CHAPITRE XI
De la manière de prendre les notes.
Nul ne peut compter sur sa mémoire d'une manière absolue. Cette faculté est peut-être celle qui a le plus à souffrir des infirmités et de la vieillesse. Avant qu'elles ne se présentent, le temps et la variété des occupations entraînent dans l'oubli un nombre considérable de choses vues ou entendues avec plaisir. Il importe donc de suppléer à cette irrémédiable inconstance des souvenirs au moyen de l'écriture, qui, en fixant la pensée, l'affranchit des injures du temps.
Ce n'est pas seulement le fruit de ses lectures que l'homme d'étude est exposé à voir disparaître peu à peu ; les idées qui lui viennent de ses propres réflexions risquent souvent de partager le même sort, s'il ne prend pas ses précautions contre un oubli toujours possible, sinon probable.
Mais comment noter ses pensées et les remarques faites au cours de ses lectures ?
Plusieurs méthodes sont à la disposition du travailleur. Qu'il veille seulement à choisir la plus commode
et la plus avantageuse, pour s'épargner dans la suite les ennuis d'un changement toujours préjudiciable. Chacun doit en cela ne perdre de vue ni ses goûts ni les conditions dans lesquelles il travaille. L'expérience se charge de lui approprier complètement la méthode ainsi choisie et de la lui rendre toute personnelle. C'est à cela qu'aboutit forcément toute méthode pratique de prendre des notes.
Les indications suivantes pourront être utiles à qui désire faire un choix judicieux.
1. Mabillon propose Tusage de cahiers, dont chaque feuille a une marge, laissée de préférence du côté de la reliure et suffisante pour recevoir quelques mots. Ce cahier est destiné aux notes que l'on prend au cours de ses lectures : ce sont d'ordinaire les passages les plus importants et les mieux écrits, ceux où la vérité est présentée avec plus de force, et qui produisent sur l'esprit l'impression la plus profonde.
On commence par écrire d'une manière très distincte le nom de l'auteur et le titre de l'ouvrage. Les notes suivent au fur et à mesure que le lecteur les rencontre, il a soin d'indiquer la page où il les prend et d'écrire en marge un mot ou deux, pouvant lui servir de point de repère. Qu'il ajoute aux textes notés quelques-unes des réflexions que cette lecture lui peut suggérer.
Quand un livre est terminé, il est bon de le revoir pour en saisir le but, les idées principales et leur enchaînement. Cette analyse succincte doit. être rédigée à la suite des notes. Ce sera, pour plusieurs ouvrages, la seule chose à écrire. Rien n'est plus capable d'obliger un homme à se rendre compte de ses lectures et à en graver la substance dans son esprit. Les commençants
feront bien de ne jamais omettre ce travail de dissection, au moins pour les livres qui en valent la peine.
Cette manière de recueillir ses notes est surtout faite pour les jeunes gens encore incapables d'extraire d'un livre les pensées ou les faits qui méritent d'être conservés en vue des travaux à venir. Leur inexpérience ne les dispense pas de lire toujours la plume à la main : cette précaution leur est indispensable. Qu'ils prennent seulement cette méthode qui convient à leur âge. Le résumé qu'ils font de toutes leurs lectures les contraint à réfléchir, et les fait pénétrer plus avant dans la pensée de l'auteur ; l'habitude qu'ils prennent de remarquer et de transcrire les passages importants tient en éveil leur attention, développe leur goût et forme leur jugement.
Mais qu'ils se délient d'une première impression ; car, s'ils ont affaire à un auteur qui leur plaise, ils admirent tout, et volontiers ils couvriraient de notes des pages entières. Leur âge est généralement plus accessible aux beautés littéraires qu'à la justesse des pensées, à la vigueur des raisonnements ou à l'importance des faits. Ils trouveront de quoi satisfaire leur goût dans les saints Livres et dans les écrits des Pères et des écrivains ecclésiastiques. Les expressions heureuses abondent sous leur plume ; elles peuvent exercer sur la formation littéraire d'un jeune homme une excellente inlluence- Qu'il lise et relise dans ce but saint Cyprien, Tertullien, saint Augustin, saint Jérôme, saint Grégoire de Nazianze, saint Jean Ghrysostome et saint Bernard.
