Discours de M. Jules liegrand à la Chambre des députés
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empiriques; si l'enseignement s'abaisse lui-même à un empirisme pratique, le mal ne fera que croître.
Grâce à son inévitable gravitation utilitaire, l'enseignement moderne n'a pu et ne pourra jamais avoir aucune unité ; la division y règne. Les uns, encore préoccupés de la culture intellectuelle, veulent que le maître principal, l'âme des études, soit le professeur de français; mais les autres, soucieux du but pratique, qui seul, en effet, peut justifier un second type d'instruction, veulent que ce soit le professeur de langues vivantes; en attendant, on a un kaléidoscope d'enseignements volants et tournants donnés par une série de professeurs, venus eux-mêmes en partie de l'enseignement classique. N'a-t-on pas compté jusqu'à douze maîtres pour une classe qui n'avait elle-même que dix élèves?
C'est seulement il y a trois ans que le baccalauréat de l'enseignement moderne a pu fonctionner d'une manière normale et régulière ; on n'a pas attendu des résultats plus probants pou r demander V équivalence dihsolue des deux enseignements.
L'ENSEIGNEMENT LIBÉRAL ET LES MODERNES. 5i Un des principaux organisateurs du nouveau type, M.Bourgeois, — dontnous ne méconnaissons pas les bonnes intentions, tout en déplorant leurs résultats désastreux, — a formellement déclaré que, dans la pensée de ses fondateurs, l'enseignement moderne, quoique mjoins long et plus facile que l'autre, doit être « parallèle » et absolument égal h l'enseignement classique, avec les « mêmes sanctions » , le même accès à toutes les « professions libérales » ; mais alors, c'est le double emploi érigé en système. Bien plus, après avoir ainsi déclaré les deux enseignements « parallèles », on veut les faire se rencontrer partout, s'entrecouper dans les mêmes carrières. Surprenante géométrie !
Vous parlez sans cesse d'une plus grande extension des études scientifiques et de leurs applications à l'industrie moderne, à l'agriculture moderne, au commerce moderne. Eh bien, en quoi votre enseignement dit moderne répond-il mieux que l'autre à ces besoins? 11 a la prélen-
tion d'être littéraire comme l'autre, d'étudier littérairement les langues ; il veut comme l'autre
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donner accès aux carrières libérales et aux fonctions publiques ; dès lors, en quoi est-il plus « pratique » ou, comme l'on dit aujourd'hui, plus « anglo-saxon » ? S'il fait une part assez large aux sciences, c'est aux sciences théoriques, étudiées par les mêmes méthodes et avec le môme esprit que dans l'enseignement classique. Quelle est donc, encore un coup, sa marque propre et sa raison d'existence, sinon d'être une concurrence à l'autre enseignement avec suppression des études latines, une ou deux années de moins et une étiquette engageante pour les esprits superficiels : moderne'!
Les élèves qui passent de l'enseignement classique à l'enseignement moderne ne constituent, dans ce dernier, guère plus du dixième de l'effectif total. Tandis que l'enseignement classique est surtout fréquenté par les fils de la haute et de la moyenne bourgeoisie, l'enseignement moderne reçoit surtout des enfants sortis des classes les plus humbles de la société et venus de l'école primaire. Mais que leur offre-t-il? Si c'est votre « culture générale », comment les préparera-t-elle