Voir chapit. IV
unhomme se mutila en l'honneur de la grande Déesse, on rangea de nouveau cet acte de folie au nombre des présages sinistres. Le fanatique qui s'en était rendu coupable, un esclave, probablement d'origine étrangère, fut condamné à la déportation au delà des mers pour le reste de son existence *.
Le culte de la mère des Dieux n'apparut donc qu'assez tard à Rome sous sa forme sanglante. Ce fut, dit-on, l'empereur Claude qui promulgua le texte de loi associant définitivement la religion d'Atys à celle de Cybèle, dans les limites de l'Empire, et autorisant les Romains à célébrer le rite phrygien.
La grande fête de l'équinoxe du printemps rétablie, on vit de nouveau les Galles « fêter le sang » et se mutiler au cours de cérémonies orgiastiques, qui soulevaient pourtant un désaveu unanime : « Ce sont là des scènes de torture, et non des cérémonies sacrées ! » s'écriait Minutius Félix, dans un mouvement d'éloquente indignation.
Dès cette époque, les premiers chrétiens ne ménageaient guère leurs sarcasmes à l'adresse de ces usages barbares, et ils s'appliquaient à réfuter les justifications symboliques de certains philosophes, défenseurs des cultes étrangers.
Mais le monde romain était en pleine décadence et la licence des mœurs précipitait encore la ruine de l'Empire. Au dire de Lampride, le successeur de Tempereur romain Garacalla, Bassianus, plus connu
1. 11 ne semble pas non plus que, vers cette époque, les prêtres de la Déesse aient joui dune haute considération. En 78, 'un d'eux se vit confisquer une succession à laquelle il avait des droits légitimes, attendu, disait Tarrét, qu'il n'était ni homme ni femme. (Val. Max. 7.)
SOUS le nom du dieu syrien dont il était le grand prêtre, Élagabalou Héliogabale, aurait fait, lui aussi, le sacrifice de sa virilité pour être promu au rang d'archigalle : « Genitalia sihi devinxit et omnia fecit quse Gain facere soient ^ »
Peut-être castrait-on également des esclaves, pour offrir leurs parties viriles en sacrifice à ces divinités sanguinaires importées de l'Orient. « C'est contre cet horrible abus que saint Augustin, qui relève, qui condamne, et qui réfute les ridiculitez, les infamies, les cruautés de la religion des païens, se déchaîne dans son excellent livre de la Cité de Dieu ^ »
Pour enraciné que fût le mal, la réaction contre ces pratiques inhumaines n'en grandissait pas moins, lentemeat mais sûrement. Et ce que n'avaient pu faire les arrêts de Nerva, de Trajan, d'Alexandre Sévère, la religion nouvelle qai surgissait alors à la conquête du monde occidental allait l'accomplir.
Sous l'effort du christianisme, les cérémonies sanglantes devinrent plus rares, et si le Dieu nouveau ne renversa pas, dès son apparition, les anciennes idoles, du moins le nom de Galles, réservé au début à des prêtres eunuques, pût-il s'étendre désormais à des prêtres de race latine qui n'avaient point fait le sacrifice de leurs organes virils ^
1. Suivant D. Cassius [Hist. romaine, liv. XXIX), Élagabaî n'aurait pas eu le courage d'amputer sa virilité ni même de se faire châtrer ; et il aurait mis sa conscience en repos en se faisant circoncire.