Les débutants feront bien de ne jamais prendre leui's notes sous une première impression ; un jour ou deux de patience, et c'en sera assez pour remettre les choses
au point. Qu'ils évitent d'écrire en entier les passages dont ils sont enthousiasmés ; ce qui est le plus saillant suffit. Qu'ils s'habituent à apprendre par cœur les textes les plus beaux et à s'approprier les plus belles idées. Que, de temps à autre, ils montrent à un homme expérimenté leurs cahiers, pour recevoir ses avis et les mettre en pratique. Qu'ils relisent fréquemment ces notes, afin de les mieux graver dans leur mémeire.
Cette même méthode peut convenir aux hommes qui se bornent à lire un nombre restreint d'ouvrages sérieux, sans étendre outre mesure le champ de leurs connaissances. Mais qu'ils se gardent bien d'encombrer leurs cahiers de citations empruntées à des livres sans valeur et sans intérêt ; le mieux serait de ne jamais les feuilleter. Les livres qui apprennent quelque chose et méritent confiance sont trop nombreux, pour qu'il y ait à perdre son temps avec des auteurs qui auraient bien fait de ne point écrire .
Les manchettes laissées en marge des cahiers permettent de revoir en quelques instants les idées principales recueillies au cours de longues et patientes lectures. Gela ne suffit pas, il est vrai, pour remédier au défaut d'ordre qui caractérise cette manière de prendre ses notes; mais on atténue les inconvénients qui en résultent par des renvois aux citations précédentes^ qui ont un objet semblable, et surtout par des tables analytiques bien faites^ placées à la fin de chaque volume.
Ce système, malgré ses lacunes^ est assez pratique toutes les fois qu'on recueille des documents inédits ou qu'on emprunte de longues citations à des ouvrages qu'on n'a pas ordinairement sous la main. Les longues coupures faites dans lesjoui'naux et les revues peuvent
être classées de la même manière. 11 n'y a qu'à les fixer aux pages du cahier soit avec de la colle, soit avec une épingle.
2. Quand l'expérience a rendu un homme capable de discerner les faits et les idées qui ont une importance et de les ramener à quelques notions générales, il fait sagement d'user d'une méthode plus perfectionnée. Qu'il transforme pour cela ses cahiers en un répertoire méthodi jue, en consacrant une ou plusieurs feuilles à tout un ensemble de mots, qui répondent aux idées générales sous lesquelles il se propose de réunir ses notes. 11 lui sera facile d'ajouter les idées nouvelles qui s'offriront à son esprit par la suite. On trouvait dans le commerce, il y a quelques années, des cahiers disposés ' pour cet usage, avec des indications qui permettaient de s'en servir aisément.
Mais les inconvénients d'un système qui finit par exiger de nombreux cahiers et qui nécessite par conséquentdes recherches fastidieuses, sans parler de l'ennui qu'éprouve un travailleur condamné à feuilleter longtemps pour arriver à l'endroit où il lui faut écrire sa note, l'a fait tomber en désuétude. On préfère généralement l'emploi des fiches. C'est, de l'avis de tous ceux qui l'ont expérimentée, la méthode la plus avantageuse.
Les fiches, pour être d'une manipulation commode, doivent offrir une certaine résistance ; on peut alors les classer plus vite et plus facilement. Le papier ordinaire ne suffit pas. Le plus simple est de les acheter. Certains libraires en tiennent à la disposition de leurs clients; il y en a de toutes dimensions, et d'un prix très abordable. Deux dimensions suffisent; la première, par exemple, 16x12, pour les notes communes ; la seconde.
beaucoup plus grande, pour les notes plus longues. Le papier écolier peut, à la rigueur, remplacer ces dernières.
Celui qui veut en faire un usage vraiment pratique a besoin d'un plan d'étude au moins vagement tracé, ce qui lui permet d'établir dans son esprit un cadre avec ses divisions et subdivisions, où il peut classer les idées et les faits qu'il glane pendant ses lectures. C'est une condition indispensable ; on s'exposerait, sans elle, à gaspiller un temps précieux et à accumuler des notes qui ne rendront jamais le moindre service.
Ceux qui lisent en vue d'un -travail personnel bien déterminé, dont le plan s'élabore peu à peu, sont les mieux partagés ; le but qu'ils poursuivent est pour eux un fil conducteur. Mais ce sont là des exceptions. La majorité des lecteurs avance un peu en aveugle, dans les premiers temps du moins. Il leur faut d'abord emprunter un cadre et un but à une direction étrangère. Qu'ils se résignent à des tâtonnements inévitables, jusqu'au jour où la maturité et l'expérience que donnent des lectures choisies et faites avec ordre auront mis dans leur intelligence un esprit de méthode, dont la première œuvre sera un classement plus prompt et plus rationnel des idées et des notes.
