‹ Les études classiques avant la RévolutionChapitre 59 sur 81 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La foi en rancten système d'études est profondémeat ébranlée. — Tœnx des cahiers de 89

I. La toi en l'ancien sysUme d'études est protondëmenl ébranlée — II. Les cahiers de fit) et l'enseignement.

En voyant avec quel empressement les différents maîtres accueillaient ainsi tous les progrès et réalisaient dans certains collèges les plus vastes programmes, on se demande si l'opinion, qui durant le cours du siècle avait demandé tant de réformes, n'était pas satisfaite, si à la veille de la Révolution, si, en 1789, les corps enseignants ne pouvaient pas compter sur les suffrages de la nation et par là même être assurés de leur avenir. Nous avons suivi la polémique soulevée au sujet des anciennes méthodes.

„..^L,Coog[c

494 ÉBHANLEMENT DE L' ANCIEN SYSTÈME D'ÉTIJDES

À côté des voeux les plus raisonnables, des demandes les plus justes, nous avons rencontré des attaques violentes et passionnées, des utopies et des chimères. Néaumoins- ce qui s'est dégagé nettement de toutes ces tliéories, de toutes ces discussions, c'est qu'on voulait à tout prix réduire le temps consacré aux langues anciennes, faire une large place à l'étude du français, de l'histoire, des langues vivantes et surtout des sciences mathématiques et naturelles, créer enfin l'éducation physique et entourer d'une particulière sollicitude tout ce qui s'y rapporte '.

Les corps enseignants s'étajent mis à l'œuvre, et bien que ceux chargés d'appliquer ces systèmes aient de la peine à suivre ceux qui n'ont qu'à les inventer, nous les avons vus désireux de mettre leurs programmes au niveau de tous les progrès et en train d'y réussir. L'Université s'est montrée à nous suivant dans l'éducation littéraire les exemples, les préceptes de RiOllin et, soua l'impulsion de quelques hommes éminents, l'abbé Nollet, l'abbé La Caille, l'abbé Haùy. l'abbé Sigorgne, faisant de jour en jour une plus large place à l'enseignement scientifique. Les prêtres séculiers qu'elle envoyait prendre la direction des collèges de province y apportaient, avec l'investiture morale et tout le prestige de l'Aima mater, les lumières qu'ils avaient puisées dans son sein. L'Oratoire, où toujours la culture des lettres était restée en honneur, ou d'habiles humanistes se passaient de génération en génération les traditions du goût et le

< Il y eut aussi dans ce siècle du grand courant d'opiniou poui demander l'eneeiftneoient de la morale et ce que nous appelons fiujonrd'liui l'éducatiou civique. \oy. notre ouvrage : L'éducaliojt morale et civique oBant et pendant la Révolution, 1700-1189.

„..^L,Cooyk'

ÉBEUKLEMENT DE L'ANCIEN SYSTËUE D'ÉTCDES 495

sentiment du beau, avait de bonne heure iatroduit dans ses collèges l'étude de la langue française et de l'histoire nationale. Certaines congrégations , parmi celles qui avaient pris la direction des écoles militaires, semblaient plus avancées encore dans la voie des innovations et des expériences. Les Doctrinaires enseignaient à La Flèche tout ce qui était demandé par le siècle, et les Bénédictins de Saint- Maur, en établissant à Sorèze un collège encyclopédique, semblaient avoir voulu porter aux hommes d'avant-garde le défi de signaler une seule branche d'instruction publique, qui ne fit pas partie de leur programme. On le voit, l'audace ne manquait ni d'un côté ni de l'autre, ni du côté des réformateurs, ni du côté des maîtres de l'enseignement. L'étendue des progrès déjà accomplis pouvait donner la mesure de ceux qu'on allait réaliser encore. II semble que dans ces conditions les meneurs de l'opinion, les initiateurs des temps nouveaux auraient pu se montrer favorables à des maîtres prêts à toutes les réformes et qui avaient si bien mérité de la patrie. Nous savons par l'histoire que cette espérance fut trompée.

Le premier effet des polémiques que nous avons fait connaître avait été tout d'abord le trouble et l'agitation des esprits, en ce qui touche à l'instruction publique. < II paraît que par rapport aux vues d'éducation, disait La Ghalotais en 1762, il y a dans le public de l'Europe même une espèce de fermentation. ' » Cette fermentation ne fit que s'accroître avec les années et, dans ce conflit d'idées, dans ce choc de discussions ardentes, la foi en la bonté des méthodes

< La CbaloUis, Essai d'éducation nalionale, p. 34.

