‹ Les études classiques avant la RévolutionChapitre 1 sur 81 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La qaestion des études classiques est toujours résolue et toujours pendante. Les collèges regorgent d'élèves. Dans ce pays si avide de culture intellectuelle, si prompt à courir aux connaissances ouvrant l'entrée des carrières, chaque génération qui se lève apporte son contingent à l'instruction secondaire. Mais, pendant que les établissements débordent, les écrivains, les pédagogues discutent. Il en coûte de faire ses classes. La lente formation de l'esprit par les langues mortes parait bien longue h une époque pressée et qui a tant à apprendre. Tous les vingt ans , les révolutions politiques , les IransformatioDs sociales, les progrès des sciences, la mobilité des idées remettent en discussion les méthodes et les programmes d'enseignement. De là ce besoin de changement, ces éferneU projets de réforme, ces récriminations contre la routine, ces

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allers et retours de l'opîaioD tantôt s'engouent de procédés expéditîfset de bouleversements profonds^ tantAt revenant sur ses pas, quand les innovations ont été reconanes téméraires et les esssais condamnés par l'expérience. De ces tAtonoements, de ces contradictions , de ces polémiques , de ces mécomptes résulte comme un ahurissement de l'espril public ne sachant à qui entendre, au milieu de ce concert d'anathèmes et de louanges où les uns trouvent que tout est mauvais, les autres que tout est bon dans notre système d'études.

: Ce procès toujours en suspens donne un certain intérêt d'actualité au présent livre. Il y a de tous côtés une véritable émulation pour exhumer les traditions pédagogiques de nos pères. Ce n'est pas trop, des lumières du passé pour trancher un {iroblëme souvent obscurci par la passion, si délicat et si complexe de sa nature qu'il fait hésiter les plus modériés et les plus clairvoyants. Il y aurait tant de charme à. adoucir l'épreuve de la jeunesse appelée tour à tour & poser sa tète sur l'enclume des études clansiques, m àtcude studiorum poêitus ; d'un autre côté, une fausse manœuvre entraînerait de telles conséquences; la direction imprimée à l'enseignement peut peser d'un tel poids sur la fortuse. littéraire, la gloire et l'avenir d'un peuple, que pour la solution d'une question aussi grave, on sent le besoin de réunir tous les éléments d'information.

Nous voudrions apporter ici les leçons de l'histoire, toujours bonne conseillère.

Nons n'avons pas cru devoir, dans cette longue enquête, remonter jusqu'au lloyen Age. Au commencement de cette époque troublée, l'enseignement du trivium etàuquadrivium, comprenant la grammaire, la riiétorique, la dialectique, l'arittunétique, la géométrie, l'astronomie, la musique, qui étaient les sept arts libéraux, passa des écoles rnmaines établies en G.aule, lors des invasions barbares, aux écoles épiscopales et monastiques. Les ouvrages où Boèce avait résumé les écrits de l'antiquité grecque et romaine sur les arts libéraux, ceux de Gassiodore, le livre de Martianus Capella, les étymologies de saint Isidore dé Séville, les traités de Bëde défrayèrent presque à eux seuls les études classiques pendant quatre sifedes. Alciiin, Théodulphe, Raban Haur, ne firent guère qu'exploiter à leur knanière, et d'après le goût du temps, ce trésor de connaissances. Ces traditions entretinrent une véritable activité littéraire jusqu'à la fin du su* siècle. Les écoles les plus illustres, celles d& Reims, ' de Chartres, de Laon, du Bec, de Paris, donnaient place dans Idur enseignement aux sept arts libéraux et aux auteurs de l'antiquité. L'engouement extraordinaire qui s'empara des esprits pour la dialectique au xt* ut au xii* siècle, devait amener l'abandon de la littérature pour la logique.

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