On peut, au début, s'en tenir à la théologie dogmatique, à la théologie morale, à la discipline de l'Eglise et à l'histoire, et ramener tout aux divisions et aux subdivisions des manuels que l'on a entre les mains. Libre à chacun de faire la part plus grande à telles parties de la science ecclésiastique et de négliger celles qui ont pour lui moins d'attrait. Après quelque temps de travail dans cette direction, ils verront leurs connais-
sances se développer ; leur intelligence s'orientera peu à peu vers un but plus précis qui deviendra proraptement le terme de tous leurs efforts.
Voici quelques indications pratiques sur la manière de prendre des fiches.
L'iiomma d'étude a besoin tantôt d'une citation littérale, tantôt d'une idée ou d'un fait qu'il exprime librement et aussi brièvement que possible. Les citations doivent être distinguées par un signe certain, des guillemets par exemple. Il faut les prendre telles qu'elles sont dans la source. Si un mot d'explication est nécessaire, on le met entre parenthèse, pour ne pas être exposé plus tard à le confondre avec le texte lui-même. Les passages omis doivent être remplacées par plusieurs points. Ces omissions sont assez pratiques tontes les fois que le travailleur est sûr de trouver facilement l'ouvrage d'où le texte est tiré. Le commencement et la lin du texte, et les mots strictement nécessaires pour en indiquer le sens et la portée, suffisent d'ordinaire. Il sera toujours facile de recourir à la source, quand le besoin s'en fera sentir.
Ce procédé, qui permet de gagner du temps, ne saurait être employé pour une citation empruntée soit à un manuscrit, soit à un volume que l'on n'a pas à sa portée. La prudence demande alors de copier intégralement le passage en question. Gomme on ne peut écrire que sur un verso de la fiche, il est nécessaire de recourir aux fiches de grand format, lorsque la citation est d'une certaine longueur. Celles-ci peuvent être reliées les unes aux autres et même au besoin devenir un fascicule ou un cahier plus ou moins volumineux.
S'il s'agit d'un fait, d'une idée, d'un raisonnement,
d'un emprunt quelconque, ne devant pas être rapportés textuellement, il suffit de le consigner par écrit en termes qui laissent intacte la pensée de l'auteur. On fera bien d'écrire à part sur la même fiche, ou d'une manière distincte, ce que l'on ajoute de soi-même pour compléter ces renseignements et pour conserver le souvenir de l'impression produite sur le jugement par la lecture du passage cité et de son contexte.
Les notes doivent être concises et complètes, lorsqu'elles sont empruntées à des livres que l'on n'aura plus occasion de revoir. Lorsqu'elles ont une certaine longueur, le grand format s'impose. De la sorte, la simple lecture de la fiche sufit; il n'y aura plus à recourir au contexte. L'habitude forme assez promptement l'esprit et la plume à cette rédaction précise des notes, qui, dans la suite, économisera la peine et le temps du travailleur. On ne saurait trop se préoccuper, en pareille matière, de cette économie du temps et du travail.
Quand on est assuré d'avoir un ouvrage sous la main au moment voulu, il n'y a pas à couvrir ses fiches de longues notes. Quelques mots suffisent pour établir une très utile référence^ qui permet de retrouver en quelques minutes un renseignement indispensable.
La partie supérieure d'une fiche, quel que soit son format, n'est jamais destinée à recevoir une note. Nous verrons tout à l'heure son usage. Qu'on laisse donc en blanc un espace de deux ou trois lignes. Une marge^, de préférence sur la gauche, est nécessaire à toutes les grandes fiches.
Une fois la note prise, il faut désigner la source d'où elle est tirée. Cette indication demande une exactitude scrupuleuse et une grande conformité avec les usages
admis par l'érudition actuelle. On ne saurait mettre trop de soin pour contracter de bonne heure Fliabitude d'une précision irréprochable. Sans quoi, la vérification d'une noté et le recours aux sources seraient très difficiles, pour ne pas dire impossibles. Ces indications ont leur place au dessous de la note elle-même.
