CHAPITRE PREMIER
Enseignement de l'histoire
I. Comment ae pratiquait l'eo geignement de l'hUtoire dane les anciens collAges. — II. Grand moavement d'o|>inion en faveur des études historiques au iviii* siècle. — Plaintes des réformateurs.
AU momeat où l'opinion publique ouvrait les portes des collèges aux matières d'enseignement qui y avaient occupé jusqu'alors une place insuffisante, l'histoire ne pouvait manquer de prendre rang dans les nouveaux programmes. Durant le xvin» siècle, nous entendons les réformateurs se plaindre qu'on l'eût trop négligée jusqu'alors. Cette étude était comprise dans celle des humanités, et de même que les professeurs de philosophie étaient chargés du cours de sciences, de même les professeurs de grammaire «t de littérature avaient la mission de donner les
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quelques notio0s d'histoire et de gé(^raphie que les élèves avaient coutume d'emporter du collège.
L'histoire de France y fut toujours plus délaissée que l'histoire aocienne. Lea auteurs classiques, mis entre les mains des élèves, les faisaient vivre dans les civilisations antiques. L'opinion, généralement répandue au XVII» et au xviii" siècle, que le Moyen Age était une époque barbare peu digne d'attirer l'attention, portait à supprimer par là même une partie de DOS annales. En outre, il eût été assez difficile de faire de l'histoire contemporaine, en présence d'un maître aussi ombrageux que Louis XIY, sanssecondamnerà un perpétuel panégyrique, ou sans user des mille détours qu'emploie Fénelon dans ses Dialogues des mortspour faire entendre quelques vérités aux vivants. On sait qu'il en coûta la Bastille au savant Fréret, pour avoir, dans un mémoire lu en 1714 à l'Académie des inscriptions et beUes-lettres, soutenu sur l'origine des Francs certaines propositions qui, reconnues vraies aujoui'd'hui, parurent alors porter atteinte à la dignité de la nation. Il fallait habiller l'histoire selon les idées du xvit^ siècle. Cette contrainte, devenue plus étroite que jamais vers la fin du règne de Louis XIV, pesa encore sur Ja liberté des écrivains quelque temps après sa mort. En 1731, quoique l'histoire de Charles XII fût parfaitement inoffensive au point gouvernemental , il fallut tous les stratagèmes de Voltaire pour la faire accepter.
Cette espèce de servitude avait nui aux historiens du xvii« siècle, qu'on peut, à bien des égards et tout en rendant justice au style de Saint-Réal et de Vertot *,
■Saint-Béal : Vtagt de ehaloWe, 1671; Nomietle kUloire de
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trouver inférieui-s, Bossuet excepté, à ceux du xvi*. Ajoutons qu'au point de vue classique les livres élémentaires faisaient généralement défaut. Le Rationarium tempontm ' du P. Petau, qui a mérité les él(^es de Bossuet et de d'Aguesseau, avait le tort d'être rédigé en latin. Mezeray avait apporté dans son Abrégé chronologique de l'Histoire de France *, une indépendance de jugement, une liberté d'allure et de style ne permettant guère de placer ce livre entre les mains de générations grandissant avec l'idolâtrie de la royauté '.
On sentait cependant le besoin d'initier la jeunesse à la connaissance de l'histoire. Les travaux des Sirmond, des Pëtau. des Sainte-Marthe, des Labbe, .des d'Achery, des Lecointe, dos Baluze, des du Oange, des Mabillon, avaient mis au jour d'innombrables documents se rapportant au passé de la France, Dans l'ordre de l'enseignement proprement dit, Bossuet. par son Discours sur l'histoire univei^ selle destiné à l'éducation du Dauphin, avait présenté le premier une vaste synthèse des annales de tous les peuples. Regardant l'histoire comme • lasagecon-
Don Carlos, IG73 ; Conjuration des Espagnols contre la Képublique de Venise, 1674. On a de l'abbË Vertot les Révolutions romaines et à'e,airetterile,canime\'Hisloiredelaamjuratkm du Portugal, 1689, l'Histoire des Révoluliom de Suéde, 169S. On sait qu'au ivii' siècle, PËriOxe publia une Vie de Henri IV; Fléchier, ÏHistoire de Théodose, de Ximénés el des Mémoires sur tes grands Jours d'Auvergne; Varillap, de nombreui écrits se rapportant à lUiatoire de France.
