l'enseignement du latin ad xvn» siècle
fort à la mode appelée chries. C'était une espèce de lieu commun k la manière des anciens, permettant de développer une pensée par sept ou huit moyens différents '.
Ces exercices mêmes prouvent toute l'importance attachée alors à la composition latine. Le désir de donner aux élèves un style Cicéronien avait introduit l'usage des cahiers d'expressions appelés diaria ou fiaptaria. Vossius, dont la rhétorique était devenue classique, conseillait expressément de « noter sur des cahiers les formules les plus élégantes. > N. Mercier, dans le livre publié en 1657, veut également que l'élève dresse un cahier d'expressions par ordre méthodique. Aux diaria, ans recueils de mots étaient venus se joindre les topologiœ ou recueils de lieux communs. II s'agissait d'apprendre à tout prix aux. élèves la facture, sinon la science de la helle latinité.
Ces différents exercices de composition étaient complétés par les vers latins. L'Université avait mis des années à polir la muse. Les vei's latins qu'elle faisait faire à ses élèves manquèrent longtemps d'élégance ; mais, dès le milieu du xvii< siècle, de grands
< Ce système de composilioD nviiit été emprunté à un rhéteur grec du II* siècle appelé AphlhoQius dont l'ouvrage avait été traduit en latin. Il s'agissait de maiateair dans un cadre inflexible le développement de la pensée et de la Taire passer successivement par des formes déterminées d'avance : l'éloge, l'eiposilion, la nausB, les contraires, la comparaison, l'exemple, le témoignage des anciens, l'épilogue. Cette réglementation minutieuse n'était f;ntre de nature à favoriser l'imagination et l'essor de l'élËve^ Cependant les chries, également en faveur dans l'Université et chez les Jéatiites, conUlbuërent sans doute à donner à la littérature du xni* llècle, cette tenue sévère, cette régularité d'allure qui \k distcagaent de la littérature plus prime-santière et plus libre des
l'bnseignehekt du latin ao xvn» siècle 2f»
progrès avaient été accomplis sous ce rapport. Charles Perrault raconte dans ses Mémoires le plaisir qu'il avait à faire des vers latins, étant élève de Presles- Beauvais. N . Mercier , sous-principal des grammairiens au collège de Narbonne, a écrit son livre des De scholasticomm officiis dans une forme poétique, prouvant que les maîtres savaient appuyer leurs leçons par des exemples. On n'ignore pas avec quel soin cette partie de la composition latine était traitée chez les Jésuites, chez les Oratoriens et les Doctrinaires. Les vers latins étaient définitivement eatrés dans le programme des études classiques '.
L'exposé que nous venons de présenter au lecteur, en lui faisant connaître la situation de l'enseignement du latin au milieu du XVII" siècle, peut déjà lui faire pressentir sur quels points va porter le mouvement de réaction à signaler dans la seconde partie du siècle. Les traités de grammaire et de rhétorique étaient trop abstraits, trop chargés de règles ; on demandera moins de préceptes et plus d'usage. Les différents genres de composition latine : thèmes, amplifications en prose, chries, vers latins avaient pris une très grande importance dans les collèges ; on demandera aux maîtres d'abréger ces exercices, de donner plus de temps à la lecture et à l'ex-
< Le recueil citi pins haut par H. Quicherat et relalir à Sainte- Barbe proQTe qu'on faisait de» vers latins daas ce collège vers la Sa du ivi> siècle. On peut cousulter sur ces qaestioQS : Lantoioe, BUtoire de feraeignement leamdaire m France au xvii> tUcle.
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plication des auteurs, de les voir autant que possible dans leur ensemble et non par extraits.
