pour faire monter à l'échelle son camarade, quand brusquement le navire stoppa.
Le vachtsman venait de donner, par le portevoix de la machine, un ordre auquel sans tarder le mécanicien obéissait,
‘ Qu'es-aco ? ” s'écria Je Provençal en revardant eu loin, par l'avant, le fleuve.
Il y avait dans l'eau de nombreux remous, des Sillages rapides et, de-ci de-là. des points noirs qui émergeaient au milieu de cercles concentriques.
Le timonier Johnny revarda également et dit de sa voix enrhumée :
“Allo ! Marius, toi qui as de si bons yeux, signale un peu les objets...
— Pécairé ! c'est des hômes qui nazent
— Ou des bêtes, god bless me !
— Ou des paquets...
* Eh ! troun de l'air !. ça fourmille de tocodrilles !..
Les hômes, les paquets ct les cocodrilles, tout Ca wisote, patauve, borbote..,
“Oh! les povres !. ils vont être manzés... ”
Le yacht, bien que Stoppé, marchait encore sur “on crre. D'autre part, le courant de l'Hougli amenail à sa rencontre les objets, animés ou non, vaguement signalés par Marius.
La distance allait diminuant et la rencontre de vait être prochaine,
Le Provençal ne s'était pas trompé,
Des hommes en grand nombre, et, paraissant d'ailleurs exténués, natcaient éperdument au mi. lieu des flots troubles, en poussant des cris d'angoisse et de fureur,
Cernés de tous côtés Par les gavials qui peuplent le delta du Gange, et qui pullulent sous les palétuviers, sur Jes bancs découverts à maré basse, dans les herbes, au fond des caux, la situa- Lion de ces malheureux élait épouvantable.
On connaît Je gavial, ce
saurien aussi vigoureux.
issi agile, aussi féroce que le crocodile dont il À diffère seulement, par la Structure de son museau plus mince, plus allongé, avec un renflersnt caractéristique aux narines.
C'est l'hôte habituel des fleuves hindous qu'il écume en vrai Pirate, avec une préférence marquée pour l'homme, quand ce dernier se trouve à portèe de sa formidable denture,
at
Aussi, ceux qui entouraient les étranges bai- Sneurs apparus à l'équipage du yacht se livraient à une véritable orgie de chair noire,
De temps en temps, on voyait un homme s'enfoncer, happé par les jambes, étendre un moment ses mains au-dessus de l'eau, et disparaître à pic, en poussant un cri déchirant,
D'autres, assommés par les monstres qui fouettaient rageusement l'eau de leur queue, étaient
de coco-
es, tout
FT saisis au milieu du corps et broyés par les terries bles mâchoires qui se refermaient avec un clappe- ‘ore sur Rae
, : Æ ment de cisailles.
l'Hougli
Leur nombre allait diminuant avec une rapidité si effravante, ct telle était l'abominable avidité des sauriens, qu'avant peu ils seraient tous dévorés,
Cependant quelques-uns eussent pu s'enfuir assez facilement.
Mais, loin de chercher à gagner Je rivage, ils demeuraient au milieu du fleuve, se serraient autour d’un petit groupe qui soutenait une épave, comme les soldats d’un bataillon décimé autonr du drapeau en péril.
La jeune femme, qui suivait de la passerelle toutes les péripéties de ce drame atroce, manifestait une vive compassion.
‘‘ Georges, mon ami, s'écria-t-elle d’une voix pPressante et apitovée, ne porterons-nous pas secours à ces pauvres gens ?
— Vous avez prévenu, mon désir, ma chère Clau-
ou non,
ntre de-
‘aissant 4 au mi-{ Is d'an- |
il peupus Îles
marée | Situa-
)Ureux, dont il nuseau
nt cCa- CS , :
‘ dia ”’, répondit le vachtsman.
ail Puis il commanda d'une voix retentissante :
A “A la mer la baleinière avec six hommes ! ” arquéc ; RTS ë :
pe Le maître d'équipage Marius porta son sifflet
L d'argent à ses lèvres, en tira quelques sons stri-
: dents, et fignola unc ritournelle, bDai- FA e ere :
raioné Aussitôt, avec un entra, une précision dignes
de l'équipage d’un navire de guerre, l’embarcation quittait les porte-manteaux et glissait sur ses palans.
Les canotiers avec le patron,
Elle déborda vivement le groupe des indigène gavials,
Chose étrange, les hide rompre leur abominable bler de fureur,
Soit qu'une cause mystérieuse excitât leur con voitise, soit que leur grand nombre les rendit au dacieux, ils Secartérent à peine au moment où la baleinière arriva au milieu d'eux.
Il était temps !
Une dizaine tout au plus d'Hindous & foquant les membres rivides, se Soutenaient à grand'peine sur l'eau.
Voyant qu'on venait à leur SECOUTS, ils n’hésitérent pas à jeter dans l'embarcation les mystériouobjets qu'ils voulaient sauver au Prix de pareils sacrifices,
Puis, sur l'invitation du Patron, ils se cramponnèrent au bordage, se hissèrent Péniblement et tombèrent anéantis sur les bancs.
Mais alors l'inexplicable furie d loin de s'apaiser, ne est possible,
On les voit se ruer sur la baleinière autour laquelle ils forment un cercle menaÇant
Ils sont là plus d’un cent, Poussant de sourds beuglements, se dressant debout jusqu'à mi-corps, appuyant sur le bordage
leurs larges Pattes griffues et palmées, ouvrant
des gueules énormes d'où s'échappent d'ignobles buées empestées,
s'y trouvaient déjà, l'aviron haut
ct fila sans retard ver 8 sur lequel s'acharnaient le:
uses bêtes, au lieu d'inter curée, semblaient redou
puisés, suf restaient vivants et
es gavials, bien fait qu'augmenter encore s’il
de
de taille monstrueuse,
La situation des matelots et des
viennent, de &
Hindous qu'ils Sauver cst terrible.
ron haut, La balcinière, secouée, tiraillée, roule bord sur sord, prête à chavirer,
Les canotiers, sans armes, cognent à coups d'aviron, se défendent comme ils peuvent, et ma gré eur vaillance éprouvée, frémissent devant ces rueules béantes prêtes à les dévorer.
Le yachtsman qui voit le péril jette un comnandement rapide par le porte-voix de la marvhi-
‘* En avant !.. et en douceur !
Puis il ajoute aussitôt
“Marius !.. les carabine
Le maître d'équipage à prévu l'ordre.
Avant même qu'il fut formulé, Le Provençal en trait en coup & vent dans le poste de timoncrie, décrochait trois Winchesters à répétition, courait à la passerelle, grimpait quatre à quatre, tendait une arme au capitaine, une autre à la jeune femme ct gardait la troisième pour lui.
Puis, avecun sanv-froid superbe, ils commen- Çaient le feu au moment où le bâtiment reprenait sa marche,
On était à environ quatre cents mètres de la balinière en péril.
4 T ois coups de feu retentissent, confondus en une =-cule détonation.
ard vers nuient les
ù d'inter it redou
Our con ndit au nt où lu
sés, suf ants et
1'hésitéstériou:
pareils
amponent et
s, bien ore s’il
ur de Puis trois autres, puis trois encore,
Oh ! les admirables tireurs !
. à se . . .
meuse: On pourrait, en quelque sorte, suivre le sillage it de-
des projectiles, placés comme à la main avec une
rectitude qui arrache un cri d'admiration à l'équipage.
La baleinière, les matelotse, les gavials, fornent
"n groupe mouvant, enchevêtré, presque in-lisæ tiuct.
La moindre erreur pourrait causer la mort de
rdage vrant 10bles
qu'ils
ces pauvres gens qui se débattent avec l'énergie du désespoir.
Mais les balles arrivent avec une préc rien ne peut déconcerter.
Elles frappent en plein corps, font voler les écailles cornées, trouent les chairs molles et froides, broient les os.
En moins de trente secondes, il y a une dizaine de monstres qui, atteints mortellement, coulent avec des contorsions ct des cabrioles désordonnées.
Le feu continue encore, moins rapide, mais aussi meurtrier, nettoyant la place, dégageant enfin la baleinière qui reprend sa marche.
Le vacht venant en sens inverse, la rencontre s'opère très vite, et les sauriens décimés, épouvantés, abandonnent enfin leur proie.
Bientôt la baleinière est hissée à bord avec son contenu, et les Hindous sanglants, épuisés, s’ébrouent tout ruisselants sur le pont.
L’équipage les regarde avec une curiosité bien légitime, pendant que les propriétaires du yacht, après avoir remis leurs armes brûlantes au Provençal, descendent de la dunette.
A l ‘aspect du jeune homme et de sa compagne qui si généreusement les ont arrachés à la mort, ils s'agenouillent avec une sorte de dévotion, en élevant leurs mains, en forme de coupe, au-dessus de leur tête.
L'un d’eux, qui semble le chef, s’adresse à eux en mauvais anglais et leur dit d’une voix rauque, entrecoupée par l’émotion :
“ Mérci au Sahib qui a arraché les esclaves du divin Brahma aux monstres de l’Hougli et leur a permis de retirer des flots la dépouille trois fois sainte de leur maître vénéré !…
‘* Merci à la helle blanche !… aussi belle que la
sion que
du que
les oÏ-
inc ent es.
us-
fin
tre
on
déesse Lackmi. aussi blanche que le lotus sacré.….. ??
Le yachtsman et sa compagne ‘éouidaient eurieusement cet orateur à l'élocu ion fleuri, ne comprenant pas trop ce qu’il voui:it dire.
C'était un homme d'âge indécis, de tuitic plutôt élevée, d'une maigreur d’ascète et d'une physionomie étrange ct terrible.
Maigre avec sous la peau de rudes saillies mnsculaires, la poitrine bombée, les veux luisants comme des braises, il semblait personnifier la vieueur et l'énergie poussées aux extrêmes limites.
Le jeune homme lui répondit également en anvlais.
‘* Je suis heureux d’avoir pu être utile à de braves gens comme vous, et je ne regrette qu'une chose: c'est de n'avoir pu vous sauver tous,
— Que le Sahib veuille bien me dire son nom, pour que nous sachions quel est l’homme généreux auquel nous devons conserver une reconnaissance éternelle.
— Je suis le capitaine Pennyless...( Sans-le- Sou. )
— Pennyless !.… désormais ce nom sera sacré à tous ceux des quatre grandes castes !
‘* Et maintenant, Sahib, daiwne mettre le comble à ta bienfaisance en me faisant donner quel ques pièces de linge bien blanc. ”
Le capitaine l'interrompit :
‘Tu auras tout ce que tu désires.
** Mais, dis-moi, n'éprouves-tu pas le besoin de boire et de manger...
‘* On va te fournir, à toi et à tes compagnons, des aliments et de la boisson.
- Ton cœur est généreux autant que ta mai:
est vaillante.
“ Mais, avant de songer à nous-mêmes, il nous reste un devoir sacré à remplir,
‘ Tu vois, Seigneur, ces deux ballots informes, pour la conservation desquels cinq cents et plus des nôtres ont péri noyés, ou fusillés ou dévorés...
Eh bien ? ces loques sanglantes renferment le cadavre d'un saint que les Anglais ont souillé, après l'avoir mutilé.
Voici la tête et voici Le corps enveloppés chacun d'une peau de truie et que les bourreaux ont, jeté dans ie fleuve.
‘Nous avons pu retirer des eaux ces précieux dél ris, mais à quel DELA
Le capitaine et «a compagne écoutaient sans mot dire et avec sorte de “aisissement cette histoire étranve racontée d'une voix basse, contenue, avec un accent terrible de haine.
L'homme continua
“Et maintenant, vénéreux seigneur, veuille nous accorder le coin le plus reculé de ton navire, pour que nous puissions retirer de l'enveloppe immonde le corps de notre vénéré maitre, et l'enfermer dans ces linges que tu nous as promis.”