u.,,„.,Gooylc

496 ÉBRANLEMENT DE L' ANCIEN SYSTÈUE d'ÉTODES

et des programmes sui vis jiisqu'alorsfut profondément ébranlée. Les hommes qui avaient attaqué le vieux système d'études étaient les maîtres de l'opinion, les arbitres de la renommée. C'étaient, nous l'avons vu, Diderot, Condillac, d'Alembert, Voltaire, — et comment Diderot, Condillac, d'Alembert, Voltaire pouvaient-ils avoir tort ' ? Aussi se forma-t-îl rapidement une conviction presque universelle que l'organisation de l'instruction était défectueuse. < Le cri général, dit un contemporain, est qu'il règne un vice dans notre éducation '. » Il fallait donc se frayer des voies nouvelles et tracer, d'après un autre plan, le programme des études publiques. Chercher un plan, trouver un plan, détenniner un plan : voilà le desideratum de tous les réformateurs, voilà la demande qui revient à chaque instant sous la plume des écrivains. Quel est le but que poursuit La Chalotais dans son livre sur l'éducation nationale ? c'est de marquer le « meilleur plan d'études pour l'éducation de la jeunesse > et la méthode à suivre t pour remplir ce plan '. > Partout, dit à son tour Guyton de Morveau ', • on médite un plan général qui puisse en quelque sorte servir de manuel aux instituteurs. > En 1768, le président Rolland donne pour titre à un de ses écrits : Plan d'éducation. Quatre ans plus tard, le clergé de France se

> ■ Quelles impressions ne font pa.9 sur un certain public ces discoura et ces écrits de MM. d'Alembert et de Condillac [ Quelle prâveation dans les esprits ne jettent-ils pae contre les Unlversitër et les collèges ! « Lero; : Lettre d'un profusetir émérile dt rVniversité de Pans sur l'éducation publique, mi (p. 347-248}.

» Fleury : Essai sur les moyens de réformer Viducation, 1784, p. 27.

„..^L,Gooylc

ÉBRANLEMENT DE L' ANCIEN SYSTÈME d'ÊTUDES 497

met aussi à réclamer un plan. < Un cri général se fait entendre, dit-il, dans l'Assemblée de 1772. On demande de toutes parts un plan d'éducation qui soit propre à éclairer les esprits, à inspirer des sentiments, où les lettres humaines conduisent à la connaissance et à l'amour des devoirs, capable enfin de former une génération de citoyens et de véritables chrétiens. > Enfin, Malesherbes, durant son second ministère, avait chargé Marmontel de lui préparer un plan d'instruction publique ',

Quel était donc ce plan mystérieux, ce fameux programme devant enfin satisfaire l'opinion et régénérer les études en France ? Nul ne pouvait le dire d'une façon bien précise. La confiance en l'ancien système était ébranlée, on voulait à tout prix des réformes, mais il paraissait impossible de s'entendre sur leur objet et leur étendue. C'est que les événements avaient singulièrement embrouillé un problème assez complexe par lui-même. La question du personnel enseignant, la question des programmes d'enseignement se mêlaient, s'enchevêtraient pour la première fois et rendaient en quelque sorte impossible une solution générale. Du Lau, archevêque d'Arles, constatait cette situation dans l'Assemblée du clergé de 1780, I La nécessité de réformer l'éducation publique est avouée, disait-il, par la nation entière et le législateur lui-même >, mais on est loin de s'entendre sur les moyens. L'archevêque d'Arles présentait alors le tableau des solutions diverses et souvent contraires qu'on avait prônées tour à tour *. Au milieu de ce

j L,C oogk

4S8 ÉBRANLElfENT DE l' ANCIEN SYSTÈME D'ÉTUDSa

choc des opinioDs, l'ÀsBemblée de 17âO ne voulant pas prendre de décision sans être parfaitement éclairée, résolut, nous l'avons dit, de consulter tous les évoques de France, sur • le plan d'éducation, i

On le voit, la nation n'avait plus foi en l'ancien système d'études ; de toutes parts les écrivains et le clergé lui-même demandaient «n plan d'éducation- On paraissait croire, à la veille de la Bévolution, que la jeunesse avait été élevée sans aucun plan et on en