On songea avant tout à transformer la grammaire. L'honneur de cette entreprise revient à l'Oratoire et à Port-Royal. C'est le P. de Ck)ndreD qui publia la première grammaire latine rédigée en français '. Il fut suivi dand cette voie par Lancelot. Nous avons rapporté plus haut le jugement de Port-Royal sur Despautère. Le but que se proposa Lancelot en composant en français sa méthode latine^ fut de sim plifier la grammaire et d'en faciliter l'étude aux élèves. « J'ai éprouvé après bien d'autres, disait-il, combien est utile cette maxime de Ramus : peu de préceptes et beaucoup tPusage, et qu'aussi, aussitôt que les enfants commencent à savoir un peu les règles, il serait bon de lesleur faire remarquerdanslapratique*.» Les solitaires de Port-Royal voulurent dès lors introduire dans la grammaire les simplifications que leur logique apporta dans la dialectique du Moyen Age. Lancelot < affectionné, disait-il, au soulagement > des enfants, désireux de leur épargner les < inquiétudes qu'ils ont à apprendre > Despautère, croyait avoir réussi à. changer < une obscurité ennuyeuse en une agréable lumière, » à leur • faire cueillir des fleurs où ils ne trouvaient que des épines ^ > Le bon Lancelot se
* La Nouvelle méthode latine de Lancelot ne parut qu'en IG4t. Le P. de CondreD avait publié, un on deux an» auparavant, n Nouvelle mit/iode en langue françaiie, à l'usage de t Académie de JuUl!/, pour apprendre avec facilité les prineipei de la langue
* Voy. VAvit ait lecteur touchant let riglei de cette nouvelle milhaae.
" Voy. préface de l'édition de [6G7. ■ Nous iastruimi» les enfanta
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l'enseignement dd latin ad xvn" siècle a?
flattait peut-être un peu, et nos élèves ne trouveraient pas aujourd'hui grand plaisir à apprendre le latin avec les règles en vers barbares, quoique français, de la méthode de Port-Royal ; mais l'intention était bonne et le progrès réel. Une juste réaction contre l'abus et la difâculté des anciennes règles inspirait à tous les maîtres le désir de les abréger. Après le P. de Gondren, après Lancelot, Bossuet composait pour son royal élève une grammaire où les règles de la langue btine étalent exposées en français et en prose. Cette grammaire servît à Fénelon pour l'éducation du duc de Bourgogne. Tous les écrivains traitant de l'enseignement à cette époque s'accordent à réduire le temps donné à la théorie dans l'étude des langues, pour insister davantage sur la pratique. L'abbé Fleury ', après avoir déclaré à son tour qu'il faut "étudierlagrammaireeu notre langue,» que l'habitude d'écrire les grammaires en latin remonte à l'époque où le latin était la langue vulgaire, ajoute qu'il ne voudrait pas la t charger de beaucoup de préceptes, puisque le grand raffinement dans la grammaire consume un grand temps et n'est point d'usage...
'a UUn p&r des riffles frnnçaises , disait Lancelot ; car aoui ne Mûmes pas »euls à redire il 1& tai;oa ordiaaire de leur ftiire ipprendre les régies de la langue latine en cette langue qu'ils n'enlëadent point encore ; et nous désirons les forinar dans leur lURoe autant que dans celle-là. Nous lear faisons ensuite lire et obserTer les meilleun auteurs. » Le pÈre de M°"> nacier, TanM> Pf-Lefebvre, s'inspirait des mËines idées.