Sur ces entrefaites, le soleil était rapidement, incliné sur l'horizon. La nuit allait venir, presque Sans crépuscule, avec cette soudaineté particulière aux révions tropicales.
IT était désormais impossible d'entrer à Calcutta.
Le capitaine fit mouiller les ancres de bossoir et, allumer les feux de position, de façon à passer la nuit sur le fleuve,
Par son ordre, le maître d'équipage Marius avait conduit les Hindons à l'avant du navire, derrière ure toile dressée en toute hâte pour qu'ils fussent, bien isolés.
nous
rmes, plus dévo-
nt le uillé,
chaont
cieux
sans Istoienue,
nous pour onde dans
nent pres- Licu-
Du reste, la lugubre cérémonie, que nul regard indiscret ne vint troubler, fut courte.
Elle dura une heure à peine.
Quand les premières purifications furent terminées, le capitaine, qui ne pouvait songer à les garder plus longtemps à bord, leur proposa de les faire conduire sur la rive de l'Hougli, en plein lieu désert, sous les palétuviers.
IIS acceptèrent avec transport cette offre qui comblait leur plus cher désir et ils quittèrent le yacht à neuf heures du soir, dans le grand canot monté par dix hommes armés jusqu'aux dents.
Ils débarquèrent sans encombre, emportant sur leurs épaules le cadavre du brahmane et, quittant aussitôt la ligne des palétuviers, s’enfoncèrent dans la jungle.
Le lendemain, de bon matin, le yacht appareilla.
Avec une lenteur majestueuse, il remonta le fleuve, dépassa bientôt la splendide succession de jardins et de cottages, de palais et de villas qui forme le Garden-Reach, puis franchit la ligne des docks et des bassins placés au-dessus et au-dessous du canal Tolly-Nollah.
Il longea ensuite l'arsenal, puis Fort-William, la citadelle, et remonta jusqu’au pont de bateaux qui fait communiquer Calcutta avec la nouvelle ville située en face et qui se nomme : Haourah.
Il stoppa et s’amarra bord à quai, après avoir reçu la visite de la Santé qui lui délivra patente nette.
Le capitaine Pennyless, ayant pris les papiers du bord, s’apprêtait à descendre pour se rendre à la direction du port, quand une troupe astez nombeuse de soldats européens, conduits par un officier, fit irruption sur le yacht.
“C'est vous le capitaine du navire ? demanda
brusquement l'officier sans rime ébiucher un salut.
— Le capitaine et le pror :iétaire, répondit d’un ton hautain Sans-le-Sou.
— Eh bien ! au nom de Sa Majesté la Reine, je vous arrête ! ”’
Aux paroles de l'officier anglais, le capitaine du yacht pâlit légèrement et son mâle visave eut une subite crispation de colère.
‘* Vous m'arrêtez, dit-il indigné, pourquoi ?
— J'agis en vertu d'ordres formels auxquels je dois obéir, et dont j'ignore d'ailleurs le motif.
— Je proteste au nom du droit des gens indignement violé en ma personne, ct je me réclame du consul américain.
— Je n'ai pas qualité pour recevoir votre protestation, et je vous prie de m'accompagner, sans retard, sinon je serai contraint d'employer la force.
— Ne pourrais-ie pas, du moins, dire adieu à ma femme et lui expliquer.
— J'ai ordre de ne vous laisser communiquer avec personne, interrompit brusquement l'officier,
— Alors vous me traitez en criminel d'Etat.”
La jeune femme, attirée par cette altercation, sortait de son appartement et poussait un cri de stupeur douloureuse en voyant son mari entouré de soldats, baïonnettes au canon.
‘ Georges ! mon ami, qu'y a-t-il ?.. que se passe-t-il ? fit-elle en s’élançant vers lui.
— Ma chère Claudia, répondit le jeune homme, l'hospitalière Angleterre daigne s’occuper de moi
n Sad’un
e, je
e du une de
ne-
du + esans r la
ma
uer ier.
on, de uré
as-
ne, noi
ai
au moment où, pour la première fois, je mets le pied sur la terre de l'Inde, et l’on me conduit, paraît-il, en prison !
— Mais je ne veux pas vous quitter. je veux vous suivre...
‘Monsieur !.. je vous en prie... laisse
zZ-MOÏi ac-
compagner mon mari.
- À mon grand regret, madame, la chose ect impossible, et j'ai reçu des ordres vous concernant, également.
‘Vous demeurerez prisonnière sur le yacht qui va être occupé militairement jusqu'à ce que la Cour suprême ait prononcé sur votre compte à tous deux.
‘Et vous, monsieur, en route !
— Ma chère Claudia, reprit le vachtsman, il y a là un malentendu absurde qui va bientôt s’éclaircir.
‘* Prenez courage ! Nous avons traversé bien d'autres péripéties autrement cruelies et dangereuses.
“ N'ayez aucune crainte ! Vous savez que rien au monde ne peut ni m'effrayer, ni me mettre en péril. ?”
Devant cette consigne brutale, devant ces soldats impassibles, la jeune femme eat la pudeur de ses larmes qu’elle refoula énergiquement.
Faisant appel à ton : vaillance, elle sécha ses yeux, affermit sa . répondit :
‘ Toute résistance est impossible, nous nous soumettons à la force.
“Au revoir, Georges ! au revoir, mon cher marl. mon âme est avec vous ! ”
Un grand landeau, la capote relevée, stationnait en face, la portière ouverte.
Un sous-officier se trouvait assis sur le siège de
RÉ LI mans 7h Pa LR A RÉ
devant. L'officier invita le yachtsman à s'asseoir sur celui de derrière, ct prit place à côté de lui.
En même temps la portière se fermait et la voiture partait au trot, à travers la foule d'indigènes qui rapidement s'était amassée sur le quai.
Le détachement s'installait sur le navire, ct la jeune femme cruellement frappée en plein bonheur, se dirigeait tout pâle vers l'escalier conduisant à son appartement.
Là, du moins, elle pourrait laisser couler les larmes qui l'étouffarent.
Quelle que fût l'indigenation ressentie par tous les membres de l'équipage, depuis le maître jusqu'au mousse, nul n'avait tenté d'élever une protestation que chacun sentait inutile.
Mais les yeux luisants, Îles faces crispées, les poings serrés de ces braves gens, tout indiquait une fureur poussée à son paroxvsme,
Ah ! si l’on eût été seulement un contre cinq, et hors de portée des canons de la citadelle !
Quelle bagarre sanglante ! Quel massacre d'habits rouges !
Mrs Claudia trouva devant l'escalier le maître d'équipage qui se découvrit, respectueusement et lui dit d’une voix attendrie qui mouillait son ‘‘assent” et laissait déborder une émotion inattendue chez un pareil colosse :
‘“ Madame. notre chef parti, vous restez ici le maître après Dieu, au milieu de vos braves et dévoués serviteurs.
“Tout ce que l'affection, le dévouement, la vénération peuvent inspirer à des hommes de cœur, nous vous l’offrans. ?”
Le timonier Johnny s'était approché en tortillant son bonnet de laine.
“Oui, madame, ajouta-t-il en essuyant du revers
ssCoir lui.
à Voigènes
t la heur, ant à
s lartous
jus
pro-
n Ss, ies
quait q, et d'haaître t et ‘‘as-
ndue
ci le t dé-
re rene:
Œur:
rtil-
vers
de sa main calleuse une larme qui embrumait ses veux, le Français a bien dit.
* Nous sommes à vous corps et âme, comptez sur l'équipage du ‘‘Pennyless.”*
Et la pauvre femme, que ces rudes et chaudes protestations réconfortaient, put à peine balbutier :
“Merci ! mes amis !.. oh ! merci de tout mon cœur,”
Et quand elle eut disparu, le Provençal remit sa casquette, l'enfonça d'un coup de poing à assommer un bœuf et gronda :
“Troun de l'air de bagasse ! en voilà une d'aventure et que nous ferons payer cher à ces bigorneaux d'habits rouges ! ”
Pendant ce temps, la voiture avait gagné rapidement l'intérieur de la ville.
Ün encombrement considérable força les chevaux à prendre le pas.
Une foule énorme emplissait la rue, foule silencieuse et recueillie composée en totalité d'Européens : soldats, marins, employés, marchant à pied, suivis de nombreux équipages où se trouvaient les membres du haut commerce, de l’aristocratie militaire et administrative : tout Calcutta.
Elle suivait un cercueil enfoui sous les fleurs et derrière lequel marchaient, écrasés par la douleur, deux adolescents, le frère et la sœur.
Le capitaine Pennyless se découvrit, et l'officier salua militairement.
‘* C'est le convoi funèbre de lady Richmond, assassinée par un ‘‘ native ” dit-il à son prisonnier en lui lançant un singulier regard.
— Les enfants de la victime sans doute ? répondit le capitaine.
— Oui ! et leur père, le major Lennox, duc de
Richmond, combat en ce moment les Afridis, travaillés par des agents secrets et révoltés contre le gouvernement de Sa Majesté la reine !
— Pauvres petits !. pauvre père ! ‘’ murmura le yachtsman apitoyé, sans s'apercevoir du regard sardonique de l'officier.
Le triste cortège s’écoula lentement, puis l'attelage reprit le trot et la voiture s'arrêta bientôt devant la prison centrale.
L’officier remit contre un reçu le prisonnier aux mains des gardiens qui le fouillèrent à fond, déposèrent au greffe ses papiers et les objets dont il était porteur, et le conduisirent, dans une cellule garnie d’énormes barreaux. :
Homme d'énergie et de résolution, le capitaine Pennyless se s’abandonna pas, dès qu'il fut seul, à ces élans de désespoir qui s'emparent des âmes vulgaires, en présence d’une catastrophe aussi soudaine qu’imméritée.
Il s’assit sur un escabeau de bois amarré à une solide chaîne de fer et envisagea bravement la situation.
Sans se lamenter et sans récriminer, il la résuma brièvement et se dit :
“11 faut tout prendre au sérieux et rien au tragique.
‘“ Je suis victime d’une erreur absurde où victime d’une machination abominable.
‘ Attendons avec patience les événements et laissons venir.
“Un homme tel que moi ne peut pas disparaître escamoté comme une muscade...
“ Quant à ma chère Claudia, son âme virilement trempée est inaccessible à la crainte et à l'intimidation.
‘“ Elle supportera bravement ce coup qui nous
tra- frappe er plein bonheur, mais ne saurait ni nous re le abattre, ni même nous éhranler.” Deux heures environ passèrent, pris nn serviteur mura à
hindou, accompagné d'un surveillar! européen, lui
arc apporta son repas.
Un ordinaire des plus so nmaires, sans doute,
atte- mais suffisant, t de- I l'absorba en homme sachant s'accommoder de tout, puis, suffisamment restauré, assista résigné LAS au lent défilé des heures qui tintaient lugubrement dé- à un invisible horloge. 5 nt il La journée s'écoula presque entièrement et le l Hule prisonnier pensait déjà qu'on allait l'oublier vo- Es : lontairement jusqu'au lendemain, quand la porte | aine s'onvrit avec un grand fracas de ferraille. | ul, à L Une demi-douzaine de soldats en habit ouge, | imes + haïonnette au canon, commandés par un sergent sou- le revolver au poing, entrèrent dans la cellule. Cinq heures venaient de sonner.
une “ Suivez-nous !? commanda brusquement le L Si- sous-officier.
Avec son beau calme un peu dédaigneux, le priuna sennier suivit sans hésitation, sans un mot, sans un geste.
tra- On lui fit traverser une série de couloirs somnr bres, aux voûtes épaisses, puis il déboucha dans 1eti- une pièce exiguë formant une sorte d’antichambre où se trouvait un huissier.
