Paris, Barbia et Michallet, 1671 ; in
2. lti-12, Paris, 1684. Cf. Dom Tassin, Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur, p 243.
gnage, afin de savoir s'il est perspicace et sincère, et pour discerner le mobile qui l'a fait écrire et le but qu'il a poursuivi. Impossible d'apprécier à sa juste valeur le jugement d'un écrivain, sans tenir compte du parti dans lequel il s'est rangé. On ne doit jamais oublier, par exemple, que l'historien Eusèbe était favorable à Tarianisme, que Socrate et Sozomène avaient des accointances avec les novatiens et que Théodoret soutenait Théodore de Mopsueste. Il faut ajouter à cela la considération du tempérament national ou des caractères d'une race ; ainsi il est bon de se tenir sur une certaine réserve avec les gens qui sont naturellement portés à présenter les choses sous un jour beaucoup trop favorable pour eux.
2° Examiner si l'auteur qu'on lit est contemporain des faits qu'il rapporte, s'il les a vus lui-même ou s'il les raconte sur la foi d'autrui, s'il est judicieux et s'il ne s'abandonne pas trop aux conjectures. Le témoignage d'un contemporain est toujours préférable, à moins que son autorité ne soit amoindrie par ailleurs ; il peut être mal informé, prévenu, ou malhonnête, tandis qu'un écrivain postérieur peut avoir sous la main des sources de première valeur, qu'il exploite avec soin, conscience et sûreté.
3o Aussi ne pas tirer de conclusions trop précipitées du silence des contemporains ou des hommes qui ont immédiatement suivi. Un écrivain éloigné de l'époque où se sont passés les événements dont il parle a très bien pu utiliser soit des écrits contemporains perdus depuis, soit des documents de la plus haute importance, ignorés par les auteurs qui l'ont devancé. Quand un écrivain affirme, sans apporter de preuve suffisante, des faits
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antérieurs de deux ou trois siècles dont personne n'a parlé jusque-là, son témoignage ne mérite aucune confiance; agir autrement serait ouvrir la porte à toutes les erreurs et à tous les mensonges.
4° Bien prendre garde à ne pas se laisser tromper par les faux documents confectionnés de toutes pièces pour soutenir une cause ou pour accréditer une erreur ; les falsos cronicones d'Espagne sont restés célèbres. Il n'y a pas la moindre foi à ajouter aux chroniques du Pseudo-Maxime, de Lucius Dexter, et du faux Luitprand, ni aux histoires de Manethon et de Bérose, fabriquées par Anne de Viterbe. Les imposteurs n'ont manqué à aucune époque ni à aucun pays. Certaines pièces ne présentent rien qui permette de les déclarer œuvres d'un faussaire ; cependant le silence observé à leur sujet durant de longs siècles fait douter de leur authenticité : tels sont les actes de l'Apôtre saint André, dont personne n'a parlé avant le VIII^ siècle; on ne peut guère leur donner créance.
5° Ne pas rejeter tout d'une pièce un auteur coupable de quelques méprises, ou quia cédé à une passion quelconque, ou qui écrit une langue déplarable, s'il se montre par ailleurs sincère et bien formé. Ces défauts et d'autres encore ne sauraient lui enlever tout crédit. Il n'y a qu'à user de discernement pour accepter ce qui présente des garanties et abandonner le reste. C'est ainsi que Josèphe, historien des Juifs, passe pour un excellent auteur, malgré des erreurs incontestables. Les récits fabuleux qu'on trouve dans les ouvrages d'Hérodote ne lui ont point fait perdre le titre de Père de l'histoire qu'il a recAi de Cicéron.
6° Ne pas dédaigner un ouvrage sous le prétexte qu'il
vient d'un simple copiste, d'un abréviateur ou d'un compilateur. Un copiste peut avoir corrigé ou expliqué un écrivain original ; un compilateur peut aussi faire . la critique des divers témoignages par lui recueillis et donner au milieu de leurs contradictions un jugement qui mérite l'attention; les originaux dont il s'est servi ont pu soit disparaître complètement, soit subir des mutilations plus ou moins considérables. Dans ce cas, le compilateur tient lieu de l'original .
7° Lorsque plusieurs écrivains ne s'accordent pas sur le même fait, peser la valeur de chaque témoignage, au lieu de compter le nombre des témoins ; car la parole, d'un homme grave, perspicace et loyal, l'emporte sur celle de cent autres qui se sont tous répétés sans soumettre une assertion à la moindre critique. Pour discernerle mérite d'un historien, il faut à un jugement droit unir un goût sûr, formé sous la direction d'un homme sage et instruit et développé par l'expérience personnelle.
8° Négliger les fables rapportées par des écrivains récents sur le compte de quelques saints; on avait cette manie au XVII^ siècle. Il y eut tel légendaire français qu'il n'aurait jamais fallu lire, « pour n'être pas obligé d'oublier des choses qu'il faut rejeter pour connaître la vérité. « Quelques auteurs ne craignirent pas de fabriquer de toutes pièces la biographie de saints des catacombes dont le nom véritable n'était pas toujours connu. C'était vraiment abuser de la bonne foi et de la crédulité du peuple. Il est douloureux de constater que les païens ont été plus sincères, en écrivant l'histoire de leurs philosophes et de leurs héroà, que plusieurs catholiques, en composant des vies de saints.