' Pleary : Trailé du choix et de la méthode des éludes, ch. ixii, di la Grammaire. ~ Molebranche (.Hiicherche de la vérité} condut dus le mËme seos. Il Taut, dit-il, " se servir de ce qa'on sait pour ■pprendre ce qu'on ne sait pas. > Donner une grammaire latine iiu enfants qui ne savent pas un mot de latin, c'est faire comme ulai qui irait se servir d'une • graiomaire en vers allemaadt ponr apprendre l'allemand. >
2S l'enseigneuent du latin ad xtii' siëcls
Servons-nous, ajoutait-il, des règles pourvu qu'elles aident les enfants et qu'elles ne les accablent pas. > Pénelon conseille ici la même discrétion. < Ne donnez d'abord, dit-il, que les règles les plus générales de la grammaire, les exceptions viendront peu à peu. Le grand point est de mettre une personne, le plus tôt qu'on peut, dans l'application sensible des règles par l'usage. Ensuite cette personne prend plaisir à remarquer le détail des règles qu'elle a suivies sans y prendre garde '. »
Cette sobriété que le xvii» siècle voulait apporter dans les livres de grammaire, il la conseillait aussi pour les traités de rhétorique, Port-Royal pensait qu'aucune théorie ne remplace la lecture des chefsd'œuvre, n cherchait l'exposé des règles dans Aristote, Cicéron et Quintilien. Dans son Traité de l'éducation d'un prince, Nicole veut qu'on se dispense, en étudiant ces auteurs, de faire connaître aux élèves * tous ces noms de figures, tous ces lieux des arguments, tous ces enthymèmes et ces épichérèmes, qui ne servirent de rien jamais à personne ', ■ Fleury demande à son tour plus d'exemples que de préceptes, moins de théorie que de lecture. Il faut, dit-il, accoutumer l'élève « à juger de ce qu'U lit, et à rendre raison pour quoi il le trouve bon ou mauvais. Ces raisons sont tout l'art de la rhétorique, il n'a été formé que sur les exemples. > Les exemples « vivants et familiers t serviront plus à rendre l'éloquence « solide
• Leltre sur les occupalimu de fÂcadimie franjaUe. II s'agit du projet de grammaire francAÏ^^' FéoeloD avait dit aillears an eqjet de la grammaire : •• Je iie lui donoerais aueuo tempe, ou du moia* Je lui en douDerais fort peu. o
* Déjà Erasme s'était élevé, au ivi' siècle, contre la sopersULiOD dei règles de rhétorique.
l'enseignement du latin au xvh" siècle 29 ■
et effective que les livres et tout ce qui sent l'école '. > Fénéloa est du même avis. • Pour la rhétorique, écrivait-il, je ne donnerais point de préceptes, il suffit de donner de bons modèles *. » Il est difficile de ne pas voir dans cet ensemble de témoignages la preuve d'une véritable réaction contre l'usage exagéré des principes' abstraits dans l'enseignement des collèges.
Les écrivains, qui avaient 9,iûsl combattu au xvn" siècle l'abus des règles de grammaire et de rhétorique, voulaient apprendre surtout le latin aux élèves par la lecture des textes et l'explication des auteurs. * Je me garderai bien, disait Tanneguy- Lefebvre, de suivre la manière que l'on sent ordinairement qui est de commencer par la composition, c'est-à-dire par les thèmes ; il n'y a rien selon moi qui nuise si fort à un enfant... Il faut commencer par l'explication, c'est-à-dire par une version de vive voix qui soit nette et simple ', » C'était aussi l'opinion de Port-Royal. Ârnauld, dans son Règlement des études, commence à apprendre le latin aux enfants
par • lalecture des textes L'explication et la rapide
iotelligence des auteurs classiques doivent être , dit-il, la première préoccupation du professeur *. »
' Fleury, op. cit., ch. xixi : RkéloHque.
* Finetoa est moins eictusir dans ss lettre à l'AcBdémie ; maU It encore, il n soin de faire remarquer, daaa son Projet de rhéiO' ■^iK, qu'un livre de ce genre doit ta uj o u rg jo ladre les eiemplei )ui préceptes.
' Tanne guy-Lefebvre, pÈre de M"' Dacier, professa les bumanllii, i Saumur, de 1631 à 1672. Sa Méthode pour commencer le* humanités grecques et latines fat publiée ea 173t par tes soiaa ds lisnllyer, professeur au collège du Plessis,
^ Arnauld (ibid.) dit que ■ les jeunes gens appreodroat plus en liunt beaucoup qu'en écrîTant beaucoup. ■
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30 l'enseignement du latin au xvn* siècle
C'est par la traduction que les solitaires veulent les conduire à la connaissance des langues anciennes ; à peine les élèves savent-ils les déclinaisons, les conjugaisoiis et les règles les plus générales de la syntaxe, qu'on tes met à l'explication. Arnauld prescrit des compositions fréquentes en version. L'abbé Fleury s'inspire des mêmes principes. Tout en demandant aux élèves d'apprendre les. règles par cœur, il rappelle qu'il faut « les exercer continuellement par la lecture de quelque auteur, » qu'ils apprMidrontlsien mieux ces règles • par l'usage que par l'effort is leur mémoire. » La composition, ajoute Fleury, imprime très bien les règles dans l'esprit, < mais on ne peut ni la commencer si tôt ni la continuer si longtemps que la lecture, qui doit être leur principal exercice et durer pendant tout le cours des études '. > C'était aussi l'avis de l'Oratoire, en particulier du P. Lamy ; il voulait faire débuter par la version dans l'enseignement du latin.
