‹ Les études ecclésiastiques [microform]: d'après la méthode de MabillonChapitre 2 sur 98 · CHAPITRE I L'étude de la Bible · texte numérisé non relu

CHAPITRE I L'étude de la Bible

La Bible renferme la parole de Dieu, c'est-à-dire la formule de sa pensée et l'expression de sa volonté. Elle propose au chrétien une règle pour son intelligence et une loi pour sa conduite. Les livres dont elle se compose sont comme autant de degrés par lesquels l'âme s'élève jusqu'au ciel. L'assiduité religieuse qu'on met à les lire et à les étudier, d'après les enseignements des Pères et les exemples des Saints, est un moyen très efficace de travailler à sa sanctification personnelle.

Les hommes à qui le Seigneur confie la mission délicate de conduire leurs frères ont plus que d'autres besoin de savoir les divines Ecritures ; car elles leur montrent comment ils peuvent remplir dignement le

rôle du pasteur et instruire de leurs obligations les lidèles placés sous leur autorité.

Mais, pour porter tous les fruits que Ton en peut attendre, la lecture et Tétude des Livres sacrés doivent se faire avec certaines dispositions d'esprit et de cœur. Elles sont, au jugement de Mabillon, très nettement exprimées par le pieux auteur de V Imitation. La première consiste à se bien pénétrer de l'esprit qui a dicté les saintes Ecritures, c'est-à-dire à se conformer, autant que faire se peut, aux intentions qu'à eues Dieu en les inspirant. Or le Seigneur, quand il s"est exprimé par l'organe des prophètes et des apôtres, n'a eu qu'un désir : se manifester lui-même aux hommes, en leur déclarant sa vérité et en leur signalant les moyens infaillibles de la chercher et de la trouver. Le chrétien doit donc chercher avant tout dans la lecture de la Bible à connaître Dieu et les mystères de la foi, à se connaître lui-même et à connaître les movens d'aller à Dieu, et de faire un bon usage des créatures. En d'autres termes, il faut y rechercher uniquement la charité divine et la justice surnaturelle, qui consiste dans la pratique de la charité et des autres vertus chrétiennes.

Celui qui est guidé par ce sentiment n'a rien à craindre: il peut en toute sécurité s'abandonner à la recherche des vérités même purement spéculatives ou historiques renfermées dans la Bible, tandis que l'homme exclusivement préoccupé par la pensée de satisfaire une curiosité naturelle, sans le moindre souci de s'en faire l'application, ne trouvera aucun profit dans la connaissance des vérités morales qu'elle contient ; cette science peut même lui faire courir des dangers. On ne saurait donc trop insister sur ce but surnaturel.

Le plaisir qu'on prend à l'étude de la Bible n'est pas toujours une preuve certaine du profit qu'on en retire. Car souvent l'homme préfère ce qui lui plaît à ce qui le guérit. La beauté et l'éclat de la vérité peuvent séduire Fintelligence, sans que le cœur songe à la faire passer dans la pratique de la vie. Bien qu'elle soit nécessaire au salut, ce n'est pas cependant la connaissance de la vérité surnaturelle qui sauvera le chrétien. L'amour de la vérité estlui-même insuffisant, s'il n'aboutit à l'obéissance.

C'est dans cet esprit que les Pères de l'Église ont étudié et commenté les divines Ecritures. Le désir de trouver partout un sujet d'édification et une lumière pour la direction de la vie les portait à s'élever du sens littéi"al des faits historiques au sens spirituel, qui est souvent plus riche en applications pratiques.

Pour le prêtre qui suit leurs exemples— et il ne saurait choisir de guides plus sûrs, — la Bible est une source inépuisable de sagesse et de doctrine.

Voilà nettement exposé le premier sentiment auquel doit obéir celui qui aborde l'étude des Livres saints. Mais il faut le suivre avec un cœur pur, une humilité sincère et une grande simplicité, en évitant de .s'abandonner jamais aux sollicitations de la curiosité et de l'empressement, qui pourraient soustraire l'àme à l'action de la grâce.

