IV PRÉFACE
Malgré les protestations des Bernard de Chartres, Guillaume de Couches, Richard l'évëqne, Pierre de Celle, Jeao de Sarisbéry, la défaite des études classiques parait définitive à la fin du xu* siècle. « Les poètes, les- historiens, dit JeaA de Sarisbéry, tombèrent dans le discrédit, et quiconque se livra à l'étude de la littérature andenne,' fut considéré comme un ruatra et un lourâatid. « Avec lexui* sibcle nous entrons, pour près de troiscenta ims, en plein Tèg:ne de la scolastique.
Les études classiques, telles qu'on les ientend de nos jours, nous viennent de la Renaissance. Notre système d'enseignement secondaire fut définitivement fixé dans ses grandes lignes au xvi* siècle et consacré officiellement parles statuts de 1598. Néanmoins, la voie restait ouverte aux débats, aux progrès, aux réformes. Que de problèmea importants étaient encore à résoudre ou devaient être posés successivement par la marche même de l'esprit public I LeS'langnes mortes servant désormais' de base à l'éducation intellectuelle, on ^lait dis^culer avec ardeur les questions de grammaire, de version et de thème, de composition et d'explication des auteurs. L'éclat jeté par la littérature française sons Louis XIV allait attirer l'attention sur la langue nationale. Les relations avec les peuples voisins appelaient la connaissance des langues vivantes. Les grands événements, les guerres et les
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traité» du xvi* et du xvii' siècle, en donnftaL ane assiette déSnitive aux nations modernes, rendaient nécessaires les notions de géographie et d'hist^ûre moderne. Les sciences, par l'étendue de leurs pro- ^bs, par Téclat de leurs découvertes, allaient mériter de partager dans l'éducation. l'empire <des lettres, partageant déjà avec elles les faveurs do l'opinion. En forçant la porte des - collèges , elles mettaient à l'ordre du jour la réforme de l'ensei- ^ement philosophique, dans lequel elles se trouvaient confondues jusqu'alors, et qu'on accusait de leur faire une trop petite part, de se déshonorer par des subtilités scolastiques et un latin harbare.
A cùté de ces questions d'instruo.tion proprement ' dite, devaient s'en poser d'autres non moins graves, relativement h l'éducation. Le moment vînt au xvin* siècle oii, la foi séculaire de la France étant profondément ébranlée par les attaques de l'incrédulilé, on se demanda s'il ne convenait pas de remplacer dans les collège» l'étude de la religion par celle de la morale. En même temps, les discussions politiques qui commençaient à se produire, les vagues pressentiments d'une Révolution aspirant à régénérer la société de fond en comble, ÏDspiraient aux réformateurs la pensée d'ea. précipiter l'avènement, en donnant aux générations nouvelles ce que nous appelons aujourd'hui l'instiactioa civique,
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Une époque faisant profession de réparer toutes les erreurs du passé, de vengo* le corps comme l'esprit de leur servitude ftéeulaire, ne pouvait manquer d'accorder, à la suite de Rousseau, sa sollicitude à l'éducation physique, apr^s avoir repris sur des bases nouvelles l'éducation intellectuelle et morale. Enfin, comme si tous ces graves problèmes n'eussent pas sufiî à l'activité des réformateurs, l'expulsion des Jésuites des cent collèges qu'ils tenaient en France, dans l'année même de la publication de VÉmik, soulevait la grave question des droits de l'Église et de l'État dans . l'éducation publique, et produisait, dans le domaiue . des études secondaires, un ébranlement pareil à celui que nous éprouverions aujourd'hui, si tout I d'un coup l'Université de France quittait subite- 1 ment les établissements qu'elle occupe dans le : pays.
Ce coup d'flsil d'ensemble, jeté sur le mouvement 1 pédagogique qui précéda la Révolution française, j fait pressentir au lecteur toute l'importance -des questions que nous avons à faire connaître. En nous bornant ici à l'instruction proprement dite et i en prenant pour point de départ le moment où l'en* | seignement secondaire fut constitué, c'est-à-dife la j Renaissance, il nous sera facile de constater dans i les âges suivants un courant de réforme en rapport avec le caractère même du siècle qui le vit naître
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on gmadir. Ce mouvement, déjà hardi au xn* sibcle, mesuré et contenu au xvu*, se précipite au zviii* avec une extrême violeoce et devient franchement révolutionnaire. Tandis que les corps enseignants, s'ezcitant les uns les autres par une émulation salutaire, réalisaient- dans leurs méthodes et leurs programmes des progrès trop lenta au gré des novateurs, maïs très réels, les théoriciens pédagogues, oubliant que le respect de la tradition, la circonepectioD dans les changements sont plus nécessaires ici que partout. ailleurs, 'agitent les réformes les plus hardies, les plus complfetes, ne parlant de rien moi os que de jeter à terre le vieil édifice de l'éducation pour le reb&tir sur de nouvelles bases. Après te calme, l'apaisement et, sur la fin, la las< ùtude qne la majesté tranquille du xvn° siècle avait procurés durant cent ans à l'esprit public, nous voyons le xvni' siècle réveiller les problèmes posés parle'zvi', donner la main, par-dessua la t(Hnbe du grand roi et de ^chelieu, à Montaigne, à Rabelais, à Ramas, aller chercher des armes en Angleterre, dans les ouvrages récents de Locke, et cféer alors, dans le domaine de l'enseignement, un iQDùvement d'idées d'où devait sortir la législation pédagogique de la Révolution, d'où ont pris naisttoce plusieurs des discussions de l'heure présenta. - On pourra lé constater en avançant dans cette lecture, des quesUoDS qu'on croirait nées d'hier
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sont vieilles d'un et parfois de trois sticiés. Telles I— WJwiroiis, bneén de aas jours contre ce malheureux latin, paraissnrt V^êAa leùCaitt daa anathèmes portés, ily a plus de cent ans, contre cet Mernel dominateur. Désaffection croissante des langues mortes, recettes imaginées pour en précipiter l'apprentissage, charge à fond contre lé thème et les vers latins, programmes encyclopédiques, engouement inouï pour les sciences, préoccupations utilitaires et naissance de l'enseignement spécial, plaintes véhémentes contre le « torrent d'éducation » qui entraînait tant de déclassés, en poussant toute la jeunesse au collège, formation des facul- , tés intellectuelles reprise sur des bases nouvelles, | attendrissements pour le corps et véritable apothéose de la gymnastique; — en présence de cette effervescence d'idées, de cette agitation réformatrice, les progrès, les efforts des corps enseignants pour suivre le mouvement, les tentatives hardies, I les vastes programmes de certaines congrégalioDs, en particulier des Bénédictins de Saint-Maur, tel est le tableau que nous voudrions présenter au lecteur. Ce récit, que nous abordons sans autre préoccupation que ceUe de la vérité historique, mérite, croyons-nous, d'attirer l'attention de tous ceux qui s'intéressent aux questions d'instruction publique. En constatant une fois de plus que rien n'est nouveau sons le Soleil, que la longueur et l'éiKenve |
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des études classiques ont fait pousser des cris ji toute génératioD, ce qui n'a pas empêché nos père», plies à une telle formation, de s'îllaBtrcr dans toutes les branches de L'e^ît hmmin, peut-être les plus hardis BWatenrs concevront-ils quelques doute» HT Ti^itë de leurs destructions, peut-èlre sentnC^ pris de quelque indulgence pour un système d'éducation auquel la France doit trois siècles de gloire littéraire.
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