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quand ils en auront le loisir '. » Des écrivains qui furent les disciples de Rollln ou de l'Université de Paris, Crévier, Lebeau ne s'occupèrent à l'exemple de leur maître que d'iiistoire ancienne *.
D'autres auteurs travaillaient avec plus de succès encore à porter la lumière dans ces temps reculés. H suffit de rappeler les Considérations sur les catises de la grandeur et de la décadence des Romains, par Montesquieu, l'Histoire du vu' siècle de la République romaine, par le président de Brosses, ouvrage prodigieux de sagacité et de travail. En même temps Freret, averti par sa mésaventure de la Bastille de ce qu'il en coûtait de toucher aux annales contemporaines, employait les trésors de son érudition à éclairer l'histoire des civilisations antiques. Elnfin, l'abbé de la Bletterie publiait une Vie de Julien qui eut le plus grand succès.
L'opinion ne pouvait pas néanmoins se contenter d'un enseignement historique ainsi boraé à l'antiquité ; elle réclamait impérieusement une place pour les annales de la nation. Les travaux du xvn* siècle sur l'histoire de France s'étaient continués avec éclat
' Traité des éladet, liv, VI*, de fllutoire, Avant-propoi. — RoUin, qui ne trouve pas place àutt» les collèges pour l'easeigaement de l'hietoire de France, met fo nu elle ment cette étude dans le programme de l'éducution des Slles. Il les applique h l'histoire Miate, grecque et romaine et il ajoute : » Après qu'elles auront appris toute cette suite d'histoire ancienne, l'ordre naturel les conduira à celle de leur pajs qui doit les Intéresser davantage que les histoirea des Grecs et des Romains et qu'il est bonleuz à tout bon Français d'ignorer. ' Ibid, lii. I", chap. (i, art. 3.
» L'Histoire ancienne de Rollin eet de 1730, son Histoire romaine da nSS. Crevier, son élève, continua son Histoire romaine et la fit suivre de l'Histoire des empereurs jusqu'à Constantin, 1750-1759, fi vol. in-l>. Lebeau fit l'Histoire du Bas-Umpire, 1756-1779, 22 toI. io-lî.
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pendant le xvin" siè,cle; Sur ce point, les Jésuites avaient donné à la science les Daniel, les Griffet, les Bougeant, les Longueval, les Fontenay, les Brumoy, les Berthier. Ijes Bénédictins de Saint-Maur avaient fourni les Vaissette, les Lobineau, les Bouquet, les Clémencet, les Clément. Iiocousse venait de publier avec de savantes préfaces les ordonnances des rois de France. Les Mémoires des Inscriptions et belles-lettres contenaient un grand nombre de monographies éclaiirant plus d'un point resté obscur dans l'histoire du pays. Ce mouvement historique, s'étendant aux annales des différentes provinces, provoquait à côté 4es travaux de dom Vaissette sur le Languedoc, ceux de dom Calmet sur la Lorraine, de Dunod de Charnage sur la Bourgogne, du président Ménard sur NlmeS; de l'abbé Lebeuf sur Auxerre, de Courtépée sur le duché de Bourgogne, de Courtalon, etc.
Il fallait faire profiter des résultats de cette science rinatruction secondaire. Rollin avait opposé une fin do non-recevoir à l'histoire de France, prétextant que « l'ordre naturel demande qu'on fasse marcher l'histoire ancienne avant la moderne, i On □« tarda pas à contester cet ordre prétendu naturel. "D'Aguesseau, faisant allusion aune théorie déjà mise en avant par Grotius au xvii» siècle, disait avoirconnu des « esprits singuliers qui voulaient que l'on étudiâtl'histoire en rétrogi-adant, c'est-à-dire enremontant de notre âge aux siècles les plus éloignés, de même que dans certaines généalogies, on remonte du fils au père, du père à, l'aïeul, et ainsi de suite jusqu'à, la tige commune. > D'Aguesseau n'a pas de peine à réfuter ce mode d'enseignement • où l'on voit mourir, "dilril,ie8 hommes avant de les avoir vu ualtre, et les
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affaires finir avant de les avoir vu commencer » ; il admet cependant qu'on n'est pas tenu de suivre l'ordre des temps dans le classement des histoires-particulières, qu'on peut par exemple étudier d'alwrd l'histoire romaine comme plus utile à l'enseignement du droit, ou l'histoire de France, comme plus indispensable à un Français '.