La pureté du cœur dispose l'intelligence à mieux comprendre les saintes Ecritures : car la vérité divine, comme Dieu lui-même, ne se révèle qu'aux hommes dont le cœur est pur. On acquiert cette pureté par la mortification des sens et par la pratique intégrale de la loi de Dieu .

La parole du Seigneur ne peut se présenter toujours avec la même clarté. Il n'y a pas à s'étonner de Fobscurité qui enveloppe les mystères de la foi et des difficultés que l'intelligence trouve à les comprendre. Il faut alors, à l'exemple des saints, demandera Dieu, par une fervente oraison, le secours de sa lumière.

Mabillon insiste beaucoup, après l'auteur de V Imitation^ sur la pratique de Thumilité, parce que le Seigneur révèle ses secrets aux humbles; de la simplicité, parce qu'il faut savoir se contenter de la lumière que Dieu donne à chacun ; et enfin sur l'esprit de foi, parce que la parole de Dieu mérite toujours le respect de la créature, même quand elle ne la comprend pas.

Bien que Dieu ait inspiré la Bible tout entièi^e, il n'a pas jugé bon de répandre sa vérité partout avec la même abondance. Les vérités spéculatives et morales, dont la connaissance est plus particulièrement utile aux âmes, se trouvent d'abord dans les saints Evangiles. Gassiodore^ recommande ensuite les Epitres, les Actes des Apôtres, les Psaumes et les Prophètes, L'intelligence des saintes Ecritures dépend, en effet, de la science qu'on a de ces livres. Les Psaumes méritent une attention spéciale, car ils sont le résumé poétique de la Bible.

La préférence donnée à certains livres n'est pas une raison de iiégliger les autres ; tous offrent à l'esprit et au cœur une nourriture choisie. Qu'y a-t-il, en effet, de plus instructif et de plus édifiant que les récits de la Genèse sur l'origine du monde, la création de l'homme, les conséquences de sa faute , le déluge et la vie

1. Cassiodore, De ijistitiitione divinarum litterarum, prœfatio- P. L., t. 70, 1102.

d'Abraham ? On peut dire la même chose de tous les livres historiques. Tout y est saint, tout y est grand, tout y est utile, pour quiconque les étudie avec les dispositions énumérées plus haul.-

Celui qui lit les saintes Ecritures doit tout d'abord se tenir en garde contre la tendance, assez commune parmi les prédicateurs, de les interpréter suivant les besoins du moment, sans tenir le moindre compte du sens véritable, tel qu'il résulte d'un sérieux examen du texte. Personne n'a le droit de substituer à la pensée divine les fantaisies de son imagination. Chercher le sens véritable des Livres saints, tel est le but que doit poursuivre «juiconque les veut étudier. Inutile d'insister sur les services qu'il peut attendre de la connaissance sérieuse des langues grecque et hébraïque, qui lui permettra de les lire sans le secours d'une traduction. On s'exposerait à de graves méprises en abordant cette lecture avant de s'être Ibrmé une idée exacte de l'autorité de la Bible ; ce qui suppose la connaissance de la doctrine de l'Eglise sur la nature et l'étendue de l'inspiration et sur la canonioité des Livres saints. Le lecteur aura grand avantage à se mettre tout d'abord au courant de l'ensemble des laits et des vérités contenus dans les divines Ecritures. C'est une introduction indispensable.

Le moment est venu, après cette préparation, d'aborder l'étude du Nouveau Testament. 11 est juste de commencer par là, puisque l'Ancien Testament tout entier trouve dans les livres du Nouveau sa fin et sa raison

d'être. On doit tout d'abord le lire en entier, suivant l'ordre delà Bible, avec l'aide d'un commentaire précis et fidèle, qui donne la solution des principales difficultés inévitables dans une première lecture.