Ls et Il attendit un bon quart d'heure, au milieu des soldats raides comme des pieux. Une sonnerie aiuitre crelette retentit enfin et l'huissier ] introduisit dans une vaste salle où se trouvaient seulement nent trois personnages : un greffier, un avocat et le AmI- président de la Cour suprême, celui-là même qui, la veille, avait prononcé contre le brahmane Naous
rindra la terrible sentence.
Conduit par l'huissier, le capitaine s'anprocha, s'assit sur une chaise élevée faisant face au bureau devant lequel se tenait le magistrat et attendit avec son beau sang-froid,
* Veuillez me dire votre nom, demanda le président avec cette politesse glaciale des magictrats anglais.
Je pourrais à mon tour vous demander de quel droit vous m'interrogez, après m'avoir arrété contrairement au droit des gens,
* Par déférence pour la justice d'un grand pays ct après avoir protesté contre cet abus de force, je répondrai.”
Cette fière riposte, proférée d'une voix ferme, fit dresser la tête aux trois personnages peu habitués à voir et à entendre dr: accusés de cette envergure.
‘Je suis le comte Georges de Solignae, ventilhomme français, plus connu en Amérique sous le nom du capitaine Sans-le-Sou.
“Et je * vaux ” comme on dit dans mon pays d'adoption, cent millions de dollars.
‘* Je suis âgé de vingt-neuf ans et je suis venu, en compagnie de ma femme dans l'Inde, sur mon yacht, faire un voyage d'agrément.”
L'antithèse présentée par ces mots: Sans-le- Sou... cinq millions. produisit sur les trois Anglais une émotion que laissa transparaître leur calme légendaire.
D'autre part, cette déclaration sembla éveiller dans l'esprit du juge suprême un souvenir intéressant, Car l'interrogatoire s'interrompit, ou, plutôt bifurqua.
‘Alors, c'est vous ce gentleman excentrique dont la pr des deux mondes s'est entretenue, il y a deux ans...
ocha, treau endit
pr'ésitrats
or de arré-
pays
LC, 10
e, fit itués hver-
ntils de
pa vs
enu, mon
is-le- An-
leur
iller éresplu-
ique ie, il
étiez sans ressources d'aucune sorte...
Sans-le-Sou... quand : dée originale de parier de faire le tour du monde sans un pennv en poche...
cb L'enjeu était, d'un côté, votre vie si vous perà diez, de l'autre, une somme considérable si
v'auniez...
aux clauses
“pari, vétu de journaux ficelés à vos membres et votre corps, ne possédant méme pas un vétement,
iné cette fortune éblouis-
‘ Vous partites conformément
VOUS avez ainsi
… Que j'espère bien doubler avant peu, interrompit Sans-le-Sou.
© On me nomme là-bas le Roi du Pétrole, et une industrielle, avis au moins un milliard de francs !
compliments !
monarchie, comporte à mon
; Tous mes fit le magistrat, ? dont, en bon Anglais, l'esprit se panachait volontiers de jurisprudence et d'excentricité,
Puis, après cette originale incursion dans la vie privée de son prisonnier, il ajouta redevenu soudain froid comme une corde à puits en désig l'avocat :
‘ Monsieur est l'honorable Adam Smith, votre défenseur nommé d'office, qui, conformément à la loi, assiste à votre interrogatoire et vous prétera le son expérience.”
Avocat et accusé échangèrent un salut cérémonieux et le président reprit encore :
‘Maintenant, au fait :
“ Voici un dossier très détaillé qui vous
Pas possible ! s'écria Sans-le-Sou la surprise.
— Veuillez ne pas m'interrompre,
au comble
“ Ce dossier vous représente comme l'ennemi résolu de toute autorité, de toute constitution, de toute subordination aux lois...
— Pourquoi pas anarchiste ?
-— Déjà, continua le juge imperturbablement, VOUS avez, en Amérique, violemment troublé l'or. dre public, fait appel aux plus détestables instincts de gens sans aveu, violenté d'honorables citoyens, détruit des propriétés, bouleversé des cités entièin Pre
‘Puis, aux Antilles, à Cuba, vous avez pris fait et cause pour les rebelles, fait acte de belligérant, et commis de véritables actes de piraterie...
— C'est faux ! s'écria Sans-le-Sou indigné,
“J'ai secouru les faibles, délivré les opprimés, lutté contre une abominable tyrannie...
“J'ai agi selon ma conscience d'honnête homme, et je recommencerais, les cas échéant,
** Du reste, nous ne sommes ni aux Antilles, ni aux Etats-Unis, et vous n'avez pas qualité pour juger des faits accomplis en un pays étranger au vôtre.
— Je vous attendais là ! fit le juge avec un sourire sardonique.
‘* Ces faits, que vous reconnaissez, constituent, des preuves par analogie des arguments ‘* ad hominem ‘qui vont vous confondre.
* Non content d'avoir fomenté des désordres en Amérique et d'avoir combattu pour la révolte à Cuba, vous venez dans l'Inde continuer cette abominable mission dé rastatrice.
— C’est faux !
— Vous êtes formellement accusé d'entretenir des relations avec les Afridis, mutinés contre l’autorité de Da Majesté la Reine, de leur fournir des subsides en armes, en munitions, en argent...
mi ré-
on, de lement, « lé l’or- F] stincts © ovens, Î entiè. # is fait |
rérant, rimés, € È hom- * # È
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es en te à 2 abo-
ir des = utori- b s sub- À
C'est là une calomnie infâme autant qu'absurde contre laquellé je proteste avec indignation !
Nous ignorons jusqu'à présent si vous agissez pour votre propre compte, où pour celui d'un gouvernement Voisin qui a tout intérêt à nous créer des difficultés dans la région.
Alors je serais un agent russe ?
Peut-être !
Mais, tout à l'heure, j'étais anarchiste !.
Nous saurons plus tard,
‘Quoi qu'il en soit, vous êtes représenté comme ayant de louches complicités, de répugantes compromissions avec tout ce que les bas-fonds de l'Inde mystérieuse renferment de gens sans aveu, de Fandits, d'assassins.…
- Je suis arrivé d'hier matin, je ne connais personne ici, pas même les représentants des gouvernements français et américains.
‘ Sur mon honneur, je vous le jure !
lei l'avocat interrompit l’interrogatoire pour poser une question de principes.
‘* J'aurai l'honneur de faire observer à Son Excellence le très honorable président, que ce sont là seulement des présomptions, et que la loi anglaise n'autorise pas les procès de tendance.
** Hors le cas de flagrant délit, l'incarcération du prisonnier ne saurait être maintenue...
‘* En conséquence, j'ai l'honneur de solliciter son élargissement immédiat.
= I y à flagrant délit, reprit le juge.
C'est impossible ! affirma énergiquement Sans-le-Sou.
— Vous avez empêché, hier matin, l’exécution d'une sentence prononcée par la Cour suprême, en prêtant assistance à des rebelles.
— J'ai vu de pauvres gens qui s’acharnaient à
repêcher les morceaux d’un cadavre, et que les gavials décimaient affreusement…
‘* Je les ai secourus, ne pouvant croire que le gouvernement anglais, une fois la sentence exécutée, pût s'acharner sur le misérable qui avait payé sa dette.
— Monsieur, le lit du fleuve est ici la sépulture anonyme, comme chez vous le ‘* Champ des Navets”’ (sic) pour certains criminels dont il importe de soustraire la dépouille aux ovations de complices dangereux. ;
‘* Grâce à vous, les brahmanes ont pu, cette nuit même, rendre des honneurs divins à un misérable assassin !
‘ Grâce à vous, voici la sécurité des Européens compromise !. voici les bandits en éveil... les sociétés secrètes en action, et, peut-être, un nouveau foyer de révolte prêt à embraser la province...
‘* Déjà, vos complices commencent à s'agiter…
“* Je vous l'affirme de nouveau sur mon honneur, je ne connais personne ici.
“J'ai agi par simple humanité en secourant des gens qui couraient un péril dont j'ignorais et la! cause et la nature... ”’ e À ce moment, l'huissier qui stationnait dans Je cabinet formant antichambre entra discrètement, portant sur un plateau un petit paquet qu'il remit
au juge en lui disant :
‘* C’est urgent, Excellence.”
Le président déficela vivement le paquet et en retira un long foulard noir, et un petit poignard à # la lame effilée trouant un papier.
11 pâlit légèrement en lisant les quelques lignes écrites en anglais sur le papier, et dit à Sans-le- Sou d'une voix altérée :
‘ Vous affirmez toujours n’avoir ici aucune relation, et ne connaître âme qui vive ?
les ga-
que le exécuit payé
ulture les Naimpore com-
te nuit érable
opéens les so- JU Veau ;
De
nneur, F
nt des
et Jai
ns lei
ment, remit
en r'eard à
lignes
rela.
— Je le jure !
S'il en est ainsi, veuillez donc lire ce papier qui vous donne le plus sanglant et le plus formel démenti.”
Sans-le-Sou prit le papier, v jeta les veux et poussa une sourde exelamation de stupeur,
‘* Lisez à haute voix, je vous prie.”
Sans-le-Sou obéit.
‘ Sous peine de mort, il est ordonné au préaident de la Cour suprême de mettre en liberté, sans le moindre retard, le capitaine Pennyless.”
Le juge reprit alors avec dignité :
‘* Ce foulard est pareil à celui qui servit à étrangler la duchesse de Richmond...
** Ce poignard est identique à celui qui fut trouvé planté au-dessus de son lit :
‘ Ma vie est en péril !
‘Jamais un magistrat anglais n'a fléchi devant une menace, quelque terrible qu'elle soit.
‘Je ferai mon devoir !
Il appuya sur le timbre placé à portée de x main.
Les soldats et le sous-officier entrérent.
‘* Reconduisez le prisonnier dans sa cellule,’ il froidement.
,» 2 ait-
Les enfants de l'infortunée duchesse de Rivchmond épuisaient toutes les amertumes de la vie.
Ballotés par les tragiques événements qui les torturaient, seuls, sans appui, désormais privés de l'affection de cette admirable mère, ils évoluaient, inconscients, atterrés, endoloris, avec des cris plaintifs d'oiselets mortellement blessés,
IIS voyaient s’agiter autour d'eux des gens inconnus qui de tout cœur s'apitoyaient, mais ii, se sentaient horriblement seuls et faibles au inilicu de cette commisération anonyme.
Ils se serraient l’un contre l’autre, se tenaien: par la main en face de ces gens qui défilaient tri. tement devant la fosse où reposait leur mère, «à
leur pauvre cœur avait d’horribles soubresauts
qui les anéantissaient.
Maintenant leurs yeux secs, brillants de fièvre, n'avaient plus de larmes.
Quant la poignante cérémonie fut achevée, quan l'ultime séparation fut accomplie, on voulut les emmencr pour les soustraire à ce spectacle dont s’exaspérait leur muette douleur.
Patrick, mûri en quelques heures par la sou.
france, eut un geste de refus, et, comprenant que, en l'absence du père, il assumait les responsabilités de chef de la famille, il dit à sa sœur :
‘‘Demeurons encore ici près d'elle, n'est-ce pax, Mary ?
— Oui, mon frère ! nous lui dirons adieu quand À nous serons seuls.”
Alors, la foule pensive et recucillie avant évaeut le cimetière, les deux enfants s'agenouillèrent,
Ils prièrent longtemps, mélant des mots de ten-À dresse aux formules sacrées, sanglotant leur amour, criant leur peine, implorant la divine mist ricorde.
Longtemps, bien longtemps, ils s'épanchèrenths
ainsi, comme si leur chère morte eût pu les entendre.
Puis ils se levèrent brisés, touchèrent du doiot cette terre humide et se signôrent pPieusement.….
Ils sortirent de l'asile des morts et, se tenant toujours par la main, songèrent à regagner leur} demeure.
ens inais ils # Des amis de leur famille leur avaient, dès la ca-
tu ini MBastrophe, proposé de les recevoir chez eux.
® On les attendait ; on leur réservait une place enaien: rec les enfants. on leur offrait cette hospitalité nt tri Bnulaise si large et si sincère.