Le P. Buffier * avait déjà profité de cette permission dans aoa enseignement historique de Louis-le-Grand. Les élèves, à l'aide des Êlêinents qu'il leur avait mis es main, étudiaient l'histoire sainte en sixième, Vhistoire de France en cinquième, la géographie en quatrième, l'histoire ancienne en troisième, etc. Le P. Daniel allait publier, en 1724, son Abrégé de l'histoire de France et, pour ceux qui ne voulaient pas se servir des livres des Jésuites, l'Abrégé chronologiq'ue de l'histoire de France ', par le président Hénault, devait offrir un résumé utile, sans cesse réimprimé au xvin» siècle. Les Éléments (f'itistoire de France *
' D'Agaeaaeau, CEuvrea, 1787, L 1°', p. 303 : L'ordre dam lequel U faut étudier Pkiatoire. u Quoique l'on puUee profiter dans lu lecture des histoires de toutes les notions, dit d'Aguessean, c'est cependant à celle de notre pafï que nous devons principalemeat noua attacher. « Elle est nécessaire à qnicoDque ■ ne Teut paa Tirre comme un étranger dans sa patrie >. D'Agnesseau recomouode aussi l'histoire des nations voisines sans laquelle on ne peut bien savoir celle de son pays.
* P. BufSer : Pratique de la'jnémoive artificielle, dontlea premiërea éditions portent la date de 1702, 1705, 17(16, 1712. Lca Nouveaux éUmenti d'histoire et de géographie à l'usage des pensionnaires du coUige Louis-le- Grand, par le mâme auteur, étaient un abrégé dn premier ouvraga, Voy, le P. Daniel i. Les Jiiuites. tnitiluteuri au xvii° tt au zviii* siècle, chap. X.
' 17ii-i746, in-i'. Ce livre est recommandé par Daoaott (loocit.) en 1789.
* I7S7., Signalons enoire : Maître (fe) d'histoire ou chronologie
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par l'abbé Millot, membre de l'Académie française, eurent également un grand succès et de nombreuses éditions. Enfin, les Oratoriens n'avaient pas discontinué, depuis leur fondation, de dicter à leurs élèves d'excellents résumés d'histoire de France.
Cett« réforme de l'enseignement historique dans les collèges n'allait pas assez vite au gré des novateurs ; ils réclamaient avec une ardeur croissante la première place pour les annales nationales. Crousaz écrit-Il un traité d'éducation, il plaide la cause de * l'tûsttHre de la patrie > et de < l'histoire moderne '. > D'Âlembert a-t-il eccaàon de parler des études classiques de son temps, il s'écrie qu'il est honteux pour les élèves, après dix ou douze ans de travail, de sortir des écoles publiques sans < aucune notion de l'histoire de leur pays, ni de la géographie, ni de la chronologie, ni de l'histoire universelle *. i Voltaire viendra renchérir encore ; il reprochera à ses anciens maîtres de ne lui avoir appris t ni si François I*' avait été fait prisonnier à Pavie, ni où est Pavie. Le pays même où je suis né était ignoré de moi, dit-il ; je savais du latin et des sottises '. >
Voltaire était peut-être l'homme du xviii" siècle qui avait le plus contribué à répandre dans la nation le goût de l'histoire moderne. Non content de composer lui-même l'Histoire de Charles XII, le Siècle de Louis XIV, il encourageait les travaux de ses amis.
iUmentidre hisloriqut et rtiionnie dti prindpalt» histoirtê, p«r l'Kbbé Le More, 177<t.
» Grouaaz, op. ciL, 407-169, traite longuement de la géographie et de:rbistoire.
• Encyclopidie, mot Collège.
» Voltaire : DicHmnaire.philosophiqite, mot Education.
