‹ Les études classiques avant la RévolutionChapitre 4 sur 81 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

L'eDBeignement do latin as XVH* lUela

I. Les études classiques dans !& première moitié du xvii* sitde. — II. Les études «iusiqaes dans la seconde moitifi du ivii> siècle. — m. ÉdocatioQS particulières au xvii* siècle.

Les statuts de 1598 avaient dooûé une consécration officielle aux principes de la Renaissance. L'étude du latin et du grec servant maintenant de base à l'instruction secondaire, l'explication et l'imitation des antiques cliefs-d'œuvre formant désormais la principale occupation des élèves durant les longues année» qu'ils passaient au collège, on peut se demander quels progrès le xvi° siècle avait laissé à accomplir sur ce point auxâges qui vont suivre. Nous allons cependant entendre parler de réformes dans l'étude du latin. C'est que cet enseignement, bien que définitivement fixé dans ses grandes lignes, ou avait déjà subi sur certains points une déviation malheureuse, ou appelait encore sur beaucoup d'autres d'importantes améliorations.

Comme c'est à l'aide de la grammaire, de l'explication des auteurs, de la composition enfin qu'on conduisait l'élève à l'intelligence des langues mortes, il nous faut connaître comment la première moitié du XVII» siècle pratiquait cette éducation, pour nous rendre compte des changements que la seconde partie du même siècle et surtout l'âge suivant parleront d'y apporter.

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18 l'enseignement dd latin ad Tvn' aiÈtnuB

On sait la place que la grammaire, le premier des sept arts libéraux, avait occupée au Moyen ■ Age. Ciiargée d'initier les élèves aux règles du langage, comme la logique les initiait ensuite aux lois du raisonnement, elle circula dans toutes les mains avec les ouvrages des Donat, des Priscien, des Alexandre de Villedieu, des Evrard de Béthune ; elle forma le noyau des études devant, sous l'influence des causes que nous avons fait connaître, constituer plus tard la véritable éducation classique. La Renaissance, en appliquant la jeunesse à l'explication des textes, à la lecture d#s auteurs porta parla même un coup mortel à l'enseignement grammatical du Moyen Age, jusqu'alors si aride et si abstrait. Mais, si l'orçauisation nouvelle de l'instruction littéraire modifia nécessairement la grammaire, elle ne la supprima pas, et à côté de Ramus s'écriant : peu de préceptes et beaucoup d'usage, Erasme affirme que sans la connaissance de la grammaire, il est impossible de savoir le latin.

Aussi bien, les grammaires ne manquèrent pas après la Renaissance, et dès le milieu du xvi" siècle, , Despautère ' commença à être généralement enseigné dans les collèges. Donat * qui avait fait verser des larmes à tant de générations, Priscien que certains

1 Le Flamand Van Panteren qu'on a nommi Despautère, né vera 1460, mourut en iS20.

* Omutiii Tertt lurymamm foDta fliAnlii,

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chroniqueurs avaient comparé à une mer qu'il faut traverser à la nage, furent rapidement détrônés. Est-ce à dire que le nouveau triomphateur fit les délices de la jeunesse ? nullement. Bien qu'on ne trouvât pas dans Deapautèrc les subtijfoités reprochées avec tant de raison aux grammaires du Moyen Age, les règles n'y étaient pas formulées d'une façon assez simple. Elles étaient d'ailleurs exposées en vers et dans un latin barbare, bien peu attrayant pour les élèves. Aussi Port-Royal portaiMl sur cet auteur, au xvn' siècle, ce jugement non flatteur: < Tout déplaît aux enfants dans le pays de Despautère, dont toutes les règles leur sont comme une noire et épineuse forêt, où durant cinq ou six ans, ils ne vont qu'à tâtons, ne sachant quand et où toutes ces routes égarées finiront; heurtant, se piquant et choppant contre tout ce qu'ils rencontrent, sans espoir de jouir janais de la lumière du jour '. • De bonne heure on avait senti le besoin de simplifier Despautère. Un espiît réformateur, Edmond Richer, remplissant, disait-il, le ïôle « d'accoucheur d'esprits, » avait dès le commencement du xvii* siècle composé une grammaire devant, dans sa pensée, mettre les enfants en mesure de connaîtra en six mois les règles importantes. Cet essai ne parait pas avoir eu plus de succès que celui déjà tenté par Ramus en ce genre au XVI* siècle. Despautère fût souvent attaqué. Les poètes eux-mêmes, comme Molière dans la Comtesse