ère, CL Leur fierté écossaise ne voulait pas, ne pouvait
resauts Mas accepter.
4 levés dans une dignité presque farouche, ayant @opuis longtemps conscience d’une pauvreté que on cachait orgueilleusement, il leur semblait que quart cette hospitalité eût été pour eux une déchéance. 1 les Æ Aussi prétendaient-ils se suffire seuls, et retroudont fer, là-bas, aux confins de l'empire indo-britanniue. leur protecteur naturel, leur père, le major à sout- Mes Ecossais de Gordon.
&t ques Ce projet, Patrick l'avait communiqué à Mary Sabili- pendant la veillée funèbre, et la jeune fille avait oncenti sans hésiter, ) pas, Quand leur mère avait été poignardée par le faatique, au bazar international, ils n'avaient plus quand SSonué, on le comprend sans peine, à leur cocher halabar qui avait pris la file avec le dog-cart,
évacne ttelé des poneys.
it. Quarante-huit heures s'étaient écoulées depuis e temps.
leur Maintenant, ils y pensaient pour la première misé- Mois, et se disaient avec raison que l'homme avait Mi rallicr le cottage.
hèrentÆS Bien que leur gracieux pavillon de Garden-Reach
enten- it très éloigné, ils résolurent de s’y rendre à Die,
doigt Aux Indes, on le sait, un Européen qui circule à
Ée il est absolument disqualifié,
enant Mais eux songeaient bien, en vérité, dans leur
leur Rouleur, aux exigences du “ cant ” anglais et à
es formules surannées.
Is prirent bientôt le Circular-Road qui les ramena aux bords de l'Hougli sur ce Strand parcouru tant de fois dans la voiture, avec celle que l’on ne reverrait plus !….
ils suivirent cette voie admirable qui domine, en terrasse, d'une quinzaine de mêtres le fleuve, où l'on accède par de vastes escaliers, des * ghats dént les dernières marches disparaissent dans l'eau,
Enervés, fiévreux, insensibles à la fatioue, ils narchaient silencieusement sous l'implacable soleil, au grand étonnement des indigènes qui revardaient passer tes beaux enfants, et ne pouvaient s'expliquer cette course en pleine chaleur, au milieu de la poussière,
À mesure qu'ils avançaient, ils sentaient une sorte d’apaisement se faire en eux, à la pensée de l'hospitalière demeure pleine de souvenirs intimes, de l'asile familier où l'âme et le corps brisés trouveraient un peu de repos,
[IS arrivèrent enfin, mourants de Soifs, trempés de sueur, à la orande avenue sablée qui conduit au pare.
Et soudain, au dernier moment, là où doit se trouver la façade tapie sous les plantes grimpantes, ils poussent un cri de stupeur et de désespoir.
la maison avait disparu !
n’y a plus qu'un monceau de décombres noircies d'où s'exhale une affreuse odeur d'incendie,
Des débris carbonisés, des pierres, des cendres, des ferrures tordues, voilà tout ce qui reste du nid où l'ingénieuse tendresse de la mère, où l'amour passionné du père abrita leur première enfance.
La dévastation certainement volontaire n’a rien épargné, les bêtes et les choses.
Dans la grande voliôre en fer galvanisé gisent, inertes et sanglants, tous les oiscaux égorgés,
RD
Dans les communs à demi consumés par l'incendie, demeurent, étendus, les cadavres des chevaux massacrés, charcutés avec un acharnement sauvage.
Les harnais déchiquetés, les voitures lacérées, désemparées, forment des monceaux informes,
Mais c'est surtout l'habitation, ou plutôt ce qui fut l'habitation, dont l'aspect navre et révolte Patrick et Mary.
Que sont devenus ces souvenirs si chers, ces reliques inremplaçables ?
Le grand portrait du père, celui de la mère, d'autant plus précieux qu'on ne la reverrait jamais !
Et leurs vieux bijoux de famille, et leurs titres, et leurs petits objets intimes, ces riens exquis marquant une étape de la vie, et qu'on aime tant retrouver à la place familière.
Tout cela est dévoré par les flammes, et le peu qui aurait pu subsister à été mutilé avec une pat..nce, une ingéniosité abominables,
Les serviteurs ont tous disparu. Ketty ellemême, la fidèle européenne, a quitté ce lieu de désolation, à moins qu'elle n'ait été victime des misérables dont le fanatisme à causé ce désastre.
Car, malgré leur inexpérience de la vie, les pauvres enfants sont bien forcés de reconnaître partout la main de ceux qui vengent l'assassin de leur mère.
Oui, les Hindous sont les auteurs volontaires de cette dévastation si complète, on pourrait dire si savante, qui a tout anéanti !
‘Oh ! les méchants !.. Les méchants ! s'écrie d'une voix étouffée Mary, dont la bonté d'ange a une suprême révolte.
— Ces “ natives ?’ sont des bêtes féroces, gronde Patrick. en serrant les poings.
‘‘ Je me vengerai sur toute leur race ! ”
Tous deux se trouvaient épuisés par les privations et surtout par les douleurs éprouvées depuis leur départ.
Une écrasante fatigue les envahissait, une soif intense les torturait, et ils n'avaient niun toit pour s’abriter, ni un verre d'eau pour se désaltérer.
La jeune fille, plus faible, subit bientôt la réaction de ces douleurs physiques et surtout morales qui depuis trois jours ét trois nuits les suppliciaient.
Elle saisit le bras de son frère, et s'y cramponna en murmurant :
‘‘ Je suis à bout... je sens. que je vais tomber. .””
Il fit appel à toute son énergie pour la soutenir et, la voyant si pâle, s'épouvanta.
Ils étaient en plein soleil, et les rayons pouvaient, à la longue, devenir mortels.
Alors l'enfant, devenu soudain vigoureux comme un homme, emporta sa sœur sous un grand banian roussi d’un côté par l'incendie.
Mais les troncs adventifs du vieil arbre s'étendaient au loin, formant une impénétrable voûte.
Là, du moins, la jeune fille ne courait, plus aucun danger.
‘ Courage ! Mary. courage ! petite sœur, fit de sa plus douce voix Patrick.
— À boire !.… je t’en prie... à boire ! ?’
Le puis, actionné par un manège, était enfoui sous les débris calcinés de la charpente et de la toiture ; la citerne était comblée par les murailles écroulées de l'habitation.
Il n’y avait pas une goutte d'eau !
‘* Que faire !.. Mon Dieu, que faire ! sanglota l’enfant éperdu, en voyant Mary pâlir et l’entendant râler sa plainte :
‘A boire !… à boire ! ”
Brusquement, Patrick pousse un cri de surprise et de bonheur.
11 vient d’apercevoir, à quelques pas des arbrisseaux de forme singulière, semés là jadis par le major, comme curiosité,
Les fleurs disposées en panicules n'ont rien de remarquable ; mais les feuilles sont réellement estraordinaires.
Au lieu de s'épanouir en plan horizontal comme celles de la plupart des végétaux, elles S'incurvent, s'arrondissent et se soudent par leurs bords, de facon à présenter une sorte d'urne imperméable.
Bien plus, cette urne, supportée par une tige en vrille qui lui assure la position verticale, est pourvue, à l'extrémité supérieure, d'un couvercle ou opereule fixé à la nervure postérieure et médiane par un pédicule court et flexible néanmoins.
L'urne, ou ascidie, qui mesure environ dix à douze centimètres de hauteur sur trois où quatre de diamètre, est remplie d’une eau limpide et fraiche sécrétée par la plante, et que le couvercle, si heureusement disposé par la nature, empêche de s’évaporer.
L'intérieur de ce récipient original qui rappelle, toutes proportions et tous usages réservés, ces grosses pipes allemandes en porcelaine, est teinté d'une jolie couleur bleue du plus charmant aspect.
Patrick a reconnu le “Népenthès distillatoire,”” dont son père lui avait appris autrefois les propriétés, dans un entretien familier sur l’histoire naturelle.
Rompre une tige, apporter le gracieux vase, enlever le couvercle et approcher les bords des lèvres de Mary est pour lui l'affaire d’un moment.
La jeune fille but avidement et sentit un soula-
gement instantané par ce liquide réellement videntiel,
“* Merci ! petit frère. merci, je me fit-elle d'une voix qui s'affermisait,
‘* Bois à ton tour, car tu dois bien souffrir."
Ce fut le premier mome:t ment de la cruelle destinée,
En même temps, un hurlement d'un aboi vif et joyeux.
‘* On dirait la voix de Bob ! ‘ s'écria Patrick,
Un galop capide, un bruit de respiration étoutiée et un bull à tête carrée, à oreilles pointues, accourait en agitant éperdument son rudiment queue,
Il se rua sur les enfants, le lant, poussant des cris de dant, absolument fou.
Le bon animal n'avait, pas voulu abandonner les ruines de la maison, le champ de carnage où visaient les bêtes ses amies, la place où ses maîtres l'avaient élevé tout petit et l'avaient toujours choyé.
[I y fût mort à la peine, de faim et de chagrin !
Les voix animées des enfants l'arrachèrent à ça torpeur et le firent accourir.
Mary prit à deux mains sa grosse tête et serra en sanglotant J'humble ami des l'unique et dévoué comp:
infortune,
“Bob !.. mon bon chien ! ”
Lui seul paraissait avoir survécu au désastre qui avait dispersé où anéanti tout ce qui composait le petit Eden où l'on avait été si heureux,
Bob, choyé, caressé, s’assit gravement entre son maître et sa maîtresse, quand la joyeuse et brusque agitation du premier moment fut calmée.
pro-
sens mieux,
de trêve à l'acharne-
retentit, suivi
de
S léchant, les mordiljoie, sautant, gamba-
mauvais Jours, non de leur poignante
ux,
IL fixait sur eux ses bons yeux affectueux, en boules de loto, se pourléchait les babines d'une langue agile et semblait leur dire :
‘+ Nous voici enfin réunis... c'est parfait !
‘* Mais si nos cœurs sont heureux, nos estomacs sont vides.”
Et c'était l'exacte vérité, car littéralement Île trio défaillait. Maintenant, la nature avait repris ses droits et les manifestait de façon douloureuse,
{ fallait manger ! oui, manger mais, quoi ?
en face de ces ruines, de cette dévastation.
La flore qui avait pourvu tout à l'heure au plus pressant besoin, la soif intense éprouvée par Marv, allait encore une fois leur apporter le salut.
Les arbres de la région abondaïent dans le pare, ainsi d'ailleurs que dans tous ceux du voisinage.
I y avait des arbres à pain, des manguicrs, des cocotiers et une quantité de bananiers qui ne sont pas des arbres, mais des graminées géantes au port majestueux.
Mais ces admirables végétaux étaient ou en fleurs, ou chargés de fruits à peine formés.
Patrick cherchait avec l'attention inquiète que donne la détresse, et, tout dépité, ne trouvait rien.
ILavait laissé Mary sous l'ombre épaisse du vieux banian et suivait les allées.
Tout à coup, Bob, qui l'avait suivi en frétillant, s'arrêta, se ramassa sur ses jarrets musculeux, vrogna et montra les crocs.
Une demi-douzaine de ces malheureux Indiens que torture depuis de longs mois l'épouvantable famine cherchaient aussi leur misérable subsistance à travers l'habitation dévastée.
Un même besoin, une même souffrance, réunis-
sait, au milieu des ruines, les 1 race conquérante et ceux de
Il y avait là deux hommes enfants,
A peine vêtus de loques sordides, nés, de véritables spectres chaient à chaque pas et tre.
La peau noirâtre, Parcheminée, retombait en plis flasques sur les os formant de lamentables protubérances : les muscles atrophiés par le jeûne étaient réduits à l'état de tendons ; les côtes s'arrondissaient, en saillies lamentables et les faces desséchées avaient des rictus de squelettes,
Le petit Anglais qui tout à l'heure avait formulé un terrible serment de vengeance contre Ja race entière, s’arrôta, sincèrement apitoyé par cette misère tragique et navrante,
IH calma son chien d'un mot, d'une caresse, et suivit de l’œil ces pauvres agonisants.
