‹ Les eunuques à travers les âgesChapitre 5 sur 102 · Montaigne. Essais^ L. III, ch. V · texte numérisé non relu

Montaigne. Essais^ L. III, ch. V

2. Le fait est relaté par saint Augustin «In celebratione nupiiàrum, super Priapi scapum nova nupta sedere jubebaniur.-» (De civit. Dei. liv. VII, ch. XXIV). Mais cette coutume semble être originaire de l'Inde, et Duquesne rapporte (Voyage dans rinde) qu'il a vu dans une pagode des environs de Pondichéry, de jeunes mariées venant faire au dieu le sacrifice de leur virginité : on les faisait asseoir sur un lingam en bois ou en fer. « Mais^ ajoute-t-il, dans certaines pagodes, les prêtres, plus adroits, ont ravi à ce dieu une fonction aussi précieuse. »

3. On sait que les Grecs érigèrent des temples audieu Priape, llestdit d'autre part,dansles textes juifs, qucle peuple d'Israël adora momentanément lui aussi cette divinité, et que Maacha, mèro du roi juif Asa, fut sa grande prêtresse.

LES RELIGIONS ET l'eUNUCHISME 11

Le récit de l'institution même du culte phallique chez les Indiens, nous le retrouvons, dans les Livres des Védas, vastes compositions poétiques qui remontent à l'antiquité la plus reculée.

La légende rapporte donc que les dieux Vichnou et Brahma, s'étant rendus au Kaïlassa, paradis du dieu Siva, pour lui rendre visite, le surprirent « usant avec sa femme des prérogatives du mariage. » L'esprit fortement échauffé par les boissons enivrantes qu'il avait absorbées, la raison égarée par l'ivresse à la fois et la lubricité, ce dieu impudique ne daigna même pas s'apercevoir de la présence de ses divins visiteurs, et il continua de s'abandonner devant eux aux transports de la plus fougueuse passion.

« A cette vue, quelques-uns des dieux et surtout Vichnou, se prirent à rire ; cependant la plupart, outrés d'indignation et de colère, chargèrent le cynique Siva d'injures et de malédictions.

« — Non, lui dirent-ils, tu n'es qu'un démon; lu es pire qu'un démon ! Tu en portes la figure et tu en as toute la malice I L'amitié que nous avions pour toi nous avait conduits ici pour te faire une visite et tu ne rougis pas de nous rendre spectateurs de la brutale sensualité. Maudit sois-tu! Qu'aucune personne vertueuse n'ait désormais de liaisons avec toi! Que tous ceux qui te fréquentent soient regardés comme des insensés et bannis de la société des honnêtes gens !

« Après avoir prononcé ces anathèmes, les dieux se retirèrent, tout couverts de confusion.

« Cependant Siva, reprenant un peu l'usage de son jugement, demanda à ses gardes quelles personnes étaient venues le visiter. Ils ne lui laissèrent rien ignorer de ce qui avait eu lieu, et lui retracèrent l'in-

dignation que ses illustres amis avaient fait éclater ■avant leur départ... Le récit de ses gardes fut un coup de foudre pour Siva et pour Dourga sa femrne;ils en moururent lun et l'autre de douleur, dans la pos ture même où ils avaient été surpris par les dieux.

« Siva voulut que cette action qui^, en le couvrant de honte, avait occasionné sa mort, fût célébrée parmi les hommes.

« — La honte, a-t-il dit, m'a fait mourir ; mais aussi elle m'a donné une nouvelle vie et une nouvelle forme qui est celle du Lingam (phallus des Romains.)

« Vous, démons, mes sujets, regardez-le comme un autre moi-même ! Oui, le Lingam, c'est moi et je veux que désormais les hommes lui offrent leurs sacrifices et leurs adorations. Ceux qui m'honoreront sous cette forme du lingam obtiendront infailliblement l'objet de leurs vœux et une place dans le Kaïlassa.

« Je suis l'être suprême, mon lingam l'est aussi ; lui rendre les honneurs dus à la divinité est un acte du plus grand mérite ^ »

Dans certaines contrées de l'Inde, le thème de cette fable est un peu différent : lorsque Siva, qui était un dieu de fort mauvais exemple, vivait parmi les hommes, plusieurs femmes, attachées au service des prêtres, furent enlevées par lui. Justement indignés, les brahmanes prononcèrent toutes sortes de malédictions contre l'impure divinité taat et si bien qu'elle y perdit l'usage d'un de ses membres, et non le moins utile en l'occurrence. Le /m^/a/n devint, dès

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