‹ Les eunuques à travers les âgesChapitre 22 sur 102 · P. Bourget. Outre-Mer · texte numérisé non relu

P. Bourget. Outre-Mer

lement aux Khlysty russes. Des danses identiques sont pour eux une divine jouissance en même temps que le prélude de cérémonies rituelles.

Les mouvements de plus en plus rapides d'une ronde infernale les étourdissent bientôt, tandis qu'à cette sensation de vertige se mêle une véritable impression de bien-être. Toutes les parcelles de leur corps deviennent, en quelque manière,impondérables. Et lorsqu'enfin ils s'abattent, épuisés, ruisselants de sueur, leur état est analogue à celui que procurent certains anesthésiques dans la phase qui précède immédiatement le sommeil profond, phase qui s'accompagne fréquemment ici d'hallucinations de la vue et de l'ouïe.

C'est une sorte d'ivresse qui envahit le cerveau. Aussi les Khlysty désignent-ils eux-mêmes ces danses du terme de doukhovnoé pivo, c'est-à-dire « bière spirituelle ». A ce moment, des lambeaux de phrases entrecoupées de profonds soupirs, des mots incohérents s'échappent de la bouche des sectaires ; c'est le Saint-Esprit, selon eux, qui parle ainsi par leur voix.

Dans la suite, certains rites Khlysty admirent la flagellation au nombre de leurs exercices religieux. Enfin, ils demandèrent l'extase à l'union des sexes et à la satisfaction des plus vulgaires appétits.

C'est ainsi qu'on vit se reproduire, au xviii^ siècle, les errements de la période païenne, où le dérèglement et la débauche en commun avaient été employés, comme procédé ascétique, pour dompter le corps en le rassasiant. « Il s'est trouvé nations, dit à ce propos Montaigne % où, pour endormir la

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