LA MÈRE L'AIGUILLE, OLIVIER
la mBre. Pardon, monsieur Olivier, pardon... je vous ai entendu marcher à travers la cloison qui sépare notre chambre de la vôtre... et je suis venue... Pardon...
ouvikr. Asseyez-vous, Madame, asseyez-vous... En quoi puis-je vous être utile?
u MfiRE. Monsieur Olivier... la force me manque... je sens que la mort s’approche...
olivier. Grand Dieu I
u mère. Et je ne veux pas mourir sans laisser à quelqu’un le souvenir de ce que j’ai souffert.
olivier. Oh! prenez courage et expliquez-vous, Madame... la mère. Oh! oui, j’ai bien souffert— et je croyais que la douleur ne pouvait pis aller au delà de mes eouflhmccs de mus les jours... Mais k présent je sais que lu malheur est inépuisable... Tant que ma tille a été près de moi, je me suis senti du courage... mais à présent que je sms seule... olivier. Quoi!... Mario... votre fille...
la nëre. Elle n’est pas rentrée... elle a quitté sa mère! olivier, i pari. Oh! les malheureux !.. ils ont donc réussi à la perdre!
la MtRE. Que dites-vous?., l’aoriez-vous vue?., savez-vous où elle est?..
olivier. Moi?.. Oh I non. Madame, non... je l’ignore... (a pan.) Épargnons- lui cette douleur.
la mère. Qu’est-elle devenue?., quel chemin a-t-elle pris en quittant la demeure de sa mère?.. Seigneur, Pavez-vous poussée au suicide, ou l’avcz-vous laissât: aller pu déshonneur?.. olivier. Pauvre mère !
la nièrf. Et pauvre Hile... allez!.. Elle souffrait tant’., die ôtait si malheureuse aussi !.. Oh! non, non, je ne la maudis pas... Si elle a succombé, si elle a failli... c’est que mon orgueil lui n fait le |>oids de la vie trop lourd à porter... Pauvre Marie !.. olivier. Voire orgueil, dites-vous ? Je ne vous comprends pas. la mère. C’est que de pareils malheurs dépassent tout ce qu’on peut imaginer !
olivier. Parlez... Moi aussi, j’ai bien souffert... et la douleur n’a peut-être rien à m’apprendre.
i a mBre. Eh bien ! écoulez- mol... Marie, ma fille, n’est pas mon unique enfant., j’ai un fils...
olivier. Un fils!., et il n’est point près de vous!., et il vous abandonne aussi?..
la MF.RF.Oh! ne l’accusez pas. Peut-être ignore-t-il que j’existe, car il n’a plus entendu parler île sa mère depuis le jour où j’ai fui la maison de mon époux avec tna fille, nia pauvre Marie. olivier. Vous, Madame?..
la mere. Oui, moi... Et qui sait. Monsieur, comment son père lui aura expliqué l'absence de sa mère... qui sait si, pour détourner le soupçon de lui, son père ne lui a pas dit que j’avais fui sa maison comme une criminelle... et peut-être comme une adultère!..
olivier. Ah*l Madame... quel père assez lâclie oserait calomnier la mère innocente devant son fils!
la mère. Quel père aurez lâche, dites-vous?., Oh! Monsieur, celui qui a vendu son Im’iIo peut bien calomnier la mère de ses enfants.
olivier, Voe iiupéficiiou. Celui qui a vendu sou hôte, avez -von ; dit?
la mere. Oui... L'idée d'un pareil crime vous épouvante, vous rend immobile et muet... et cependant... Oh! ne me regardez pas ainsi... ic n’oser.i is plus parler...
olivier. Oh! parlez... parlez... Mon Dieu, je ne sais si je vous ai bien entendue... Parlez... parlez...
la mere. Eh bien! Monsieur, je veux que cc fils apprenne que si sa mère l'afni,ec n’est pas parée qu’elle a été infâme et coupable... Je veux que demain vous disiez parmi vos amis, je veux que demam vous écriviez dans les feuilles publiques, partout... a Hier, pour n'avoir pas voulu partager la honte de son mari, pour avoir été courageuse et fieiv, hier, la baronne de Mortagnu est morte dans un grenier, de misère et de faim ! » ou vi en. C’est elle !
la mere. Oui, morte de mi-ère et de faim !.. Ce cri, mon bis l'entendra... il l'entendra!..
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olivier. Mais il l'entend, ma mère... il l'entend... (il m j*n« k
M« |t*OUI.)
LA MERE, U wrrtol dan* ms bru. Mon fils!..
olivier. Ma mère !..
la mère. Ta mère, as-tu dit?., toi !.. toi, aussi misérable que nous ?..
olivier. Moi... moi qui, comme vous, ai préféré la misère à la honte, la mort au déshonneur !
la mere. Ah! merci, mon Dieu ! je mourrai dans les bras de mon (ils!
olivier. Ma mère!., ma mère!.. (iu »'cmbr*iMfit, «il* lui
k ms genoui.)
u n Ere. Ah ! la douleur dégrade l'âme! la pauvreté flétrit le cœur... Voilà sis mois que je te vois près de moi... si noble, si résigné, si triste... cl je ne t'ai pas deviné! Oh! pardonne-moi !
olivier. Et moi, ma mère, » ai-je pas vu vos souffrances, voire courage, votre désespoir, ccui de Marie... de Marie... u mere. De U pauvre sœur que tu aimeras, n est-ce pas ? olivier, m refera*. Ma sœur !.. ma sœur !... 0 misérable que je suis !..
la m£re. Que dis-tu ?.. ta sœur !
olivier. Et j'étais là quand cct homme égarait sa raison .. tentant «on désespoir, la poussant à sa perte... Jetais là, et je n'ai |ias sauvé Marie, je n'ai pas tué cet homme ! la mKre. Mais de qui parles-tu donc?
olivier. Du comte Rover d'Orilly !
la mrre. Grand Dieu 1
olivier. O justice du ciel! le fils de la victime a déshonoré la fille du bourreau !.. O mon père... votre crime a porté tous Mrs fruits.
u mère. Elle u'est donc pas morte ?.. elle vil ?..