Lan, archevêque d'Arles, dana l'Assemblée da 1780, est BTonée par la nation entière et le législateur lui-même ; ■ mais on est loin de s'entendre sur le choix des mojens. u Bien des ftens regardent comme une spécnlation illusoire et mSme dangereuse de vouloir soumettre k la loi de l'unité la police et la direction de tous les collËgea. Ceui-ci pensant que des maîtres particuliers et isolés, mais réunis par les liens de la vie commune, sous les yeui etl'inspection d'un principal vigilant, perpétueraientla génération des bona instituteurs; ceux-là estiment que les écoles publiques ne fleuriront jamais d'une manière durable qu'autant que l'enseignement sera conSé à des corps. Parmi ces derniers, les uns désirent appeler au gouvernement des collages les ordres réguliers et lier ainsi plus étroitement encore l'intérêt de la patrie & leur conservation, les autres croient que les communautés séculières (armeraient avec plus de saccès la jeunesse aux devoirs de citoyens que des réguliers morts du monde «t distraits par la pratique des observBtioos monastiques. Il ea eat qui jetteraient volontiers les fondements d'une congrégation nouvelle destinée é ces fonctions utiles, congrégation qui serait avec le temps une pépinière abondanle de principaux, de régents et de sous-maltrea pour toutes les parties du royaume. Enfin, quelques personnes ne bornant pas à l'enceinte obscure des collèges particuliers l'activité de leur zélé, prennent un vol plus tiardi et demandent que le flambeau de la réforme luise d'sîiiird au seJn même des Universités qu'ils prétendent avoir dégénéré de leur gloire antique et primitive, n Môme divergence d'idées sur les bureaux établis par l'édit de 1763: les uns les regardent comme « le fléan des collèges ; » d'autres pensent qu'on pourrait arriver à les rendre utiles en les modifiant, en fajsnnt une plus large part à l'autorité des évéqnes et des principaux. Procès-verbal de l'Assemblée de 17SI), p. 793-795, 145t-ltS2.

ÉBRANLEUENT DE L'ANCIEN BY3TËUE d'ÉTUDES 499

voulait ua, de même qu'on allait réclamer à grands cris une constitution, comme si ia France n'en avait paseu jusqu'alors. Vainement l'Université prétendaitelle avoir un plan ; vainement présentait-elle ses statuts, le Traité que Rollin lui avait laissé en héritage comme le vrai code de l'enseignement, enfin la liste même des auteurs pour toutes les classes qu'elle avait adressée, en 1762, au Parlement de Paris ; vainement montrait-elle les élèves sortis de ses collèges dans les plus liautes situations de l'État et dans toutes les classes de la société ; vainement l'abbé Proyart s'écriait-il au sujet du plan demandé par les agents du clei^é : « Mais ce plan d'éducation n'est pas étranger à la France, c'est précisément celui que se propose l'Université de Paris, c'est celui auquel je lui .sais gré de m'avoir autrefois assujetti comme disciple et comme maître ' > : ces essais de défense, ces tentatives pour éclairer l'opinion étaient impuissants à combattre l'effet d'une prévention universelle, et l'abbé Proyart lui-même est obligé de parier, en 1785, I du mécontentement général... du discrédit où sont tombés la plupart des collèges *. • L'impopularité avait engendré le mépris. Si nous en croyons Mercier, dans son Tableau de Paris ', on ne tarissait pas en plaisanteries sur les pédants routiniers qui instruisaient la jeunesse ; collège et platitude étaient devenus synonymes. Cette désaffection, en se propageant, portait le trouble dans les rangs des professeurs qui en arrivaient à douter d'eux-mêmes et étaient tentés de rougir de leur état.

■ Projart, dt C Éducation publique, IISS, p. 114-113. » Ibid., p. ».

• T, n et V.

La nation, réunie dans ses comices en 1789, se montra, elle aussi, préoccupée, tout en parlant avec éloge des anciens maîtres, de tracer un nouveau plan d'études, de réformer l'éducation. On serait avide de savoir quel fut, à cette époque mémorable où les esprits, regardant à la fois le passé et l'avenir, consignèrent dans les fameux cahiers les vœux qui devaient corriger les abus de l'un et préparer l'autre, l'idéat d'enseignement proposé désonnais aux instituteurs de la jeunesse ; malheureusement, 11 serait difficile d'y trouver un système détaillé d'instruction publique.

Les cahiers des trois ordres parlent beaucoup d'éducation. On a pu, en rapprochant les différents vœux, les projets de réforme, reconstituer en quelque sorte la pensée de nos pères pour tout ce qui touchait aux Universités, aux collèges, aux écoles, au choix et au traitement des maîtres, à la gratuité, au gouvernement et à l'uniformité de l'enseignement public '. Mais les électeurs de 1789, soit par sentiment d'incompétence, soit par conviction que ce soin incombait aux éducateurs de profession, ne prirent point la peine de tracer un vrai programme d'études.

Ce qui ressort tout d'abord de la lecture attentive des cahiers, au point de vue particulier qui nous occupe, c'est l'opinion presque généitile qu'ici comme

' Voy. sur ce sujal l'eicellent ouvrage de l'abbË Allaio ; i.a question d'tmeignematt m 1789, i vol. in-12, 1886. pMig, Renouard.