Les hommes de progrès, en demandant la prééminence de la version sur le thème, de l'exercice de la traduction sur celui de la composition, désiraient aussi que les auteurs fussent expliqués dans leur ensemble. Dans leur pensée les extraits d'écrivains anciens, les morceaux choisis devaient être écartés pour faire place à une large lecture permettant de parcourir un chef-d'œuvre d'un bout à l'autre. L'exemple des grands humanistes du xvi» siècle fidèles à ce système se présentait à leur esprit. Tanneguy-Lefebvre, dans une lettre à Cl. Sarrau, invoquait l'autorité de Tumèbe, de Passerat^ de tant
> Fleurj, op. cit., cb. zxn : Grammaire.
l'enseigneuent dd latin au xvn* siècle 81
âe professeurs illustres qui, par ce ntoyen, sTaîent porté à une si haute perfection l'enseignement des lettres latines. Lancelot, Amauld ', également convaiDcus « qu'il faut longtemps nourrir l'esprit d'un même style >, poussaient aussi aux explications d'ensemble. Bosauet avait tiré de bons résultats de cette méthode dans l'éducation du Dauphin. Il dit expressément dans sa lettre à Innocent XI qu'il lui faisait voir, autant que possible, les auteurs d'un bout à l'autre. A. force de lecture, il réussit à donner une notion suffisante de la langue latine & son mauvais élève, qui avait fini par connaître Virgile, Salluste, César, Gicéron et s'était < diverti agréablement et utilement dans Térence. »
L'importance donnée par l'opinion à la lecture et à l'explication des auteurs allait diminuer la part faitâ jusqu'alors & la composition latine. L'Oratoire s'accorde ici avec Port-Royal pour proscrire l'abus des thèmes, pour recommander avant tout l'explication des auteurs et les thèmes oraux faits en classe. Port-Royal exclut presque complètement le thème des basses classes où il le remplace par la version *. Dans les classes supérieures il demande qu'il soit fait de préférence de vive voix. Amauld reproche
' Amauld disait âaat son Règlement qu'avec no iystèm« bien ordonna d'explic&tioas el de iectares <■ ii serait moralement impoiaibte que iea écoliers, qai auraient passé dans les collèges le temps qu'un ; pusse ordinairement, n'entendissent pas te latin facilement et n'eussent pas lu la plus grande partie des auteart qu'on appelle dassiquES. >
) « Noua réserverons de Taire composer nos élâves de français en latiis Torsqu'ila seront déjà fart avancÉs, comme étant la partie de M langue latipe sans comparaison la plas difâcile. • Avia prAlimioaire de la Méthode latine.
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33 l'enseignement du latin au xvn« siècle
ÎL l'Université i la multiplicité des devoirs écrits. > E a pour principe de ne donner aux enfants < des leçons et des compositions écrites, qu'autant qu'on jugera raisonnablement qu'il leur restera du temps après la lecture des textes '. » C'était manifester peu d'enthousiasme pour la composition latine. Lancelot condamne enfin les recueUs de phrases et ce style, i tout bigarré d'élégances, i où l'élève, au lieu de se servir par exemple du mot atnare pour dire aimer, emploiera avec complaisance les périodes amore prose- ^ut, henevolentîa complecii.