* Gnyot, cité par Sainte-BenTe, Port-Il^al, X, ïll, p. S17. La rigle luivante, relative sui conjugaison!, donne dqb idée des dif- BcQltét de cette gruam&ira :

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â'Escarbaffnas et le Dépit amoureux^ lancèrent des

plaisanteries contre cet ennuyeux dominateur, tourineDt de leur enfance; mais Despautère n'en continua pas moins à régner, et sa grammaire se maintint dans les collèges, même après que Port-Royal eut publié la sienne. Telle était la force de l'habitude que l'un des plus hardis réformateurs de l'enseignement, le P. Lamy, de l'Otatoire, conseille encore Despautère vers la fin du siècle ', tout en trouvant les ouvrages de Port-Royal supérieurs,

La rhétorique, qui est à l'éloquence ce que la grammaii'e est au langage, tenait beaucoup de place dans les études. Le Moyen Age ne séparait pas ces deux arts. La grammaire de Despautère , comprenant dans sa dernière partie des règles de poétique et de rhétorique destinées aux élèves de troisième, avait déjà préparé le futur rhétoricien à perfectionner ses connaissances avec Vossius. L'ouvrage de Vossius ' qui avait mis à contribution Aristote, Cicéron et Quintilien, était devenu rapidement classique. On déployait la plus grande ardeur à apprendre les préceptes de l'art d'écrire. On peut voir dans un livre de N. Mercier ^, véritable manuel du parfait rhétori-

.< Nous Tojoos cepend&nt par la prêFace de l'édition de 1667, qu« la miihode latine de Laocelol avait Bervi a à l'instructioa royale de M Majesté ■, Louis ZIV.

* Comfnenttirii rheloria, sive intlitutionwn oratorîarum, lib. vi, 16116. — An rketorica, 1G23.

' Le livre de Nicole Mercier, profeBseur au collège de Navarre, publié en ver» latins bous ce titre ; De Officiis scholasticorum,sive de- recla ralione proficiendi in litterU, virtute et nioribus, 1G57, donae de précieux renseignements sur l'étal des études au milieu du xvii* siècle. — Le règlement pour le collège de Narbonna (1599), rapporté par Félibien {Histoire de Paris, t. V, p. SOO], nous prouve aussi qu'on foisnlt trop de place à la théorie et aax régies.

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cien, l'énumération en vers latins des règles que l'élève devait suivre dans les exereices de composition et l'importance alor'^ accordée aux figures de rhétorique.

Exomel variis sua dicta tlguris.

Sic varia omtUus lumine sermo nUel, etc.

Il était facile de prévoir un mouvement prochain de réaction contre les règles, les traités et les préceptes dont on abusait ici comme dans l'étude de la grammaire.

L'enseignement du latin devait attirer encore à d'autres points de vue l'attention des réformateurs. Les maîtres de la Renaissance' avaient eu pour principe de faire apprendre les langues mortes aux élèves moins par la théorie que par la pratique. Le mot de Ramus demandant peu de préceptes et beaucoup d'usage, résume la pédagogie de tant de professeurs illustres, les Tumèbe, les Passerat, les Lambin, etc., qui portèrent à une si haute* perfection les études littéraires. C'est par cette éducation, par la lecture constante des modèles qu'avaient été formés les écrivains du xvi* siècle dont les ouvrages, pleins d'érudition grecque et latine, supposent une vaste connaissance de l'antiquité. Les statuts de 1598, consacrant ce mouvement, faisaient une large part à l'explication des auteurs '. Après avoir passé une