dans les autres branches de l'administration publique

il y avait une grande réforme à opérer. Les établissements d'instruction étaient prospères. Jamais la France n'avait compté tant d'élèves fréquentant les collèges, et cependant on se plaint de la décadence de l'enseignement. Ije clergé de Paris • ne peut voir, dit-il, sans la plus amère douleur, les sources de la première éducation pour ainsi dire taries et la plupart des collèges des provinces i en 'décadence. Le clergé d'Auch voudrait < redonner la vie et l'âme à l'éducation, qui languit dans presque tout le royaume, et porter un œil attentif sur la décadence des écoles publiques. > La noblesse de Sens affirme que les nations étrangères, t en admirant et même en jalousant nombre de nos institutions françaises, sont surprises de l'état dans lequel s'y trouvaient depuis plusieurs années les écoles de la jeunesse, • Le tiersétat d'Anjou vient dire à son tour : « L'ordre et les objets de nos études actuelles si insuffisantes et si vicieuses seront réformés et un nouveau plan d'éducation nationale sera établi. •

Les écoliers fréquentant les classes de l'Université de Paris, n'ont pas été depuis longtemps aussi nombreux, puisqu'ils dépassent le chiifre de cinq mille, et cependant la popularité de Y Aima mater paraît mortellement atteinte. On commence par refuser aux Universités et aux professeurs des collèges, la représentation spéciale qu'ils avaient réclamée dans les élections aux États-Généraux. Vainement l'Université de Paris rappelle- 1- elle le rôle joué par elle aux assemblées réunies sous Philippe- le- Bel et pendant le xvi" siècle ; vainement l'Université de Toulouse, voyant les théories qui tendaient à prévaloir en fait

..Cooylc

d'éducation, demacde-t-elle d'aller défendre aux États-Généraux les traditions pédagogiques contre les utopies et les chimères < ; vainement les Oratoriens , et les autres maîtres, dans les villes où Us tenaient collège, revendiquent-ils le droit de faire entendre leur voix dans les assemblées du pays, par la raison que toute réforme sérieuse de la aation doit commencer par celle de l'éducation*, ie législateur ne voulut pas donner aux corps enseignants une représentation spéciale, et chaque membre ne put assister aux réunions électorales que comme délégué de sa congrégation, s'il était congrëganiste , ou comme prêtre, s'il faisait partie du clergé séculier '.

Ces refus opposés aux désirs du corps professoral lui épargna le désagrément d'entendre les plaintes

• L'Université de Toulouse ajoute que, • coimaûiant par ton

expirienix Us homnva telt qu'ils sont >, elle saura âcarter <c 1s brillante illasian de ces nouveaux efetËmet dsoe lesquels on prétend que dea enfante soient des bommes faits; ■ elle se défendra • du goût si séduisant et si funeste de l'universalité qui reudant les études superflcielles fait croire qu'on sait ce qu'on ne sait pas. ce qui est suivant lu remarque d'un écrivain très judicieux du degré au-dessous de la sagesse. > Archives nat., B a IV, 73. — Rolland (Recueil, p. 7) s'était déjà élevé contre les maîtres voulanl tout apprendre aux enfants, oubliant i' que ce sont de jeunes plantes que t'oo fers avorter, ai ou veut qu'elles portent trop de fruit, ou trop tfit. »

' Nous avons trouvé aux arcbivefi { B a IV pasaîm; les demandes des Oratoriens du Mans, de Mftcon, etc. A Soissons, il fut fait droit à leur réclamation. On sait que la loi électorale de 17S9, qui permettait i chaque membre du clergé séculier d'assister aux réunions électorales, obligeait les communautés k n'eDvojer qu'un délégué par chaque dizaine de membres. Les maîtres appartenant h nne congrégation revendiquaient le droit d'assister individuellement k ces réunions en qualité de profeeseurs.

> On permit cependant à l'Université de Paris de nommer quatre électeurs, un pour le clergé, un pour la noblesse et deux pour le Uers.

TfEUX DES CA.HIERS DE 89 503

formulées dans plusieurs bailliages sur la décadence de l'enseignement. Nous rencontrons sans doute çk et là quelques hommages rendus aux anciens maîtres. Beaucoup d'électeurs comptent, pour la réforme des études, avec le clergé de Sens et le tiers-état de Reims, sur les Universités, principalement sur celle de Paris dont le prestige était encore considérable. Le clergé de la capitale dit qu'à ce point de vue « le corps si justement célèbre de l'Université de Paris, laisse peu de vœux à former. > Le clergé de Saumur, en exprimant le désir qu'il soit c formé un plan d'études nationales *, veut que i les règlements des Universités soient observés à la rigueur. • Le clergé de Péronne, tout en trouvant les Universités * trop peu nombreuses et trop mal distribuées dans le royaume », croit qu'elles » peuvent être infiniment précieuses à la régénération de l'éducation publique, dont il est très essentiel et très urgent, dit-il, de s'occuper dans l'Assemblée nationale, » Le clergé de Keims dit, plus expressément encore, < que l'ancien plan d'études suivi dans les Universités, qui a formé les plus grands écrivains et les meilleurs citoyens, sera conservé et confirmé. »