Une fois ce premier travail terminé, il faut revenir sur ses pas et borner son attention aux quatre Evangiles, qui doivent être lus et relus suivant la même méthode. Celui qui s'est ainsi préparé est à même d'entreprendre une étude personnelle de la vie et des enseignements de Notre-Seigneur, tels que les Evangélistes nous les ont conservés. Jl est bon d'utiliser pour ce travail quelque vie de ïSotre-Seigneur et quelqnes-uns des commentaires les plus estimés.

Les Epîtres de saint Paul, les Actes des Apôtres, les Épîtres canoniques et FApocalypse donnent avec autorité un développement très utile à des vérités que les Évangiles exposent plus simplement. Leur étude est donc le complément nécessaire de la vie de Jésus-Christ. Mais nul n'ignore les difficultés qu'elle présente. Il faut, pour les résoudre, de fréquentes lectures et une méditation approfondie du texte inspiré. Ce travail personnel, aussi consciencieux qu'on le suppose, ne saurait dispenser de recourir aux explications fournies par les commentateurs et de lire, sur les origines du christianisme et sur les circonstances au milieu desquelles les apôtres ont parlé ou écrit, des ouvrages qui mettent au courant des résultats acquis à la science.

Il est bon de lire en même temps les Livres sapientiaux, qui donnent « des règles excellentes pour toutes sortes d'estat et de condition, et pour toutes les différentes situations dans lesquelles on peut se trouver » . Un commentaire en facilitera l'intelligence. Le prêtre a

surtout besoin d'étudiél* les Psaumes, que TEgiise met à chaque instant sur ses lèvres dans la liturgie, et de bien se rendre compte des pensées qui motivent leur emploi. La lecture des Prophètes et celle des Livres des Rois peuvent être faites simultanément.

L'étude du Pentateuque et des Livres historiques demande une préparation spéciale. On peut toutefois lire le texte avec le secours d'un commentaire, tout en acquérant les connaissances que son intelligence réclame. La théologie, qui s'occupe de l'économie de la Rédemption, donne, sur la chute de Thomme, sa dégradation, la nécessité d'un Rédempteur, les promesses laites par Dieu auK patriarches, les prophéties et leur accomplissement dans la personne de Jésus-Christ, des notions qui facilitent beaucoup l'intelligence des livres dont se compose l'Ancien Testament. Il est utile de connaître ce qui s'est dit de sérieux au sujet des origines du monde et de l'homme.

Il est impossible de faire une étude approfondie de la Bible sans être au courant de la chronologie biblique, de la topographie, de la philologie et de l'archéologie sacrées. Ceux qui n'ont pas le temps de se familiariser avec ces sciences auxiliaires de la Bible doivent avoir sous la main une bonne histoire du peuple d'Israël et des peuples d'Orient, un dictionnaire de la Bible et une revue qui les tiennent au courant du progrès des études bibliques. Les travaux publiés par les rationalistes et même par les hérétiques ne peuvent pas être l'objet d'un dédain général ; quelques-uns sont d'une incontestable utilité. Ce conseil donné par Mabillon est aujourd'hui plus sage que jamais. « On ne doit pas, disait-il, trouver mauvais que je renvoyé quelquefois à des pro-

testants, après, que saint Augustin nous a proposé les Règles de Ticlionius, qui estoit donatiste, pour nous faciliter Texplication de la sainte Ecriture . »

La critique a fait naître, au sujet des saints Livres, des difficultés nombreuses, qu'il n'est pas permis d'ignorer. Les théologiens et les exégètes catholiques ont proposé des solutions souvent très satisfaisantes. Ce qui reste obscur ne doit causer aucun trouble. La science vient tôt ou tard s'incliner devant la foi. Cette expérience sest renouvelée trop souvent depuis un siècle pour qu'il y ait à se préoccuper de l'avenir.

Dans ces études, il faut avant tout s'attacher au sens littéral, comme au fondement de la religion et delà véritable piété.