Leur première pensée avait été de s'enfuir, Mais ils n’en avaient pas la force,
Du reste, l'attitude plutôt amicale de 1 les rassura.
Une des femmes s'enhardit ser la parole.
“ Monsieur, lui dit-elle en m°uvais anglais, permettez aux pauvres Hindous qui meurent de faim de manger les fleurs de “ l'Illoupi.”’
— Oui, oui, mangez, mes gez ! ”
La femme remercia, et ils suivirent cahin-caha l’allée, pendant que Patrick songeait :
“T1 y avait donc des fleurs nommées ‘ [loupi ‘” (1), que l’on mange quand on a faim...”
“eprésentants de la la race asservie.
+ deux femmes et deux
hâves, déchar-
ambulants, ils trébu semblaient près de s'abat.-
‘enfant,
au point de lui adres-
braves gens... man-
est le baissia latifolia, de la famille des Sarotées.
Alors il suivit discrètement les malheureux qui allaient lui donner une première ct urgente ‘ lecon de choses...”
Non loin s'étendait une vaste futaie où dominaient de grands arbres à feuilles dures, épaisses, d'un vert un peu foncé.
Ils étaient chargés d'une profusion inouïe de fleurs d’un beau jaune clair qui, maintenant, tombaient et couvraient le sol d’un tapis d'or pâle.
Et Patrick, étonné, vit les Hindous se ruer sur ces fleurs les dévorer avec une avidité gloutonne et en avaler d'énormes quantités.
Ce repas singulier dura une grande heure, Mais Patrick n'en attendit pas la fin.
I courut au banian où l’attendait sa sœur et lui raconta l'aventure. Puis tous deux, un peu pour ne pas troubler les Hindous et beaucoup par respect humain, se mirent à chercher des arbres analogues.
La souffrance ne leur avait pas enseigné la confraternité du malheur !
Ils en trouvèrent facilement et .’attablèrent devant cette manne inespérée offerte par la fée des fleurs. 3
Is y gouttèrent d'assurance, et ma foi ! trouvèrent cela fort bon. Les pétales charnus, épais, avaient une saveur légèrement sucrée avec un parfum de fraise tout à fait agréable.
À l'exemple de leurs voisins, les autres affamés, ils en mangèrent à satiété, pendant que Bob allait prendre pâture au cadavre d’un cheval.
Ils éprouvèrent un bien-être inexprimable et revinrent au banian qui leur offrait un abri excellent contre les intempéries.
Alors seulement un sommeil bienfaisant vint alourdir leurs paupières et engourdir leurs membres harassés,
ls s'étendirent sur l'épais tapis de mousse couvrant la terre et s'endormirent à la garde vigilante de Bob, leur bon chien.
Le président de la Cour supréme avait fait toute sa carrière dans l'Inde anglaise.
Il connaissait à fond le pays, ses superstitions, ses sociétés secrètes, ses traditions, son organisution occulte, et si, en bon Anglais, il méprisait absolument les indigènes, il les savait bien capables d'un mauvais coup traîtreusement exécuté dans l'ombre, avec leur sournoiserie légendaire.
Aussi l’ordre menaçant qui lui enjoignait de mettre en liberté, sous peine de mort, le capitaine Pennyless Jui donna-t-il à réfléchir.
Et si ce mystérieux ultimatum ne l'intimida en aucune façon, il n'en prit pas moins toutes les précautions nécessaires pour protéger sa vie.
La prudence n'est pas de la pusillanimité.
Ses hautes fonctions, rétribuées comme celles d'un ambassadeur, lui conféraient le titre d'Excellence et faisaient de lui un des premiers personnages de l'Empire.
C'était un homme de cinquante ans, de haute taille, d'une vigueur d'athlète, passionné pour les sports, cavalier incomparable, grand chasseur de tigres, et possédant une bravoure éprouvée dans maintes occasions périlleuses.
1 habitait, avec sa nombreuse famille, une opulente villa, ou plutôt un véritable palais, situé dans le Chowringhce l'ancien faubourg de Calcutta, devenu le quartier fashionable de la ville curopéenne.
vou- j Heureux époux, heureux père de six beaux enilan- * fants, quatre misses et deux fils, dont l'aîné était lieutenant aux Ecossais de Gordon, rien ne manquait au bonheur de ce magistrat universellement estimé et respecté dans tout ce vaste empire.
I s'appelait William Taylor,
Dans sa demeure se pressait une armée de serviteurs anglais et indisènes, tous de belle mine et
oute
somptueusement vêtus, qui rappelait, toutes proons, portions gardées, l'ancienne cour de ces rajahs auisa - * jourd'hui dépossédés, ab- À Aussitôt la menace formulée, Son Excellence fit bles ® un choix sévère parmi ces gens déjà triés sur le volans “ let, et donna une consigne inflexible.
‘ Tous les Hindous furent impitovablement écarmot- . tés des services intimes que l'on réserva aux seuls Pen- Européens, sauf le valet de chambre particulier,
un ancien soldat au régiment sikh, un montaen unard d'une fidélité, d'un dévouement à toute les épreuve.
I fut convenu qu'il coucherait sur une natte, devant la porte de la chambre de son maître, et que Iles les couloirs seraient occupés militairement par des ele *Chouprassies" (1) du Népaul, qui depuis l'occuna- pation anglaise ont été les constants et lovaux ami des Européens.
ute Non content de ces précautions qui consti- Jar tuaient pour ainsi dire la défense active, le juge fit de multiplier les appareils électriques servant à l’ap- ES pel de cette valetaille encombrante et fainéante. Toutes les ouvertures de la chambres à coucher pu- furent munies de contacts disposés de telle façon tué qu'il était impossible d'entre-bâiller seulement l'uut- ne d'elles sans mettre en éveil une bruyante série ro- de carillons.
Serviteurs armés.
Enfin, il chargea lui-même un excellent revolver de Birmingham, le déposa tout armé sur sa table de nuit, à côté de son grog, et, rassuré par ces mesures si habilement combinées, s'endormit profondément.
Cette nuit fut d’ailleurs délicieuse et singulièrement calme.
Déjà, Son Excellence le Premier président, s’éveillant au grand jour, s'applaudissait de son ingéniosité, quand un cri d'étonnement auquel se mélait une sorte de terreur lui échappa.
Au-dessus de son lit et à l'intérieur de la moustiquaire l’enveloppant hermétiquement, un poignard était fiché dans le mur, trouant un papier sur lequel étaient écrit ces mots :
‘* Mets en liberté le capitaine Pennyless, ou tu périras dans les vingt-quatre heures.”’
Le juge sentit au creux des mains et à la racine des cheveux une petite moitceur, quand il eut arraché l'arme et lu le papier.
Il y avait là une sorte de fantasmagorie effrayante à laquelle il était impossible de rien comprendre.
Ainsi, pendant son sommeil, un étranger, un ennemi mortel avait pu s’introduire dans la maison étroitement, close, franchir le cordon des serviteurs armés jusqu'aux dents, passer sur le corps du montagnard sikh qui barrait la porte, s’introduire dans la chambre malgré les appareils électriques, soulever la moustiquaire, planter le poighard dans la muraille, rabattre le moustiquaire et disparaître sans donner l'éveil !
Et lui, l’homme condamné à mort par ces redoutables inconnus, avait été à la merci de ce bandit qui l’avait épargné, en lui laissant, par bravade, cette menace formidable !
ñn el se
ustinard ir le-
)u tu
acine arra-
fra y- >ren-
1 enison er vi- Orps tro- Ctriard
dis-
loundit 1de,
fée
11 en est qui eussent donné l'alarme, mis la maison sens dessus dessous, crié, cherché, interrogé, inquiété.
Le juge Taylor, une fois le premier saisissement passé, ne sourcilla pas.
Il cacha dans son coffre-fort le poignard ct le papier r, et murmura :
‘ Ils ne me connaissent pas, s'ils croient m'intimider.
‘Tant que j'aurai un doute sar l'innocence du “apitaine Pennyless, ce dernier restera en prison,
‘Ils me tueront peut-être, mais ie ne faillirai pas à mon devoir.”
Il s'assura que tous les appareils électriques fonctionnaicnt parfaitement, constata que tous les hommes avaient fait bonne garde, et se creusa vainement la cervelle pour deviner par où était, passé le mystérieux et sinistre visiteur.
Devant cette énieme impénétrable, il s'entêta.
“Allons, dit-il, c'est la guerre. Eh ! bien, soit!
‘“ Va pour la guerre ! ”
Il ne dit rien à personne, et garda étroitement le secret sur cette étrange visite. Puis il vaqua tranquillement à ses affaires, et, au retour, multiplia les précautions.
D'autres eussent chanté d'appartement. Lui voulut absolument conserver la même chambre.
I vérifia lui-même les circuits électriques, mit en contact la moustiquaire avec les fils communiquant avec les sonneries et que le moindre effort devait mettre en vibration.
Cela fait, il se promit de rester éveillé toute la la ville par ceux dont l'infinie puissance veut la sur la crosse de son revolver.
Pour éviter de succomber au sommeil, il avait pris une forte dose de café qui stimulait ses nerfs et faisait travailler son cerveau,
Il faisait une chaleur accablante, bien que le pankah, manœuvré infatigablement de l'extérieur au moyen d'une cordelette passant sur une poulie, oscillât sans relâche.
Il y avait de l'orage dans l'air et un énorme dégagement d'électricité qui prostr nismes,
Le juge, qui s'était couché à dix heures, sentit vers minuit une invincible torpeur l’envahir,
Ce n’était plus l'état de veille, ce n'était plus le sommeil, mais quelque chose d'engourdissant qui participait de l’un et de l’autre, laissant intacte une partie de l'intelligence, et anéantissait le corps.
ait tous les orga-
11 entendit rouler quelques éclats lointains de tonnerre et vit de rapides fulurations éclairer la chambre où tre une veilleuse.
Tout à coup, un vent violent tord les cimes et secoue les feuilles des grands arbres du parc.
11 semble au juge que cette rafale pénètre dans sa chambre, car les rideaux s'agitent, le moustiquaire frissonne et la veilleus elle allait s’éteindre.
mblotait, sous sa verrière dépolie,
e vacille comme si
Le juge a vaguement conscience d’un péril mystérieux et redoutable.
I veut crier, s’agiter, donner l'alarme, appeler au secours ! Sa langue, ses membres, tout son
corps demeure paralysé, comme dans ces atroces cauchemars qui v
ous immobilisent en présence du danger.
En même temps, la flamme de la veilleuse grandit... grandit. s’allonge et de simple luciole de-
vient une torche flamboyante qui monte jusqu’au plafond,
Puis horreur !.. de la muraille même, au-des-
LES HT et tu PEER
see ci add
sous du pankah, semble surgir une formidable apparition.
Un homme, — presque nu, — les hanches seulement couvertes d'une langouti, glisse comme un spectre sur l’épais tapis.
C'est un Indien, à l’épiderme de bronze, aux membres grêles, tressés de muscles rigides comme des cordelettes d’acier.
Un sourire sardonique, d’une ironie cruelle, crispe ses lèvres, et ses veux noirs, aux reflets métalliques, dardent deux jets lumineux comme des coulées de phosphore.
Est-ce bien réellement un homme ? Est-ce un fantôme créé de toutes pièces par l'orage, la fièvre, l'état nerveux, le demi-sommeil ?.…
Homme ou fantôme, l'apparition s’est approchée à toucher le lit.
Le juge Taylor aperçoit dans sa main droite un poignard à lame aiguë, légèrement cintrée ; dans sa main gauche, un foulard noir, le lugubre tissu des thugs ou étrangleurs.