Malheureusement, ces marques de confiance sont loin d'être générales. Dès 1780, l'archevêque d'Arles affirme, en pleine Assemblée du clergé, que certains esprits veulent porter • le flambeau de la réforme au sein même des Universités, qu'ils prétendent avoir dégénéré de leur gloire antique et primitive- » Cette prévention n'a fait que grandir durant les années suivantes et, en 1789, nous voyons le clergé dans plus d'un bailliage, comme à Villeneuve de Berg, formuler son jugement en ces termes : • Les Univer-

„..^L,Coog[c

504 VŒUX DES CAHlEliS DE 89

sites, qui ont reodu de si grands services à la religion avant l'établissement des séminaires, ont cessé d'être utiles depuis cet établissement. • L'esprit de routine où semblaient s'immobiliser quelques-unes de ces corpoi-ations, de nombreux abus dans la collation des grades, surtout le besoin d'innovation qui s'était emparé de la nation étaient les principales causes de cette condamnation. Ce serait une grande erreur de prendre à la lettre les doléances d'une époque qui se flattant de refondre la société sur de nouvelles bases, ne voyait que le côté défectueux dans les institutions du passé. L'éclat des lettres et des sciences au xviii" siècle nous dit assez ce qu'il faut penser de ces lamentations sur la décadence des études. Du reste, la plupart des cahiers parlent ici de réformer et non de détruire '.

Les congrégations enseignantes parurent plus en faveur auprès de l'opinion, en 1789. La mémoire des services rendus à l'éducation par les Oratoriens, les Doctrinaires, les Jésuites, les Bénédictins de Saint- Maur avait laissé dans le cœur des électeurs un souvenir mêlé de reconnaissance. Un autre motif poussait la nation à les accepter comme instituteurs de la jeunesse. Les finances de l'État étaient en détresse et les religieux étaient riches. On leur demandait de se charger gratuitement de l'instruction publique, et l'on voyait dans cette noble fonction le moyen de relever les ordres monastiques de la décadence et du mépris où ils étaient tombés. Plus de soixante cahiers veulent

' Cette demaDde de réforme est formulée ea particulier par le clergé de Dai, Auxerre, iMende, Ulom, le liei-s-état de BenneB, d'Orléans, de Qermoot-Ferrsnd. Le clergé dons divers bailliigee réclame plus da sévérité dans les eiameas.

qu'on confie l'éducation à des congrégations. Douze cahiers parlent même de contraindre les religieux à se charger de l'enseignement. Nous avons montré ailleurs quelle indépendance de vues, quels désirs de progrès les différentes communautés, comme les Oratoriens, les Doctrinaires, les Bénédictins de Saint-Maur, avaient apportés dans la direction des maisons qui leur étaient confiées , particulièrement des écoles militaires. Elles savaient que le seul moyen pour elles de sauver leur situation menacée était de se faire institutrices de la jeunesse. L'une des plus populaires, des plus illustres parmi elles, celle qui depuis trente ans avait inauguré à Sorèze le système hardi, le programme encyclopédique que nous avons fait connaître, la Congrégation de Saint-Maur offrait de se consacrer tout entière à cette œuvre et le professeur de rhétorique de Sorèze, dom Ferlus, allait proposer, dans une lettre adressée à la Constituante, le 20 octobre 1789, de distribuer les dix-sept cent soixante Bénédictins de Saint-Maur « dans quarantequatre maisons composées de quarante religieux, dont dix-huit seraient des pensionnats et les autres destinées à la culture des sciences et à l'instruction de la jeunesse, >

Tout en rendant hommage à ces hardis instituteurs, tout en se montrant favorable à l'enseignement congréganiste, tout en envoyant un souvenir de regret aux Jésuites dispersés, les électeurs de 1789 ne se prononçaient définitivement et universellement pour . aucun des maîtres voués jusqu'alors à l'éducation. Certains même rêvent une organisation de l'instruction publique où les éducateurs ne seront ni les maîtres de l'Université de Paris, ni le clergé séculier.

JL-Cooyk"-

ni les Oratoriens, ni les Bénédictins, ni les Doctrinaires, ni les Jésuites, mais les membres d'une société nouvelle qu'il s'agit de fonder et qui doit surgir en quelque sorte de la ruine de toutes les autres. • Que, la décadence des études, dit le clergé de Châlons-sur-Marne, étant devenue malheureusement trop sensible, il soit créé uo corps enseignant dont le clergé présentera le régime. » Qu'on constitue, s'écrie à son tour le clergé du Puy, < une société nationale à qui cet important emploi serait confié. • Lafaveurdontjouissaient,enl7ÉS, les communautés enseignantes allait aussi au clergé séculier. Le pays était habitué, depuis des siècles, à le voir présider à l'éducation publique. En 1789, nul ne songe à lui enlever ce rôle. Le tiers, la noblesse demandent, en particulier, pour le curé une grande influence sur l'école primaire ; c'est à lui ou à son vicaire qu'ils veulent confier la charge de faire la classe, quand il n'y a pas d'autre instituteur. • Que les vicaires, dit le tiers-état du Maine, soient chargés de faire les écoles de garçons, dans les paroisses ou il n'y en a point de fondées. » Depuis l'expulsion des Jésuites, depuis l'édit de 1763, les Parlements s'étaient arrogé une véritable prépondérance dans le gouvernement des collèges. L'expérience n'avait point été heureuse et, fait remarquable, les cahiers de 1789, qui parlent du roi, du clergé, des États généraux et provinciaux pour la direction de l'enseignement, passent sous silence les Parlements.