On écrit d'abord le nom de Fauteur, avec son prénom ou un cognonem, s'il a des homonymes. Au cas où le livre ne porterait aucun nom d'auteur, il est aisé de le trouver au moyen d'un dictionnaire des anonymes. Le titre exact deTouvrage, le livre, le chapitre, le volume et la page ou la colonne sont ensuite indiqués. Certains auteurs divisent les pages in-folio en trois ou quatre parties, signalées par les premières lettres de Talphabet; d'autres numérotent les lignes par cinq ou par dix. Gela facilite singulièrement les recherches. Il faut en outre noter l'édition de l'ouvrage, l'éditeur, la ville, la date et le format, toutes choses bonnes à connaître et parfois nécessaires à qui veut recourir à la source.
Si un livre appartient à une grande collection, par exemple au recueil des Acta Sanctorum, connus sous le nom de Bollandistes, à la Pairoloyie de Migne, aux Monumenla Germaniie historica^ au recueil des Bisloriens des Gaules de Dom Bouquet, etc., on doit indiquer exactement le titre de la collection, le volume et la page d'où provient la note. Il faut de même indiquer le tome de la collection, l'année et le fascicule de la revue, quand l'emprunt est fait à un article publié par elle. Les citations de la Bible, de la Somme de saint Thomas et du Corpus juri^ ne sont pas astreintes à ces règles .
Cette multiplicité d'indications est, j'en conviens.
fastidieuse. Mais, pour en comprendre l'utilité, il suffit de se trouver une seule fois aux prises avec une référence mal indiquée ; l'absence d'une date, d'une page, d'un mot, peut alors exiger quelques heures de recherches inutiles, qu'une précision élémentaire aurait épargnées .
Les citations de manuscrits, cela va sans dire, ne réclamentni nom d'auteur ni lieu d'édition ; il faut seulement écrire le nom de la bibliothèque, publique ou privée, qui possède cet ouvrage, en y ajoutant sa cote ou numéro d'ordre, et, en cas de besoin, le fonds dont il fait partie : on peut encore renvoyer à la page et au tome du catalogue où il se trouve décrit. Pour les charlés, on indique le nom des archives nationales, départementales, municipales ou privées, la série, la liasse, d'oîi elles sont tirées et le numéro qu'elles occcupent.
Voici un moyen de simplifier le travail : écrire sur un cahier spécial la liste des ouvrages dépouillés avec indications bibliographiques complètes. Gomme il sera toujours facile de le retrouver, s'il en est besoin, on se contentera sur les fiches du nonà de l'auteur et de l'ouvrage, accompagnés des renvois indispensables ; et encore pourra-t on user d'abréviations et de signes conventionnels. Cette liste des ouvrages lus que l'on dresse ainsi peut devenir très utile.
Une appréciation sur la valeur du livre et la confiance qu'il mérite, des renvois aux appréciations données par des hommes compétentsetaux meilleures recensions qui en ont pu être données et l'ensemble de réflexions que suggère à un homme intelligent la lecture d'un livre suffisent pour communiquera ce catalogue un vif intérêt, qui deviendra encore plus personnel si on a
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soin d'indiquer la date et le lieu où chaque lecture a été laite. L'homme arrivé au terme d'une carrière laborieuse peut, en revoyant cette liste et les notes qui l'accompagnent, parcourir, avec infiniment de bonheur, les diverses étapes de toute sa vie intellectuelle. Cette revue est agréable même à ceux qui n'ont pas atteint la vieillesse.
Les fiches qui renferment des réflexions personnelles doivent porter une marque, grâce à laquelle on puisse aisément distinguer leur provenance. Le lieu et la date de leurrédaction sont à noter.
Quand une fois la fiche est dressée, elle doit être mise en place. Il faut, au préalable, lui donner un titre. Ce peut être le nom du personnage ou du lieu auxquels se rapporte la citation, ou encore un terme exprimant l'idée principale ou le fait important qui y est indiqué. Il est bon, lorsque la chose est possible, de signaler la date du fait au sommet de la fiche dans le milieu. Le coin de gauche est réservé au titre, qui doit être écrit en caractères plus gros que le texte et souligné d'un trait. Si une même citation nécessite deux titres, on place le second dans le coin de droite. Mieux vaudrait faire une seconde ou même une troisième fiche avec un renvoi à la première, au cas où la citation intéresserait deux ou trois personnages, lieux ou idées.