Bien que les commentaires signalés par Mabillon aient perdu aujourd'hui leur valeur et leur intérêt il est bon de rapporter ici son jugement sur quelques-uns des plus connus. Yatable, déclare-t-il, est succinct et excellent ; Menoçhius, qui est fort court, n'est pas mauvais; Denis le Chartreux n'est pas à négliger ; le cardinal Cajétan est assez estimé pour l'étude du sens littéral; Cornélius a Lapide est bon, malgré ses longueurs. Il n'a rien pu dire de Dom Calmet, qui a renouvelé, au XYIll^ siècle, les études bibliques et exercé par ses écrits une influence si durable.

Mais, quelles que soient l'importance et l'utilité des sciences auxiliaires de la Bible et de ses commentaires; il faut bien se garder de leur faire la part si large que l'étude du texte inspiré lui-même en soit à peu près complètement négligée. Après avoir acquis tout ce qui est nécessaire pour comprendre le sens littéral, il n'y a plus qu'à faire de la sainte Ecriture une étude person-

nellCjàlaliresàla relire, et surtout à la méditer avec les dispositions indiquées plus haut. C'est le meilleur moyen de se former un commentaire à soi. Ce qui tout d'abord paraît obscur s'éclaire peu à peu ; un passage en explique un autre. La Bible porte en elle-même son explication pour qui sait la lire et la comprendre .

Comment utiliser la connaissance de la Bible acquise par ce moyen? ou, si Ton préfère, quelle méthode suivre pour prendre utilement des notes au cours de ses études bibliques ? Telle est la question qui se présente naturellement à l'esprit. L'auteur du Traité des Éludes monastiques la résout avec la sagesse et la compétence d'un maître expérimenté. Les Pères de l'Eglise sont ses guides.

Saint Basile, dans ses Moralia^ suit une méthode facile et pratique ; elle est à la portée de tout le monde. Il groupe avec ordre sous un certain nombre d'idées mères les textes d'Ecriture sainte qui lui semblent les plus propres à tracer aux chrétiens une ligne de conduite. Ce recueil suffirait avec le secours de la grâce divine pour abolir toutes les mauvaises habitudes, fruits de l'amour-propre, et pour rejeter une foule d'opinions erronées,. accréditées par l'ignorance. C'est du moins le sentiment de l'évêque de Césarée. Chacun peut, en s'inspirant de ses goûts et de ses besoins personnels, former pour son usage un recueil semblable. Il est peu de points de la morale, privée ou publique, qui ne puissent être singulièrement éclairés par quelques passages de l'Ecriture. Il est facile de s'en convaincre à la lecture

des Règles de saint Basile ; on le voit à chaque instant appuyer sur son autorité les enseignements qu'il donne.

Saint Cyprien avait fait un recueil de même nature, mais avec une préoccupation toute doctrinale. Ce sont ses Trois livres de témoignages contre les Juifs.^ dédiés à un certain Quirinus ^ . Les textes groupés dans le premier livre prouvent que les Juifs sont déchus de la véritable religion, et que les chrétiens leur ont succédé ; ceux du deuxième montrent que Jésus-Christ est bien le Messie annoncé par la Loi ancienne ; le troisième renferme un abrégé de la morale chrétienne. Clément d'Alexandrie, dans les deuxième et troisième livres de son Pédagogue ^, réunit de la même manière les textes bibliques qui peuvent l'aider à mettre sa pensée en lumière ; mais il a soin de les lier entre eux avec ses propres réflexions, de telle sorte qu'ils ont l'allure d'un discours suivi. Saint Augustin a fait la même chose dans son Spéculum ^ Sa méthode est bien différente. Il a suivi l'ordre des livres canoniques, ayant soin de noter les passages qui lui ont paru caractériser chacun des chapitres.

L'estime des Pères de l'Eglise et des écrivains du Moyen-Age pour les divines Ecritures leur a donné souvent l'idée de former des recueils de textes sur des plans qui ont varié suivant leurs goûts personnels. Des auteurs plus récents en ont entrepris dans le but d'épargner aux prêtres des recherches difficiles et de fournir sans trop de peine aux prédicateurs un choix de paroles sacrées à enchâsser dans leurs sermons. Ces travaux,

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