‹ Les eunuques à travers les âgesChapitre 60 sur 102 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

« Un remède est mauvais, s'il en coûte quelque chose à la nature. »

Publ. Syrus.

De tous les remèdes imprévus, employés depuis des siècles par les empiriques, il n'en est peut-être pas de plus surprenant que l'application de la castration à la cure des hernies.

La pénurie des connaissances physiologiques jusqu'au début du xix^ siècle explique la facilité avec laquelle cette opération était pratiquée autrefois.

Au moyen âge, en effet, l'on était encore indécis sur le rôle à attribuer aux testicules, « aux génitoires », disait Rabelais, dans l'acte de la génération S C'était l'époque où le fameux alchimiste italien, Pierre d'Abano, mettait en œuvre toutes les subtilités de sa dialectique en vue de savoir s'ils étaient ou non indispensables à la reproduction de l'espèce.

Sous la Renaissance, et jusqu'à Ambroise Paré,

1. Certains déclaraient même les testicules impropres à la production de la semence. Pourtant dès la fm du xvi^ siècle la plupart dos anatomistes décrivent les testicules comme les glandes formatrices de la matière fécondante.

ropération de la hernie était toujours accompagnée de l'ablation des testicules, que l'on croyait indispensable à la cure radicale. Dans les cas de hernie étranglée, la castration, tout au moins unilatérale, passait également pour être l'unique chance de salut ; et on allait même jusqu'à castrer les enfants en manière préventive pour éviter chez eux l'apparition de cette infirmité^ la tradition voulant que les eunuques en fussent exempts. C'était là une opinion courante, et Ramazzini ^ assurait que les chanteurs eunuques n'avaient pour ainsi dire jamais de hernies.

Le « père de la chirurgie moderne », A. Paré, s'éleva avec force contre les superstitions sur lesquelles s'appuyait cette stupide pratique, et il recommandait de ne pas priver l'homme de « ce qui fait la paix du ménage ».

Fabrice de Hilden^ nous a rapporté l'histoire de ce moine qui « feignit d'être hernieux au nombril pour se faire châtrer, et muni de l'ordre de son prieur, courut se faire opérer par un châtreur très fameux dans tout le pays, lequel était fort téméraire à cause de son ignorance dans la théorie de l'art. »

Mais le nombre des charlatans empiriques qui mirent à profit la crédulité populaire et se livrèrent au métier de châtreur, au détriment de leurs concitoyens, ne fut jamais aussi considérable qu'au xviii^ siècle. « Munis d'un rasoir et de mains lourdes à ongles crochus, ces prétendus chirurgiens détruisent la fécondité virile, en retranchant les organes qui en renferment les sources, quoique l'art prescrive de les conserver dans le plus grand nombre de cas. »

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