S LE* EUNUQUES
Le même fait se produisit en 1877, lorsque le Turkestan devint, de nouveau, propriété du Céleste- Empire. Un grand nombre des membres de la famille de Yakoob-Beg, le chef redouté de TAsie Centrale et des rebelles chinois, furent alors faits prisonniers. Quelques-uns moururent, on exécuta les autres. Les Chinois emprisonnèrent en même temps trois fils et un petit-fils du chef insurgé, des enfants encore, mais qui n'en furent pas moins condamnés comme criminels d'État. Remis entre les mains des officiers de la maison impériale pour subir la castration, ils furent, aussitôt après, dirigés sur les troupes frontières, aux confins du Turkestan.
Aux termes de la loi chinoise, la cruelle sentence n'est exécutoire que sur des enfants âgés d'au moins dix ans. C'est ainsi qu'à la fin de cette même année 1877, on émascula le fils d'un rebelle nommé Li-Liu, qui n'avait que six ans lorsque son père avait été fait prisonnier.
Pareille forme de mutilation a été fréquemment observée lors des grands mouvements populaires et l'on cite d'assez nombreux exemples de castrations effectuées en temps de guerre civile ou d'émeute. C'est ainsi qu'il y a quelques années, au cours d'une grève qui éclata dans le bassin d'Anzin, un contremaître fut émasculé.
Somme toute, c'est là non seulement un acte de vengeance, un châtiment infligé au vaincu, mais encore un mode de justice sommaire qu'à certaines époques les différentes législations n'ont pas craint d'utiliser.
Mais voici une adaptation de l'éviration à des fins gastronomiques que n'aurait certes pas admise Her-*
bert au nombre des cas où cet auteur considère comme autorisé, voire honorable, de châtrer son ennemi ^ ; dans son histoire des Antilles, Charlevoix rapporte que les Caraïbes anthropophages mutilent leurs prisonniers de guerre dans le but de les engraisser avant de les manger. Le goût des Caraïbes pour la chair humaine est d'ailleurs si vif, ajoute-t-il, que les chefs des tribus n'hésitent pas, lorsque les prisonniers font défaut, à châtrer leurs propres guerriers. Nous n'agissons pas différemment à l'égard de certains animaux domestiques destinés à l'usage de nos tables, mais pareil procédé apphqué à l'homme semblera abusif. Si les souverains ont le droit et le devoir d'aimer leurs sujets, il serait humain qu'ils se résignassent toujours à les aimer dans un sens un peu plus littéral.
i. Herbert {lot;, cit.) admet en effet trois circonstances où la castration lui semble être pleinement justifiée, à savoir : l'opération chirurgicale nécessaire, le châtiment prévu par la loi, et enfin la juste vengeance exercée sur un ennemi.