Opéra oinn
tJn seul de ces empiriques avait impunément mutilé plus de deux cents individus dans la ville de Breslau, et Pierre Dionis, le chirurgien de Marie-Thérèse, raconte qu'un châtreur nourrissait un énorme chien des testicules qu'il enlevait.
Haller put également observer, dans les cantons suisses, quantité d'hommes qui avaient été opérés dans leur jeunesse et étaient privés d'un testicule.
A maintes reprises, Sabatier avait déploré qu'on n'usât pas de mesures énergiques en présence de ces faits monstrueux. Ce ne fut toutefois qu'en 1676 qu'il eut la satisfaction de voir la Société royale de médecine se décider à agir efficacement.
A la suite de plaintes portées au ministère par les intendants de Paris et du Languedoc, au sujet de la quantité de jeunes gens que cette mutilation rendait impropres au service militaire, la Société de médecine chargea Vicq d'A^zyr, Andry et PouUetier de la Salle d'un rapport sur ce genre d'abus et sur les moyens d'y remédier. Ce rapport est édifiant. 11 nous montre à quel degré était parvenue l'audace de ces. chirurgiens improvisés.
«... Messieurs les évêques de Montauban et de Saint-Papoul ayant appris que plusieurs chirurgiens s'étaient annoncés à son de trompe dans leurs diocèses comme possédant un moyen préservatif assuré contre les hernies, lequel n'était autre chose que la castration, ils se sont empressés de l'apprendre à M. l'Intendant. La somme exigée pour ces opérations par chaque homme est de trente-cinq livres. M. l'évêque de Saint-Papoul nous apprend, d'après un examen fait par ses ordres, qu'il y a plus de cinq cents enfants d'opérés dans son diocèse. Ce prélat
avait fait distribuer dans les campagnes des bandages élastiques que les opérateurs en question ont eu l'audace d'enlever et d'emporter avec eux... Il est inutile d'insister sur l'atteinte que de semblables procédés portent à la population/Indépendamment des dangers qui naissent de l'opération^ les sujets mêmes qui sont les mieux traitéS;,et auxquels il reste encore un testicule, ont au moins perdu la moitié de leur force et de leur virilité ^ ; ils courent alors les plus grands risques de devenir tout à fait impuissants s'ils sont: exposés à subir certaines opérations, et dans plusieurs autres circonstances où le testicule et ses annexes peuvent être blessés. »
Suivent les noms de plusieurs de ces charlatans.
Puis les rapporteurs concluent à la nécessité de remettre en vigueur l'édit de novembre 1634, par lequel Louis XIII défendait à toutes personnes«non reçues en la manière ordinaire des chirurgiens, de
1. Ceci n'est pas parfaitement exact, car après l'ablation d'un testicule, la glande subsistante s 'hypertrophie le plus souvent et sa fonction devient plus active ; semblaJDle phénomène s'observe du reste après l'excision des autres glandes jumelles. C'est pourquoi les sujets monorchides , c'est-à-dire possédant un seul testicule, ne présentent pas dans leur organisme les mômes particularités que les castrats. Kolb, qui vécut quelque temps chez les Hottentots, où se pratique la castration unilatérale, ne les a pas trouvés moins robustes ou moins prolifiques que les autres nègres.
Parfois cette conformation n'est pas le résultat d'une mutilation sexuelle. 11 existe en effet des monorchides de naissance: Gotta, le dictateur Sylla, le tartare ïamerlan étaient monorchides. Von Glcichen parle également d'un médecin dont l'aïeul et le père n'avaient qu'un seul testicule ; lui et tous ses frères étaient marqués de la même singularité. (Cf. Von Gleichen. DisscrL. sur la (jénérulion. Paris, an Vil.)
faire l'opération des descentes ». Le rapport demandait également le maintien de l'article 104 des statuts de J 699, interdisant aux chirurgiens reçus en qualité de herniaires de faire aucune opération ou incision, sOus quelque prétexte que ce fût, sans avis préalable d'un des maîtres de la Communauté des chirurgiens. La cure des hernies, par la méthode de la castration, devrait être interdite à l'avenir, et la castration elle-même ne devrait être pratiquée, dans aucune circonstance, sans que déclaration en fût d'abord faite à l'Intendant de la province.
Des mesures rigoureuses contribuèrent, à partir de ce moment, à enrayer le mal, mais il n'en persista pas moins jusque dans la première moitié du siècle dernier, puisque Delpech écrivait alors : « Cet horrible abus subsiste peut-être dans toute sa force dans un département de l'Empire. Nous avons la certitude qu'une femme, domiciliée dans les Ardennes, ôtait les testicules des enfants lorsqu'ils descendent dans le scrotum ; qu'elle faisait cette opération avec mystère et sous prétexte d'opérer une hernie ; enfin, que ces mutilations, bien juridiquement prouvées, sont restées impunies, et que cette femme a opéré pendant plus de vingt ans son art destructeur. »
Cette pratique stupide et inhumaine remontait du reste à une antiquité reculée. La hernie fut toujours une infirmité des plus répandues, et à Rome au temps de Martial, il y avait déjà des spécialistes herniaires qui procédaient de façon identique.
Encore ceux qui pratiquèrent la castration à celte époque ne possédaient-ils pas tous une science approfondie en l'art, comme semble le prouver la fâcheuse
aventure survenue à un aruspice atteint de hernie scrotale.
Certain jour, un paysan était venu lui demander le secours de ses lumières avant de faire offrande d'un bouc à quelque divinité de l'Olympe, et le prêtre avait vivement insisté sur la nécessité absolue d'enlever au préalable les testicules de l'animal, afin d'empêcher que sa chair devînt fétide. C'était là une précaution indispensable, pàraît-il, pour s'assurer les bonnes grâces du Dieu, dont le goût ne s'accommodait sans doute pas des fumets trop violents.
Or, au moment où le prêtre se penchait sur l'autel, le paysan s'aperçut qu'il était porteur d'un scrotum énorme, distendu par une volumineuse hernie, et, dans son respect peut-être excessif des rites sacrés, il n'hésita pas à trancher tout aussitôt la tumeur et à châtrer le pauvre aruspice qui de Toscan qu'il était devint Galle :
«Hic modo qui Tiiscus fiierai niinc Gallus aruspes K »
Ce ne fut pas seulement comme traitement de la hernie qu'on proposa l'ablation des testicules. « Voici, écrivait Ancillon en 1707, une autre espèce de gens qui se font eunuques ; ce sont des hommes qui craignent la lèpre ou la goutte, et qui, pour jouyr de l'avantage qu'il y a à en être exempt, aiment mieux perdre ceux qu'ils pourroient tirer de leurs parties viriles. Il est certain que la lèpre n'attaque pas les eunuques. »
Ajoutons que cette croyance dans l'immunité des eunuques à l'égard de certaines maladies était déjà