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et à l'occasion d'une mauvaise histoire de Louis XJ, parue en 1745, il écrit à Dudos : Bonsoir, Sallitste. C'est surtout par son Essai sur les mœurs, fait en grande partie à Cirey dès 1740, que Voltaire attira l'attention des esprits vers ce genre d'études. H ne sait se défendre dans ce livre ni de sa haine contre le Christianisme, ni des préjugés de son temps ; il affirme môme que les premiers siècles de nos annales ne méritent guère plus d'être racontées que celles des ours et des loups. Mais, en exposant avec l'élégance et la clarté de son style des fiûts que le public n'aurait pas été chercher dans les chroniques ni dans les compilations des érudits, en apportant certaines vues philosophiques dans l'appréciation des événements, il peut être regardé en un sens comme l'un des initiateurs de l'histoire moderne '.
D'autres travaux, en tournant l'attention de la ' nation vers la réforme des institutions sociales et politiques, donnaient de plus en plus d'importance à l'histoire du peuple qu'il s'agissait de régénérer. Sous ce rapport, YEsprit des lois par Montesquieu, les Observations sur l'histoire de France par Mably *,
< Voltaire traitait bien légèrement les tra*nui des érudits. Il écrivait i Cideville, le 6 niiû 1733 : > La fnrenr d'imprimer est une maladie épidémique qui ns diminne point. Les iafatigables Et pesants bénédictins vont donner, en dix Tolumes in-folio, que je ne lirai poiut, YHUtoire littéraire de ia France. J'aima mieux trente vers de tous que toat ce qne ces laborieux compilateura ont jamais écrit. « On a encore de Voltaire r Précis du réyne de Louis XV. Hialoire de Pierre le Grand. Histoire du Parlement de Parti.
'Ouvrage paru en 1765, ï vol. in-ia. On a encore de Mably : Le Droit public de l'Europe, 1748; Entretiens de Phocion, etc.; L'Esprit des lois, par Montesquieu, avait paru eu 1748.
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piéttaîent k l'ordre du jour une foule de questions que le siècle allait agiter avec une ardeur croissante, et qui ue pouvaient être résolues sans la connaissance de nos annales.
. Ne nous étonnons pas dès lors de l'amertume des plaintes soulevées contre l'insuffisance de l'enseignement historique. Les jeunes gens, disait Guyton de Morveau, sortent des collèges ■ sans connaître les principaux traits de l'histoire de leur pays qui est la principale de toutes. » Les noms de Pharamond, de Giovis, de Charlemagne, de Godefroy de Boullloo, de François I*', de Bayard, de Henri le Grand leur sont aussi étrangers que la liste des Kalifes de Bagdad ou des successeurs d'Odin '. Quatre ans plus tard, nous entendons le président Rolland tenir le iuème langage, c Un abus, dit-il, m'a toujours révolté. Les jeunes gens, qui fréquentent les collèges^ savent le nom de tous les consuls de Rome et souvent ils ignorent celui de nos rois. Ils ne savent rien des belles actions des grands hommes qui ont illustré notre nation, et dont les exemples, étant plus analogues à nos mœurs et plus rapprochés de nous, leur feraient ^lus d'impression, i II s'agit de porter remède à cet abus, de faire cesser une situation où les élèves, «mportant du collège quelques « notions confuses sur l'histoire ancienne », restent dans • une ignorance 'presque profdnde de l'histoire moderne. » » Combien de gens, dit Guyton de Morveau, donneraient volontiers pour un peu d'histoire tout ce qu'ils ont rapporté du .£ollège I »
Les mêmes écrivains indiquent les moyens d'arri-
• Guyton, de Horyeau, op. cit., p. 178.
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ver, sur ce point, & une réforme profonde. La Chalotais fait donner des leçons d'histoire et de géographie aux. enfants • de cinq à six. ans. * Il veut, pour les autres classes, « des histoires de toute nation, de tout siècle et surtout des siècles derniers. » Que celles-ci, dit-il, soient t plus détaillées > et qu'on les fasse lire < avant celles des siècles les plus reculés '. » Guyton àe Morveau place en seconde l'histoire de France. < H y aura, dit-il, un professeur spécial chargé de cette partie *. > Cette demande est renouvelée par le président Rolland qui réclame un enseignement historique pour toutes les classes, confié à un professeur spécial, comprenant, outre l'histoire générale, l'histoire particulière de la province où est situé le collège. Enfin, pour que l'histoire du pays ne soit pas sacrifiée dans la distribution des études, la plupart des écrivains désirent qu'on commence par elle.
