V, 113-14. — (2) V. 417-18 ; VI, 15- — (3) V
pas uniquement comique de situation (1). Les plaisanteries du fou dans Lear, celles des fossoyeurs dans Hamlet, renferment un comique « de pensée ». On ne pourrait en dire autant de celles de Pietro dans Roméo et Juliette, du portier dans Macbeth. Mais, en dehors de ces cas exceptionnels, Shakespeare a fondu organiquement les éléments tragiques et comiques (2).
Clarté de la coropositioîi des drames de Shakespeare
La clarté de la composition des drames de Shakespeare vient de ce qu'elle a pour base le caractère, qui est, en même temps, le point de départ de sa conception de l'art dramatique, de la faute tragique et de l'action. Le caractère est le fil psychologique qui nous guide à travers la composition, nous dirige au milieu des événements, permet au poète de donner à l'action la cohésion nécessaire (3). Cohésion si importante aux yeux de Shakespeare, qu'il préfère nous la montrer d'une manière abstraite (4) par les monologues, les opinions exprimées par les autres personnages sur les actes du héros, par des scènes spécialement introduites pour servir à la clarté des événements sans avoir recours au récit, qui n'est pas dramatique (5).
Art des préparations (6)
Toutes les fois que Shakespeare veut produire un effet dramatique puissant, il le prépare si habilement que celui-ci, bien qu'attendu par le spectateur, surprend et paraît d'autant plus grand (apparition du fantôme dans Hamlet) (7). Tout événement étrange ou inattendu, toute gradation nouvelle de la passion, sont annoncés par des pressentiments, des troubles inexplicables, des allusions, des entretiens (8) (révélation du crime à Hamlet par le fantôme) (9).
La variété que Shakespeare introduit dans ses préparations est merveilleuse. Chacune de ses pièces est elle-même une préparation continuelle à la catastrophe (10).
(1) V, 537. — (2) V, 443-44, 113-14, 168-69 ; sur le mélanpe du tragique et du comique, cf. en outre ms. I, 173, 242. — (3) V, 195. — (4) V, 395 (Cf. V. 110). — (5) V, 195-97, 110, 114, 199-200. — (6) Cf. V, 93, 96- 100, 101. 102, 419.— (7) V, 93 (Cf. V, 101, 192.— (8) V, 191-92.— (9) V, 97-99. — (10) V, 99.
Détaiî d'action ^■^)
C'est surtout grâce au détail d'action, le troisième élément essentiel de la composition dans les drames de Shakespeare, que de telles préparations sont possibles ; car seul il permet de décrire, sous tous ses aspects, et dans l'ensemble de son développement, un état d'âme particulier (2). Sans ce détail, la marche trop rapide de l'action, surtout dans une pièce riche en événements, la ferait ressembler à une lanterne masiquc où les images se succéderaient sans interruption (3). Grâce au détail d'action, chacune d'elles est séparée de la précédente par un intervalle assez long pour que le spectateur puisse, sans hnte, contemplei chaque fois les aspects nouveaux de l'âme des personnages, fondre ses impressions en une impression d'ensemble solide et durable (4).
Grâce au détail d'action, enfin, le poète peut représenter l'homme dans sa totalité, exposer tous les motifs de tous ses actes, et les coordonner d'une manière parfaitement claire. Ainsi reçoivent satisfaction à la fois l'intelligence et l'imagination du spectateur (5).
Rôle Su chœur (^)
Aux divers moyens exposés ci-dessus, adoptés par Shakespeare pour mettre en pleine lumière l'idée de la pièce, ce poète ajoute l'emploi du chœur, mais d'un chœur modernisé, et dont il réserve la fonction à des personnages qui, ayant une part directe dans l'action, ne constituent pas, comme ïe chœur antique, un élément étranger et gênant. Le rôle du chœur est attribué en outre aux actions double.', dont l 'une sert à éclairer l'autre, fux rôles doubles qui permettent à un même personnage, comme Hamlet, de s'observer et se juger soi même. Ainsi le chœur n'est pas extérieur et étranger, comme dans les pièces de Schiller, mais se rattache organiquement à l'ensemble de la pièce (7).
(1) Cf. V, 92. — (2) V, 99. — (3) V, 100. — (4) Cf. V, 100, 110-12, 123, 136. — (5) V, 427 (Cf. V, 124) ; cf. en outre ms. II, 39, 62 ; ms. III, 19-20, 60. — (6) Cf. V, 74, 106, 115, 119-22, 161. — (7) V, 119-20, 142. 161.
Conclusion. — Comment Shakespeare compose ses
pièces. (1).
« Dan? l'ensemble, la composition d'une pièce de Shakespeare est analogue à celle d'une sonate. Au centre, le thème, ou l'idée du caractère du héros, s'oppose au contre-thème, c'est-à-dire à l'autre clément du contraste tragique. Thème et contre-thème réagissent l'un sur l'autre. La première partie expose les éléments du conflit tragique, les matérialise dans la situation du héros. Dans la deuxième partie, ces facteurs s'exaltent, entreni en lutte, préparent, par leurs actions violentes, la destinée du héros. Dans la troisième partie, l'état d'âme produit chez le spectateur par cette destinée s'apaise et s'élève avec solennité. Coriolan offre le modèle achevé de cette composition » (2).
(1) V, 520-21, 92. — (2) V, 89-91 (Cf. V. 86) ; ms. III, 19.