Tout cela, on le conçoit, n’a pas duré plus de deux ou trois secondes.
Et le juge, n’ayant pas entendu vibrer les signaux d'alarme, ayant conservé assez de lucidité pour constater qu'il est impossible d'entrer sans faire un bruit d’enfer, se dit :
‘* C’est un cauchemar... Je vais m’éveiller...”
L’'Hindou a gagné la tête du lit. 11 lève son poignard dont la lame, tranchante comme un rasoir, ouvre sans bruit, d’un seul coup, le fin tissu de la moustiquaire.
Ses deux bras disparaissent dans l’ouverture béante, avec des gestes agiles ct silencicux de fébn
Puis ily a un souffle étouffé.. un râle bref, strangulé, tout rauque.
En même temps surgit un éclair aveuglant presque aussitôt suivi d’un formidable coup de tonnerre.
Une odeur sulfureuse emplit la chambre devenue soudain silencieuse.
La veilleuse qui a repris ses dimensions normales tremblote sous sa verrière.
Le noir fantôme semble s’être fondu dans la muraille ; car il a disparu sans laisser de traces, bien que toutes les ouvertures soient demeurées étroitement closes.
Eveillé par le vacarme de l’orage, le soldat du Népaul se dresse à demi sur sa atte et dit à de mi-voix, à travers la porte devant laquelle il est couché :
‘* Le maître n’a besoin de rien ? ”
11 colle son oreille au panneau et ne recevant pas de réponse il se recouche en ronchonnant :
‘* Le Sahib dort... il à bien raison et je vais en faire autant.”
Cinq minutes après, il reprenait ce bon somme interrompu par l’orage qui bientôt cessa de faire entendre ses rugissements.
On est matinal, aux Indes, comme d’ailleurs dans toute la zone intertropicale, où la vie est suspendue pendant les heures brûlantes du jour.
Dès l’aube, le fidèle Sikh entre-bâilla la porte de la chambre et offrit à son maître la bienvenue du matin.
N'’entendant rien il s’étonna, puis bientôt s’effraya.
‘* C’est étonnant comme le Sahih dort, ce me tin.”
Il avait la consigne formelle de ne jamais entrer sans être appelé par le timbre électrique.
pres- * Mais, là, l'angoisse fut plus forte que la défense, ton. Ÿ 11 poussa vivement la porte qui s'ouvrit toute ‘ grande, et mit en mouvement les multiples carilvenuc 4 Jons.
F Ne voyant aucun mouvement, il s'élança d’un TMA- = bond vers le lit, écarta violemment le moustiquai- H re, et poussa un cri terrible qui retentit dans tou- Pau PA te la maison.
bien © #° «Ouah !.… Ouah !… Sahib margyà !.. le maioi S tre est mort ! ”
La face convulsée, les yeux hors de la tête, la langue pendante, le juge Tayior gisait étranglé dans son lit.
A son cou était enroulé comme une corde le terrible foulard noir des étrangleurs.
Et, pour que nui n’en ignorût, le poignard fiché dans la muraille, à la même place que la veille, trouait un papier sur lequel se lisaient ces mots:
‘ Condamné par les ‘‘ pundits ”’.. exécuté par moi, Bérar.”’
Le cadavre rigide était déjà froid.
Aux cris du valet de chambre, les chouprassies et les domestiques anglais accouraient, se lamentant bruyamment.
Ils avaient fait bonne garde et n'avaient rien à se reprocher, ayant soigneusement veillé à tour de rôle, et par moitié,
Du reste, il n’y avait aux portes et aux fénêtres nulle trace d’effraction.
Les appareils électriques fonctionnaient toujours à merveille, et s'ils étaient restés muets, c'est que nul n'avait pu entrer par les voies naturelles.
Et pourtant ie maïtre était mort !
Alors une terreur folle envahit soudain ces hommes, blancs ou noirs, qui tous avaient fait ia guerre, eb qui, intrépides en face d’un danger connu,
tremblaient comme des enfants devant cette manifestation tragique du surnaturel,
Néanmoins, ils ne perdirent pas la tête et, en l'absence de la maîtresse, en villégiature à Simba, avec les enfants, agirent pour le mieux.
D'abord, de minutieuses recherches furent opérées dans la chambre, sous le lit, derrière les meubles et les glaces. On sonda les murs et les parquets, et l’on ne trouva rien.
Quelqu'un s'avisa d’inspecter la logette où s’intalle, sur un siège en bambou, le coulie chargé de la manœuvre du panka.
L'horame était mort à son poste. Il était resté assis sur le haut tabouret de bambou et tenait encore entre ses mains la cordelette.
On crut d’abord qu'il avait été victime lui aussi, d’un crime, et l’on porta son cadavre au grand jour.
Le médecin, qui accourait pour donner au juge des soins, hélas ! depuis longtemps inutiles, constata que le coulie avait été tué par la foudre.
Le fluide avait suivi la corde qui avait rempli ainsi l'office de conducteur, et fait périr le malheureux.
Il y avait, en outre, à la muraille une assez forte dégradation produite par le choc de l’électricité. au point où se trouvait accrochée la poulie du panka.
Mais cette ouverture, qui faisait communiquer la logette, avec la chambre du juge, était trop petite pour laisser passer même le corps d’un enfant.
Il y avait donc impossibilité absolue de savoir par où l'assassin avait pu pénétrer près de sa victime, et se retirer impunément.
L'assassinat du président Taylor, suivant de si près celui de l'infortunée duchesse de Richmond, produisit dans Calcutta une émotion indicible,
Terreur chez les blancs, joie mauvaise et mal dissimulée chez les Hindous, cette émotion se répercutait avec une singulière intensité chez les conquérants et les asservis.
Se reportant par analogie aux plus tristes moments de leur histoire coloniale, les Anglais revoyaient, par la pensée, l'épouvantable révolte des Cipayes, et les atrocités qui la signalèrent.
Les Hindous relevaient la tête, se groupaient, tenaient de mystérieux conciliabules et commentaient haineusement ce trouble qu'augmentaient encore les tristes nouvelles arrivés du théâtre de juge la guerre.
Ons- | Les troupes européennes refoulées de Peshawer ; par les Montagnards Afridis, la peste dans la pronpli vince de Bombay, la famine partout, la terreur à heu- Calcutta, les sourdes menées des sociétés secrètes, il y avait bien là de quoi réjouir ces éternels opfor- primés toujours prêts à fomenter de nouvelles réïité, M voltes.
> du En vérité, ce début foudroyant promettait ! i : On croyait, et depuis longtemps, anéantie la forr la midable secte des Thugs ou Etrangleurs, et voilà tite À que tout à coup ces sinistres adorateurs de la fa- 1 rouche déesse Hâli témoignaient leur existence par roir deux crimes exécutés coup sur coup avec une adresvic- se et une témérité stupéfiantes !
Ils ne se cachaient pas, bien loin de là, et poussaient l’audace jusqu’à signer leurs forfaits avec une ostentation de sens assurés de l’impunité.
a Eu ce
eaiihtsoE
Tel que Bérar dont le nom acquérait, en quelques heures, dans Calcutta, frappé d'épouvante, une atroce notoriété,
Et chacun voyait dans ces événements la suite lugubre, autant que naturelle d'ailleurs, de la profanation maladroite des restes du supplicié, le pundit Narindra.
On croyait ainsi terrifier les Hindous, et pour longtemps. Mais voilà que cette mesure, impolitique dans sa rigueur, exasptrait, au contraire, le fanatisme.
Il ne suffit pas de frapper fort. 11 faut encore frapper juste et à propos.
D'autre part, l'aventure du capitaine Pennyless, l'opulent Yankee, greffée sur tout cela, prenait des proportions inattendues et menaçait le gouvernement impérial de complications diplomatiques.
Anglais et Américains, John Bull et l'oncle Sam, ces frères ennemis partout en rivalité, vivent comme chiens et chats ; et le ministre représentant, à Calcutta, le gouvernement de Washington prenait énergiquement fait et cause pour un de ces nationaux et se remuait d'inquiétante facon.
Et pour ajouter à ce désarroi qui eût exigé de la vigueur tempérée par l'expérience et l'habileté, le vice-roi ainsi qu'il arrive généralement en pareil cas, se trouvait absent !
En conséquence, Calcutta et bientôt toute la province du Bengale se trouvaient sens dessus dessous.
Cependant, la situation de Sans-le-Sou, malgré l'intervention du diplomate américain, s'était plutôt encore agscravée.
Les menaces formulées par les Etrangleurs et l’homicide sanction donnée à ces menaces compromettaient d'autant plus le prisonnicr, que l’auto-
F + POSER ETS"
rité, là-bas, si soupeonneuse et que le péril affo- Jait, voulait voir en lui la cause de l'assassinat du président.
Et malgré les énergiques protestations du capi-
taine Pennyless, l'autorité semblait avoir raison.
Car, enfin, même pour les gens les moins prévepus, l'infortuné magistrat avait succombé parce qu'il n'avait pas voulu obéir aux pundits qui lui ordonnaient, sous peine de mort, de rendre immédiatement la liberté au capitaine.
Restait à savoir si ce dernier était l'inspirateur de ce crime, ou s'il en était le complice involontaire et inconscient.
Aussi, le laissait-on dans une ignorance absolue de tous les faits.
IL demeurait au secret le plus rigoureux, Sans même recevoir la moindre nouvelle de sa femme.
Celle-ci, de son côté, prisonnière sur le yacht étroitement gardé par les soldats, vivait aussi étrangère au monde extérieur, que si elle eût été plongée au fond d’un cachot.
L'’équipage consigné à bord, participait naturellement à cette mise en quarantaine et demeurait dans l'impossibilité la plus complète de communiquer avec le dehors.
Pour plus de précautions, le yacht avait été éloigné du quai à longueur d’encâblure, et les approvisionnements étaient faits par des Anglais, à l'exclusion absolue des indigènes.
Les fonctionnaires, que l'on relevait de deux en deux heures, se tenaient à l'avant, à l'arrière, et sur la dunette du navire, et un poste était établi sous le roufle.
Tous ces factionnaires avaient nuit et jour le fusil chargé, avec la consigne de faire feu sur qui-
niv es
Conque essaycrait de quitter ter sans un ordre formel,
Bref, des mesures inflexibles.
Le service, néanmoins s’opérait comme à la mer et comprenait les soins de propreté, les différents travaux d'entretien, y compris celui de Ja machine, la remise à neuî des peintures un peu défratchies et des agrès avariés pendant le voyage et le fignolage de tout le reste.
En un mot, on s'ingéniait, pour fuir l'oisiveté, à inventer de la besogne.
La nuit, on dormait naturellement, sauf la bordée de quart sur le pont, soit à la machine qui fonctionnait juste pour actionner les dynamos servant à l'éclairage.
Les soldats, eux, évoluaient
le navire ou d'y monÿ
raides comme des Piquaient dans ce milieu qu'ils sentaient hostile, exécutant la consigne avec leur automatisme borné, brutal et zélé.
… La nuit venait d'étendre un épais voile de ténèbres sur le fleuve où le yacht évitait lentement au jusant.
C'était la quatrième, depuis l'arrivée dramatique du capitaine Pennyless et de sa jeune femme dans l’Inde.
Il pouvait être dix heures du soir.
Le maître d'équipage, étendu sur son cadre, sommeillait, la porte de sa chambre entr'ouverte, songeant à l'absence prolongée de son capitaine et maudissant de tout son cœur cette immobilité qui lui pesait comme un manteau de plomb.
Tout à coup, il entend le bruit, ou plutôt le froissement presque imperceptible de pieds nus sur la coursive conduisant à sa cabine.
