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CHAPITRE PREMIER

« Chose étrangjG, un prêtre est eunuque de droit, et s'il l'est de fait, on le répute irrégulier et inhabile au sacerdoce. »

Camille Desmoulins.

Lorsque Geoffroy Saint-Hilaire définissait l'homme, dans la série des êtres animés: animal piu m, un être pieux, l'illustre naturaliste considérait l'humiliation de la créature devant une puissance génératrice comme le trait caractéristique de l'intelligence humaine.

Rien n'était plus juste, en vérité, car s'il est une manifestation que l'on retrouve invariablement à l'origine de tous les peuples, c'est bien celle du sentiment religieux. Par des inductions presque inévitables nos premiers ancêtres furent en effet amenés à accorder aux animaux, aux plantes, aux éléments eux-mêmes une âme puissante dont l'action tantôt bienfaisante, tantôt néfaste, suffisait à justifier tous les événements quelque peu inattendus. C'est dans le désir de se concilier ces puissances redoutables

qu'il faut chercher Pexplicalion des plus anciennes pratiques religieuses, la genèse même du sentiment religieux. Aussi apparaît-il d'abord purement représentatif^ adéquat aux premiers tâtonnements d'esprits frustes à la recherche de la vérité ; pour s'exprimer il emprunte la figuration anthropomorphique des forces de la nature. Ce ne sera que plus tard, et parallèlement à l'évolution de l'esprit humain, que d'autres manifestations, plus abstraites, viendront le suppléer. Mais l'idée iuitiale n'en subsistera pas moins, et longtemps encore le mystère des forces qui régissent le monde servira de base aux religions les plus diverses, nées sur les points du globe les plus opposés.

De ces puissances obscures, il en est une, la puissance créatrice, qui prime toutes les autres, sans en excepter les forces destructives dévolues aux éléments. Cette faculté de créer, cet insoluble problème de la génération, cette union de deux êtres donnant le jour à un être nouveau qui devra à son tour assurer la perpétuité de la race, voilà ce qui semble avoir, par-dessus tout, ému l'instinct religieux des premiers hommes. Ils adorèrent cette manifestation de l'inconnu, signe le plus certain à leurs yeux de la puissance divine, et dans leur foi simpliste, ils prirent les organes mêmes de la génération pour objet de leur culte K

I. On portait en procession, en Egypte, le phallum, qui était un gros priape. Les organes de la génération étaient regardés comme quelque cliose de noble et de sacré, comme un symbole de la puissance divine; on jurait par eux, et lorsqu'on faisait un sermnit à quelqu'un, on mettait la main à ses testi-

L'image de la virilité dans la plénitude de sa force devint pour eux l'emblème de la divinité créatrice, emblème non point obscène, mais « naïf comme la nudité elle-même » et que, bien plus tard, dans une civilisation déjà raffinée, les matrones romaines ne craignaient pas de suspendre à leur collier, sous forme

FiG. 1. — Amulette phallique, en bronze.

d'amulettes (fig. 1) afin de se rendre Lucine favorable K « Cette partie de notre corps estoit déifiée, écrit

cules ; c'est peut-être même de cette ancienne coutume qu'ils tirèrent ensuite leur nom, qui signifie témoins, parce qu'autrefois ils servaient aiasi de témoigaage et de gage. »

(Volt. Dict. philos.) 1. Cf. J.-A. Dulaure, Des divinités génératrices ou du culte du phallus chez les Anciens et les Modernes. Paris, 1805.

Montaigne t, et en plusieurs cérémonies, reffigie en estoit portée en pompe à l'honneur de diverses divinitez. Les dames Égyptiennes, en la feste des Bacchanales, en portoient au col un de bois, exquisement formé, grand et pesant, chascune selon sa force ; outre ce que la statue de leur dieu en représentoit qui surpassoiten mesure le reste du corps. Les sages matrones de Rome estoient honorées d'offrir des fleurs et des couronnes au dieu Priapus : et sur ses parties moins honnestes, faisoit-on seoir les vierges, au temps de leurs nopces ^ »

Dans toutes les parties du monde, au Mexique, en Bretagne, aux Indes, on rencontre encore des monuments monolithiques figurant d'immenses phallus qu'érigea cette forme de l'idolâtrie païenne, d'où naquirent: aux Indes, le culte deSiva et du lingam (membre viril), chez les Phéniciens, le culte de Tanit rOmniféconde, et du cône de pierre noire « cette signification de la vie, érigée comme un obélisque d'ombre, à aspect de gigantesque phallus ^ »

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