Port-Royal poussait l'esprit de réforme jusqu'à «ondamner un genre de composition latine très en vogue dans les communautés enseignantes et même dans l'Université, nous voulons parler des vers latins. * C'est ordinairement un temps perdu, disait Arnauld, que de donner des vers à composer au logis. De soixante-dix ou quatre-vingts écoliers, il y en peut avoir dewx ou trois de qui on arrache quelque chose : le reste se morfond ou se tourmente pour ne rien faire qui vaille, i Fidèles à ces principes les Jansénistes avaient rendu les vers facultatifs dans les Petites Écoles ; ils se contentaient d'ordinaire d'enseigner aux élèves de troisième et de seconde à les mesurer et à les tourner. Il ne faut pas croire que le sentiment de Port-Royal fût ici une opinion isolée. L'Oratoire sans doute restait fidèle aux exercices de poésie latine, mais le P. Lamy n'hésitait pas à regretter le temps perdu, disait-il, aux vers latins. L'abbé Fleury voyait dans ce travail « un exercice de grammaire, > un moyen < d'apprendre la quantité,.*
■ ' Araauld : Bèglemenl des éludes. ,■.,-,
l'enseignement du latin au XVII' SIÈCLE 33
d'avoir < plus de mots à choisir en composant... Je ne sais, ajoutait-il sans enthousiasme, si ce profit vaut la peine que donnent les vers latins •. »
Ces témoignages nous font assister, dans la seconde partie du xvu* siècle, â un véritable mouvement de réforme relativement à l'enseignement en général et à l'étude du latin en particulier. Nous avons VI* demander la simplification des règles de grammaire et de rhétorique, la diminution des compositions écrites et des vers latins au profit de l'explication et de la lecture des auteurs. Port-Royal, dont l'influence pédagogique dépassa de beaucoup l'enceinte des Petites - Ecoles *, exerça avec Lancelot, Nicole, Amauld, une véritable action sur l'esprit public, et eut une grande part dans ces innovations. L'Oratoire, qui sur certains points avait devancé Port-Royal, et pris l'initiative des grammaires écrites en français, de l'étude de l'histoire
' Fleury : op. cit., ch. m : Poétique.
* Voy. sur les Petites -Ecoles de Port-Eojal : Sainte-Beuve, Porl- Royal, t. III, p. *05-S89, t. IV, p. 1-105; — I. Carré (Revue pédagogique, 13 février et 15 aobt ISSn).Les Petites-Ecoles fandëesea 1643, aut alentours de Port -Royal- des -Champs, et plus tard en certains autres endroits principalement de la campagne, cessèrent lorsque les écoliers etlea maîtres furent dispersés en 16G0. L'influence des livres de Port-Royal survécut ï la ruine des Petites-Ecole a. Les plus importants en fait d'éducation furent la Nouvelle méthode pour apprendre fainleinent et en peu de temps la tangue latine, parue eu 1644 et eonoposée par Lancelot, auquel ou doit également : Méthode pour la tangue grecque, 1655, Jardin des racines grecques, 1657, Méthodes pour la tangue italienne et pour la langue espagnole, 1660. — La Grammaire générale et raisonnes, due à la collaboration de Lancelot et d' Amauld, parut en 1660. L'année suivante fut publiée la Logique due surtout i Arnauld ; Lancelot y collabora pour quelques chapitres de la seconde partie. Consulter également l'important Méimire sw le règlement dei étiules pour les lettres humaines, par Arnauld, impriiiiâ pour la première fois en 17BD.
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34 L'ENSEIONEHENT ut* LAÏJN AD XVU" SlIXIUÎ
nationale, ouvrait aussi largement la porte à tous les progrès.
En dehors de l'Université et des communautés enseignantes, quatre hommes appelés soit à faire acte de législateurs, soit à présider à l'éducatiou des princes, apportaient dans ce rôle une indépendance de jugement, une hardiesse d'idées qui en firent plusieurs fois les précurseurs de l'avenir.
