Istoriia Rousskoï Tserkoy
jeune fille s'offre en sacrifice et son sein virginal va représenter, aux yeux de ces fanatiques, la chair de l'agneau pascal. »
Quelques auteurs ont désigné ces actes d'anthropophagie sous le terme de « communion par la chair et par le sang », les attribuant indifféremment aux Khlysty et aux Skoptzy. Ce serait là, au dire de Jwanow, de pures calomnies, au moins en ce qui concerne les sectes contemporaines \
Il faut t^nir compte ici des exagérations dues à l'animosité de leurs adversaires, mais on n'en doit pas moins reconnaître qu'une part de vérité est contenue dans ces récits plus ou moins fantaisistes.
Certaines aberrations du fanatisme ne sauraient être révoquées en doute : jadis, pour laver leurs péchés dans la flamme, les Philippovtsy laouisiQui eu troupe sur le bûcher; de nos jours, les Skoptzy pratiquent sur eux-mêmes Témasculation, .en vue d'affranchir l'esprit de la domination des sens, et de réaliser la communion parfaite entre l'homme et Dieu ^.
1. Sur les pains de communion saisis au cours de perquisitions chez les Skoptzy et soumis à une analyse chimique, jamais il ne fut trouvé de traces de sang humain ; ce sont en général de petits morceaux de pain blanc ou noir, marqués d'une croix, ou de petits ronds semblables à des craquelins. Parfois un agneau, innocente victime, est immolé, selon le rite primitif, mais c'est là le seul sacrifice sanglant qu'on puisse imputer aux sectaires actuels.
2. Quel que soit du reste le prétexte invoqué, il n'en demeure pas moins certain que l'affiliation à de pareilles sectes constitue un indice non douteux de débilité mentale. Blondel dit à ce propos : « Délire religieux et eunuchisme sont en réalité au même titre les manifestations indépendantes d'états psychopathiqucs dépressifs, principalement mélancoliques... Le mélancolique ne se mutile pas parce qu'il est l'adepte de telle ou
Ils représentent actuellement le type le plus parfait des mutilations sexuelles, d'origine mystique.
La secte eut du reste des précurseurs ^ : en 1717, à Moscou, on arrêtait un nommé Procope Lopkin, et avec lui vingt autres individus, hommes et femmes, qui présentaient tous des mutilations génitales. Quinze ans plus tard, en 1733, le chef de la police mettait en état d'arrestation une confrérie de soixantedix-huit personnes des deux sexes. La plupart des hommes étaient châtrés ; quelques-uns présentaient des lésions moindres des organes génitaux. Quant aux femmes, certaines avaient subi la résection du clitoris ou des petites lèvres ; d'autres avaient les seins couverts de profondes entailles, et chez quelquesunes le mamelon avait été brûlé. Toutes mutilations qu'on rencontre aujourd'hui encore chez les afliliées.
Ce fiit vers 1757 qu'un membre de la secte des flagellants, André Ivanow, voulant sans doute réagir contre le dévergondage mystique des Khlysty fonda la secte des Skoptzy, ou «châtrés», ou« origénistes». Il commença par se châtrer lui-même, puis il mutila ses treize disciples, les premiers apôtres de la reli-
telle religion dont la conception morbide a rautomutilation pour conséquence logique, mais il invoque fréquemment, pour justifier la mutilation que lui commande son état psychopathique, les préceptes de la religion que son temps ou son milieu lui fournissent. On ne se châtre pas en un mot parce qu'on est skoptzy ou prêtre do Gybèle, on est prêtre de Cybèle ou skoptzy parce qu'on est candidat à la castration. »
(Gh. Blondel. Les aiitomuiilateiirs, 1906.)
1. A la fin du xt^ siècle, Giovani, auquel les chroniques donnèrent le nom de nawjé (cadavre) et Jcfrem, devinrent successivement métropolites de Kiew. Tous deux étaient castrés à l'imitation d'Origène.
gion nouvelle. Arrêté, il subit le supplice du knout et fut ensuite déporté en Sibérie où il mourut.
La nouvelle de ce châtiment ne fît qu'enflammer l'ardeur des prosélytes, et sous l'impulsion de Kondrati Sseliwanow, le véritable hérésiarque, le « nouveau Christ descendu parmi les hommes», la secte prit un essor considérable.
En 1770, l'année de la peste de Moscou, Sseliwanow^ était à Pétersbourg où il prêchait sa doctrine. Dans une maison qui appartenait encore, il y a quelques années, à un SkopetSy le dieu sans sexe présidait aux danses de ses disciples. Assis sur un trône, il recevait les hommages des fidèles, tandis que ses prophètes leur enseignaient la bonne parole, car luimême était presque complètement illettré.
Afin de mieux déjouer les recherches de la police qui les pourchassait, les sectaires se conformaient en apparence aux pratiques de l'église grecque. Pour-, tant, malgré les soins qu'ils mettaient à se cacher, et le mal étendant ses ravages de jour en jour, une commission fut chargée, en 1772, de réprimer énergiquement cette dangereuse hérésie. Elle se rendit d'abord à Orole où la secte comptait de nombreux fidèles, mais tous étaient à Tula où prêchait Sseliwanow.
Le dieu des Skoptzy convertissait à cette époque Ivanowichi Silova à la religion nouvelle dont il devait être par la suite un des plus fervents propagateurs. Il le châtra de ses propres mains et le bénit en prononçant cette formule singulière : « Marche pendant la nuit vers l'Orient, pour tous il fera nuit, mais pour toi il fera jour; jamais la paresse ne t'asservira. Servons Dieu et n'épargnons pas nos épaules... Quant aux autres, ils seront consommés par la paresse. J'ai
LES RELIGIONS ET l'eUNUCHISME 59
parcouru tous nos vaisseaux \ j'ai remarqué que tous étaient enchaînés par la paresse, et cela parce que le frère et la sœur sont habitués à vivre ensemble dans le même lieu. Va, je te bénis ! »
Après avoir fait lui-même un nombre considérable d'adeptes, Ivanowichi fut enfin arrêté, mais il castra plusieurs de ses codétenus et sut même gagner la confiance de deux de ses gardiens à qui il fit subir la même opération. Séquestré dans un cachot de la forteresse de Schlissembourg, il y mourait deux ans après, sanctifié par ses disciples qui le nommèrent « le messager de Dieu ».
Quanta Sseliwanow, il trouva un asile dans le gouvernement de Tambow, et il parvint à se soustraire pendant quelque temps à toutes les recherches. Arrêté enfin à Moscou, il fat déporté à Irkoutsk en Sibérie avec plusieurs de ses disciples. Les fatigues cruelles du voyage, les souffrances occasionnées par les lourdes chaînes qui entravaient sa marche, tout cela lui fournit la trame d'un récit dramatique qu'il publia à son retour d'exil. -^ -^
Chose étrange, Sseliwanow, dans un but politique peut-être autant que dans une pensée religieuse, se donnait comme empereur et fils légitime de l'impératrice Elisabeth Petrowna, en même temps qu'il s'intitulait Christ et Fils de Dieu. Les deux impostures étaient également possibles auprès de ce peuple ignorant et crédule, sur lequel le fils d'un simple centenier de Strelitz avait autrefois régné durant de longues années, en se donnant faussement pour le tsarévitch Dimitri, assassiné par Godonoff.