‹ Les eunuques à travers les âgesChapitre 29 sur 102 · BOSSUET · texte numérisé non relu

BOSSUET

On a vu quelle part importante revient au sentiment religieux dans la genèse de la castration, mais le fanatisme n'a pas été la seule cause originelle de reunuchisme, et les motifs qui poussèrent l'homme à sacrifier « les témoins de sa virilité et de sa force » sont en réalité des plus variables. Il en est un, en particulier, dont Bergmann a tenté de donner l'explication, en montrant la filiation qui existe entre les différentes sortes de mutilations génitales.

Selon lui, la virilité, dont les attributs sont la force physique et le courage, fut la raison primordiale de la suprématie de l'homme sur la femme. Dans le symbolisme rude de l'antiquité, le membre viril était la représentation de ces qualités mâles, tandis que la nature féminine et ses faiblesses étaient symbolisées par le génital de la femme.

La tradition rapporte en effet que dix-sept cents ans avant l'ère chrétienne, le roi Sésostris, le grand

conquérant égyptien, fît dresser, dans les contrées qu'il avait soumises, des stèles ou cippes portant, tantôt le signe mâle, hommage rendu au courage malheureux, tantôt le signe femelle en témoignage de la lâcheté de l'ennemi devant ses troupes victorieuses ^

Seul le hasard des armes, au cours de cette période guerrière, créait une distinction sociale primitive entre les vainqueurs et les vaincus, devenus respectivement les maîtres et les esclaves. L'on conçoit donc qu'il ait pu faire naître dans l'esprit des premiers le désir de rendre physiquement semblables à des femmes, c'est-à-dire à des êtres dénués de courage et de force, ceux qu'ils avaient asservis à leur domination.

C'est ainsi que l'ablation de l'organe mâle aurait été tout d'abord le signe distinctif de l'esclavage, assertion qui répond bien à la tradition religieuse initiale et que les plus anciens mythes semblent devoir confirmer. Le Mauvais Génie, le principe du mal dans la mythologie égyptienne, le dieu Set ou Typhon aurait ainsi mutilé son père Osiris, emportant en manière de trophée le membre viril du vaincu dont il avait jeté le corps dans le Nil. Mais Horus, fils d'Osiris, attaque Typhon et lui fait subir un sort, identique. Plutarque ^ nous apprend qu'à Coptos en Egypte, Horus était figuré tenant en main le pénis qu'il vient d'arracher à Set ^

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