‹ Les eunuques à travers les âgesChapitre 15 sur 102 · Le Père Mabillon. Diariiim Ilaliciun · texte numérisé non relu

Le Père Mabillon. Diariiim Ilaliciun

LES RELIGIONS ET l'eUNUCHISxME

Toujours d'après la légende, la cérémonie avait lieu dans l'église Saint-Jean de Latran, où le nouveau pape se rendait en grand appareil aussitôt après son couronnement. Les chanoines s'avançaient

FiG. 5. — Siège de porphyre (Musée du Louvre)

à sa rencontre pour le transporter sur leurs épaules

jusqu'au fameux siège de marbre rouge *. Au

moins était-on sûr d'éviter ainsi l'élection d'une

1. Ce siège serait aujourd'hui au Louvre. Certains guides, mieux documentés que leurs collègues, ne manquent pas de le signaler à la curiosité des visiteurs. Tout en agrémentant la légende de détails de leur crû, ils montrent un siège de porphyre qui passa jadis de Saint- Jean de Latran au musée du

autre papesse Jeanne, et au temps de Rabelais nul n'ignorait le dicton :

Testiciilos qui non habet Papa esse non potest.

A l'exemple de l'Église romaine, l'Église grecque n'exclut jamais de l'autel ceux à qui on avait fait l'opération d'Origène sans leur consentement. Dans le Bas-Empire de Constantinople, Nicétas, Photius, Ignace, Méthodius, saint Germain, qui étaient des eunuques, parvinrent à la dignité de patriarche, sans qu'on doive incriminer pour cela la mollesse et le relâchement des mœurs asiatiques. Il faut citer également Dorothée, que l'amitié profonde de l'empereurs Aurélien fit évêque d'Antioche.

Mais si le catholicisme lutta victorieusement contre la néfaste coutume, avant lui déjà la loi de Moïse avait chassé les eunuques du temple ^ : « L'eunuque

Vatican, et fut rapporté d'Italie en 1797 par Bonaparte. A la rigueur sa forme particulière pourrait contribuer à donner quelque apparence de vérité à la légende, si cette disposition de siège évidé ne se retrouvait fréquemment dans l'antiquité, le moyen-âge, et jusqu'au seuil de la Renaissance, dans les thermes notamment, et dans les stalles du chœur de la plupart de nos vieilles églises (fig, 5).

1. Cet ostracisme se retrouve de nos jours en Chine où les eunuques sont exclus de certaines pratiques religieuses. Ils sont pourtant admis dans les temples, mais ils ne peuvent monter sur l'estrade, taï-chié, où le prêtre reçoit les confessions de ceux qui ont jeûné. Même interdiction est faite à ceux qui sont privés d'un œil, aux mutilés, aux femmes en cours de règles. (Matignon.)

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par compression ou par amputation des testicules n'entrera pas dans le Lieu saint. » Non intrabil enniichus, atlritis vel amputatis testiciilis, ecclesîam domîni ^

Le Lévitique (§ 24) considérait tout être mutilé comme un véritable objet de répulsion, et il était formellement interdit d'offrir en sacrifice des animaux châtrés.

Cette profonde aversion des Juifs à l'égard des eunuques, datait sans doute de l'époque difficile où ils avaient fait pour la première fois connaissance avec eux. Suivant des récits hébreux datant de 800 avant Jésus-Christ, ce fut en effet le chef des castrats (rabsaris) qui fut envoyé par le roi d'Assyrie, en compagnie de deux hauts personnages de sa cour, pour demander la reddition du roi Hezekiah.

Du reste, il ne se trouvait point d'eunuques parmi les Hébreux : ceux qui servirent en cette qualité auprès de leurs rois étaient des étrangers. Et lorsqu'il fut question pour la première fois, parmi les anciens d'Israël, de proclamer un souverain, Samuel, jaloux de conserver son autorité, ne manqua pas de leur représenter les charges nouvelles, les lourds tributs qu'entraîneraient pour eux les exigences sans nombre des eunuques que le nouveau roi attacherait à sa personne : « Il prendra pour la leur don-

1 . DeuferoJi., XXIIÎ. On trouve à la même source la rela" tion de deux castrations totales, et le Talmud mentionne également un cas de castration avec mutilation du pénis.

Nombre de passages de l'Écriture font, d'autre part, mention des eunuques : Livre des Rois, XXII, §§ 4, 8, 9, 20 ; Genèse, XXXVII, XXXIX, XL;.Ecclésiaste, XX,. XXX ; Daniel, I ; Isaïe, XLVI.

ner la dîme de vos blés et de vos vignes.» {Livre des Rois, I.)

Dans la terre de Chanaan, les eunuques étaient désignés du nom de Saris, qui signifie mutilés. Mais bientôt ce terme perdit sa signification première pour désigner des serviteurs attachés à divers emplois, et aussi des officiers du palais, sans qu'ils eussent pour cela subi l'émasculation.

Le terme d'eunuque est ainsi employé dans le sens de serviteur en plusieurs endroits de V Ancien Testament.

Malgré leur répugnance pour la castration, les Juifs n'étaient pourtant pas eux-mêmes indemnes de toute mutilation génitale. La circoncision était et est encore le signe distinctif de leur race : c'est pourquoi, à l'image des autres mutilations rituelles^ on doit la considérer expressément comme une offrande à la divinité, comme « la marque ineffaçable du contrat entre l'homme et Dieu », et non comme une application de principes hygiéniques ou un moyen prophylactique à l'égard des maladies vénériennes.

L'usage de cette sorte de mutilation ne se perd-il pas d'ailleurs dans la nuit des temps, et la pierre à circoncision ne date-t-elle pas d'un âge où le fer n'existait pas encore ? Les Égyptiens pratiquaient la circoncision vingt siècles avant la naissance du Christ. Welcker * eut l'occasion d'examiner une momie datant de cette époque et dont le phallus était circoncis *.

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