9° Apporter dans cette critique une grande modération, comme il sera dit ailleurs ; mieux vaut douter sagement que s'inscrire en faux trop à la légère. Il faut éviter avec le même soin et de n'accepter que très difficilement un témoignage et de l'accepter trop aisément. « L'habileté ne consiste pas seulement à estimer et à suivre les meilleurs auteurs, mais à savoir discerner dans les moindres ce qu'il y a de bon et tout ce qui peut servir à soutenir ou éclaircirla vérité. » . 10° Pour distinguer des autres les historiens qui méritent créance, se servir des trois règles suivantes proposées par Melchior Gano :
a) La première qualité de l'historien est la probité, qui le rend incapable de tromper volontairement, en se donnant pour témoin d'un fait qu'il n'aurait ni vu ni entendu; elle peut se rencontrer chez des païens et chez des hommes par ailleurs très vicieux. L'erreur théologique et les égarements de l'esprit et du cœur n'étouffent pas toujours dans une âme la sincérité, et l'honnêteté naturelle.
b) Le discernement et la sûreté du jugement sont, pour tout écrivain s'occupant d'histoire, des qualités maîtresses. Aussi faut-il toujours accorder la préférence à ceux qui les possèdent. « Car ce n'est pas assez de ne vouloir pas mentir; il faut aussi avoir un jugement mûr et une grande exactitude à examiner les choses pour ne pas se laisser surprendre et pour ne pas croire et écrire légèrement tout ce que l'on aura entendu: comme l'ont fait... Vincent de Beauvais et saint Antonin. »
c) On ne peut accepter aucun auteur condamné par l'Eglise . La remarque de Mabillon sur les livres à l'index doit être rapportée textuellement : « comme il
arrive assez souvent que ce n'est que pour quelques petits endroits que des auteurs s'attirent cette censure, il ne faut pas toujours croire que dans le reste ils n'ayent aucune autorité. »
Il faut, pour l'étude de l'histoire ecclésiastique, tenir compte des dispositions et des besoins de chacun. Elle offre un champ extrêmement vaste à Tactivité intellectuelle des hommes. La plupart sont obligés de se borner .
Quelques-uns se contentent de savoir les faits principaux qui ont laissé une trace dans le souvenir des hommes, et de connaître les personnages dont Finfluence a été plus profonde. Il leur suffit d'avoir en main un manuel rédigé d'après une méthode pratique, présentant un grand nombre de. faits groupés avec ordre, de manière à permettre au lecteur de suivre le développement de la vie de l'Eglise dans ses manifestations diverses. Kraus, Hergenrother ou Funk laissent bien loin derrière eux les histoires de l'Eglise, qui ont été, jusque dans ces dernières années, les seules à trouver ■place sur les rayons de la bibliothèque d'un ecclésiastique français.
Cette connaissance sommaire du passé de l'Eglise est insuffisante pour un théologien et pour tout homme cultivé II en est peu cependant qui soient capables d'étudier directement les sources historiques.
A ce petit nombre, Mabillon trace dans un chapitre spécial un plan de lectures choisies en parfaite connais-
sance de cause. Les autres devront lire par ordre les ouvrages les mieux faits sur chacune des périodes de l'histoire de l'Eglise et sur chacune des phases qu'ont pu traverser son dogme, sa morale et ses institutions. La bibliographie qui complète ce travail les peut guider dans le choix de ces lectures. Ils feront bien cependant de consulter les hommes du métier.
Les manuels précédemment indiqués donnent sur chacun des points dont ils traitent une liste d'auteurs à lire ou à consulter. Quelques-uns pourront suivre tout le cours de l'histoire en recourant aux ouvrages signalés par eux. Dans la crainte que la multitude des faits, en s' accumulant dans la mémoire, ne fasse perdre de vue le lien qui les rattache entre eux et à l'histoire générale, il est bon d'avoir constamment sous les yeux un manuel et de relire 'chacune de ses divisions, lorsqu'on a terminé les lectures qui en forment le développement.
Il est avantageux de se servir concurremment d'un atlas historique, permettant de fixer sur une carte le théâtre des événements et la patris des divers personnages. L'intelligence et la mémoire y trouvent grand profit . .
On se met ainsi au courant de chacune des périodes de l'histoire par une série de lectures; quand elles sont terminées, le moment est venu de se faire un résumé personnel de cette même période. Il n'y a pas de moyen plus efficace de graver l'histoire dans son esprit.
L'histoire ecclésiastique est tellement liée à l'histoire civile qu'il est difficile de les séparer pratiquement l'une de l'autre. Baronius, Le Gointe et tous les grands historiens les ont confondues à dessein dans leurs
ouvrages. Il n'est pas avantageux pour la plupart des travailleurs de s'attaquer directement aux sources. Mieux vaut se contenter de lire les ouvrages les plus sûrs et les plus complets, en tenant compte de ses besoins intellectuels. L'histoire ancienne, l'histoire romaine, l'histoire de France et l'histoire des peuples modernes ont donné lieu soit à des travaux d'ensemble, soit à des monographies d'une incontestable valeur. On ne saurait se" passer d'une bibliographie judicieuse. Et encore faut-il se borner aux seules lectures vraiment utiles, et pour cela tenir constamment l'œil fixé sur le but à atteindre.