Richelieu, à qui il semblait donné non seulement de gouverner les événements, mais encore de devancer l'avenir, avait, en 1640, conçu et fait approuver par le roi le plan d'un collège, destiné à la ville de Richelieu, étonnant par la hardiesse des vues, la nouveauté des méthodes et l'étendue des programmes. Ici le latin, partout ailleurs fondement de l'enseignement classique, n'avait qu'une place limitée et une importance relative. Une large part était faite à l'étude du français, du grec, de l'histoire, des sciences, des langues vivantes',
' Le plan d'études comprenait : « J" une élude approfondie de la langue traaçuee ; 2° l'enseignement de toutes les matières en cette langue; 3<>uneéCade du grec aussi complète que celle du latin i 40 l'easeigaeinent coiubtué des sciences et des lettres ; 5" la comparaison des langues grecque, latine, française, italienne et espagnole ; 6» l'élude de la chronologie, de l'histoire et de la gëogra' phie. » — Au point de vue particulier de l'emploi du français dans les études, la déclaration ordonnait formellemeul " l'enseignement de la tangue française par les régtea et de toutes les sciences en la même langue, à l'eietnple des nations les plus illustres de l'antiquité qui ont fait le semblable eu leur langue naturelle. ■ Richelieu donnait, dans le préambule des statuts, la raison de cette innovation : « 11 arrive par qialheur, dit-il, que les difficultés qu'il faut surmonter et le long temps qui s'emploie pour apprendre le.s
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L'EN&BiaNBH&NT VU lATIN AU XVII* 3lâCLB 96
Bossuet était trop ami de la tradition pour ne pas la suivre eu fait d'instruction classique, comme en tout le reste. Néanmoins, dans l'éducation du Daupiiin, Bossuet, par la manière dont il faisait expliquer les auteurs, par le soin donné à l'enseignement de l'histoire et des sciences connues de son temps, con^ sultait moins la routine des collèges que les inspiralions de son génie.
IsQgucs morl«a avant que de pouvoir parveair à la connaissance des sciences font que, d'abord, les jeunes gentilshommes se rebutent et se hAtent de passer à l'eiercice des armes sans avoir été sufflsafflmeal instruits aux bonnes lettres, bien qu'elles soient les plus beaux oraemeDtsde la profession. <i De là la nécessité d'un établissement n où les disciplines convenables à leur condition leur Mient enseignées en langue française, aBa qu'ils s'y exercent, et que les étrangers mimes qui en soot curieux apprennent à connaître les richesses et les grâces qu'elle a pour expliquer les secrets des plus hautes disciplines. » — Le» professeurs enseignaient, le matin, les sciences en français de la façon suivante : En la sixième classe, la grammaire, la poésie et la rhétorique; en la cinquième classe, la carte ou plau, la chronologie, la généalogie et l'histoire ; en la quatrième classe, la logique et la physique ; en la troisième classe, les éléments de géométrie et d'arithméÛqQe, la praliqne de toutes les deux et la musique ; en la deuxième classe, les mécaniques, l'optique, l'astronomie, la géographie et la gnomonique ; en la première classe, la morale, l'économique, la politique et la métaphysique. — Les mêmes professeurs qui avaient enseigné te malin le» sciences devaient enseigner l'nprès-miili les langues, de la façoD suivante : en sixième classe, les rudiments et les colloques ; en la cinquième, la syntaxe et les épistolairea ; en la quatrième, les quantités, lei poètes et les historiens ; en la trûisième, les figures et les orateurs ; en la deuxième, la langue grecque et les avanlagei qu'elle a sur les autres ; en la première, L'origine des langues grecque, latine, italienne, espagnols et française, la conformité et la différence qui estentre elles. Voy. DécUo-ation du Roy concernant l'itabliuement de l'Académie ou collège royal en la ville de Richelieu et privilèges attribués à iceile, ensemble tes staluti et réglementa de ladite Acadtmie i k Paris, chez P. Bocolet, 1S41J. Noua avons pu ci>DBuller celte pièce k ta Bibl. nationale. M. Gréard en a donné une analyse étendue dans aon important Mémoire ; La question de» prograntma 4on» femeignemetit tecondaù-e, 18Bt, in-4>, p. 18-19.
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36 L'ENBEIONEMENT du latin au XVll* 3IÈCLE
Il fallait attendre plus de hardiesse encore de FéoeloQ. Il fut, sur tant de points, en avance sur son siècle ; dans sa Lettre à l'Académie, dans ses Dialogues sur l'éloquence, comme dans son Traité de l'éducation des filles, il se montra toujours si ennemi du convenu ; dans la formation de son royal élève, il déploya une si merveilleuse souplesse, qu'il devait apporter la même indépendance d'esprit dans l'enseignement des langues anciennes. Il réussit à rendre en peu de temps le duc de Bourgogne très habile dans la littérature antique'.