Poser en thèse générale que, dans l'enseignement des collèges, l'histoire de France doit être apprise avant l'histoire ancienne, c'était évidemment dépasser le but. Les élèves, dès les premières classes de latin, étant transportés, par la nature même de leurs études, dans l'antiquité grecque et romaine, sont par là même tout préparés à apprendre l'histoire de l'antiquité. Il n'y avait donc pas à changer l'ordre suivi jusqu'alors dans l'enseignement historique. Il sufôsait de faire dans les hautes classes une large place à l'histoire nationale.
Mais la réaction contre le passé était telle que
' La ChalotaU, op. cit., p. iT.
* Gn^toa de Morveau, op> cit.,
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certains réformateurs, non contents de réclamer la priorité pour l'tiistoire de France, voulaient dans cette étude marcher à reculons, remontant des derniers règnes aux époques les plus éloignées. Cette idée mise en avant par Grotius, discutée, réfutée par d'Agnesseau, par Gnyton de Morveau ', avait fini par recueillir la presque unanimité des suffrages. D'Alembert s'y montre favorable dans l'Encyclopédie *. Diderot s'en fait le hardi promoteur, et déclare formellement que • l'historien devrait commencer l'histoire par les temps les plus voisins, en remontant jusqu'aux siècles passés, i Nous voyons ceilains maîtres passer ici de la théorie à la pratique. Les bénédictins de Saint-Maur avaient satisfait et peutêtre prévenu sur ce point les désirs de leur siècle. Dans plusieurs des Exercices publics qui nous ont conservé les programmes du collège de Sorèze, nous voyons l'enseignement historique débuter, selon les dates, par les règnes de Louis XVI ou de Louis XV. pour remonter & Louis XIV et aux âges précédents.
Il y avait au fond de cette réforme un profond dédain pour toute une partie de nos annales. Les nova-
■SDjtonde Horveaa, op. cit., p. ISS et seq.
* 1 Un homme d'esprit de ma coDuaissauce voudrait qu'on étudiât et qu'on enseignât l'histoire k rcboors, c'eat-ù-dire eu commençant par notre temps et en remontant aux «iëcles passés. Gette idée me paraît très juste et très philosopbique, A quoi bon ennuyer un enfant de l'histoire de Pharamond, de Qovis, de Chnrlemagne, de César ou d'Alexandre et lui laisser ignorer celle de son temps, comme il arrive presque toujours par le dégoât que les cammeocemenls lui inspirent ? t Encyclopédie, mot Collège. Vo?. aussi Burj : Essai 'sur l'éducation, 1177, p. 48, 5S, 57
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leurs parlaient de commencer par les temps les plus récents l'étude de l'histoire de France, parce qu'ils jugeaient inutile da faire connaître à. la jeunesse ce Moyen Age, pour eux synonyme de barbarie. Cet oubli de toute une période de notre vie nationale Fut un véritable malheur. La génération, sortie des collèges quelques années avant 1789, entra dans la Révolution avec une parfaite ignorance des conditions et des lois qui avaient présidé à la transformation de nos institutions à travers l'histoire. Au lieu de b&tir leurs réformes sur les fondements creusés par le temps et la tradition, les législateurs de la Constituante et de la Convention s'abandonnèrent trop souvent à ces conceptions abstraites ' où les théories de Rousseau, amalgamées avec des réminiscences de l'antiquité, remplaçaient la notion des faits et le souci des réalités.
On rencontie cependant çk et là des efforts sérieux pour rendre l'enseignement historique impartial. On comprenait que les historiens, en racontant le passé, ne devaient pas prendre, comme disait Mably, • les miBurs, les préjugés et les usages de leur temps. > Un autre danger fut cet eàprit de scepticisme que Bayle avaitmisàla mode, etque Voltaire encouragea si puissamment dans plusieurs branches des connaissances bumaines. Foncemagne, par exemple, eut à défendre «outre le prince des incrédules l'authenticité du Teslament politique de Richelieu. Fréret, dans son remariluable Mémoire sur la certitude historique, traça la limite qu'il ne fallait pas franchir en cette matière. sous peine de tomber dans le scepticisme absolu. Cês sâvaDts écrits exerçaient une utile influence sur la
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direction de l'éducation publique, et noua voyons La Ghalotaia donner les règles de critique pour l'enseignement historique des collèges '.