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III. — Mouchettc = (( esse » de l'essieu

« P. 215 vous écrivez, à propos de u'ése, wase, cheville de l'essieu :

Selon nous, il résulte de ce témoignage que es était le nom donné à l'abeille, aussi bien que l'S retenant la roue à l'essieu.

« Je me demande si je n'ai pas trouvé la preuve de cette affirmation. Je vois dans Dastwy, qui a publié à Neufchâteau, entre le point 185 et le point 183 de l'Atlas, un dictionnaire d'ailleurs détestable (1858) :

MoucHETTE : bout de l'essieu.

« Il est très probable que ce bout de l'essieu est TS en question. Dasnoy ne cherche pas à expliquer les mots, il cherche à leur donner un équivalent français. Il faut comprendre : ne dites pas mouchette, qui est patois, dites, en français : bout de F essieu.

I. [Mon filleul de guerre, ouvrier cordonnier qui n'a pas suivi les cours de la Sorbonne et comprend, par conséquent, la généalogie des noms de l'abeille, s'écriait : « Ah ! je comprends maintenant pourquoi mon patron, qui est chtinii, appelle ses serins des mouchons »]

« Il V aurait eu en patois une ês^ qui signifiait à la fois abeille et 5, cheville de l'essieu. Quand les patois, suivant votre démonstration, auront remplacé es- (abeill'e) par viouchette, TS de l'essieu aura suivi le mouvement. Je ne vois pas, en dehors de cette explication, comment un parler en serait venu à appeler uiouchette, Y S, le T, ou même l'extrémité d'un essieu. »

[On a vu dans Géfiéalogie... es « abeille >) entraîner dans son évolution à essette S u cheville de l'essieu » (essette = « S »>) ; on voit ici cet entraînement se poursuivre jusqu'à viouchette « S ». Je ne désespère pas de voir abeille désigner r « esse de l'essieu », si toutefois le stade intermédiaire ffiouche à miel n'a pas rompu définitivement l'envoûtement qu'exerce l'abeille sur l'esse à partir du moment où elle a été es et si « abeille » peut se transmettre sous la forme abeille sans avoir préalablement passé par uwiiche à miel, qui est resté jusqu'ici, de préférence à abeille, le mot exporté par la langue littéraire.]

IV. — MoucHETTE « abeille » diminutif par rapport à mouche à viande.

M. Bruneau, lorsqu'il me faisait savoir en 19 19 l'existence de moiurhette « esse », ignorait naturellement une nouvelle explication de mouchetto. « abeille », donnée dans un livre qui vient de paraître, la Géographie linguistique (Albert Dauzat, Bibl. de culture générale, chez Flammarion').

Dans ce livre je trouve, à la page 43, l'hypothèse suivante : « De plus, il y a mouche et mouche : et l'abeille ne peut-elle être la mouchtte par rapport à la mouche à viande, qui est la grosse mouche ? »

N. M. Bruneau, ni M. Jaberg (Rom., XL VI), ni même

M. Gauchat (Spécimen du glossaire des patois de la Suisse romande, Attinger, 1921 ) n'y ont pensé. Moi non plus, je l'avoue ingénument. Tout le mérite de cette trouvaille revient à M. Dauzat.

Si je comprends bien : la mouche à viande étant une grosse mouche, c'est l'autre mouche, la mouche domestique . qui doit être une mouchette ; mais celle-ci aurait cédé son droit de diminutivité à l'abeille qui s'en revêt et est une mouchette, ce qui a permis au « moucheron », diminutif de mouche domestique, de se parer légitimement du signe de la diminutivité que mouche à cédé à abeille, pour être, lui aussi^ une mouchette. Total : deux mouchette existantes (diminutives, i) de la mouche à viande, 2) de la mouche domestique — mouchette = « moucheron » encore de nos jours) et une latente (jnouchette = « mouche domestique » par rapport à « mouche à viande »), qui ne s'est pas réalisée lexicalement, est restée neutre, en quelque sorte, pour desservir d'autres mouches plus grandes ou plus petites, et pour accueillir mouche (Ji miel), lorsque le peuple en aura assez de mouchette « abeille » opposée à motwhe à viande.

Chose curieuse, tous ces mouchette nés diversement — il y a aussi mouchette hypocoristique = « gentille mouche » ou « mouche bénie » (voir ci-dessous) — disparaissent mystérieusement, sans que ceux qui les ont créés nous disent pourquoi.

Selon M. Dauzat, en reconstituant un mouche-ep « abeille » d'après des textes littéraires qui ont ep, é ep (^ es -\- ep), d'après certaines formes d'autrefois et d'aujourd'hui qui y remontent, en analysant les conséquences qui devaient fatalement résulter de sa chute en un mouchette illégitime, que la langue — pour une excellente raison — met autant d'empressement à expulser, que

M. Dauzat en met à en faire surgir un légitime, disparaissant — pour quel motif?— comme l'illégitime, — je me suis exposé à une « déconvenue ». Il en tire la conclusion suivante :

« L'histoire est donc le garde-fou nécessaire de la géo- ■ graphie linguistique » (p. 43).

Vous pensez peut-être que — si M. Dauzat a lu mon livre — il se soit, après avoir rejeté mouche-ep, mis en frais pour expliquer les formes qui se réclament à'ep ou qui témoignent des raisons pour lesquelles mouchette « abeille » < ffiotiehe-ep disparaît :

i) apier « rucher ».

2) mouche à guettes (= « layettes », inexplicable autrement que par motiche-ep >* mouchette^.

3) essette inexplicable comme diminutif autre qu'accidentel de es -f- ep (cf. esier).

4) moucetier « rucher » (261), alors que mouchette n'existe plus. ^

5) mouche = « moucheron », enclos dans mouchette « moucheron », dédiminutivisé parce que mouchette « abeille » s'est dédiminutivisé (Wallonie).

6) mouche à miel (217) = « moucheron » et « abeille » <] mouchette = « abeille » et « moucheron ».

7) extinction de mouchât te- mouchot te « abeille », où pendant un certain temps, et grâce à son suffixe commun à d'autres mots non diminutifs, il a pu vivre sans paraître être un diminutif — il était « insecte semblable à la mouche » — et que la conversion des patois au français fait apparaître comme un diminutif intolérable mouchette : d'où son échange contre un mouche (à miel), et, comme nous allons le voir à l'instant contre un « mouche bénie » qui n'est qu'une forme défigurée de mvîiche (à mi) ou une forme réétvmoloijisée.

Etc.

Détrompez-vous !

« Epj eep sont des formes des plus douteuses « dans les textes littéraires qui les présentent (p. 42) '.

Je vois que M. Dauzat jette à l'eau son garde-fou — l'histoire. Sourd aux protestations des formes qui se réclament d'ep, il franchit le pont, crânement, sans gardefou — il y en avait cependant un autre que l'histoire, c'était le sens commun qui court les rues et qui est méconnu par M. Dauzat ^ — et, guidé par « mouche à viande », il vous présente un manchette « abeille ».

'Ici s'arrête l'historique de M. Dauzat. Il ne le poursuit pas, sans doute pour me laisser l'honneur de la conclusion. Qu'arriva-t-il ensuite ? Évidemment ceci : moiichette « abeille », lassé d'être diminutif par rapport à mouche à viande, redevint mouche, et comme son partenaire était « à viande », il se fît « à miel ». Ainsi, succéda mouche à miel à mouchette, qui, nous dit-on, était du xiii^ siècle.

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