■ 1G33-Ifi3i, 3 vol. iD-lï.
' 1668, 3 vol. in-4«.
3 Cependant La Bruière, chargé d'apprendre l'hietoire an dnc . de Bourbon, ne craignait pas de se servir de Hezeray. Dans cet enseignement, pour que l'histoire ne fût pas ■ une simple gazette, ■ La Bruyère ajoutait toujours l'expositioD des causes au récit des
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«elllëre des princes, la maîtresse de la vie humaine et de la politique, i il s'attacha surtout à montrer à l'héritier du trône l'histoire de Franeo • qui est la sienne '. » Fénelon composait à' son tour pour le duc de Bourgogne une histoire de Charlemagne, matheu? reusement perdue, et traçaitdanssalettreàl'Académîe ies règl&s de toute composition historique. Ce sujet était à l'ordre du jour. Thomaâsin publiait sa Méthode pour étudier et enseigner les histoires profanes, et l'Oratoire, dès les premiers temps de sa fondation, ouvrait hardiment ses collèges aux leçons d'histoire de France.
Le mouvement que nous voyons se produire aiu^ dès le xvn" siècle allait s'accélérer au xvm». C'est à. qui, après Bossuet, après Fénelon, fera le plus bel éloge de l'histoire. Les paroles si connues de Cicéron sont reproduites, commentées, amplifiées par Rollia et par d'Âguesseau ; c'est de toutes parts un concert unanime de louanges. C'est à peine si une vois discordante, celle de Malebranche *, embrasse l'histoire dans
< BoBBoet racontait les taits à son élève. Le Daophin rÈsnnuût lion de vive voix ce qu'il venait d'entendre et faisait easuite oue rédactioD par écrit. Oa peut se faire une idée de cet enseignement ea lisant le recueil dee rédactions du Dauphin qui ont été conservées et qai sont moins loio de lu] que de Boesuet lui-même.
> H sie bronche disait ■ qWiV y a 'plue de vérité dans un seol principe de métaphysique ou de morale, que dans tous les livras hiitoriqnes. « • Après avoir conçu, raconte d'Aguesseau, quelqno boDDe opinion de moi par les eutretiens que j'avais souvent arec lui snrla métaphysique, il la perdit presque en un moment à la vue d'au Thncydide qn'il trouva entre mes mains, non sans une espèce
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une condamnation frappant en même temps la géograpbiejes sciences et les langues anciennes. Maisilne suffisait pas de vanter l'étude de l'histoire en général, il s'agissait de savoir si on ferait enûn une part à l'histoire nationale dans l'enseignement des collèges. L'école historique de l'Université de Paris, si on peut ainsi la nommer, semble d'ahord ne s'attacher qu'à l'histoire ancienne. RoUin, qui par ses ouvrages donna à cet enseignement une importance qu'il n'avait pas eue jusqu'alors, déclare même formellement qu'il n'y a. pas place dans les collèges pour l'histoire nationale. < Je ne parle point ici, dit-il, del'bistoirede France, parce que l'ordre naturel demande qu'on fasse marcher l'histoire ancienne avant la moderne, et que je ne crois pas qu'il soit possible de trouver du temps pendant le cours des classes pour s'appliquer à celle de France, Mais je suis bien éloigné de regarder cette étude comme indifférente, et je vois avec douleur ■qu'elle est négligée par beaucoup de personnes à qui pourtant elle serait fort utile, pour ne pas dire nécessaire. > RoUin, après avoir avoué qu'il l'a peu apprise lui-même, qu'il est un peu honteux de se trouver * en quelque sorte étranger » dans sa « propre patrie «, demande que < si l'on n'a pas le temps d'enseigner aux jeunes gens dans les clnsses l'histoire de France i, on cherche du moins à leur en inspirer le goût par des lectures ■ quileur fassent naître l'envie de l'étudier
de scandale philoiophiqne. » — L'abbi Flenry (op. cit., ch. xxvi), s'était inontrÈ peu enthousiaste pour l'histoire dont il n'admettait gaère le détail que pour l'histoire natianale <> Uu homioB de condition médiocre a, dit-il, besoin de fort peu d'histoire ; celui qDi peut ovoir quelque part but affaires publiques en doit eavoir be&ucoup plu9, et an prince n'en peut trop savoir •
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