Puis bientôt, dans l'obscurité complète, une respiration haletante.
ll se lève à demi et murmure en guise de: Qui vive ! l'interrogation provençale :
** Quésaco ? ”
Une voix, basse comme un souffle, répond :
** Friend !?” (ami).
Trompé par la prononciation anglaise, il riposte, faisant sans le savoir un jeu de mots déplorable :
‘Eh ! mon bon, je ne m'appelle pas Fred ! je suis Marius... tu entends : Marius !…
— Whist ! silence !.…
— Té vé !.… espère un peu !.. moi, je n'aime pas le mystère...
‘* Un peu de lumière, s. v. p. !…
“SN zou
Vivement il presse le bouton de l'appareil électrique, et la chambre est aussitôt inondée d'un ilot de lumière blanche.
Interloqué malyré son aplomb provençal, il aperçoit un Hindou vêtu seulement d’un langouti et qui ruisselait des pieds à la tête, cligne des yeux comme un hibou en plein soleil.
Ayant bourlingué pendant vingt-cinq ans sur terre et sur mer, le moko sait vaguement s’exprimer dans toutes les langues.
‘“ Eh ! d'où diable sors-tu ? ”’ lui demande-t-il en anglais de haute fantaisie, mais suffisamment intelligible.
Du bout de son doigt noir et see comme un bàton de réglisse, l’'Hindou montre silencieusement le fleuve.
‘“ Mes compliments ! car la chose n’est pas Îfacile.
‘ Et qui es-tu ?
— Un ami sincère et dévoué...
— Tu étais peut-être de ceux que les cocodrilles
ils voulaient manger ct que nous avons sauvés, heingne ?
— Oui !
—Et que veux-tu ?
— Parler sans retard à l'épouse du Sahib.… le Capitaine Pennyless.…
—Mais, mon Pigeoun, ce n’est guère l'heure d’une visite.
— Je n'ai pas bravé, sans un motif pressant, les mâchoires des gavials et les balles des soldats anglais...
— Je ne dis pas non... mais madame doit dormir. et il me faudrait éveiller une des femmes de chambre pour qu'elle lui demande si elle peut te recevoir,
— La femme du Sahib ne dort, Pas... son cœur est déchiré. elle pleure celui qu’elle aime.
“Va ! mes paroles lui feront du bien... allons, va ! ? fit d’un accent qui ne souffrait pas de réplique l'étrange visiteur.
Le Provençal se leva doucement, éteignit la lumière, et s’en alla, silencieusement, vers l'arrière, où se trouvait l'appartement des époux.
Les Anglais, du moins, avaient eu la pudeur de ne pas mettre de sentinelles à l’intérieur du navire.
Suivi de l’Hindou qui glissait furtivement derrière lui, il arriva près de la porte et murmura en français : ,
“ Madame, c’est, moi, Marius. m'entendez-vous ?
— Oui, mon ami, que voulez-vous ?
— Îl ya là un Hindou.. vous Savez... un de ceux que nous avons sauvés... l’autre jour.
“11 vous apporte des nouvelles de mon capitaine. ”
La jeune femme eut une exclamation de bonheur et répondit, :
‘“ Vite ! Marius !… faites-le entrer... ”
Le maître d'équipage ouvrit la porte et aperçut dans l’ombre Mrs. Claudia qui venait à leur rencontre.
Elle fit pénétrer sans mot dire le messager (nns son salon, rabattit les mantelets et les tnt à puis, certaine que tout était bien clos, fit à illir li flamme électrique.
A l’aspect de l’admirable créature dont, la üct leur avait cerné les yeux et pâli le visage, lu dou s’inclina et lentement se mit à genoux.
Un attendrissement dont il ne cherchait pas à se défendre éteignait la flamme de son regard adoucissait l'expression farouche de sa face, mouillait les rauques accents de sa voix.
‘“ Je suis ton esclave, Ô femme dont la beauté égale celle de Sri, la déesse fille du lotus, et dont le bras est vaillant comme celui de Skanda, dieu de la guerre, fils de Siva.””
11 la contemplait longuement avec une vénération passionnée impliquant l’idée de reconnaissance, d’abnégation, de sacrifice, poussée jusqu’au fanatisme.
‘Tu m’apportes des nouvelles. sois le bienvenu, mon ami.
—Oui ! le capitaine, ton époux, est en prison...
“Les Anglais lui font un crime de nous avoir sauvés, et l’accusent de nous pousser à la révolte.
— C’est une infamie !
— Oui... ce sont de grands misérables.….
‘“ Mais, ne crains rien. nous sommes dix mille qui avons juré sa délivrance... demain nous serons cent mille. et, s’il le faut, l’Inde entière se lèvera pour l’arracher de sa prison et le rendre à ta tendresse.
— Mais ceux qui l’accusent ainsi sont capables de tout !
— Ne crains rien !…
‘* Nous avons juré par Kâli que notre bienfaiteur sera libre et vivant... il le sera au plus tard dans trois nuits !
— Puisses-tu dire vrai vrai, mon brave pundit.
— Je n’ai pas l’honneur d’être un adepte : je suis un simple fakir.. les pundits sont la tête, nous sommes le bras... ils commandent, nous agissons.
‘* Et il n’est pas, sur la terre, de souverain aussi bien obéi !
“* Mais, quoi qu’il advienne, quoi qu'on te dise, ne crois rien, ne t’effraye de rien...
“Quand même on te dirait que le capitaine Pennyless est malade... qu'il est mort... quand même tu verrais ses yeux sans regard, ses lèvres sans souffle, son corps froid et rigide comme un cadavre, éloigne de ton âme l’idée de la mort, pense qu'il est vivant, et que son salut exige qu'il soit ainsi !
— Tu m’épouvantes !
— Encore une fois, ne crains rien, ct que ton cœur garde l'espoir indestructible, envers et contre l’évidence elle-même.
‘* C’est à ce prix seul que le capitaine sera libre.
— J’obéirai, fit résolument l’intrépide Américaine.
-— Et maintenant, je pars, dit le fakir.
‘ Ecris sur une petite feuille de papier un mot de tendresse pour celui dont l'unique souffrance est d’être loin de toi.
‘* Demain, dès l’aube ce papier lui sera remis, et son cœur s’emplira de joie..….”?
Emue de cette délicatesse qui prévoyait tout, de ce dévouement qui ne reculait pas devant l’impossible, Mrs. Claudia s’assit à son bureau, écrivit
quelques lignes dans lesquelles elle mit toute son âme et remit la feuille au fakir.
11 la prit respectueusement, l’enroula, dévissa l'extrémité du poignard qu'il portait attaché au bras gauche, et la glissa dans cette cavité, revissa le petit couvercle et dit simplement :
‘* Adieu, madame... je pars ! ”
Et sans attendre un mot de la jeune femme, il ouvrit la porte et disparut.
Il retrouva, dans l'entrée, Marius qui attendait patiemment la fin de l’entrevue et qui lui dit d’une voix basse comme un souffle :
‘* Prends garde ! c’est comme si ces rascals d'habits rouges se doutaient de quelque chose.”
Le fakir haussa les épaules et murmura :
‘ Les Anglais sont des pourecaux immondes...je ne les crains pas ! ”
Marius lui tendit la main et lui dit :
‘* Bon voyage et merci, camarade.”
Le fakir y mit la sienne ct serra énergiquement.
Puis il monta sans bruit sur le pont, s'orienta, enjamba le bordage et disparut sans que le Provençal ait entendu le bruit de sa chute dans le fleuve.
‘ Pécaïré ! quelle poigne !… songeait Marius dont la main d’athlète avait craqué sous l’étreinte de cet homme chétif qu’il eût cru pouvoir renverser d’un souffle.
‘* Un rude gaillard, que les Anglais auront du mal à genoper.”?
Une rauque exclamation le fit sursauter.
“ Who goes there !… ”” (qui vive ! ) cria une sentinelle.
Puis un rapide éclair de poudre et le bruit d’un coup de feu immédiatement suivi d'une fusillade intense.
Si les pundits étaient plus que jamais disposés à continuer la lutte dont la liberté du capitaine Pennyiess était le but, la justice anglaise, de son côté, ne désarmait pas.
Au président Taylor si tragiquement disparu avait succédé le vice-président de la haute cour, le juge Archibald Norton.
Chez ce dernier, même dignité professionnelle, même. impassibilité devant les menaces, même dédain de la mort !
A peine était-il en fonctions, que les pundits dont la police était merveilleuse et le système d'informations réellement stupéfiant, lui firent adresser l'ultimatum repoussé par son prédécesseur.
Le juge Norton, plus porté à la combativité, opposa séance tenante la bravade.
Il fit exposer dans son salon le poignard, le papier et le foulard trouvés à son chevet et les exhiba en riant à ses serviteurs comme objets de curiosité,
Pour bien montrer à ces mystérieux et formidables ennemis qu’il ne craignait pas la lutte, il ordonna que Sans-le-Sou fût transféré de sa cellule dans un cachot et mis aux fers.
Un lourd anneau d'acier, relié à une solide chafne scellée dans une pierre de taille, fut fixé à sa jambe droite, et une ceinture, également en acier, avec une chaîne scellée dans une autre pierre, fut cadenassée autour de sa poitrine.
Les chaînes avaient environ quatre mètres de long et immobilisaient le prisonnier dans un espa-
cruellement restreint sur lequel il pouvait tout ste se mouvoir et se tenir debout.
Ce traitement barbare n'eut pas le privilège d'éouvoir Sans-le-Sou qui se laissa faire sans un
>sés à hot, sans un geste de protestation.
itaine Æ || conservait son indifférence hautaine, man-
e son ait de bel appétit, dormait et attendait, sans se Béroubler, les événements.
Sparu Æ Mais, au fond du cœur, quelle colère, quelle hai-
ur, le Me, quels terribles projets de vengeance ! 0} Une consolation lui vint, inespérée, si douce cet nelle, ©; chère !
e dé- ! * 11 était depuis deux heures à peine dans ce cube k “ce picrre éclairé par une sorte de meurtrière laisndits Æant à peine filtrer un rayon blafard, quand on
stème “int lui apporter son repas.
irent #Ù Le gardien auquel sa dignité de blanc interdiléces- sait de porter le moindre fardeau, arrivait flan- | Mqué d'un coulie chargé de l'ordinaire.
>, OP- = Kur un signe du geôlier, l’Hindou déposa sur le Mol un bol de riz, une cuillère de bois, un morceau e pa- Me viande froide coupée à l’avance, pour éviter au ex- prisonnier l'usage du couteau et de la fourchette, e cu- Puis les deux hommes disparurent sans un mot. : # Sans-le-Sou, demeuré seul, s’assit à plat, ramenida- na sous lui ses jambes et prit cette position fami-
lor- “lières aux tailleurs et aux orientaux.
lule Pi Sa chaîne le gênait bien un peu. Mais, bast ! à
3 < dla vucrre comme à la guerre !
chai- 4 Il planta sa cuillère dans le riz fort bien préparé : d'ailleurs et très appétissant, et se mit à manger CIEr, lentement, en horime qui a tout le temps d’accom-
fut plir ce devoir physiologique.
Tout à coup sa cuillère heurte un corps étranger,
de LE] spa riz.
N cesse de manger, insinue le pouce et l'index au milieu des granulations blanches imhibées de ça: ry ct, très surpris, en retire un petit bâtonnet,
C'est une tige de bambou, longue et grosse con me une cigarette ct dont l'aspect inattendu le stu péfie, non sans raison.
Pour un prisonnier, le moindre incident prend « suite d'énormes proportions car, en dépit de sa futilité, il peut être gros de conséquences.
Le capitaine examine ke tube de bambou, l'es suie et constate qu'il est cacheté d'un bout avec ur peu de cire, l’autre bout étant fermé par un entre nœud,
Et soudain une idée folle surgit dans son esprit
Si c'était un message, un mot d'encouragement venu du dehors, un plan d'évasion !. un espoi méme insensé, entre ces pierres, sous ces cha nes !..