Le livre de l'abbé Fleury, plusieurs fois cité, sur le Choim des études *, reflète en plus d'une page les idées de Fénelon. Précepteur des princes de Cbnti, associé par Fénelon à l'éducation du duc de Bourgogne, il eut l'occasion de discuter avec l'auteur du Télémaque les questions d'enseignement. Sur un point néanmoins Fleury eût été désavoué par Fénelon, ce lettré si délicat et si exquis, cet heureux imitateur d'Homère : c'est dans le peu de cas qu'il semble faire des langues anciennes. Fleury, par certains conseils utilitaires, par sa sollicitude pour l'éducation physique, devance le xvin* siècle; il le précède également dans le jugement sévère porté sur l'éducation classique telle
< Oq connaît sur ce point les merveilleux progrès du duc de Bourgogne qai excita l'adrniratioD de Botsuet lDi-m£me. Fénelon pouvait écrire aa P. Martineaa qu'il n'avait jatnaiB td un enfant H entendre de si boone heure et avec tant de délicatesse les choses les plus fines de la poésie et de l'éloqueDce. »
1 Flenr; nous apprend lui-mËme dans sa préface da Traité du choix tt de ta méthode des ilvdei. qne ce livre, paru en 16S6, avait Été composé en 1675 et revu depuis avec eoin par l'auteur. On peut également consnlter sur cette matière le cinquième dûeour» snr l'histoire ecclésiastique, où Fleury se montre non moins hardi, non moioi indépendant de la tradition en fait d'éducation.
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l'enseignement DD latin au XVir" SIÈCLE 37
qu'elle était comprise de son temps. Nous l'avons vu demander la simplification de la grammaire, la diminution des devoirs écrits, presque la suppression des vers latins. Fleury faisait un pas de plus. Sans aller aussi loin que Maletranche, qui supprimait absolument le grec et ne voulait du latin que le nécessaire pour comprendre saint Augustin, Fleury disait de la première de ces langues que la plupart des aèves » en apprennent assez pour avoir un prétexte de dire tout le reste de leur vie que le grec s'oublie fticilement, » Quant à l'étude du latin, alors le fond de l'enseignement secondaire, voici tracé par Pleury le tableau des résultats de cette éducation, t Parlons de bonne foi : Que reste-t-il à un jeune homme nouvellement sorti du collège qui le distingue de ceux qui n'y ont pas été ? Il entend médiocrement le latin. Il lui reste quelques principes de grammaire qui font que, s'il y veut penser, il peut écrire plus correctement qu'une femme. Il a quelque teinture de ia fable , des histoires grecques et de l'histoire ' romaine. Pour la philosophie, il lui en reste aussi quelque idée confuse de matière et de forme, de passion, d'instinct et d'appétit sensitif. II tient pour des axiomes indubitables que la nature abhorre le vide et que chaque chose tend à son centre. Au reste il croit n'avoir plus rien à apprendre, puisqu'il a fait ses études. »
Ces paroles sont graves : elles semblent être la condamnation éclatante de l'ancien système d'études, mais Fleury ne tire pas une telle conclusion. S'il est hardi dans ses jugements, il est modéré dans ses projets de réforme. Néanmoins, en parlant de l'éducation de son temps dans un langage que n'eussent désavoué
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plus tard ni Diderot, ni d'Alembert, il a mérité d'être souvent cité par les novateurs du xvni* siècle, il ouvre en quelque sorte la campagne que cet &ge va mener avec violence contre l'enseignement des collèges. Laissez mourir le grand roi, laissez naître ce besoin d'innovation, cette agitation des esprits qui ira chaque jour grandissante, l'éducation publique n'échappera pas à un mouvement d'opinion remettant en question toutes les institutions du passé. Il ne suffira plus de discuter les différentes réformes pouvant perfectionner l'enseignement du latin : il s'agira de savoir si cette langue même ne sera pas proscrite, ou du moins s'il n'était pas opportun de lui enlever eoûn cette prépondérance qui en avait fait jusqu'alors la base des études classiques.