' Dans le» classes de grammaire les proresieara, tout en faisant apprendre les règles grammaticales, devaient- expliquer aux élËvea âes morceaux des Comédies de Tërence, des Epilres familières de Cicéron, des Buailiqties de Virgile > et autres auteurs d'une lati- Dité pore. » Les élèves plus avancés, sans doute ceux de quatrlËme, lisaient des passages de Saituste. César, le de 0/^ci;3 de CicèroD

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heure à dicter, ou & commeuter les règles de grammaire ou de rhétorique, le professeur devait employer trois heures sur les cinq restaot encore, à la traduction, à la méditation des auteurs. Lefebvre d'Ormesson nous donne dans son Journal la longue liste des ouvrages expliqués à la fin du xvi* siècle au coUége du cardinal Lemoine.

Les maîtres, durant la première moitié duivirisiècle, attachèrent moins d'importance que l'âge précédent à l'explication. Kicher s'en plaignait amèrement. Le livre de N. Mercier nous permet de constater que le rôle du professeur habitué à traduire, à commenter un texte grec ou latin, à en faire ressortir les beautés littéraires était encore considérable; mais il semble avéré qu'on perdit vers cette époque l'iiabitude de montrer aux élèves les chefs-d'œuvre antiques dans leur ensemble. L'usage des extraits, de^ recueils s'introduisit dans les collèges de l'Université. Depuis longtemps déjà les Jésuites, soit pour préserver l'innocence des enfants auxquels on ne peut faire expliquer intégralement beaucoup d'auteurs, soit pour dépayser, pour christianiser, si je puis ainsi dire, les livres païens servant à ta jeunesse française d'instrument de formation intellectuelle, soit enfin par cette conviction que, le temps des études classiques étant limité, il vaut mieux ne prendre que le meilleur de chaque écrivain, avaient mis entre les

et «es Discourt les plas f&ciles, aiusi que Virgile et Ovide. Eofia daQi les deni deniiËrea classes on Toyait « les ouvrages Isa plus dirSciles de Cicéron, ses Discours, ses Tuscttlanes et ses autres traités philosophiques, ses livres de l'Orateur, l'Orateur, le Bi-ulut, les Parlilions oratoires, les Topiques et aussi Quintilien ; sans oublier les poètes, Virgile, Horace, Catulle, TîbuUa, Properce, Perse et JuTêaal, et qaelquetois Plaute. (Statuts de 1S9S, art. S3.}

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mains des élèves des morceaux choisis, des ecccerpta. L'Université avait uni par suivre cet exemple.

La composition écrite semblait avoir gagné ce que la lecture des auteurs avait perdu ; elle prit âans les études secondaires la place que le Moyen Âge accordait à la dispute. Les tiommes de la Renaissance, pénétrés d'admiratiou pour les chefs-d'ceuvre de la littérature antique, s'étaient plu à les imiter; ces efforts avaient produit ces pasticties des langues mortes où riiabileté de main donnait le mirage de la plus pure latinité. Ces exercices survécurent à l'explosion d'entiiousîasme qui les avait fait naître. On voulut de bonne heure initier la jeunesse à un genre de composition auquel on attachait tant d'importance. Les commençants eux-mêmes durent s'essayer à quelques petites imitations : eœercitiola. Les élèves les plus avancés écrivaient des narrations, des discours dont quelques recueils contemporains < nous permettent aujourd'hui encore d'apprécier le caractère.

Durant les vingt premières années du xvn< siècle les Grangier, les Ruault, les Pradet furent dans l'Université les promoteurs de la belle latinité. Les exercices de composition, en si grand honneur chez les Jésuites, prirent ainsi une grande place dans les collèges de l'Aima mater. Le discours latin, tel qu'on le comprend de nos jours, ne parait pas avoir été très pratiqué dans les classes de rhétorique au ïvn» siècle. 11 était remplacé par une ampMcation

' J- Qnicherat : BUtmre de Sainle-Barbe, cite un recueil de WangDeB latiaes compoiées pu le» rbétoriciens du coUËgfl de S^t«-Bube, pour lea ezercîcei littdrairei da 1S8S.

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