Nous voyons comment on jugeait les maîtres à la veille de la Révolution. Il est plus difficile de dégager la pensée de 1789 au sujet des programmes d'éducation. Ah ! c'est que pour beaucoup d'esprits, il ne

s'agissait pas alors de réparer, de compléter l'édifice de l'éducation publique, mais bien de le jeter à terre pour le rebâtir sur un nouveau plan. Vainement un écrivain de 1789, avide pourtant de progrès, disait-il à ces téméraires : « L'édifice est construit; quelque antique qu'il soit, il n'est pas moins solide, il est grandj il est majestueux. Contentons-nous de l'embellir, mais gardons-nons de le détruire ' ; » cette voix se perdait dans le désert. Daunou, futur rapporteur de la loi du 25 octobre 1795, mais encore Oratorien et professeur en 1789, ne craignait pas de dire, dans trois lettres * importantes et relativement modérées qu'il fit paraître cette année même sur l'éducation : I Les professeurs des collèges n'ont pas cessé de publier de temps en temps quelque plaidoyer en faveur du système d'éducation adopté dans ces établissements ; mais l'opinion publique est formée ; cette éducation est jugée comme la gabelle, et peutêtre néanmoins subsistera-t-elle longtemps encore, ainsi que tant d'autres abus également dévoilés, >

L'esprit de réforme s'était donc à ce point emparé des Français, qu'ils ne paraissaient pas croire à la possibilité de ranimer l'ancien système d'études; mais ils ne savaient qu'inventer pour le remplacer. Les parents, comme le leur disait dans un mandement, Mb' de Juigné, archevêque de Paris, s'éprenaient de « plans bizarres d'éducation, » mais

■ Pian d'éducation nationale, 1TB9, préface.

> Cas troid lettres de Daunou furent publiées en I7B9 dsDB le Journal encyclopédique. Les voir t. VII, p. 103 et seq., S8I et seq. ; t. VIII, p. GS et seq. Ces lettres, qui tirent un grand intérêt da nom de lenr anteur, tracent on plan complet d'éducation, ; compris l'inetruction primaire.

„..^L,Coog[c

ils ne s'y usaient pas. L'imagination de la Dation^ en abandonnant, sous l'impulsion des philosophes, l'ancien idéal d'éducation, était en quelque sorte devenue errante, incapable de s'arrêter à un système déterminé. Aussi se contente-t-on de former des projets et de demander un plan. « Depuis quelque temps, dit le clergé de Quercy, on n'entend parler dans le royaume, que de plans d'études, que de projets de réforme au sujet des collèges. » Le clergé lui-même dans plusieurs hailUages, à Bhodez, à Saumur, à Lyon, à Bar-sur-Seine, à Chàtillon-sur-Seine, dans le Bourbonnais, réclame à son tour un plan d'études ' qui puisse être suivi dans toute la France. Malheureusement, ni lui, ni les deux autres ordres ne prennent la peine d'en tracer les grandes lignes. Les trois ordres se contentent d'ordinaire de demander que l'instruction soit civique, morale et religieuse ' et,. selon les paroles du clergé de Bar-sur-Seine, ils s'en rapportent pour le reste à la future assemblée pour que « du sein des lumières réunies aux États-

< Clergé de Uodez : « qu'il soit Tait on pian d'édacatioa nationale pour la jeunesse. » Le clergé de Saumur veat qu'il soit « Tormé UQ plan d'éludé nationale. » Clergé de Lyon : « que l'éducation publique ne sojt plue conduite d'aptes des principes ai'bitraires ut que tous les iustituteurs publics soient tenus de se contonuer à un plan uniforme, approuvé par les états -généraui. " Gergè de Bar-sur-Seine : > Des hommes sages et profonds pourront méditer avec succès la réforme des premières études. C'est du aeia des lumières réunies aux états-généraux que doit sortir entin le plan, si universellement désiré, d'une éducation salutaire et géaérale. » Le clergé de Châtilloo- sur- Seine demande « un planhiea raisonné d'éducation religieuse, politique et nationale. » Clergé àa Bourbonnais : « Qu'il soit fait un plan d'éducation commun 1 tous les collèges. «

* Voy. notre ouvrage : L'iducatkm misait et ciuique avant el pendant la Révolutim, i700-180S.