Les commençants feront bien d'écrire les titres au crayon, car il leur sera quelque temps impossible de les fixer d'une manière définitive. Ils pourront les transcrire à l'encre, plus tard, lorsque le travail et l'expérience auront donné à leurs idées et à leur méthode la fixité nécessaire.
L'homme qui se sert de fiches a besoin de tiroirs ou
de boites pour classer celles de petit format ; il peut renfermer les autres dans des chemises disposées ad hoc. Inutile de les distribuer au fur et à mesure de la rédaction. Il est bon de se réserver pour cette besogne un jour ou deux par mois. On revoit alors les notes recueillies pendant ce temps, ce qui les grave mieux dans la mémoire, et on les met en place. Celles qui ont pour titre un nom de lieu ou de personne se classent suivant Tordre alphabétique dans les séries topographique ou biographique. Lorsqu'un même nom réunit plusieurs fiches, l'ordre chronologique détermine leur rang. Les divisions et subdivisions des manuels de théologie, de droit canon ou d'histoire peuvent fournir les cadres d'une classification méthodique pour les autres fiches.
Mais, après un an ou deux, chacun arrive à se créer une classification personnelle qui répond à ses besoins et aux conditions dans lesquelles il travaille. Ici, comme en toutes choses, il n'y a qu'à se mettre résolument à l'œuvre; l'expérience et le temps se chargent de résoudre les difficultés.
Les coupures de journaux qui ne sont pas trop longues peuvent être collées sur fiches et distribuées de la même manière. Qu'on ait soin d'indiquer exactement leur provenance.
Un mot sur les fiches bibliographiques complétera ces renseignements.
La bibliographie joue un grand rôle dans les études ; il est difficile de ne point recourir à ses services. C'est elle qui indique au travailleur les sources, imprimées ou manuscrites, où il peut trouver les matériaux indispensables. 11 existe sur un certain nombre de points
des bibliographies toutes préparées. Les unes sont bonnes ; il suffit de les mettre au courant par l'addition des ouvrages parus depuis leur publication ; les autres sont imparfaites, et elles demandent à être complétées avec la liste des travaux négligés par leurs auteurs.
Quand ces secours font défaut, et c'est le cas le plus ordinaire, il est bon de réunir pour son usage personnel des indications bibliographiques aussi nombreuses et variées que possible. Les fiches simplifient cette besogne, qui semble fastidieuse à plusieurs. Les coupures faites dans les catalogues et collées sur fiche, les notes prises un peu partout et avec, toute l'exactitude désirable, peuvent être classées et distribuées conformément à la méthode indiquée plus haut. On forme de la sorte une liste d'ouvrages et d'articles de revue qui sera très vite appréciée. Pour augmenter sa valeur et son intérêt, il suffit de faire suivre les meilleurs travaux d'une brève appréciation, puisée à bonne source.
Le même système peut servir à dresser le catalogue de sa bibliothèque. Tout homme d'étude devrait se faire un point d'honneur de ne jamais placer un livre dans les rayons de sa bibliothèque sans l'avoir lu et apprécié. Quoi de plus simple que d'écrire brièvement sur une fiche et le titre de l'ouvrage et son appréciation ? Pourquoi ne point indiquer de la même manière les sujets traités par l'auteur? Ce travail fournirait une occupation immédiate très intéressante. Les fiches contenant ces renseignements formeraient, si elles étaient distribuées avec ordre, un répertoire méthodique des plus précieux. Ce serait même au bout de quelques années une petite encyclopédie, d'autant plus
utile qu'elle serait le fruit d'un travail personnel. Elle augmenterait singulièrement l'amour des études.
Celui qui ferait de temps en temps l'inventaire de ce trésor intellectuel et comparerait entre elles ces richesses patiemment amassées trouverait là une source inépuisable de joie pure et de lumière vive. Des horizons nouveaux s'ouvriraient devant son intelligence. Il reviendrait à ses livres, discuterait les opinions des auteurs, se ferait des idées personnelles, qu'il suivrait avec un plaisir extrême.
Mais pour cela il faudrait n'avoir dans sa bibliothèque que des ouvrages de valeur. Car ce travail est impossible avec les œuvres médiocres.
Le lecteur voudra bien me pardonner les additions faites à ce chapitre de Mabillon, dans le but de lui rendre service. J'userai encore de la même liberté pour le même motif.