CHAPITRE VII
De l'étude de l'Histoire.
On ne peut, sans connaître l'histoire de l'Eglise, avoir des Pères et de la théologie une intelligence parfaite. Melchior Gano ne craint pas de déclarer indignes du nom qu'ils portent les théologiens ignorant Thistoire^ Tel fut cependant le cas de plusieurs scolastiques ; cette ignorance leur lit commettre des bévues dont leurs adversaires surent tirer parti. L'histoire est un témoignage éclatant rendu par les faits eux-mêmes aux origines divines de l'Eglise et à ses enseignements ; elle est, par conséquent, très propre ù éclairer les esprits éloignés de la foi catholique, et à faciliter le travail de leur conversion.
Mais le prêtre, et j'ajouterai le chrétien, ne doivent pas entreprendre cette étude d'une manière quelconque. Elle doit être pour eux un moyen très efficace de développer leur formation, d'acquérir une grande expérience des hommes et des choses par la considéra-
i . Melchior Cano, De locis theologicis, I. XI F, 2.
tion des événements passés et de se faire une idée juste et pratique de la puissance de Dieu et de l'action de sa providence dans le gouvernement du monde et dans la conduite de l'Eglise.
Mabillon recommande fort la lecture des discours de l'abbé Vichard de Saint-Réal surl'i^^a^e de Vhisloire ^ ; leur auteur indique les dispositions dans lesquelles il convient d'entreprendre cette étude pour en tirer tout le profit désirable. Mabillon rédigea lui-môme, à la demande du prieur des Feuillants de Florence, une Méthode d'apprendre V histoire-.
La science de l'histoire, d'après Vichard de Saint- Réal, ne consiste pas à remplir sa mémoire d'une interminable série de dates, de noms et de faits. La science véritable recherche la cause des faits dont elle s'occupe. Aussi étudier l'histoire est-ce étudier les sentimentS; les pensées et les passions des hommes, afin de les connaître eux-mêmes et de les juger tels qu'ils sont : chose qu'on ne peut apprendre sans acquérir par le fait la science de soi-même et l'art difficile de se conduire au milieu des hommes et des événements parmi lesquels se passe la vie; c'est ce qui s'appelle l'expérience. Si la science de l'histoire ne donne pas à celui qui s'y applique ces avantages, elle est inutile et sans intérêt.
Yoici les règles que Mabillon propose à qui veut entreprendre cette étude : c- '
1° Se prémunir contre les illusions (fui font prendre le vrai pour le faux et épouser les passions. d'autrui. Il faut dans ce but connaître celui dont on écoute le témoi-