Sans-le-Sou veut savoir. et pour cela il faut où vrir cette sorte d'étui rivide sur lequel se crispen: ses doigts,
À défaut de couteau, il le serre entre ses dent l'éclate, le broie et quand il a pu enfin Le réduir en fragments, il aperçoit un papier soivneusemeit enroulé,
Son cœur bat à l'étouffer, ses mains tremblent en dépliant le mince feuillet, et tout à coup : Yeux se mouillent de larmes attendries.
1 vient de reconnaître l'écriture de sa femme
Par bonheur, la lumière est suffisant Il per lire ces quelques lignes où l'adorée compagne d sa vie à mis toute son âme.
“Georges, mon cher mari, mon bien-aimé, e’ext
moi, votre Claudia. Je suis sur le vacht, mai prisonnière. Je vais bien, On est plein d'ésards
con
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l'es.
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pour moi, Je ne souffre que de votre absence. 11 est dix heures, Un fakir vient à bord. Un de ces malheureux que nous avons sauvés. À travers mille dangers il m'apporte l'espérance, et cette espérance est la vie, puisqu'il me promet votre liberté. [1 m'affirme que ce billet vous parviendra et j'ai foi en lui. Et vous, mon cher aimé, espérez aussi, contre toute présomption, contre toute possibilité... oui, espérez quand même... que ma foi passe dans votre âme et adoucisee l'amertume de notre séparation,
* Comptez sur mon énervie, comptez sur mon amour ct bientôt nous serons réunis,
‘“ Votre Claudia. ‘”
Il parcourt d'un coup d'œil rapide ces mots tracés, à la hâte, puis recommence plus posément cette lecture, évoquant par la pensée l'image chérie de cette intrépide compagne dont l'affection naquit au milieu de si tragiques péripéties.
Oui, Chaudia, <a chère Claudia est bien toujours la vaillante, l'énervique dont la bonté d'ange égale la souveraine beauté.
Oui, ces chaînes seront brisées ! oui, ces murs de Péerre erouleront ! oui, ces deux êtres arrachés pour la premié fois à un bonheur si durement acheté autrefois goûteront bientôt l'ineffable joie de revoir
tit Combé dans une douce rêverie
‘de sentir le poids de ses chaînes,
l'ærrachait à cette ahbominable sensation d’être
emmuré tout #if et lui faisait franchir par la penfe la Jugabre enceinte du cachot.
I avait oublié son frugal repas de prisonnier,
BE Be s'aperceVoir du défilé des heures qui
ff
marchaient.. marchaient, amenant de redoutables successions d'événements,
Pendant que Mrs. Claudia attendait sur le yacht, pendant que son mari se résignait.… à la façon d’un lion enchaîné, les pundits et leurs auxiliaires les fakirs agissaient, et de terrible façon.
Il y avait, ce soir-là, grande représentation au principal théâtre de Calcutta, qui porte le nom singulier de ‘‘Sans-Souci.”?
Calcutta, dont la population avec les faubourgs et Haoura dépasse douze cent mille habitants, possède un grand nombre de théâtres.
Mais Sans-Souci est celui de la fashion, l’endroit select par excellence, dont le spectacle est très couru où les mondains ont leur loge.
On jouait ce soir-là un drame de Shakspeare et il y avait salle comble.
Le juge Norton, si tragiquement élevé à la présidence de la Haute-Cour, y assistait avec sa nombreuse famille et se prélassait, très en vue, au premicr rang de son avant-scène,
Deux actes avaient été joués et applaudis avec ce frénétique enthousiasme que les Anglais ne marchandent pas à leurs gloires nationales.
Depuis cinq minutes à peine le rideau venait d’étre levé pour le troisième acte, quand un ‘“chouprassie ” du tribunal suprême, bien reconnaissable à sa riche tenue militaire, entra doucement dans la loge.
Le juge tourna la tête et vit l’homme lui présenter respectueusement une lettre.
D'un geste de mauvaise humeur, il posa sur la tablette sa jumelle, prit la lettre ct la décacheta.
Elle renfermait quelque chose de très important, car le juge se leva et dit à sa femme :
‘* Je suis forcé, ma chère, de vous laisser pour
cinq minutes. j'ai besoin d'éclaircir un fait de la plus haute gravité qui m'est signalé par le chef de la police...
— Mon ami, prenez garde !
— Oh !il n’y a aucun danger...
‘ Du reste, je ne quitte même pas le théâtre...on m'attend là... dans le salon de la loge.’
Il sortit doucement et trouva le chouprassie debout à l’entrée, attendant des ordres.
‘* Tu connais l’homme qui est là ? demanda-t-il en montrant le salon,
— Oui, Excellence.
‘* C’est un inspecteur de la police indigène...
— Bien ! retourne au Central-Office et dis au chef qu’il se tienne à ma disposition.”
Le chauprassie s’inclina et partit pendant que le juge entrait dans le salon dont il fermait soigneusement la porte.
Un quart d’heure s’écoula, puis une longue demiheure qui parut interminable à la femme du magistrat.
Son mari lui avait dit: cinq minutes, et il ne revenait pas !
L’angoisse la saisit en pensant aux menaces ter-
ribles formulées contre celui qui avait pris la pé-
rilleuse succession du malheureux Taylor.
A la fin, n’y tenant plus, elle sort de la loge ct à son tour ouvre la porte du petit salon.
D'abord elle ne voit personne dans le coquet ré-? duit flamboyant de lumière électrique.
Soudain un cri terrible lui échappe ! une de ce: clameurs déchirantes de créatures humaine, muti lée, frappée à mort.
Elle vient d’apercevoir, sur le tapis, son mari, étendu sur le dos, jambes et bras écartés, les yeux sanglants, la bouche tordue par un effroya-
ble rictus d'agonie et ne donnant plus signe de vie !
Autour de son cou est enroulé comme une corde le foulard noir... la sinistre loque des étrangleurs.
Alors, il lui semble que cette lumière aveuglante pénètre dans son cerveau par des centaines de piqûres et que le plafond s'écroule sur elle.
Brusquement le souffle lui 7 nque ; elle étend les bras, oscille et s'abat fort :yée près du cadavre.
Son cri à jailli jusque sur ia scène, épouvantant les spectateurs, interrompant les acteurs.
I y a un moment de tumulte indescriptible, puis une véritable panique.
De tous côtés on s'élance vers la loge : policiers, spectateurs, pompiers, gens de service.
En un clin d'œil le salon est envahi par une foule terrifiée, pendant que la voix des tragédiens est couverte, par le tumulte qui emplit la salle.
Un médecin traverse les rangs pressés des curieux atterrés et s'occupe tout d'abord du juge.
Il tranche le fatal issu de soie et découvre le col cerclé d'une raie violette.
Il tâte le pouls, ausculte le cœur.
Rien ! pas un battement !
Il tente une saignée.…. pas une goutte de sang !
Il essaie la respiration artificielle.
Rien ! le juge Norton n'était plus qu'un cadavre.
Et pour que nul n'ignore quelle main l'a frappée avec une audace réellement stupéfiante, on aperçoit, en même temps planté au-dessus de lui, dans la cloison, le kandjar à lame recourbée, à pointe ‘aiguë, et d'une forme invariable.
Oui, invariable comme le supplice infligé à la victime, comme la formule sauvage qui dénonce l'assassin.
mans
or
La pointe, pour la troisième fois, traverse un ? papier sur lequel on lit ces mots qui font frissonner les plus intrépides :
‘* Condamné par les pundits. Exécuté par moi: Bérar.”” Au milieu de l'agitation pleine de terreur qui allait grandissante, on apportait, du poste de secours, deux brancart On étendait sur l'un le cadavre de l'homme, sur l'autre le corps de la malheureuse femme à laquelle échappaient maintenart de ces petits cris inarticulés comme en poussent les déments.
Puis on les descendit à travers les rangs pressés des spectateurs qui désertaient la représentation interrompue, et on les transportait à leur demeu-
nn re.
Déjà le bruit de ce troisième attentat <e répandait dans la ville avec la rapidité des mauvaises
nouvelles.
On le commentait de toutes parts en l'agvravant encore S'il est possible, et les reporters, toujours à l'affût des informations, griffonnaient, enquêtaient, couraient, téléphonaient avec une activité fébrile.
Mais ce n'était pas tout, et cette soirée qui littéralement révolutionna la grande capitale de l'Empire britannique devait fournir un nouveau contingent d'émotions plus graves encore s'il est possible.
Ce terrible comité secret, qui jugeait et condamnait sans appel ni sursis les plus hauts dignitaires de l'empire, venait de manifester officiellement sa volonté, de donner ses ordres, et dans quels termes ! ;
Pendant la soirée, cinq cents notables de t'alicutta avaient reçu à domicile, une lettre qui ies épouvanta. :
Le comité avait choisi les noms les plus illustres de l'aristocratie militaire, administrative et judi ciaire. Puis les plus considérables du gros négoce, de la haute finance et de la grande industrie,
Voici, dans sa redoutable simplicité, cette cireulaire qui n'était pas l'œuvre de mauvais plaisants, comme essayèrent de se le’ prouver, tout d’abord à eux-mêmes, certains destinataires à moitié morts d’effroi.
‘Nous, les élus ces Cinq Castes, formés en comité ! déclarons que le capitaine Pennyless est innocent. Il ne connaît ni les bandits, ni les fakirs, ni qui que ce soit parmi les fidèles.
‘ Nous le ** jurons par le sang !
‘Au nom de la suprême équité, nous avons exigé sa liberté. On nous l'a refusée. Nous avons : frappé sans pitié les auteurs de cette iriquité. L
‘sera libre, néanmoins, parce que nous le voulons.
“Mais la vie du capitaine Pennyless pourrait être menacée par des juges capables de faire disparaître un prisonnier aussi compromettant.
‘Nous exigeons qu'il vive, et il vivra !
‘“ Votre existence, à vous que nous désignons comme otage, garantit la sienne.
‘S'il périt, vous périrez également. Condamné et exécuté par nous, rien ne pourra vous sauver,
‘Vos demeures, où magasins, ou docks, ou usines, où chantiers seront rasés.
“Enfin, le fléau de la peste sera déchaîné dans a ville par ceux dont l'infinie puissance veut la justice,
‘ Tremblez et obéissez !
Sur chacune de ces lettres, étaient apposées, en guise de cachets, trois où quatre mains ouvertes, et disposées en triangle autour d’une fleur de lotus.
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À la lecture de cet ultimatum indiquant l'implacable volonté de sévir, et d'atroce façon, une épouvante indicible s'empara des destinataires.
Ce comité des Cinq Castes avait montré qu'il ne craignait pas de s'attaquer aux plus puissants, qu'il disposait de moyens formidables, et qu'il ne reculait devant rien,
Et l'effroi fut d'autant plus grand, que chacun ignorait quels étaient ses membres, d'où il recevait son mot d'ordre, quels étaient ses complices,
Alors tous ces otages affolés par cette menace qu'ils sentaient suspendue sur leur tête n'eurent plus qu'une seule pensée,
Celle du capitaine Pennyless !.. ee Yankce original et opulent, pour lequel on se mit à trembler au moins autant que pour soi-même,
On se concerta, on fit des démarches pressantes, on télégraphia au Vice-Roi, bien tranquille en son merveilleux palais de Simla, on pétitionna, on offrit même une caution qui atteignit le chiffre énorme d’un million de livres sterling (vingt-cinq millions de francs !
Oh ! comme la santé du captif devint subitement chère à tous ces repus arrachés à leur quiétude capitonnée d'opulence et d'égoiïsme.
On craignit non seulement pour lui la mort sans jugement, la disparition mystérieuse sans phrases ni formalités des prisonniers d'Etat, mais on appréhenda la maladie, les privations, un rhume, un bobo !…
Pensez donc ! il représentait pour eux la tranquillité, la vie facile, la paisible jouissance des honneurs et de la fortune !….
Bref ! ces gens firent des pieds et des mains pour obtenir qu’on les débarrassât de cet hôte réellement incommode et dangereux.
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