„..^L,Coog[c

Généraux > sorte enfin • le plan si universellement désiré d'une éducation salutaire et générale. » Néanmoins, en rapprochantles textes que nous fournissent certains cahiers ' , tels que ceux du clergé de Pamiers, du tiers-état de Bordeaux, Clermont-Ferrand, Riom, Saint-Quentin ., Blaye , Dôle , de la noblesse de Château-Thierry, il est facile d'y trouver un écho des demandes que noua avons entendu formuler à travers le siècle en faveur de l'enseignement des sciences en général, des mathématiques, de l'histoire, de la géographie, des langues vivantes, des arts d'agrément*.

' Le tiers-état de Bordeaux dit » qu'im lieu de cette aacieDne méthode pratiquée dans nos collèges, qui consume les premières années de l'homme dans l'étude d'une langue morte, il soit établi des maisons d'instrnction où la religion, la morale, les belleslettres, les langues, les sciences, l'histoire, te droit des gens et le droit naturel trouveront les enseignemcnla in't conviennent au temps présent, à la chose publique et aux sujets d'un grand et vaste empire. " Le tiers-état de VouvQ.nt après avoir réclamé " des changements utiles dans l'instruction publique, >> comprend ilans le programme « les sciences exactes, la physique, l'histoire naturelle, la chimie, l'histoire, la géographie, les arts, les langues vivantes » lesquels rempliront mieux " le temps qu'on donnait il des éludes de logique presque inutiles. » — La noblesse de (ilte au -Thierry Teut ii que l'éducation publique ne se borne pas àl'étaJe de \a langue latine, mais embrasse en même temps toutes les sciences qui peuvent être utiles au militaire, au juriscoDsnlte et au médecin et même quelques arts agréables. » — " Le plan n réclamé par le clergé de Pamiers « devra consister, dit-tl, dons l'esprit de méthode et de suite, dans l'unité de principes, daus l'œuvre et la liaison nécessaires k un système d'éducation progressive. Il serait à désirer que le gouvernement accordât un prix et des accessits pour ceux qui auraient le mieux exécuté ce plan où l'histoire, la géographie, les langues et la littérature fussent progressivement traitées selon la force des classes. »

' Les cahiers s'inqniétent également assez peu de tracer un programme d'instruction primaire. Sur ce point, Daunou écrivit en 1789 quelques pages (voy. Journal encyclopédique, t. VII, p. 103- 113) curieuses à consulter, parce qu'elles forment le document le plus complet que nous ait laissé cette époque sur l'instruction

j L,C oogk

Les cahiers ne renfermaient guère d'attaques directes contre le ]atin;inais on y chercherait en vain l'apologie des langues mortes et des études classiques. Au fond, nous l'avons dit, devant l'engouement pour les sciences, pour l'enseignement utilitaire qui s'était emparé de la nation^ la foi aux études littéraires en général était profondément ébranlée. Daunou, énumérant, en 1789, les différentes parties du programme d'instruction secondaire, cite, après l'étude de la religion, de la morale et de la constitution, • les connaissances philosophiques distinguées de la (norale^ c'esl^à-dire la logique, les mathématiques, la

primaire et aussi parce qu'elles émanent de l'homme qoi devait attacher son nom à la loi du 3 brumaire an IV. Daunon consacre quatre années, représentées par quatre classes, à l'instruction primaire. " Les trois premières, dit-il, seraient gratuites. La quatrième qui De le serait point n'existerait point dans les villages. » Daunoa veut taire apprendre à tous la lecture, le ■/. calcul » et aux i enfants qui appartiennent aux premières classes de la iiociét6, quelques principe a de grammaire française et d'ortlio graphe, quelques idées d'histoire naturelle ; l'essai de certains arts agréables, • enSn pour « tous les enfants sans distinction des instructions élémentaires sur la constitution nationale ou !e droit politique de la France. ■ — L'enfance, disait Daunou, u a des droits particnliers au bonheur. • S'inspirant de Montaigne, Fteary, Bernardin de Saint- Pierre, il veut pour écoles des a chambres bien aérées, jonchées de Deurs et de feuillages > où l'an ferait « pourtraire la juie, l'allé' gresse, Flora et le» Grâces.» Pas de mattres ayant passé la cinquantaine. Bien que Daunou préfère * une société d'instituteurs qui ne seraient ni ecclésiastiques, ni liés par des vœoi. » les frères de la Doctrine chrétienne lui agréeraient parfaitemeat, si cette société « consentait à quelques modiBcations faciles, si par exemple elle adoptait un costume un peu plus attrayant pour l'enfance. • On Touluit à tout prix rendre l'éducation aimable. On se souvenait que Montaigne avait voulu faire de la philosophie même u une esjoniasance constante », qu'il avait dit: « on a grand tari de peindre la philosophie inaccessible aux enfants, et d'un mage renti'ognè, sourcilleux et terrible.... Il n'est ries plus gai, plus gaillard, plus enjoué, et 4 peu que j« ne die folIastc«. •

vœux DES CAHIERS DE 89 511

physique, l'histoire naturelle, la métaphysique. I^e quatrième article est l'histoire avec la géographie. L'histoire de France est sans contredit la plus importante pour nous ; j'ajoute celle des Grecs et des Romains, parce qu'elles tiennent plus que les autres aux belles-lettres. Les belles-lettres sont le dernier objet. Que les élèves sachent parler et écrire leur langue maternelle ; qu'ils soient en état de lire avec aisance et intérêt le grec et le latin; qu'ils connaissent les règles et surtout les grands modèles de l'éloquence et de la poésie : voilà autant de littérature qu'il leur en faut '. »

Cette classification, où les belles-lettres occupent le dernier rang, bods dît assez quelle révolution s'était opérée dans les idées. Au collège d'Autun, tenu par l'Oratoire, nous voyons, en 1788, le professeur de seconde faire le discours de rentrée sur i le peu d'ardeur des jeunes gens pour l'étude de la langue latine et sur les remèdes à apporter à cette négligence *. » Le culte des lettres, les études classiques, qui avaient occupé, enivré la nation durant trois siècles, étaient maintenant démodés aux yeux des

< D&unoD, Journal encyclopédique, 1789, p. 232-3S3.

* Voy. Eug. Roui : Le collège tfAulun sous les Oratorieiis (Mémoires de la Société Édaenne, t. VI). — En 1789 maigre cette dériveur du latin, le tiers-état de Perpignan demande qu'on donne aux régeots de campagne toute latitude « d'enseigner le latin, n — Eu 17S7, dans l'exercice littéraire du collège de Montpellier, on répondait à cette question : <■ A quai bon le latin, dit-on, pour ceux qui doivent embrasser un autre état que le barreau, l'église on la médecine 7 » Ou faisait ressortir que l'étude du latin sert à mieux savoir le français, à « former le goût ", à n exciter à la vertu par les belles lefona que lea païens mêmes nous ont données. * V07. Germain^ la Faculté des arts de Hontpellier, p. 63.

novateurs tournés vers un autre idéal d'éducation '.

1 Cependant Dknnoa était loin de Bupprimer l'étnde dea langues mortes. Voici comment il comprenait les thèmes : ■ 11 est sans doute, dit 11, également inutile et impossible à des Français de bien écrire en latin; il est, par conséquent, absurde que nos enfanta soient condamnés A des efforts si longs, si pénibles et si infructuenx pour parvenir à ce but chimérique Mais si nous Toulong qu'ils entendent un jour avec facilité les auteurs du siècle d'Auguste, il faut que les principes de la langue d'Auguste lenr deviennent fomiliera; or, un des mojeos d'apprendre solidement les principes d'une langue étraOK^re, c'est de s'essayer quelquefois à en faire l'application en écrivant aussi cette langue. Il suit de là que l'usage des thèmes peut être utilement conservé, conUnué même durant deux ou trois ans, mais qu'il doit être le moins fréquent de tous les exercices classiques. Il s'ensuit aussi que les fautes commises par les commençants dans les compositions latines sont de la plus légère eonséquence. Nos très habiles professeurs, dans leurs beaux discours in génère demo?islra(ivo, fontdes barbarismes et des solècismes que ni eux, ni moi, ne sommes capables de distinguer, mais qui eussent fait rire tout le sénat romain, d'un rire inextinguible. 11 s'ensuit enfin que ces compositions doivent être faciles. Les enfants remettront en latin ce qu'ils auront traduit en français quelques semaines auparavant. Lorsqu'ils seront plus avancés, ils appliqueront à des sujets différents les expressions et les tournures de leurs auteurs. Maïs la traduction du latin en français sera l'exercice le plus assidu, parce qnll sert en même temps à l'exercice des deux langues. » — En 1762, la municipalité de Montpellier, dans un remarquable mémoire sur l'éducation, (reproduit par la Rev. de l'inst. second., 1" mars 1886) faisait reS' sortir l'importance des thèmes.

Pour les vers latins Daunou veut seulement qu'on » traite de la quantité et de In vers i il cation. » c, Il ne s'agit pas de nous former, dit-il, de prétendus poètes latins, mais d'exercer les élèves et cela très rarement, à rèti^lir des vers dont on aura rompu le métré et altéré le rythme, afin qu'ils puissent lire les véritables poètes latins, avec plus d'intelligence et d'intérêt. » — Daunou exclut enfin k les harangues et les pièces de poésie que les professeurs ont continué de composer en cette langue (le latin). Ces compositions, dit-il, égarent le talent et dérobent aux études solides un temps considérable et précieux. Substituons à toute cette latinité de bons discours français sur quelques sujets de littérature et de

Page 1